Mascarade (Croc-Odile II)
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Description

Après un voyage scolaire estival mouvementé, Cassandre, Grégory, Marie-Odile et les autres rentrent chez eux. Si certains sont plutôt soulagés des changements survenus, pour d’autres, c’est l’enfer qui commence. Marie-Odile doit assumer les conséquences de son mensonge, Cassandre est harcelée par Jeff qui n’arrive pas à digérer leur rupture, les incidents se multiplient autour de la pièce de théâtre de fin d’année et c’est l’heure pour tout le monde de penser à l’avenir.
Jeff laissera-t-il Cassandre tranquille ?
Marie-Odile aura-t-elle enfin la possibilité de vivre sa vie ?
La pièce de théâtre pourra-t-elle avoir lieu malgré de nombreuses péripéties ?
Cette année de terminale sera décisive pour tous !
« Mascarade », suite de « Croc-Odile », plonge dans le quotidien des lycéens au travers des regards des différents personnages principaux.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 16 mars 2015
Nombre de lectures 293
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0026€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

MASCARADE
Croc-Odile II

Audrey & Natacha AJASSE



© Éditions Hélène Jacob, 2015. Collection Littérature . Tous droits réservés.
ISBN : 978-2-37011-296-5
Préface


Pour ce livre comme pour le précédent, nous avons choisi d’offrir un point de vue particulier au lecteur. En effet, l’histoire est racontée par les personnages eux-mêmes, à tour de rôle. Le nom du personnage que l’on suit est inscrit au-dessus du texte.

Liste des personnages principaux

– Cassandre : dans le premier tome, elle a rompu avec Jeff et s’est disputée avec une de ses amies, Lisbeth ; son meilleur ami est Grégory et elle s’est réconciliée avec Marie-Odile.
– Marie-Odile : elle a longtemps été le bouc émissaire de sa classe, mais à la fin du premier tome, sa situation s’est améliorée.
– Grégory : il est en couple avec Sandrine ; dans le premier tome, il s’est disputé avec Jeff et Lisbeth.
– Salim : il est très ami avec Cassandre et c’est un cuisinier hors pair.

Liste des personnages secondaires

– Sandrine et Bianca : ces deux amies s’occupent du club théâtre du lycée.
– Jeff : il n’accepte pas sa rupture avec Cassandre.
– Nathan : c’est le frère aîné de Grégory.

Résumé du tome précédent

La classe de 1 re littéraire du lycée de Kenmare est partie en voyage scolaire pendant trois semaines en août. Marie-Odile, le bouc émissaire, a fait une crise de nerfs suite à un incident lors de l’anniversaire de Cassandre. Dans une tentative désespérée de reconnaissance, elle a accusé à tort le professeur d’EPS de l’avoir violée. Lorsque la vérité a éclaté, les élèves ont fomenté un complot visant à la ridiculiser : Grégory devait la séduire pour l’amener à se déshabiller tandis que les autres prendraient des photos et les enverraient à ses parents, très stricts et très religieux. Mais Grégory, suivi de la plupart de ses camarades, finit par se rendre compte que Marie-Odile n’est pas le monstre qu’il imaginait et le complot tombe à l’eau, provoquant la séparation de Jeff et Cassandre, mettant un terme à l’histoire d’amour naissante entre Grégory et Lisbeth. Le premier tome s’achève par le retour des élèves chez eux.
« Personne ne peut porter longtemps le masque »
Sénèque
Chapitre 1


« Ce qui reste de tous les voyages est le parfum d’une rose fanée. »
Cavidal Tumerkan

Août

Narrateur O

Un soleil insolent illumine Kenmare lorsque le bus arrive. Les parents attendent devant le lycée. Tous, ils sont impatients de revoir leurs enfants pour pouvoir discuter avec eux du voyage, les féliciter d’avoir été en finale du concours… Tous, ils sourient, parfois pleurent d’émotion. Tous sauf deux qui, le visage fermé, attendent comme le bourreau attend le condamné à mort.

Marie-Odile

Le car s’arrête et le courage me manque. Pourtant, il va bien falloir descendre et retrouver mes parents. Je n’ose même pas imaginer l’accueil qu’ils me réservent. Chancelante, je sors du bus et me dirige vers les deux statues de marbre que j’aperçois de l’autre côté de la rue. Ils ne sourcillent même pas quand j’arrive près d’eux. Au moment où je vais leur dire bonjour, ils se détournent et s’avancent vers le bus, me laissant seule à côté de la voiture. Je m’attendais à tout sauf à ça… Je n’entends rien de ce qu’ils disent, mais à leurs gestes, je devine que la discussion est des plus animées. Mon père est rouge brique, ma mère fait de grands gestes et madame Dumont n’est pas en reste. Le seul qui est immobile et muet, c’est monsieur Darchov. Le pauvre, il regarde ses chaussures, visiblement mal à l’aise. Je suis tellement désolée… J’ai eu beau repenser à la soirée d’anniversaire de Cassandre dans tous les sens, je n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi j’ai dit ça… J’aimerais remonter le temps et changer les choses, mais c’est impossible et le moins que je puisse faire maintenant, c’est d’assumer les conséquences de ce que j’ai fait. Toutes les conséquences.
Mes parents finissent par revenir et montent dans la voiture, sans un mot. Indécise, je m’installe sur la banquette arrière, ne sachant pas trop si c’est ce que je dois faire. J’ai posé ma valise à côté de moi, le coffre n’était pas ouvert.
Mon père démarre et c’est ma mère qui parle la première. Toujours sans me regarder, elle annonce d’une voix funeste :
Tu resteras au lycée ici pour ta terminale parce qu’il n’y a plus de place dans aucun des pensionnats que nous avons contactés. Et ça tombe très bien, finalement, parce que nous allons pouvoir te surveiller de près et ainsi tu ne pourras plus nous déshonorer comme tu l’as fait.
Soudain, elle s’interrompt et ricane avant de reprendre d’un ton railleur qui me glace le sang :
Trois semaines ! Il ne t’aura fallu que trois semaines ! Et dire qu’on t’avait envoyée à La Rochelle pour éviter ce genre d’humiliation… Traînée !
Mon père ajoute, très calme :
Le matin et le soir, tu seras accompagnée pour aller au lycée et en revenir. Le midi, tu mangeras à la maison. Nous avons vu avec le proviseur : où que tu sois, quoi que tu fasses, au lycée comme à la maison, tu seras épiée et nous serons immédiatement informés de tes faits et gestes. Mais tu t’en doutes, nous avons bien autre chose à faire que de passer notre temps à surveiller une petite garce comme toi. C’est donc une gouvernante qui s’occupera de cela pour nous. Et si tu fais le moindre faux pas avant tes 18 ans, tu finiras ta terminale enfermée à la maison. Et après ton bac, tu dégages !
Le silence s’abat sur moi, pesant, et je prends pleinement conscience de ce qui m’attend. Le sentiment de culpabilité que j’avais déjà m’empêche presque de respirer, à présent, mais j’ai mérité tout ça.
Quelques minutes plus tard, je franchis la porte d’entrée et me retrouve nez à nez avec une femme d’une cinquantaine d’années, aux cheveux grisonnants enfermés dans un chignon strict. Elle porte un tailleur anthracite et des bas en laine. Elle me dit :
Montez dans votre chambre, vous y trouverez la liste des tâches à accomplir dans la journée.
Je gravis péniblement les marches de l’escalier, traînant derrière moi mon ignoble valise. Ma chambre est telle que je l’ai laissée, vide et impersonnelle. Je jette rapidement un œil à la fameuse liste des choses à accomplir et retiens difficilement un soupir : l’année va être très, très longue. Repasser le linge, faire la lessive, balayer l’escalier, passer l’aspirateur dans la maison…
Chapitre 2


« C’est au bout de la vieille corde qu’on tisse la nouvelle. »
Proverbe africain

Septembre

Cassandre

J’arrive dans la cour du lycée de très bonne humeur. Après deux mois de vacances et trois semaines éprouvantes, j’ai hâte de reprendre les cours ! J’aperçois un attroupement de visages familiers autour de l’un des panneaux d’affichage dispersés dans la cour. Il n’y a pas trop de suspense pour les terminales L, puisqu’il n’y en a qu’une dans le lycée. Ce qui nous importe, c’est de connaître le numéro de la salle dans laquelle nous allons faire notre pré-rentrée et le nom de notre professeur principal. Dès qu’il m’aperçoit, Salim me crie :
Salle B212 !
Avec qui ?
L’année dernière, c’était madame Dumont, notre professeur de français, qui était aussi notre professeur principal. J’aimerais bien que ça change, cette année. Après tout ce qu’il s’est passé à La Rochelle…
Salim répond :
Monsieur… Lagarde !
Un nouveau ? Cette annonce attise ma curiosité et j’ai hâte de savoir quelle matière il enseigne. La philo peut-être, ou la littérature… Je fais la bise à tout le monde – Grégory, Sandrine, Bianca, Salim – et je demande :
Quelqu’un l’a vu, ce nouveau prof ? Il ressemble à quoi ?
Mystère ! me répond Salim. J’ai demandé aux autres et on ne sait même pas qui il remplace !
Le silence se fait et, un instant, je me demande si ce n’est pas monsieur Darchov. Je lève les yeux et je constate que Salim se pose exactement la même question.
Bon, de toute façon, on sera bientôt fixé ! s’exclame-t-il. Je ne t’ai pas vue la semaine dernière, tu es partie en vacances ?
Oui, on peut dire ça ! J’avais une randonnée avec le club. On est parti cinq jours et on est allé jusqu’à la baie d’Audierne.
À cheval ? Tout ça, vous l’avez fait à cheval ? demande Salim, incrédule.
Oui, je réponds en riant, pas à pied ! C’était la première fois qu’on partait aussi longtemps et je dois dire que ça m’a bien plu, mais je ne te raconte pas les courbatures, les bleus et la fatigue !
J’imagine ! dit Salim. Mais ça devait quand même être sympa !
Oui et puis j’étais avec Clovis, tu sais, le selle français que je monte en compétition. Tu te souviens quand tu es venu me voir au jumping de Quimper, l’année dernière ? C’est lui que je montais !
Je crois, c’était le grand cheval roux ?
J’acquiesce et demande :
Et toi, tu as fait quoi cette semaine ?
Rien de spécial, j’ai cherché des passerelles pour faire une formation en cuisine après le bac, mais il n’y en a pas des masses… Et j’ai essayé le kitesurf ! Je me suis éclaté, il y avait un vent à te décoller les oreilles. C’est puissant comme truc ! Ça donne des sensations de malade !
Je regarde ma montre, il est presque 9 heures et il va falloir y aller. J’aperçois Marie-Odile et lui fais signe de se joindre à nous. Elle a l’air soulagée de me voir et nous rejoint rapidement.
Ça a été, ta semaine ?
Je lui demande ça pour la forme, pour lui donner une occasion d’en parler si elle en a envie. Je sais très bien que ça a dû être l’enfer.
Pas vraiment. Mes parents sont très en colère. Ils ne me parlent plus du tout et j’ai une gouvernante maintenant… Mais j’ai mérité cette punition.
Je vois bien qu’elle n’a pas envie de s’attarder et je change de sujet. Nous essayons toutes les deux d’imaginer notre nouveau prof quand Salim nous interrompt :
Venez, on va être en retard !

Marie-Odile

En entrant dans la salle, j’ai une seconde d’hésitation. Et si ça recommençait comme avant ? Et si je me retrouvais de nouveau mise à l’écart ? Mes doutes sont balayés quand Cassandre me prend par le bras et m’entraîne avec elle au premier rang. Elle me chuchote :
Tu as vu la dégaine du prof ?
Nous gloussons toutes les deux et j’ai l’impression de vivre un rêve. Grégory et Salim s’installent derrière nous ainsi que Bianca et Sandrine. Je me rends compte que, pour une fois, je fais partie d’un groupe. Sereine, j’ai à présent tout le loisir d’observer monsieur Lagarde. C’est vrai qu’il a une allure plutôt étonnante. Il est grand, très mince, il a de longs cheveux châtains bouclés et surtout il est habillé tout en noir : la chemise, le jean, les chaussures et même les chaussettes. Quand il prend la parole, le silence se fait automatiquement dans la salle. Il annonce :
Voici votre emploi du temps. Je suis monsieur Lagarde, votre professeur d’anglais. Les cours recommencent lundi à 8 h 30 précises. Cette année, vous passez le bac, j’attends de vous un sérieux exemplaire : pas de retards, pas d’absences injustifiées et un comportement irréprochable.
Alors qu’il finit sa phrase, on frappe à la porte et Jeff entre, sans attendre la réponse du professeur.
Vous êtes ? lui demande sèchement monsieur Lagarde.
Jeff Stevens.
Eh bien, Jeff Stevens, vous êtes en retard et je viens de dire que c’est intolérable. La prochaine fois, vous aurez une heure de retenue. Autre chose, vous êtes entré alors que je ne vous y avais pas autorisé. Ressortez et faites ça correctement !
Jeff est rouge de honte, mais il obtempère. Ce n’est pas comme s’il avait le choix. À côté de moi, Cassandre secoue la tête, exaspérée.

Grégory

Je joue sur mon téléphone en attendant que Cassandre et Sandrine aient fini de prendre leurs livres. Jeff est assis à côté de moi, mais je l’ignore ostensiblement. Je n’ai aucune envie de discuter avec lui. Comme j’aligne les bonbons sur mon écran, très concentré, je ne vois pas Jeff se lever. Il saute sur Cassandre et aboie :
Il faut qu’on parle !
Cassandre souffle :
Mais qu’est-ce que tu veux qu’on se dise de plus ?
Il faut qu’on trouve une solution, ça ne peut pas continuer comme ça !
Continuer ? demande Cassandre, lasse. Notre couple, c’est du passé, fais le deuil de tout ça, passe à autre chose !
Non ! Je te dis que ce n’est pas possible !
J’interviens, voyant que la situation est sur le point de dégénérer :
Bon, elle a été claire, alors maintenant tu te casses, on a un week-end à préparer ! Vous venez, les filles ?
Cassandre et Sandrine m’emboîtent le pas et nous allons retrouver Nathan au coin de la rue. Jeff nous suit du regard, amer.
Chapitre 3


« Le malheur cherche la solitude ; le bonheur est expansif. »
La Rochefoucauld

Marie-Odile

Le Seigneur a dit à l’Accusateur : « Tu as sûrement remarqué mon serviteur Job. Personne ne lui ressemble sur la Terre. C’est un homme droit, on n’a rien à lui reprocher. Il me respecte et il évite le mal. » L’Accusateur a répondu : « Si Job te respecte, à ton avis, est-ce que c’est sans raison ? Tu le protèges de tous côtés comme avec une clôture, lui, sa famille et tout ce qu’il possède. Tu as béni tout ce qu’il a fait et ses troupeaux couvrent tout le pays. Mais touche un peu à ce qu’il possède. Et il te maudira en face, j’en suis sûr ! », lit le prêtre.
Je connais ce passage du livre de Job depuis toujours. Comme une grande partie de la Bible, d’ailleurs. À force de prendre part à ces séances de lectures organisées par la paroisse, j’en viens à trouver ça ennuyeux. La première année, c’était intéressant, j’avais 14 ans et ça me faisait du bien d’échanger avec des jeunes de mon âge sans être jugée. Mais depuis, j’ai assisté à toutes les lectures du prêtre et j’aurais envie d’ouvrir mon horizon. J’ai fait le tour de ce qui pouvait être dit sur les Saintes Écritures. Le prêtre me coupe dans mes pensées en me demandant :
Et toi, Marie-Odile, qu’en penses-tu ? Crois-tu que la foi puisse être détruite par le malheur ?
Ce que j’en pense ! Je n’en reviens pas… Son regard dégoulinant de pitié et sa voix charitable ne me laissent aucun doute : mes parents lui ont raconté ce que j’ai fait cet été et il tente de ramener la brebis égarée sur le droit chemin. Je l’enverrais bien paître en beauté, mais je me résigne à faire profil bas :
La vertu sans tentation n’est pas vraiment la vertu. Pour qu’il y ait du mérite à être vertueux, il faut que le malheur existe. Quant à la foi, elle ne peut être certaine que mise à l’épreuve.
Je retombe dans ma léthargie tandis que le prêtre s’extasie sur ma réponse. Plus que deux heures…

Grégory

Nous arrivons au parc accrobranche vers 10 heures, sous un soleil éclatant. Nous avons loué une cabane dans les arbres, le temps d’un week-end, pour décompresser avant la rentrée. L’intérieur est propre et très sobre. Nous posons les valises et partons immédiatement à l’assaut du premier parcours. Il est relativement facile même si le passage du filet du Capitaine Crochet se révèle assez impressionnant. À deux mètres du sol, ça tangue pas mal.
Le reste est une jolie promenade dans des décors magnifiques : nous survolons Londres avec l’ascension de Big Ben, puis nous montons dans les nuages, descendons dans la lagune et passons à travers l’arbre des enfants perdus.
Ce parc a ouvert l’année dernière et on en a énormément entendu parler. Je me demandais ce qu’il avait de plus que les autres pour justifier un prix d’entrée aussi élevé. Mais là, je ne suis pas déçu : alors que les parcs traditionnels proposent des parcours « écureuil », « marcassin », « chouette »… celui-ci offre des décors et des ambiances originaux.
Nous finissons le parcours Peter Pan par un saut dans le vide du haut de la planche du bateau pirate et enchaînons directement par Indiana Jones. C’est déjà plus difficile, les premières étapes sont à quatre mètres du sol et les dernières à plus de six mètres. C’est un parcours superbe, très diversifié. Nous passons sur le dos d’un gigantesque éléphant, à l’intérieur d’un anaconda, au-dessus d’un train, à travers un palais indien et dans une forêt amazonienne. Mais quand il faut redescendre en rappel sur plus de six mètres de dénivelé, j’avoue que j’ai des sueurs froides. Heureusement, il est déjà midi et nous allons pouvoir manger.
De retour à la cabane, nous récupérons nos pique-niques et nous installons sur la terrasse. La bouche pleine de chips, je dis :
J’ai flippé sur le dernier parcours… Pas vous ? J’ai cru que j’allais m’étaler comme une grosse crêpe le long de la paroi…
Moi aussi ! s’exclame Sandrine. Peut-être qu’on devrait rester sur des parcours plus simples cet après-midi… Celui de Peter Pan était vraiment sympa ! J’ai profité de l’ambiance plus que dans Indiana Jones, j’étais trop concentrée sur mes pieds.
J’ai vu sur la carte qu’il y avait des parcours faciles : ceux qui ont des noms de contes ou de dessins animés. Mowgli, ça me dit bien, ou Raiponce, mais c’est un mur d’escalade, pas une promenade, dit Cassandre.
Nathan se penche par-dessus l’épaule de Cassandre pour regarder le plan. Il dit finalement :
Va pour Raiponce ! Mais je pense qu’on aura le temps de faire aussi Mowgli avant la fermeture du parc.

Marie-Odile

Je regarde mon assiette sans appétit. Encore une fois, ma mère a préparé de l’agneau et des flageolets. Elle sait que j’ai horreur de ça, mais c’est une tradition, presque une obligation. Le week-end, c’est gigot haricots, point.
Mes parents discutent entre eux. Ma mère se plaint de ses trop nombreuses heures de TD qui l’empêchent de faire des recherches correctes :
L’année dernière, j’avais deux C.M. par semestre et deux T.D. {1} C’était parfait, ça me laissait le temps nécessaire pour mes recherches. Mon domaine est quand même particulièrement pointu et peu exploité ! Cette année, ils veulent me rajouter un TD sous prétexte que je ne fais pas le nombre d’heures légal ! On aura tout entendu ! J’y passe ma vie, à la fac ! Ils n’ont qu’à prendre des doctorants pour les faire, les cours ! Comme ça, on pourra se concentrer sur la recherche !
Mon père hoche la tête. La semaine dernière, il se plaignait lui aussi de ses étudiants qui lui prenaient trop de temps. Je sais qu’ils pensent que l’enseignement et la recherche devraient être deux disciplines bien distinctes. Comme personne ne me demande mon avis, je ne dirai pas ce que j’en pense. Pourtant, il me semble qu’à force de trop s’éloigner du terrain, on finit par perdre le contact avec la réalité. À quoi sert la recherche si ce n’est pas pour enseigner ?
J’avale mes haricots sans faire d’histoires, mais chaque bouchée me donne la nausée. À la fin de mon assiette, je prends discrètement un morceau de pain pour faire passer le goût.

Grégory

La nuit est tombée sur le parc et nous finissons tranquillement notre repas, attablés à l’unique restaurant : une crêperie. Les discussions vont bon train autour du dessert et je sens qu’il y a anguille sous roche. Nathan et Cassandre se connaissent depuis longtemps, pourtant, jusqu’à ce soir, je n’avais pas remarqué ce petit jeu de séduction entre eux. Ils se lancent des regards appuyés, mais détournent les yeux quand nous les regardons. Ce n’est plus qu’une question de temps avant qu’ils sortent ensemble.
Je ne peux pas m’empêcher d’avoir une pensée pour Jeff et, un instant, je me laisse gagner par la nostalgie. Je me souviens de la première fois qu’il m’a parlé de Cassandre. Il était véritablement amoureux d’elle et probablement l’est-il encore. L’ironie du sort est tout de même cruelle, quand on pense que toute sa relation avec Cassandre a été minée par sa jalousie sans fondement envers Nathan. Sans fondement, semblait-il…
Je balaye rapidement ces idées noires, agacé : Jeff a été l’artisan de son propre malheur. Je ne vais pas passer la soirée à me morfondre pour lui.

Marie-Odile

Je prends bien soin de fermer la porte de ma chambre avant d’allumer la radio. Tous les soirs depuis deux semaines, j’écoute les Miss Radio sur GP Station. Je suis tombée sur leur émission par hasard, le soir où on est rentré de La Rochelle. J’essayais de régler mon réveil et ça a été une révélation : des filles qui parlent aux filles de problèmes de filles. Pile ce dont j’avais besoin. Aujourd’hui, l’émission est consacrée au coup de foudre.
Bonsoir les filles ! Une petite chanson pour commencer l’émission en attendant vos appels : Saint-Germain de la Coudre, des Theil ! C’est un groupe normand qui monte en ce moment. Leur premier album est déjà disponible dans les bacs. Mais sans plus attendre, place à la musique !
Saint-Germain de la Coudre
Un soir de bal masqué au manoir
Je crois que j’ai le coup de foudre
Pour une belle dame en noir
Refrain :
Et ça tourne, tourne, tourne au son des violons
Je m’approche de toi, mais chaque fois
La foule t’emporte loin de moi
Dans un menuet, une valse, un tourbillon
Et ça tourne, tourne, tourne…
Je voudrais arrêter la musique pour que tu me remarques
Je voudrais qu’ils sortent tous avec leurs masques
Qu’il ne reste que toi et moi
Et que la nuit n’en finisse pas
Refrain
Mais tu quittes la piste de danse
Pour prendre l’air sur la terrasse
C’est ma chance, je me lance
Je saurai faire preuve d’audace
Soudain, ça tourne, tourne, tourne
Je m’approche de toi, mais tu disparais déjà
La foule qui danse s’évanouit pas après pas
Ce menuet, cette valse, ce tourbillon
Sont des fantômes d’autrefois
Tout comme toi…
Et mon cœur déchiré rentre vagabond.
Premier appel de la soirée : Mathilde, de Belfort.
J’ai rencontré Tiago récemment, c’est le grand frère d’une de mes amies. J’ai eu un coup de foudre, mais le problème, c’est que je n’arrive pas à savoir si c’est réciproque. Est-ce qu’il y a des signes qui ne trompent pas ?
J’écoute attentivement la réponse de l’animatrice :
En matière de coup de foudre, chacun est différent. Mais souvent, les pupilles se dilatent et il se peut aussi qu’il ait un sourire béat sur le visage quand il te regarde. Mais en fait, le seul vrai signe, c’est le temps que vous passez ensemble. Est-ce qu’il a envie de te voir ? Est-ce qu’il t’a demandé ton numéro de téléphone ? Les mecs ne sont pas comme nous, si une fille ne les intéresse pas, ils ne perdent pas leur temps avec elle.
Je médite longuement sur ce qui vient d’être dit : les hommes amoureux trouvent le moyen de passer du temps avec celle qu’ils aiment. C’est extrêmement banal comme réflexion et, en même temps, quand on en a pris conscience, on se rend compte que ça ne sert à rien de passer des heures à essayer de voir des signes partout. On gagne du temps et beaucoup d’énergie. On ne se fait pas de faux espoirs.
Avec un pincement au cœur, je repense au moment où j’ai cru que Grégory tenait à moi. Il montrait tous les signes d’un attachement réel. Je n’avais pas l’impression qu’il passait du temps avec moi à reculons. Et pourtant… Je regrette vraiment que tout ça n’ait été qu’une mascarade funeste destinée à me faire souffrir. J’étais sûre de ne pas avoir inventé la lueur que j’ai vue dans son regard. Et même encore aujourd’hui, alors que je sais que c’était un coup monté, je reste convaincue qu’une partie de l’intérêt de Grégory pour moi n’était pas feinte. On s’entendait vraiment bien et, plus ça allait, plus nous nous confiions l’un à l’autre. Il m’a dit des choses personnelles et, ça, il n’était pas obligé de le faire. Et puis, sa réaction à la fin, le fait qu’il refuse de m’humilier, qu’il se mette son meilleur ami à dos à cause de moi, ça veut bien dire quelque chose…
Chapitre 4


« Je suis le maître de mon destin, je suis le capitaine de mon âme. »
Henley

Cassandre

Concentrée sur ma lettre, je demande à Sandrine, assise à côté de moi :
Comment tu dis « demi-sœur » en allemand ?
Je ne sais pas… « half Schwester » peut-être ?
Comme la réponse ne me satisfait qu’à moitié, c’est à notre prof d’allemand que je demande finalement. Elle répond :
On dit Halbschwester. Lorsque vous aurez fini de rédiger la lettre pour votre correspondant, vous la lirez à vos voisins et vous corrigerez vos fautes mutuellement.
En début d’heure, notre prof nous a demandé d’écrire une lettre de réponse à nos correspondants.

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