Les lettres à Jannette
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Description

Pendant la Première Guerre Mondiale, entre Italie et Autriche, Nino, officier italien dans les régions du Nord, fait la connaissance de Jannette, sa marraine de guerre en 1917.
Le lecteur découvre cet officier-fourrier dans ses montagnes de 1917 à 1919, puis sa vie de civil, son amour pour Jannette grâce à leur correspondance, leurs problèmes personnels ainsi que l’Italie de l’après-guerre fragilisée économiquement et politiquement.

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Informations

Publié par
Date de parution 27 septembre 2021
Nombre de lectures 1
EAN13 9782312083926
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0250€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Les lettres à Jannette
Lucia Mariani Chehab
Les lettres à Jannette
Roman
LES ÉDITIONS DU NET
126, rue du Landy 93400 St Ouen
© Les Éditions du Net, 2021
ISBN : 978-2-312-08392-6
Le 23 mai 1915, un an après le début du conflit mondial, Victor Emmanuel III , roi d’Italie , déclare la guerre à François - Joseph de Hohenzollern , empereur d’Autriche - Hongrie .
Les Italiens s’opposent au x Autrichiens au nord de l’Italie le long du front-est, dans l’espoir d’annexer le Trentin et le Frioul et d’achever l’unité territoriale de la péninsule.
Ce conflit de trois ans et demi enflamme les régions du nord-est de la péninsule, de la plaine du Po’, de l’Adriatique jusqu’aux Alpes et aux Dolomites . Pendant un an et demi les Italiens se battent dans une guerre régionale de onze batailles qui alternent avances et retraits en Vénétie , à la frontière avec l’Autriche , sur les rives des fleuves Isonzo , Tagliamento et Piave , sur le plateau d’Asiago , sur l’Adamello , mais sans aucun résultat positif pour réaliser l’annexion des régions non encore libérées.
La 12ème bataille s’achève par la débâcle de Caporetto le 24 octobre 1917. Depuis le début de la guerre jusqu’à ce jour 700 000 Italiens ont péri au combat.
Au début de l’année suivante, sous le commandement du Général Diaz , les Italiens se préparent à prendre leur revanche pour conquérir les régions encore autrichiennes. Pendant les trois mois qui suivent la défaite de Caporetto le Général Diaz réorganisera l’armée en tenant compte de moyens techniques plus modernes et du respect dû aux soldats.
Du 1918 juin jusqu’au mois d’octobre les deux armées ennemies se battront le long du fleuve Piave dans des batailles meurtrières : les Italiens arracheront la victoire.
Le 4 novembre 1918, l’Autriche , vaincue, reconnaît l’annexion des régions irrédentistes avec Trente et Trieste , mais le pays en sort prostré et lacéré par une profonde crise politique, sociale et économique qui la conduira rapidement au fascisme.
Après la débâcle de Caporetto l’armée italienne cherche à contenir le déferlement de l’ennemi sur le front du Piave et des Dolomites , à l’est de la frontière de la Vénétie .
Dans cette région, le long de la vallée de l’Adige s’étalent la zone collinaire de la Valpolicella , au sud et de la Lessinie au nord avec ses montagnes et ses bois, que les combats épargnent encore et qui permettent de convoyer hommes et matériel vers la première ligne, sur le monte Grappa , sur l’Adamello et le long du Piave .
L’organisation des équipements et des déplacements des troupes est confiée aux fourriers, des officiers qui accompagnent les soldats à pied, dans ces chemins de montagnes et par tous les temps.
Parona, le 26 décembre 1917
« Distinguée Mademoiselle Giannina,
C’est à vous que je dédie un moment de répit, en pensant à la réunion d’hier, où j’ai eu la chance de vous rencontrer et d’échanger avec vous quelques mots à la caserne de Parona, malgré la présence bruyante des soldats… »
Ainsi commence la première lettre de la correspondance de Giovanni Battista T., militaire du régiment royal italien à Giannina. La maîtrise de la langue et le soin de la calligraphie font penser à une personne certainement cultivée.
Ils se sont rencontrés là, à la périphérie de Vérone le jour de Noël dans une réunion où les dames présentes se sont proposées pour être marraines de guerre et conforter les soldats italiens engagés contre les Autrichiens.
A cette occasion les échanges des deux personnes présentes sont brefs ; Giovanni Battista ne connaît que le prénom de la marraine qu’il a choisie , Giannina , mais il sait où elle habite parce que le lendemain il lui écrit à San Pietro in Cariano , au bureau des impôts, où elle travaille, à quelques kilomètres de Vérone , et il y dépose lui-même sa lettre.
Les informations succinctes au sujet de Giannina ne permettent pas à Giovanni Battista d’en savoir plus pour le moment. Il ne connaît pas son nom de famille ni son adresse dans ce bourg. Vit-elle seule ? Est-elle libre de ses déplacements ? Et d’emblée il ose lui écrire : une marraine de guerre liée à son militaire doit encourager les hommes en campagne grâce à sa correspondance.
Dans cette première lettre, tout en évoquant le plaisir de lui écrire, il lui annonce qu’il s’apprête à accompagner un peloton de fantassins à la frontière du Trentin.
« Partis de Vérone sous mes ordres, nous nous dirigerons vers le nord-est, je ne peux pas en dire davantage, secret militaire ; je dois accompagner mes soldats en marches de trente à quarante kilomètres par jour, avec vivres et armes, si bien que les chemins entre le Monte Baldo et la frontière autrichienne n’ont plus de secrets pour moi.
Je loge à San Pietro in Cariano où je résiderai dès mon retour dans dix jours : au commandement à Villa Zorzi »
Cette résidence destinée aux gradés est bien connue dans le village, comme d’autres villas de la région qui à présent hébergent des officiers : entre le XVe et le XVIe siècles ces demeures étaient les résidences de la noblesse et de la haute bourgeoise vénitienne qui, de juin à la Toussaint, fuyaient les chaleurs et les miasmes de la ville et profitaient du climat tempéré des collines alentour, des fruits et surtout des vignes et du vin de la Valpolicella, région agricole à quelques kilomètres de Vérone.
Revenu à San Pietro in Cariano, Giovanni Battista T. n’a pas oublié Giannina.
Lieutenant de sa compagnie, il est fourrier, chargé d’organiser l’équipement de ces Chasseurs Alpins en habillement, armes et victuailles pour les amener en marches de cinq ou six heures jusqu’à la zone de guerre, près de la frontière du Trentin ; d’une expédition à la suivante, l’Etat-Major lui octroie quelques jours de repos.
Au retour, il a trouvé l’adresse où Giannina habite : un pied-à-terre près du bureau où elle est employée, au premier étage, avec une large terrasse qui donne sur un petit jardin.
Il en sait suffisamment pour la croiser, par hasard, à la sortie de son bureau et, en attendant de la rencontrer, il cherche à l’apercevoir à son insu.
Dans la nuit tombante il reconnaît la silhouette qui se dirige à pas pressés vers la place de l’église, il en devine les proportions harmonieuses et la grâce de sa démarche, il se remémore ses yeux bleus à peine aperçus le jour de leur présentation à la caserne et le désir de cette femme l’envahit.
De son côté, Giannina n’a pas oublié la lettre que Giovanni Battista lui avait envoyée :
« Je loge à San Pietro in Cariano où je résiderai à mon retour dans dix jours : au commandement à Villa Zorzi », lui avait-il écrit avant son départ, un rendez-vous sans doute, une invitation pour une rencontre qu’elle a accepté sans tarder pour mieux connaître le soldat dont elle est la marraine.
Après son travail au bureau, elle le rejoint à l’orée du bois à la sortie du village pour flâner en sa compagnie.
La déroute subie à Caporetto deux mois auparavant et ses conséquences nourrissent encore les conversations des deux promeneurs.
Une foule de questions surgissent à l’esprit de Giannina : l’armée italienne pourra-t-telle soutenir les efforts nécessaires à la reconquête des régions encore aux mains des Autrichiens ?
Avec quels moyens ? En tant que marraine volontairement choisie elle peut conforter son soldat en guerre grâce à la correspondance. Par ses lettres elle partagera son combat en lui écrivant pour adoucir ses souffrances et ses angoisses, pour qu’il continue à se sentir vivant et à espérer.
Dans le soir d’hiver, quelques lumières s’allument dans la nuit qui approche ; au bras de Giovanni Battista, prévenant dans ce sentier obscur, Giannina l’écoute pendant qu’il parle de son rôle de fourrier :
« C’est une charge qui exige une organisation sans faille, un bon entraînement physique et le sens des responsabilités. »
Tout en devisant des événements et de la mission des marraines, anges du foyer en guerre, sans armes, Giovanni Battista cherche à deviner la chevelure de Giannina cachée sous son chapeau d’où s’échappent quelques mèches blondes.
Pendant deux semaines leurs conversations sont suivies de longues lettres où il lui écrit sans cacher ses sentiments :
« Ma sympathie pour vous, ma douce et bonne, est un attachement sincère. Ai-je le droit de vous en parler ? Mon futur incertain pourrait vous faire souffrir, mais sachez que j’affronte le danger en bon soldat uniquement pour vous. »
Ces mots avivent les sentiments que Giannina avait enfouis et ignorés.
La cour discrète et néanmoins insistante de Giovanni Battista réveille en elle l’envie d’être regardée, admirée et sans doute désirée.
A présent cette femme mince et réservée rayonne d’un éclat encore inconnu ; sa pâleur fait ressortir le bleu de ses yeux, brillants de désir ; son chignon d’où s’échappent des mèches blondes et dorées comme une auréole éclaire son visage radieux.
Elle attend la poste et, en recevant les lettres de Giovanni Battista, ses mains tremblantes n’arrivent pas à cacher son émotion. Dans son courrier il parle ouvertement de son changement imprévisible : cet homme rude, façonné par la guerre et la vie sans doute, cède à la douceur de ses sentiments encore inconnus et non avoués, découvre son attachement sincère pour cette femme bonne et bienveillante et le désir partagé de se retrouver.
Rapidement ils passent par toutes les phases de l’idylle : le doute, l’attente, l’aveu de leur amour, le besoin de se rencontrer et de s’écrire, les épreuves pour dissiper soupçons et malentendus, mais le même sentiment les unit.
En guise de déclaration d’amour, il magnifie le portrait de Jannette, parée de qualités morales supérieures aux siennes : sa douceur, sa bonté d’âme, son honnêteté la placent au-dessus de lui, heureux d’occuper cette place à ses genoux.
Au loin le canon les rappelle à son devoir de soldat et à la tendresse de la marraine ; elle sera le bouclier pour le protéger, prêt à affronter le danger jusqu’à la mort, uniquement pour elle.
Pourront-ils en rester là, se satisfaire de mots et prolonger encore confidences et échanges épistolaires ? La guerre accélère le rythme des événements. Qu’en sera-t-il de cet amour naissant sans avenir, sans doute, ou brisé au champ d’honneur ?
Cependant tous deux s’engagent dans une nouvelle guerre, celle de l’amour, au risque de se perdre.
Loin de leurs proches et de leurs villes, où ils avaient vécu auparavant, ils s’ouvrent à une nouvelle vie, celle de Nino et Jannette, comme ils s’appelleront dorénavant dans leur correspondance.
Ils ne se connaissent que depuis un mois, mais le temps presse : dans la lettre du 21 janvier Nino reproche à Jannette de garder le Vous de politesse et l’invite à plus d’intimité dans leurs rapports :
« Votre éducation et votre caractère secret vous empêchent d’avouer ce que vous ressentez, mais vos yeux brillent de bonheur quand vous m’apercevez et je comprends l’inquiétude qui vous saisit ; votre charme me lie à vous et nous sommes épris l’un de l’autre, advienne que pourra.
Ma Jannette, je voudrais vous serrer dans mes bras et vous embrasser passionnément, car vous devrez m’aimer, quoi qu’il arrive. »
Nino ne pense qu’à ces yeux bleus, à cette chevelure blonde, à cette petite femme qu’il désire étreindre et couvrir de baisers.
Bientôt les deux amoureux s’appellent par leurs prénoms, en se tutoyant : leurs rencontres et leurs lettres témoignent d’une familiarité affectueuse et d’un amour sensuel partagé :
« Près de toi je me perds dans tes cheveux et je t’embrasse en te donnant tout mon être. Ton amour me protège tel un bouclier et me met à l’abri des blessures qu’il pourrait m’infliger. »
Entre-temps Nino se plie à l’organisation rigoureuse des opérations commandées, aux déplacements de quelques jours entre les bourgs de la région, Marano, Négrar, Dolcé, Avio, bourgs éloignés de 15 à 20 kilomètres de Vérone ainsi que San Pietro in Cariano desservi par sa gare et qui facilite les déplacements des officiers.
A l’écart de la première ligne de bataille, mais très occupé à préparer hommes et matériel pour la revanche contre l’Autriche, à chaque retour à San Pietro in Cariano Nino oublie pendant quelques heures la discipline militaire : le logement de Jannette à quelques pas de la villa Zorzi abrite leurs nuits. Le soir ils se retrouvent, comme un couple amoureux que le hasard a mis sur les chemins de la guerre, sans lendemain mais libres de profiter de leur présence et de leurs rencontres.
Cette nouvelle vie, née de leurs amours et nourrie de leur désir, leur fait oublier les liens d’affection et d’amitié d’auparavant.
Jannette en parle rarement ; Nino parfois nomme sa soeur Loretta, à laquelle il semble très attaché, mais il évite discrètement toute allusion à sa vie précédente.
Dans les lettres envoyées des villages entre la Vénétie et l’Autriche, Nino lui parle de sa joie qu’aucun obstacle ne pourra entraver et laisse libre cours à son tempérament fougueux :
« Ton amour me guide : je découvre des sentiments depuis longtemps étouffés et oubliés auxquels je m’abandonne avec bonheur et je suis prêt à affronter l’avenir, malgré les évènements. »
Cependant une douleur profonde semble tourmenter Jannette, comme un bonheur coupable et cet amour caché aux yeux des membres de sa famille la fait souffrir.
Au nord-est de la péninsule, en Vénétie, pendant les premiers mois de l’année 1918, les troupes italiennes subissent encore les conséquences des nombreuses batailles engagées au cours des années précédentes.
Depuis le mois de mai 1916 les forces austro-hongroises massées le long de la frontière bombardaient les villages italiens et mettaient en péril les populations du plateau d’Asiago, de Monte Grappa et au nord de Vicence ; sous l’ordre des autorités civiles et militaires des villages entiers se vidaient de leurs habitants, contraints de se déplacer plus au sud, dans la plaine.
Sur des charriots chargés de ce qu’ils jugeaient indispensable, des enfants, des femmes et des vieillards s’acheminaient vers l’ailleurs, dans l’espoir de retrouver, au retour, leurs maisons, leur église et leurs compagnons le plus tôt possible.
Les ennemis infligeaient des humiliations quotidiennes à ces émigrés sans ressources ; plus tard la déroute de Caporetto du 24 octobre 1917 avait mis à mal le rêve de libération du Trentin et du Frioul et l’unité nationale semblait irréalisable. Néanmoins au début de l’année 1918 et sous les ordres du Général Diaz, l’armée italienne mieux organisée qu’auparavant se prépare à vaincre l’ennemi avec des soldats mieux formés sur le champ de bataille, un matériel plus moderne fourni par les industries italiennes du nord et la nouvelle stratégie des forces armées qui redonne du courage aux militaires.
Dans cette région les ordres se multiplient sans laisser de trêve aux opérations de guerre imminentes et pendant ses missions Nino trouve quelques moments pour donner de ses nouvelles par des messages rapides et concis qui tiennent Jannette au courant de ses déplacements tout au long du mois de mars.
« Avant de partir d’ici je veux te dire encore que mes pensées affectueuses te suivent à chaque instant, chaque jour. Demain je t’écrirai en attendant tes mots qui me sont si précieux.
Tu peux m’écrire à :
Villa Zorzi
Corps lance bombe
18ème Compagnie – 5° Fantassins. »
A Vérone on réclame des officiers en nombre, écrit-il d’Avio une semaine plus tard et il ajoute :
« Beaucoup de travail encore pour achever la préparation de la troupe, qui partira cette nuit. »
Je pense à cette marche de cinq à six heures en montagne et à ma jambe qui me fait drôlement souffrir. Je suis fatigué, ma chérie, et demain je dois reprendre encore la route.
Chaque écrit lui rappelle Jannette et leurs étreintes et annonce son retour au pas de charge.
Nino compte les jours qui les séparent d’une halte à l’autre ; quand reviendra-t-il ? difficile à dire ; les nouveaux événements exigent la présence continue des officiers ; on pourrait le retenir loin de son poste à la Villa Zorzi de San Pietro in Carniano.
Les nouvelles recrues augmentent considérablement le nombre des soldats prêts au combat.
Nino ne compte plus les déplacements et ses messages, écrits à la hâte et souvent sans explications :
« Je te réponds d’Avio, en attendant les ordres, pour te rassurer au sujet de ce que tu viens de m’écrire ; je voudrais te parler longuement de tes soupçons à mon égard : il n’en est rien, crois-moi et profitons mieux du peu de temps qui nous est imparti. »
Ces mots laissent Jannette dans le doute, car, loin de son amoureux, elle se demande s’il ne lui cache une partie de sa vie.
L’hiver semble se prolonger avec ses journées grises et monotones et l’absence de Nino plonge Jannette dans une solitude profonde.
A San Pietro in Cariano elle poursuit son travail de bureau, encore plus fatigant qu’avant, car quelques employés ont rejoint les unités prêtes à partir, en lui laissant une charge supplémentaire à laquelle elle doit faire face ; seule, elle pense souvent à ses frères, à ses sœurs éloignés et sans leur père disparu.
Celui-ci était propriétaire d’oliviers et de vignes que le climat doux du lac de Garde favorise et il produisait vin et huile pour son commerce. La famille, originaire de Tignale, un bourg à cinq cents mètres au-dessus de la rive occidentale, s’était mise en affaires et vendait ses produits dans les régions limitrophes, en Lombardie et en Vénétie.
A chaque envoi de marchandises et selon l’administration italienne, il devait régler les taxes de douane au bureau des impôts de San Pietro in Cariano, près de la gare du chemin de fer, ce qui facilitait le déplacement des produits vendus et les démarches administratives des commerçants.
Il y passait souvent pour expédier sa marchandise ; les employés comptaient sur sa compétence en affaires pour débrouiller les situations délicates, si bien que le percepteur l’avait nommé conseiller rattaché à ce bureau tout en gardant son activité commerciale.
Il avait sept enfants, deux garçons qui étudiaient dans un internat à Vérone, et cinq filles dont trois placées dans une institution pour jeunes filles à Bardolino, petite ville au bord du lac de Garde ; les deux filles plus jeunes, encore enfants vivaient avec les parents à Tignale, dans la maison familiale, que le père rejoignait entre un voyage et l’autre.
Ses terres, héritées de génération en génération, lui avaient assuré une aisance confortable grâce à son commerce dynamique, mais à cinquante-deux ans à peine la mort l’avait arraché à sa famille.
Giannina, âgée de vingt ans, aînée de la fratrie, prit rapidement la place du chef de famille, en gardant l’emploi au bureau des impôts de San Pietro in Cariano,

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