Les mots d’amour, je les aime tant
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Français

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Description


C’est l’histoire d’un homme infidèle, d’une femme bafouée.



C’est l’histoire d’un homme qui aime jouer au poker, d’une femme qui aime les mots d’amour.



C’est l’histoire d’un pacte du silence, d’un cheminement intérieur accompli dans la solitude du coureur de fond.



C’est l’histoire d’une bataille gagnée au forceps, car apprendre à désaimer est un chemin long et douloureux.



« Ce qui se construit avec le temps demande du temps pour se déconstruire. Attachement, arrachement, détachement, dans ce processus de l’amour qui naît et qui meurt, je suis seulement au stade de l’arrachement, et à la douleur qui va avec », dit la narratrice.



C’est l’histoire d’une victoire.


Née au Viêt-Nam, Tuyêt-Nga Nguyên a fait ses études supérieures en Belgique, a vécu aux États-Unis où elle a participé à l’accueil des boat people, a habité en Afrique où elle a enseigné à l’École belge, un parcours qu’elle résume en quatre mots : j’étais globalisée avant l’heure. Devenue Belge par adoption à la fin de la guerre du Viêt-Nam (1975), elle est venue à l’écriture en 2007, comme à un rendez-vous avec l’évidence et maintes fois postposé. Ses premiers livres, des romans historiques, sont consacrés à son pays d’origine et forment une trilogie. Le premier volet (Le journaliste français ) obtient le Prix des Lycéens et le Prix Soroptimist, les deux autres ( Soleil fané , Les Guetteurs de vent) sont finalistes de divers prix, dont celui de la Fédération Bruxelles-Wallonie 2016. Elle vit aujourd’hui à Bruxelles.


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Informations

Publié par
Nombre de lectures 21
EAN13 9782507055974
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0060€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Une partie de cet ouvrage a été rédigée à la Maison des Écrivains Marguerite Yourcenar en France.
Avenue du Château Jaco, 1 - 1410 Waterloo www.renaissancedulivre.be Renaissance du Livre @editionsrl Les mots d’amour, je les aime tant Tuyêt-Nga Nguyên tyanaswan@hotmail.com Couverture : Emmanuel Bonaffini Mise en page : Josiane Dostie ISBN : 978-2-50705-597-4
© Renaissance du Livre, 2018 Tous droits réservés. Aucun élément de cette publication ne peut être reproduit, introduit dans une banque de données ni publié sous quelque forme que ce soit, soit électronique, soit mécanique ou de toute autre manière, sans l’accord écrit et préalable de l’éditeur.
Tuyêt-Nga Nguyên
Les mots d’amour, je les aime tant
À Dog
Prologue
J’habite entre ciel et terre. De ma fenêtre, la vue ne se heurte pas à la jointure de ces deux forces. Une vaste prairie me la dérobe dont le s lignes douces font penser aux rondeurs de l’enfance. Quand le temps est favorable , des chevaux y galopent sous le regard tranquille des vaches qui ruminent leurs pen sées en même temps que leur nourriture, une herbe que je devine grasse et tendre. En hiver, la neige venue, la prairie se couvre d’un manteau blanc sur lequel se dressent, immobiles et amaigris, les arbres dépouil lés de leur feuillage. Leurs têtes griffent la peau du ciel et me dessinent un horizon dentelé, à l’image de l’existence et ses aspérités. Quand arrive le printemps, le vent m’apporte le cra quement des branches gonflées par la sève nouvelle. Le lait de la terre accomplit son voyage fixé depuis l’éternité. Vigoureux et tenace, il perce l’écorce encore roidi e. Là où il suintera écloront feuilles et fleurs, d’où nous viendront fruits et miel. L’été, la nature à son apogée ploie sous le poids d e l’exubérance. Le soleil ardent brouille pistes et frontières. L’or qu’il jette met le feu au désir. Le désir source de souffrances, mais aussi de vie. Rien ne continue. L’automne est là. Les feuilles ro ugeoient, s’empourprent, flamboient. Au crépuscule, la prairie s’embrase et prolonge un ciel agonisant en rouge et noir, dans une beauté qui me transperce. Puis revoilà l’hiver, sa splendeur, sa blancheur, l a virginité originelle. L’éternel recommencement. C’est ici, devant ce panorama changeant mais toujou rs éblouissant, que j’ai retrouvé ma paix. Elle m’avait quittée, par un soir comme un autre, par un soir comme celui-ci, un soir d’été. C’était en 1997. Je peux l’affirmer avec certitude, car cette année-là mourait la princesse de Galles, Lady Diana Spencer, ou Lady Di , après que la voiture dans laquelle elle se trouvait, prise en chasse par les paparazzi , s’était écrasée à vive allure contre la paroi d’un tunnel parisien. Épouse de l’héritier de la Couronne, Diana était promise à un destin de reine. Point aimée par son prince, qui n’ avait jamais cessé d’aimer une autre et dont elle finit par divorcer, elle n’était guère qu e la princesse triste, ainsi qu’on la surnommait. Mais elle était reine dans une multitud e de cœurs conquis par sa grâce et sa beauté puis touchés par ses rêves fracassés. Et sans surprise, sa disparition dans la fleur de l’âge – elle avait 36 ans – souleva une va gue d’émotion planétaire. Des messages de sympathie affluèrent des quatre coins d u monde. Des montagnes de fleurs furent déposées devant la grille de Kensington Pala ce, sa résidence londonienne. Sous la pression populaire, Buckingham Palace organisa d es funérailles nationales pour rendre hommage à celle que sa belle-mère, Sa Très G racieuse Majesté, n’avait pas non plus choyée. Mais la foule était là, au rendez-vous , venue de tous horizons pour dire adieu à sa Dame de cœur. Composée pour Marilyn, dis parue elle aussi dans la fleur de l’âge dans des circonstances tragiques – et toujour s non élucidées –, la chansonCandle in the Wind fut adaptée pour rendre hommage à Diana. À sa sort ie, interprété par Elton
John, le titre pulvérisa les records de vente et pa ssait en boucle sur les ondes, et à chaque fois que je l’entendais, j’avais envie d’êtr e morte moi aussi, non pas pour être regrettée par la terre entière, mais parce que j’as pirais à la paix éternelle en quittant cette vie. Aujourd’hui, cette idée me fait sourire, et il m’ar rive, en surprenant mon reflet dans la vitrine d’un grand magasin, de me demander si cette femme que je vois, le pas long et l’allure dynamique, est bien celle que je fus, l’ép ouse dévastée, désespérée, quémandant des pilules pour dormir et oublier. Oui, elle fut moi. Je fus elle. Le vent a soufflé, très fort, mais pas assez pour é teindre la bougie. Malmenée, fouettée, couchée, sa flamme s’est redressée, timid e et vacillante d’abord, droite et fière ensuite. Le contraire eût été dommage, car que n’au rais-je pas raté si elle ne s’était pas relevée ! C’est ce que je me dis, c’est ce qu’on se dit. Après. Quand les passions sont éteintes et les cendres, froides. Quand le douloureux cheminement est terminé. Quand, attachement, arrachement, détachement, le cy cle est complété. Quand l’histoire est devenue ancienne et qu’une autre a commencé. Ce soir, pourtant, je me souviens. Comment m’en empêcher, après ce que je viens d’apprendre ? La vie ne cessera jamais de m’étonner. Je suis fatiguée : j’ai marché toute la nuit pour s emer ton souvenir. Assise sur un banc, abrutie malgré moi par l’approche du matin, j e cesse de me rappeler que j’essaie de t’oublier. Marguerite Yourcenar
Ce soir de juin 1997, deux mois et demi avant la mo rt de Diana survenue le 31 août, Fernando est revenu dans ma vie. Je l’aurais bien t ué. Mais il était déjà mort. Et c’est lui qui me tue, de sa tombe. Né dans un Far West saisi par la fièvre de l’or, de la race des desperados pour qui la vie, y compris la leur, ne valait pas un peso, tira nt plus vite que dix Lucky Luke locaux réunis, Fernando tuait déjà de son vivant, à tour d e bras. Quand il avait le temps, il y mettait la manière, et la Californie se souvient en core de ce jour funeste et lointain où son irruption dans un saloon à la façon d’un Lee Va n Cleef en brute finie ou, pire, d’un Clint Eastwood en justicier fâché effraya tant la s alle qu’elle se signa, croyant sa dernière heure venue. Le front ombrageux sous le bord de son Stetson, les mains frôlant les pistolets accrochés à son ceinturon, la poitrine ba rrée de chapelets de cartouches, il s’en amusa comme un gamin, puis lança à la ronde un «Hi guys! » qu’il accompagna d’un large sourire, lequel lui creusa deux belles fosset tes dans les joues, ce que voyant, la salle derechef se signa, remerciant le Seigneur pou r le sursis. «My name is Fernando and I come from New Mexico.» La politesse ! Une denrée encore plus rare que l’ or, dans le coin ! La salle sourit, aux anges. «I kill people for money but you, you are my friends... » La salle leva son verre à sa santé. Il dégaina de s deux mains : « …and I’ll kill you for nothing, ha ha!» et tira. Cette histoire m’a été racontée par mon mari, il y a quelques années. Ce soir, elle est devenue la mienne. Faut-il le préciser ? Je ne suis pas du bon côté des revolvers. La place est occupée par mon mari. Moi, je suis au tap is, comme lesfriendsde Fernando, et ce ne sont pas des coups de feu qui m’y ont expédié e, mais des mots. Les mots sont pires que les balles : ils ne ratent jamais leur cible.
–Chérie, j’ai quelque chose à te dire, m’a-t-il ann oncé, après le dîner.
Nous étions dans la cuisine, lieu de nos repas en f amille. Nos trois garçons venaient de quitter la table pour la pièce à côté, où nous l isons, écoutons de la musique, regardons la télé ou bavardons et que nous appelons « petit salon » pour le distinguer du « grand », où nous recevons. Dans une quinzaine de minutes, le temps de finir tranquillement notre verre de vin en discutant de c hoses et d’autres, travail, école, projets, nous irions les rejoindre. Nous resterions avec eux jusqu’à l’heure de leur coucher, les embrasserions pour la nuit. Plus tard, sur le chemin de notre chambre, nous irions jeter un œil dans les leurs pour voir si tou t allait bien, et plus tard encore, nous éteindrions notre lumière et glisserions ensemble d ans le sommeil, jusqu’à l’arrivée du nouveau jour. Ainsi le veut la routine, hiver comme été. Ce soir, c’était l’été. Chaude, lumineuse et longue, la journée avait été magnifiqu e. Assise contre la fenêtre basse aux volets grands ouverts, je la regardais s’en aller, légère et parfumée. Je pouvais aussi apercevoir, de l’autre côté de son champ jouxtant n otre jardin, le fermier rentrer ses bêtes lentement, sans se presser, sa silhouette se découp ant sur un ciel orangé glissant lentement vers le mauve. Ensuite viendrait le bleu, le bleu qui annonce la nuit, le bleu nuit, qui serait piqueté d’étoiles car le ciel étai t clair. Tant de beauté à notre fenêtre. Je ne m’en lasserais jamais. J’allais lui en faire la réf lexion, une énième fois. Je n’en ai pas eu le temps. Il m’a devancée : –Chérie, j’ai quelque chose à te dire. –Moi aussi, ai-je répondu, le regard toujours par l a fenêtre. –Je veux que tu saches d’abord une chose : je t’aim e et t’aimerai toujours, quoi qu’il arrive, nous vieillirons ensemble, comme nous l’avo ns toujours dit. Quel sentimentalisme, soudain. Était-ce l’effet de l’été ? Mais je n’allais pas m’en plaindre. Qui s’en plaindrait ? –J’y compte bien ! J’ai tourné la tête vers lui, un sourire radieux aux lèvres. Et maintenant, je t’écoute : qu’as-tu à me dire ? –Cela va te faire très mal.
J’ai pensé à sa santé, car il venait de faire un ch eck-up approfondi dont les résultats avaient dû lui être communiqués le matin. J’ai pens é à ses affaires, qui étaient en fort mauvais état. J’ai pensé à tort et à travers, car voici ce qu’il m’a dit, après ses jamais et ses toujours : –Je vois une femme depuis six ans. Elle vient d’avo ir un enfant de moi. Il est né il y a dix jours. J’ai éclaté de rire. Mon mari aime raconter des histoires drôles. Il les ramasse à foison Dieu sait où et les teste sur moi, qui m’y prête volontiers. Cela se pa sse généralement après le dîner, durant notre quart d’heure à deux. Si je m’esclaffe, elles sont prêtes pour d’autres oreilles, et je m’esclaffe souvent, car il a un talent fou. Fernand o, par exemple, m’a pliée en deux. « But you, you are my friends, and I’ll kill you for nothing!» Il fallait d’abord la trouver, celle-là, et ensuite voir l’artiste en action. Mais d’où sortait-il ces mimiques plus vraies que nature, cette voix rocailleuse sentant la poussière et le désert chauffé à blanc, cet accent californien, nasillard comme il se devait ? Le rest e est à l’avenant. Il entre dans la peau de ses personnages avec tant de naturel que trois f ois sur quatre, je prends pour de la réalité ce qui n’est que fiction, d’autant qu’il dé marre ses histoires sans avoir l’air d’y toucher, les introduisant d’un « Tu sais quoi, il e st arrivé un accident au bureau » ou d’un « Hier, un inconnu m’a abordé dans la rue », etc. J e l’écoute avec sérieux, compatis, m’indigne, et son récit terminé, il s’exclame, l’œi l malicieux : « Ah, je t’ai eue, comme d’habitude ! », « Mais tu avales tout ce que je dis , c’est pas croyable ! » Ce soir, il n’en aurait pas l’occasion, ce soir, je l’avais percé à jour. Il y avait bien son menton qui
tremblait légèrement comme s’il allait pleurer, ses épaules qui s’affaissaient comme sous le poids de toutes les infidélités commises dans le monde, mais ce n’étaient qu’artifices de comédien, et c’était pour lui faire comprendre q ue cette fois, il ne m’avait pas « eue », que cette fois, je l’avais démasqué, que j’ai éclaté de rire. Mais il ne comprenait pas. –Chérie, tu as entendu ce que je viens de dire ? –Oui : tu viens d’avoir un enfant avec une autre fe mme. –Et cela te fait rire ? –Oh, arrête les frais, c’est une blague. Et une trè s mauvaise, en plus. Mon conseil : ne la raconte à personne, on ne te croira pas ! Il m’a regardée comme on regarde toute la misère de la terre. –Comment peux-tu penser que je pourrais te faire un e blague pareille ?
Sa voix était tendre, assez tendre pour que mon rir e s’éteigne, pour que le doute m’envahisse, pour que mes certitudes s’effondrent. Pour que je le croie. On dit que ceux qui se savent en train de mourir re voient en un éclair toute leur vie. J’ai revu notre première rencontre. Les étudiants e n médecine donnaient une soirée dansante. Venue avec des potes, dont mon petit ami, je n’avais pas remarqué celui qui, comme il me l’apprendrait plus tard, flasha sur moi dès mon arrivée et ne me quitta plus des yeux. Le DJ mettait surtout de la musique qui d éménage, comme on dit de nos jours. Quand enfin arriva un slow et que les spots s’adouc irent et que l’ambiance se fit plus intime, il surgit à mes côtés et sans aucun préambu le, me demanda : « Tu danses ? » Prise de court, je me tournai vers mon copain. Bon prince, celui-ci me fit signe d’accepter. La danse finie, il me reconduisit à ma place, ne s’en alla pas, posa sa main sur mon épaule. La bande le remarqua. Mon copain m’ entraîna sur la piste. Nous y gesticulâmes une bonne dizaine de minutes. À notre retour, il était toujours là. Il laissa mon épaule tranquille, mais lorsque je quittai la s oirée, il me suivit et me barra le chemin : « Quand pourrai-je te revoir ? » Il n’avait pas d emandé s’il pouvait me revoir mais quand, nonobstant ma main dans celle de mon ami. So n air sûr de lui me déplut, ainsi que son insolence. Je ne répondis pas. Il insista. Mon ami commença à s’énerver. « Je déjeune parfois au resto U », finis-je par lâcher a fin qu’il me lâche. Le resto étant fréquenté par des centaines d’étudiants, ses chance s de m’y apercevoir étaient celles de trouver une aiguille dans une botte de foin. Non, m ais pour qui se prenait-il ? Vingt-cinq ans ont passé depuis lors, dont vingt de mariage, et trois enfants nous sont nés. Il venait d’en avoir un quatrième, mais pas av ec moi. Un instant oublié, le présent a rappliqué, cruel et brutal. Une lame s’est enfoncée dans ma chair et m’a traversée de part en part, lentement, en prenant tout son temps. La douleur m’a crucifiée. Et comme l’avaient sûrement fait les « amis » de Fernando av ant de mourir, j’ai porté la main à mon cœur et ai demandé : –Pourquoi ? « Pourquoi ? » ne sert à rien quand le mal est fait , quand aucune réponse ne peut nous apaiser, quand c’est trop tard. Il s’est penché en avant. Vers moi. Sans que je ne lui aie rien dit, mon corps s’est rejeté en arrière, a quitté la table, s’est éloigné de lui, à reculons. Mon cœur en loques a suivi, cahin-caha. Je ne voulais pas fuir. Seulemen t mettre de la distance entre lui et moi, comme on s’écarte d’un danger, comme on veut échapp er à une menace, comme on se protège d’un ennemi. Alors qu’il était mon havre et mon abri, mon mari et mon ami. La cuisine est grande, dans les trente mètres carré s. J’ai continué à reculer, jusqu’au moment où, me rentrant dans le dos, le tranchant d’ un tiroir ouvert m’a arrêtée. J’étais à quatre mètres de lui. Lui, inerte sur sa chaise, le s épaules toujours voûtées, le menton
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