Médée protéiforme
111 pages
Français

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Description

Le mythe de l’infanticide Médée a toujours connu une fortune littéraire et la littérature féminine contemporaine ne fait pas exception. L’analyse comparée de huit textes de femmes de divers horizons tente de cerner les enjeux de cette figure irréductible pour une pensée féministe actuelle sur la maternité, le sujet et l’écriture mythique. En s’interrogeant sur la pertinence particulière de la tragédie d’Euripide aux reprises médéennes, explicites ou sous-entendues, des femmes, cette étude comparée se penche sur des textes du théâtre de Marie Cardinal, Deborah Porter, Franca Rame et Cherríe Moraga, et des romans de Monique Bosco, Christa Wolf, Bessora et Marie-Célie Agnant. À travers ses incarnations transculturelles, le mythe de Médée éclaire les affres de l’exil et de l’exclusion, ainsi que certaines visions du maternel qui préféreraient peut-être rester dans l’ombre de nos présuppositions et de nos règles sociales. Bien qu’il n’y ait pas plus monstrueux ou fou que l’acte infanticide, Médée, elle, n’est pas monstre, pas folle, mais lucide, humaine à part entière, comme la voulait Euripide, alors qu’elle s’en prend à ses enfants, à la culture défectueuse, à l’histoire des hommes. La réécriture au féminin de Médée force aussi une conception du sujet qui ne revêt pas facilement sa cohérence. Mais la poétique même de cette Médée retranscrite au féminin fait preuve de sa flexibilité, son indétermination, son pouvoir de transcender la simple répétition de son mythe, vu ici autrement et différemment.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 03 octobre 2012
Nombre de lectures 16
EAN13 9782760320475
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0031€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

MÉDÉE PROTÉIFORME



Médée protéiforme
par Marie Carrière


Les Presses de l’Université d’Ottawa
2012



Les Presses de l’Université d’Ottawa (PUO) sont fières d’être la plus ancienne maison d’édition universitaire francophone au Canada et le seul éditeur universitaire bilingue en Amérique du Nord. Fidèles à leur mandat original, qui vise à « enrichir la vie intellectuelle et culturelle », les PUO s’efforcent de produire des livres de qualité pour le lecteur érudit. Les PUO publient des ouvrages en français et en anglais dans le domaine des arts et lettres et des sciences sociales.
Les PUO reconnaissent avec gratitude l’appui accordé à leur programme d’édition par le ministère du Patrimoine canadien, par l’intermédiaire du Fonds du livre du Canada, et par le Conseil des Arts du Canada. Elles tiennent également à reconnaître le soutien de la Fédération des sciences humaines du Canada à l’aide du Prix d'auteurs pour l’édition savante, ainsi que du Conseil de recherches en sciences humaines et de l'Université d'Ottawa.
Révision linguistique : Élise St-Hilaire Correction d’épreuves : Amélie Cusson Mise en page : Atelier typo Jane Maquette de la couverture : 1-20 Média Illustration : Medea in Mosaic par Lana Rogers Développement numérique/eBook: WildElement.ca
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives Canada
Carrière, Marie J., 1971-
Médée protéiforme [ressource électronique] / par Marie Carrière.
Comprend des réf. bibliogr. et un index. Monographie électronique. Publ. aussi en format imprimé. ISBN 978-2-7603-2046-8 (PDF).--ISBN 978-2-7603-2047-5 (EPUB)
1. Médée (Mythologie grecque) dans la littérature. 2. Écrits de femmes--Histoire et critique. I. Titre.
PN57.M37C37 2012------809'.93351------C2012-904238-2
Dépôt légal : Bibliothèque et Archives Canada Bibliothèque et Archives nationales du Québec
© Les Presses de l’Université d’Ottawa, 2012





The thing I came for: the wreck and not the story of the wreck the thing itself and not the myth
(Diving into the Wreck, Adrienne Rich)



Table des matières
Remerciements
Introduction
L ’ émergence d’un mythe
Contextes littéraire et critique
Pistes et bilan
Enfin, ce livre (et pas un autre)
Chapitre 1
Médée, une poétique du mythe
Mythe et mythopoesis
Des mythopoesis au féminin
Médée sujet
Une mythocritique comparative
Chapitre 2
La Médée d’Euripide
Médée admissible
De la monstruosité
L’autre maternité
Médée en exil
Chapitre 3
Médée en scène :
Deborah Porter, Franca Rame et Cherríe Moraga
Deborah Porter : répétition et éreintement
Une renommée mythopoétique
Médée au quotidien
Franca Rame : tragédie et sacrifice
Médée bohême
Un monologue féministe ?
Le sacrifice
La tragédie
Cherríe Moraga : exil et anti-utopie
Une révolution en ruines
Des fusionnements mythiques
La fantaisie du retour
Chapitre 4
Médée polyphonique :
Monique Bosco et Christa Wolf
Monique Bosco : une nouvelle Médée
Le mythe américain
La perte des origines
Un mythe en héritage
Une maternité inédite
Christa Wolf : des voix pour Médée
Des voix mythopoétiques
Des sujets dialogiques
Je deviendrai Médée
Une fin inévitable ?
Chapitre 5
Médée postcoloniale :
Bessora et Marie-Célie Agnant
Bessora : Médée à rebours
Histoire et ludisme
Des mythes souterrains
Une écriture postcoloniale
Marie-Célie Agnant : Médée sous-jacente
Se raconter dans l’histoire
Des transmissions dans l’histoire
Des Médées dans l’histoire
Conclusion
Medea nunc sum
Médée antinomique
Une poétique agente
Bibliographie



Remerciements
M ON ENTOURAGE professionnel et personnel a rendu possibles l’élaboration et l’achèvement de ce travail. Pour leur soutien financier du programme de recherche qui a donné lieu à ce livre, je remercie le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, le Prix d’auteurs à l’édition savante ainsi que la Faculté des arts de l’Université de l’Alberta. Méritent maints remerciements l’équipe des Presses de l’Université d’Ottawa ainsi que Heidi Butler, Devorah Kobluk, Andrée Mélissa Ferron et Adrien Guyot pour leur assistance à la recherche. Merci à Jill Scott pour ses réactions à la lecture du manuscrit original, à Maïté Snauwaert et à Catherine Khordoc pour leur amitié soli­daire, à Marie Godbout pour son encouragement immuable et à Sophie, Caroline et Geoff Rabbie pour leur tendresse au quotidien.
Des versions abrégées des analyses des œuvres de Marie Cardinal, Monique Bosco et Marie-Célie Agnant paraissent dans Atlantis 35.1 (automne 2010). Une version antérieure de la section sur Marie-Célie Agnant paraît dans (Se) Raconter des histoires : histoire et histoires dans les littératures francophones du Canada 1 . En 2006, des recherches préliminaires sur le mythe de Médée ont été présentées au Groupe de recherche « Le soi et l’autre » à Fredericton, lors du colloque « Medea: Mutations and Permutations of a Myth » tenu par les Universités de Bristol et de Nottingham, ainsi qu’au Centre de recherche sur l’espace francophone (CREF) à Fredericton. D’autres colloques ont aussi permis la diffusion de résultats : ceux de l’APLAQA (Association des professeurs de littératures québécoise et acadienne de l’Atlantique) en 2007 à Ottawa, de l’Association des professeur.e.s de français des universités et collèges canadiens (APFUCC) en 2008 à Halifax, du Northeast Modern Language Association (NEMLA) en 2010 à Montréal et du Centre for the Study of Contemporary Women’s Writing en 2010 à Londres.
Pour mes filles.



1 . (Se) Raconter des histoires : histoire et histoires dans les littératures francophones du Canada, Lucie Hotte (dir.), Ottawa, Prise de parole, 2010.



Introduction
L’émergence d’un mythe
M ÉDÉE , c’est l’histoire d’une femme qui trahit sa famille et son pays. C’est l’histoire d’une magicienne et d’une exilée. C’est l’histoire d’une mère infanticide.
Endeuillée, sacrale, extrêmement violente, Médée compte parmi les plus abominables personnages de la mythologie grecque, coupable, entre autres, de fratricide et d’infanticide. Ayant assuré la gloire de Jason et des Argonautes à la poursuite de la Toison d’or qu’elle dérobe à sa Colchide natale, Médée devient migrante et étrangère parmi les Grecs, mais elle est par la suite abandonnée par Jason qui désire se remarier avec la fille du roi Créon 2 . Ce dernier bannit Médée et ses enfants, qui – désormais apolis et sans abri, victimes certaines de la rancœur des Corinthiens dont le roi et sa fille ont été empoisonnés par Médée – font face à un exil à la fois intolérable et funeste. Médée assure donc elle-même la tâche infâme de leur donner la mort :
Puisqu’à tout prix il faut qu’ils meurent, c’est moi qui vais les tuer, moi qui leur ai donné la vie (Euripide 1063-64) 3 .
Réaction certes extrême au mépris et à l’exclusion que manifeste à son égard la société corinthienne, telle que la dépeint le dramaturge Euripide au V e siècle athénien – ni le premier ni le dernier à adapter l’ancienne légende.
Mauvaise mère par excellence, « barbare » d’origine, furieuse­­ment dissidente, sorcière, guérisseuse, Médée a fait bonne et surtout mauvaise figure à travers les siècles, ayant mis en évidence la violence et le sacrifice des innocents commis (par elle ou par d’autres) dans le sillage de l’oppression. Dans la littérature féminine actuelle, les récits d’infanticide ne se veulent ni rares ni uniformes. Depuis les quatre dernières décennies, le mythe antique grec de l’infanticide Médée s’avère précisément un intertexte – avoué ouvertement ou évoqué en filigrane –, dans des œuvres d’auteures de divers horizons culturels et géo­graphiques, dont la France, l’Italie, le Canada, les États-Unis, l’Allemagne, le Québec et l’Afrique. On aura même parlé d’une « Medea Renaissance » dans la littérature contemporaine (Stephan 131), que l’on pourrait appliquer notamment à celle des femmes. Dans cette littérature, c’est à l’instar de la ve

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