Nuit rebelle
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Description

James «Dawg» Mackay a fantasmé sur la douce Crista pendant des années. Elle-même
l’a fui tout aussi longtemps pour échapper à cette dangereuse attraction. Mais pour Crista, fuir n’est plus une option, car Dawg a un plan pour la reconquérir et la garder. Un plan un peu mesquin, mais tellement sexy.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 21 juin 2019
Nombre de lectures 510
EAN13 9782898031304
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Copyright © 2007 Christina Simmons
Titre original anglais : Nauti Boy
Copyright © 2019 Éditions AdA Inc. pour la traduction française
Cette publication est publiée avec l’accord de The Berkley Publishing Group, Penguin Publishing Group, Penguin Random House LLC
Tous droits réservés. Aucune partie de ce livre ne peut être reproduite sous quelque forme que ce soit sans la permission écrite de l’éditeur, sauf dans le cas d’une critique littéraire.
Éditeur : François Doucet
Traduction : Julie Therrien (CPRL)
Révision linguistique : Féminin pluriel
Correction d’épreuves : Myriam Raymond-Tremblay
Conception de la couverture : Catherine Bélisle
Photo de la couverture : © Getty images
Mise en pages : Sébastien Michaud
ISBN papier : 978-2-89803-128-1
ISBN PDF numérique : 978-2-89803-129-8
ISBN ePub : 978-2-89803-130-4
Première impression : 2019
Dépôt légal : 2019
Bibliothèque et Archives nationales du Québec Bibliothèque et Archives Canada
Éditions AdA Inc.
1385, boul. Lionel-Boulet
Varennes (Québec) J3X 1P7, Canada
Téléphone : 450 929-0296
Télécopieur : 450 929-0220
www.ada-inc.com
info@ada-inc.com
Diffusion Canada : Éditions AdA Inc. France : D.G. Diffusion Z.I. des Bogues 31750 Escalquens — France Téléphone : 05.61.00.09.99 Suisse : Transat — 23.42.77.40 Belgique : D.G. Diffusion — 05.61.00.09.99

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Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada (FLC) pour nos activités d’édition.
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Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada
Leigh, Lora

[Nauti nights. Français]
Nuit rebelle / Lora Leigh ; traduction, Julie Therrien.
(Rebelle ; tome 2)
Traduction de : Nauti nights.
ISBN 978-2-89803-128-1
I. Therrien, Julie, 1967-, traducteur. II. Titre. III. Titre : Nauti nights. Français. PS3612.E357N38614 2019 813’.6 C2018-943054-0
PROLOGUE
Somerset, Kentucky
Lac Cumberland
Huit ans auparavant
H orrifiée, Crista Jansen trébucha en reculant, les yeux fixés sur le lit et l’homme qui y était étendu, la prise de conscience de l’erreur commise la nuit précédente faisant battre ses tempes tel un roulement de tambour. Encore et encore.
Les yeux exorbités, elle porta sa main sur sa bouche, car son estomac se retournait devant l’énormité de cette erreur. De l’erreur et de l’homme. Il occupait presque tout le lit, ses jambes puissantes écartées, ses bras musclés agités de soubresauts, comme s’ils cherchaient quelque chose… Elle.
Et c’était le cas. L’homme était inépuisable. Quand il commençait, il devenait une vraie machine de sexe, impossible à arrêter. Et elle le savait maintenant ; elle et toutes les autres femmes qu’il avait eues dans son lit.
Elle avait encore le souvenir, sur chaque centimètre de son corps, de tout ce qui s’était passé la nuit précédente : sa poitrine, gonflée et sensible sous la bouche qui suçait ses pointes tendres, ses lèvres abrasées et tendues à force d’être embrassées, et entre ses cuisses…
Ce souvenir la fit presque tomber à genoux quand son regard glissa vers ses cuisses, vers la chair qui avait l’air menaçante et trop grosse, bien qu’à moitié en érection seulement.
Pourtant, en elle, elle était parfaite. L’écartant au possible, souvent avec un plaisir avoisinant la douleur. Il avait réussi à introduire chaque centimètre de cette chair dure comme l’acier, et il avait causé sa perte. Il l’avait pilonnée avec une force qui avait secoué le lit et déstabilisé ses sens, puis il l’avait transportée d’un orgasme à l’autre, lui faisant découvrir un plaisir tel qu’elle avait été incapable de le refuser. Incapable de lui refuser quoi que ce soit, même à la fin.
Ses yeux se remplirent de larmes et elle mit sa main devant sa bouche. Oh, mon Dieu, elle ne l’avait pas laissé lui faire toutes ces choses, n’est-ce pas ? Lever ses fesses pour lui et en demander encore alors que la langue de Dawg caressait sa chair interdite, et ensuite hurler de plaisir et de douleur quand le gland avait commencé à s’insinuer à l’intérieur du petit trou amplement lubrifié.
Il l’avait marquée. Il avait pris sa virginité et sa raison. Quand il eut fini de marquer les profondeurs humides de sa chatte, il l’avait tournée sur le ventre et avait marqué son derrière aussi. Avec des claques qui brûlaient, avec des doigts diaboliquement talentueux et finalement, avec les poussées profondes et contrôlées de son sexe.
Il l’avait initiée au sexe anal, et elle l’avait laissé faire. Alors qu’elle était haletante, étendue sous lui, il lui avait dit combien ça pourrait être encore meilleur. Comment trois pénis pouvaient la prendre, bouger contre elle, lui donner du plaisir.
Et avec ces mots, il avait détruit une partie de son âme. Elle avait rêvé de mots doux et gentils. D’affection. De doux baisers et peut-être de la promesse de la revoir. Elle ne s’était pas attendue à ce qu’il lui dise que bientôt, très bientôt, elle aurait ses cousins aussi.
Ils partageaient leurs femmes ; elle le savait. Ce n’était pas juste une rumeur ou une fiction. Alex, son frère, l’avait avertie à plusieurs reprises que les histoires sur la vie sexuelle de Dawg et de ses cousins n’approchaient même pas la réalité, et elle n’avait pas tenu compte de cet avertissement.
Tremblante de peur, elle enfila rapidement son jean et son tee-shirt, sans prendre le temps de chercher sa culotte et son soutien-gorge. Dieu seul savait où ils étaient. Elle devait sortir de là avant qu’il se réveille et s’aperçoive combien elle avait été stupide.
Il s’était saoulé. Il ne s’en souviendrait peut-être pas. Seigneur, qu’il était saoul ; le simple fait de le ramener au bateau l’avait laissée sans force. Mais elle avait compris pourquoi il avait bu. Ses parents venaient juste de mourir dans un horrible accident ; il les avait portés en terre, et debout devant leurs cercueils, il avait compris qu’il ne les verrait plus jamais. Il méritait quelques heures de liberté loin de la douleur.
Si seulement elle n’avait pas été assez stupide pour le chercher quand elle avait appris qu’il n’était pas avec Rowdy et Natches. Si seulement elle ne s’était pas inquiétée pour lui, si elle n’avait pas emprunté les clés de la voiture de son frère pour partir à sa recherche.
Elle aurait dû être plus maligne, mais non. Elle aurait dû envoyer Alex à sa place. Elle aurait dû envoyer quelqu’un d’autre à sa recherche, mais pas elle. Parce qu’elle savait comment ça allait finir, et jusqu’où il irait.
Au lieu de l’accepter, elle s’était menti à elle-même en se disant qu’en la prenant, en comprenant qu’elle était vierge et en découvrant ses sentiments pour lui, il démontrerait un peu de possessivité. Il hésiterait à la partager avec d’autres hommes, à voir un autre homme la toucher ou la prendre.
En pleurs, elle déverrouilla la porte vitrée qui menait au pont inférieur du bateau. Il était encore tôt. La brume était épaisse sur le lac, elle enveloppait les bateaux, créant ainsi un décor luminescent, qui semblait venir d’un autre monde et qui déchirait son âme. Toucher Dawg avait été comme toucher le pouvoir lui-même. Il était immense, tellement grand et costaud, tout en muscles et gracieux. Son torse était légèrement poilu, les boucles rêches râpaient ses tétons quand il s’enfonçait en elle. Quand sa bouche ne les suçait pas. Mais ce n’était pas seulement physique. Ce pouvoir s’était infiltré en elle, l’avait remplie d’émotions qu’elle avait essayé de tenir à distance afin de s’en protéger. Elle l’aimait. Il lui faisait des bleus au cœur et à l’âme. Il avait le pouvoir de la mettre à genoux ou de l’emmener au septième ciel, seulement avec un regard de ses yeux verts uniques.
Et quand il l’avait touchée… Quand il l’avait touchée, il avait eu le pouvoir de lui faire oublier qu’elle savait exactement qui Dawg Mackay était et de quoi il était capable.
Elle se glissa sur le quai, la tête baissée, les yeux sur les quais flottants, priant pour que personne ne la voie. L’aube commençait déjà à pointer au-dessus des montagnes ; la plupart des habitants des bateaux ne bougeraient pas avant plusieurs heures.
Elle serait peut-être chanceuse. Elle pourrait s’échapper et personne ne saurait qu’elle avait passé la nuit avec un des plus célèbres dieux du sexe des cinq comtés avoisinants. Un des trois.
Elle essuya ses larmes. Elle détestait pleurer. Plusieurs années auparavant, elle avait appris qu’on n’en tirait rien de bon. Ça ne faisait que l’aider à se sentir pire que jamais.
Mais elle ne pouvait pas les arrêter, pas plus qu’elle ne pouvait arrêter de souffrir. Dawg lui avait couru après tout l’été. Ses yeux vert céladon, encadrés d’épais cils noirs, étaient si pâles qu’ils l’hypnotisaient et perçaient son âme.
Son sourire était toujours lent et sexy, entendu. Comme s’il était conscient de la douleur qui était là, entre ses cuisses, et qui la tourmentait jusque tard dans la nuit. Comme s’il savait qu’elle rêvait souvent de le sentir contre elle, pour le toucher, et être touchée.
Le rêve s’était beaucoup plus transformé qu’elle ne s’y était attendue. Moitié cauchemar, moitié tentation. S’obliger à sortir de ce lit avait été presque impossible. Elle avait voulu qu’il se glisse sur elle ; elle voulait prendre sa queue dans sa bouche, encore, et pratiquer ce qu’il lui avait montré.
Elle voulait le réentendre gémir son nom, voir ses yeux s’assombrir. Elle voulait courir se cacher et s’assurer qu’elle ne se laisserait plus jamais devenir si vulnérable envers lui.
Et ça lui brisait le cœur. S’éloigner, tourner le dos au seul homme qui faisait battre son cœur la tuait. Lui faisait mal physiquement. Lui retournait l’estomac. Lui donnait l’impression que son cœur était une plaie ouverte.
Elle voulait se cacher. Elle voulait se cacher et panser ses blessures et sa peur. Elle était terrifiée. Terrifiée parce qu’elle savait ce que Dawg pouvait lui faire ressentir et qu’elle ferait n’importe quoi, tout ce qu’il lui demanderait, pour avoir une chance de voler un autre baiser brûlant et enivrant de ses lèvres parfaites.
Elle ne deviendrait rien de plus qu’un autre jouet sur la longue liste des Nauti Boys, et cela la détruirait. Elle ne pourrait jamais le partager avec une autre femme, de la même façon qu’elle ne survivrait pas, émotionnellement, au fait d’être partagée.
Alors qu’elle filait sur le quai flottant, puis sur le pont qui permettait d’accéder à la berge, le vrombissement caractéristique d’une moto qui arrivait dans le stationnement fit battre son cœur d’effroi.
Elle n’avait pas seulement détruit ses rêves, mais aussi peut-être une amitié. Dawg et son frère étaient de très bons amis. Quand les cousins Mackay n’étaient pas occupés à partager leurs femmes, Alex avait toujours traîné avec eux jusqu’à ce qu’il rejoigne l’armée. Et même maintenant, quand il avait une permission, il passait beaucoup de temps avec Dawg et les autres cousins Mackay.
C’était susceptible de détruire cette amitié, et Alex n’avait pas beaucoup d’amis.
Les conséquences de la nuit passée tourbillonnaient tellement dans sa tête que des sanglots lui déchiraient la poitrine. Elle arriva à la voiture qu’elle avait empruntée en même temps que son frère, qui gara sa moto à côté du véhicule.
Le bruit du puissant moteur diminua et s’arrêta, Alex étendit sa longue jambe, mit un pied à terre et stabilisa la moto en dépliant la béquille de l’autre côté.
Il se passa la main sur le visage lentement, avant de fixer les bateaux pendant un long et silencieux moment. C’était son grand frère ; il l’avait presque élevée. Ses parents n’avaient de temps pour personne, sauf pour le magasin et eux-mêmes, ainsi que pour tous les projets que son père imaginait afin de faire plus d’argent. Alex s’était alors retrouvé obligé de s’occuper de la fille dont ils n’avaient jamais su quoi faire.
Et il devait à présent affronter le fait que sa sœur avait de toute évidence baisé, non seulement avec son meilleur ami, mais une légende sexuelle dans la région. Et Dawg n’avait même pas encore 25 ans.
Elle était immobile, silencieuse, incapable d’arrêter de pleurer et il la regardait en silence, ses yeux gris remplis de tristesse et une expression lasse sur son beau visage majestueux.
— Est-ce que tu lui as dit non ? lui demanda-t-il finalement avec gentillesse.
Elle secoua la tête. Elle n’y avait même pas pensé.
Résigné, il détourna les yeux sur le bateau de Dawg. Elle pouvait voir qu’il était en colère par ses lèvres pincées et ses yeux assombris par l’émotion.
Sa mâchoire se crispa quand il bougea les muscles maigres de ses épaules et de ses bras de façon inquiétante.
— Voulais-tu lui dire non ?
Elle secoua encore la tête et trembla en voyant la réprobation dans ses yeux.
Elle n’aurait pas pu dire non à Dawg même si sa vie en avait dépendu. Chaque caresse, chaque baiser avaient constitué un fantasme devenu réalité.
Il inclina lentement la tête.
— Rentrons à la maison, alors. On pourra en parler là-bas. On n’a pas besoin de rendre ça plus difficile en lavant notre linge sale ici et risquer de se faire remarquer. Si tu ne veux pas que ça s’ébruite, il va falloir que tu fasses comme si ça n’était pas arrivé, dit-il, puis son regard se fit perçant. Est-ce que tu veux qu’on oublie tout ça, Crista ?
— Oui. Elle mordit ses lèvres tremblantes et essuya ses larmes. Oh, mon Dieu, Alex. Je veux juste m’en aller d’ici.
— As-tu tes clés ?
Elle les sortit de la poche de son short, déverrouilla rapidement la porte et l’ouvrit.
— Crista, dit-il d’une voix douce mais qui résonnait d’une colère sourde et sombre. Était-il seul ?
Sa main se crispa sur le cadre de la porte et elle le regarda dans les yeux.
— Il n’y avait que Dawg et moi, Alex, je te le jure. Cette fois.
Elle savait que, si ça arrivait une autre fois, si elle permettait que ça arrive encore, alors, ce ne serait pas que Dawg. Et quand ça arriverait, Dawg se ferait un ennemi de son frère pour la vie.
— Rentrons à la maison, Crista, dit-il avec un profond soupir. Je vais te suivre.
En sortant du stationnement, elle ne pouvait empêcher les sanglots de déchirer sa poitrine ni la peur de l’envahir.
Elle avait pleuré la nuit passée quand il l’avait touchée pour la première fois. Parce qu’elle en rêvait depuis si longtemps. Parce qu’il avait caressé plus que son corps, embrassé plus que ses lèvres. Elle n’avait pas pensé qu’il puisse la toucher et surtout, la posséder au plus profond de son être. Quand ses doigts avaient écarté les replis entre ses cuisses et que son expression s’était durcie de désir, il avait mouillé ses doigts avec ses fluides, les avait portés à ses lèvres et avait baissé les paupières sensuellement en la goûtant.
Une seconde plus tard, il y avait replongé ses doigts et les avait portés à ses lèvres à elle. Et elle n’avait pas été capable de lui dire non. Elle n’avait pas été capable de lui refuser quoi que ce soit au cours des heures qu’ils avaient passées à se toucher et à se goûter.
Tout ce qu’il lui avait demandé, elle l’avait fait. Que Dieu lui vienne en aide s’il la rendait faible comme ça une autre fois. Elle ne serait jamais capable de lui refuser quoi que ce soit. Jamais capable de sauvegarder sa fierté ou son âme. Parce que s’il la partageait, il lui briserait le cœur pour toujours. Mais s’il le lui demandait, elle savait qu’elle ne serait pas assez forte pour lui dire non.
« Seigneur ! Tu es si brûlante. Si serrée. Si serrée, Crista. Si serrée que quand Rowdy et Natches vont mettre leurs queues en toi, tu vas tous nous détruire… » Elle n’avait pas entendu le reste de la phrase ; son esprit s’était fermé. Son âme s’était flétrie dans sa poitrine.
Elle devait s’éloigner de Dawg, car si elle ne le faisait pas, il prendrait possession de son âme. Et cela la terrifiait encore plus que la pensée de quitter sa maison. Elle ne serait jamais capable de se défendre. Désormais, elle savait ce que ça faisait quand il la touchait, quand il l’embrassait, et elle savait sans l’ombre d’un doute qu’elle n’aimerait jamais personne comme elle aimait Dawg Mackay.
CHAPITRE 1
Somerset, Kentucky
Huit ans plus tard
C ’était un cauchemar.
Non, ce n’était pas un cauchemar, parce qu’elle était certaine d’être éveillée. Et dans les cauchemars, les balles n’étaient pas réelles. Elles n’étaient pas réelles, et elles n’explosaient pas dans l’entrepôt comme des lucioles infernales détruisant tout ce dans quoi elles se logeaient.
Les cauchemars, tout le monde savait que c’étaient des rêves, ils n’étaient pas réels. Ceci était assurément réel, et si quelque chose de positif n’arrivait pas bientôt, elle allait avoir, dans son corps, des trous qui n’étaient pas censés s’y trouver.
Elle réussit difficilement à retenir ses cris alors que les balles continuaient de voler au-dessus de sa tête, explosaient dans les palettes de bois autour d’elle et faisaient voler une pluie d’éclats de bois et de verre brisé autour de sa tête.
Ce n’était pas bon. Pas bon du tout. Les yeux grands ouverts, abasourdie, elle se faufila entre les cartons et les palettes pour se protéger le plus possible contre les balles.
Crista Jansen était certaine que son horoscope n’avait fait aucune mention de projectiles aujourd’hui. Quelque chose sur des chevaliers noirs, et éviter de voyager, mais rien au sujet de projectiles.
Elle s’en serait souvenue.
Elle aurait changé ses plans.
Oh que oui, elle aurait changé ses plans.
Elle se recroquevilla derrière ce qu’elle espérait être un gros paquet de palettes, plaça ses bras sur sa tête pour se protéger de la pluie de verre brisé.
Ce n’étaient pas des projectiles ordinaires. C’était trop rapide. Une arme automatique ? Une mitraillette ? Quelque chose. Une arme qui tirait des dizaines de balles à la fois. Et elle le savait parce que les éclairs de lumière rouge, dans l’entrepôt habituellement sombre, étaient un bon indice.
Un hurlement terrifiant, un mélange de peur et de colère, lui échappa quand des éclats de bois explosèrent de la pile de palettes derrière laquelle elle s’était cachée.
C’était sérieux. Des gens en tuaient d’autres, elle était prise entre leurs feux de riposte, à se demander comment diable elle allait bien pouvoir s’en sortir.
Elle savait que c’était une mauvaise idée.
Elle le savait. Elle avait senti le malaise dans son estomac à l’instant où elle était entrée dans l’entrepôt sombre et où elle avait constaté que les lumières ne fonctionnaient pas. Mais, stupide comme elle l’était, avait-elle tourné le dos et regagné la maison ? Oh, mais non, il avait fallu qu’elle ait son stylo avec une petite lumière au bout dans son sac, et heureuse, elle avait cherché ce stupide carton. Elle avait demandé que ce soit livré à la maison, pas ici. Mais, en arrivant chez elle, qu’avait-elle trouvé ? Une note qui l’avisait que son colis avait été déposé à l’entrepôt et il y avait même la clé magique pour ouvrir le fichu casier qui contenait son paquet.
« Eh bien, tu sais quoi ? Il n’y a pas de casier ici », se dit-elle d’un ton sarcastique. Pas de casier, mais beaucoup de projectiles qui sifflaient un air macabre dans l’obscurité.
Alors maintenant, au lieu de récupérer son bien, elle essayait juste de rester vivante. Quand est-ce que la vie avait décidé de botter le derrière de Crista Jansen ? Pour l’amour de Dieu, n’avait-elle pas eu assez de malchance ces huit dernières années ?
Tout ça, c’était la faute de Dawg, décida-t-elle. Tout. Il vivait, respirait et à cause de ça, la fatalité la détestait. La fatalité était une femme, non ? Elle était probablement jalouse. Il n’y avait pas d’autre explication.
Ce n’était vraiment pas bon.
— Où est-ce que cette foutue fille est allée ? marmonna quelqu’un d’une voix rude.
Bon, elle était la seule fille qu’elle connaissait dans cet endroit stupide. Elle n’avait entendu que des ordres, des instructions et des cris masculins depuis que cet enfer avait explosé autour d’elle.
Crista se retourna, se mit à ramper à quatre pattes — elle aurait dû porter un jean au lieu d’une de ses belles jupes — essayant autant qu’elle le pouvait de s’éloigner le plus loin possible de ce carnage.
Elle savait qu’elle n’aurait pas dû venir ici, se rappela-t-elle. Ce sentiment de malaise ? Cette sensation de panique ? N’avait-elle pas appris, des années plus tôt, que cela n’annonçait rien de bon ? S’éloigner le plus possible des situations à éviter ?
Elle l’avait senti de plus en plus depuis quelque temps. Et c’était juste un autre événement dans une longue suite d’étranges événements. Des vêtements qui disparaissaient et réapparaissaient dans sa garde-robe, fraîchement lavés. Le sentiment d’être observée, et des étrangers qui croyaient la connaître.
N’avait-elle pas dit à son frère la semaine passée qu’elle avait le sentiment qu’il se passait des trucs bizarres ? Et en parlant de frères cinglés, où diable était le sien ? Merde, il fallait qu’Alex disparaisse quand elle en avait le plus besoin.
Au diable les missions militaires. Elle n’avait pas besoin qu’il parte à l’autre bout du monde et qu’il soit indisponible ; elle en avait besoin ici, maintenant, pour l’aider à se sortir de cette merde.
Et elle ne lui avait même pas dit au revoir quand elle lui avait parlé.
Étrange qu’elle s’en souvienne alors qu’elle était coincée dans un coin sombre et moisi, entourée de caisses et adossée à une poutre de béton.
Elle n’avait pas dit au revoir à Alex quand elle lui avait parlé la semaine passée. Elle lui avait raccroché au nez parce qu’il lui avait dit quelque chose de vraiment idiot.
Quelque chose comme : appelle Dawg.
Ah, oui, vraiment. Elle allait faire ça.
Quelle idée de lui faire une suggestion pareille ! À quoi est-ce qu’il avait pensé ces huit dernières années ? Avait-il oublié combien cela avait été difficile pour elle de rester à Somerset cet été-là ? Dawg lui avait couru après avec détermination pendant des mois avant que son monde ne s’écroule autour d’elle. Même si c’était plus qu’évident qu’il ne s’était pas souvenu de l’unique nuit volée qu’elle avait passée dans son lit, il l’avait quand même pourchassée avec une ténacité qui lui avait rappelé pourquoi ils l’appelaient Dawg 1 .
Parce qu’il ne lâchait jamais prise. Il n’abandonnait jamais.
Elle sursauta quand un projectile passa à travers le côté de la caisse qui, l’espérait-elle, était assez épaisse pour la protéger. Elle fixa le trou qu’il avait fait en ressortant à quelques centimètres de ses genoux et arrêta de respirer.
Il était presque de la taille de son poing.
— À terre !
Elle entendit la voix masculine crier à distance et un autre projectile ricocha contre la poutre de béton, quelques centimètres au-dessus de sa tête.
Elle se coucha. De tout son long. Et réussit difficilement à se faufiler dans l’espace étroit entre la poutre et la lourde caisse, se demandant comment diable la balle avait pu la pénétrer quand elle ne pouvait même pas la déplacer.
Elle s’appuya désespérément sur le côté de la caisse, elle pressa, poussa, se faufila dans le minuscule espace et réussit presque, presque à s’échapper.
Elle cria, la terreur lui glaça le sang, quand des mains l’agrippèrent par les cheveux en la tirant vers l’arrière, et elle sentit une douleur atroce dans son cou.
Elle leva les bras et griffa le poignet qui la tenait, se débattant pendant qu’on la tirait loin de la seule sortie visible.
— Sale pute ! Où est mon argent ? Je vais t’apprendre à me trahir, puta 2 !
Se faisant secouer, elle fixa avec horreur les yeux sombres et le visage grêlé de celui qui, elle en était certaine, devait être le démon.
Des mèches de cheveux noirs tombaient devant ses sourcils étroits et les joues maigres étaient tordues par la rage, les yeux brun foncé brillaient de fureur. Et il avait un pistolet.
Crista regardait comme si tout se passait au ralenti. Elle avait déjà entendu cette expression, les événements qui passaient au ralenti, mais elle ne l’avait pas crue, jusqu’à maintenant.
Maintenant, elle les regardait. Sans pleurer. Sans respirer. Elle regarda au ralenti le bras se lever. La main la pousser contre la poutre de béton, l’autre se lever. Haut.
Mais le tir arriva trop vite.
Une minute, elle regardait l’arme noire se lever devant elle, la suivante, une pluie rouge explosa autour d’elle ; elle se cacha le visage dans ses mains et un cri déchirant lui échappa au moment où le corps de son agresseur se penchait vers l’avant, puis tombait.
À ses pieds.
— Bon Dieu de merde, Crista !
Elle reconnut cette voix.
Figée devant le visage maintenant ensanglanté de son assaillant, elle releva la tête rapidement et fixa le visage sombre, les mots Forces de police imprimés sur le gilet pare-balles qu’il retirait rapidement de son large torse.
— Enfile-le, merde ! fit une voix qui était un grincement dur, guttural, bestial, et il la tourna pour l’aider à mettre la veste et coller les velcros pour la tenir bien fermée autour d’elle.
— Allons-y !
Une solide main gantée lui saisit le bras et poussa la caisse comme si ce n’était qu’une lourde boîte.
— Bouge !
Il la poussa vers l’entrée avant de reprendre son bras et de la tirer dans le noir.
— Qu’est-ce qui se passe ?
Elle avait de la difficulté à parler. Elle ne pouvait ni parler ni pleurer. Tout ce qu’elle pouvait faire, c’était suivre Dawg.
Et elle savait que c’était Dawg. Ces brillants yeux vert céladon, cette voix sombre, masculine et doucereuse. Aucun autre homme ne ressemblait à Dawg. Aucun autre homme ne se déplaçait comme lui ou ne sentait comme lui.
C’était bien sa chance. Il était ici. Elle était ici. L’enfer faisait rage autour d’elle. Le destin se moquait d’elle, et c’était la faute de Dawg.
— Tais-toi ! lança-t-il, sans même essayer de lui expliquer en continuant à la pousser dans le noir. Ne parle pas, garde ta tête baissée, et si Dieu est de bonne humeur aujourd’hui, je devrais être capable de te sauver les fesses.
Sauver ses fesses ?
— Mais j’étais là juste pour…
— Tais-toi.
Il la poussa contre quelque chose de dur, et une lumière faible qui provenait des fenêtres au-dessus de leurs têtes amplifiait la rage dans ses yeux.
— Je viens juste de tuer un homme pour toi, princesse. Un homme qui avait nettement plus de valeur vivant que mort. Alors, ferme-la et fais exactement ce que je dis. Exactement. Ou je vais te foutre des menottes et te traîner si vite que tu n’auras pas le temps de tourner ton beau petit cul.
Avant qu’elle s’aperçoive qu’ils fonçaient hors de l’entrepôt, Dawg la soulevait sur le siège arrière de son camion noir double cabine à quatre roues motrices. Il lui enleva la veste pare-balles pour la remettre, les yeux brillants de rage alors que ses doigts s’emmêlaient dans ses cheveux. Il baissa les yeux pour la regarder, sans aucun remords, avant d’agripper le bas de son tee-shirt et de lui essuyer le menton avec.
Du sang. Elle frissonna en y pensant. Le sang de quelqu’un d’autre la salissait. Dawg lui tira la tête en arrière avant de poser ses lèvres sur les siennes.
Les tirs s’estompèrent. La réalité s’éloigna. Le monde rapetissa, se limita aux lèvres qui approchaient des siennes, sa langue poussa pour ouvrir sa bouche. Des courants électriques firent des flammèches, explosèrent et crépitèrent dans sa tête comme un kaléidoscope de couleurs au fur et à mesure que le plaisir s’insinuait dans son corps.
Huit années sans lui. Sans cela. Sans la faim qui la consumait et qui brûlait la blessure que la distance, qu’elle avait placée entre eux, avait causée en elle.
Elle s’agrippait à la veste pare-balles et un gémissement qui la choqua vibra de sa gorge quand il enleva ses lèvres des siennes aussi vite qu’il les y avait mises.
Elle le fixait avec de grands yeux, en état de choc, et il la regardait aussi.
— Où est stationnée ta voiture ? lança-t-il.
Ses lèvres tremblaient et elle essayait de calmer sa respiration pour pouvoir lui répondre.
— Le stationnement du fond, murmura-t-elle en le regardant ouvrir son sac pour prendre ses clés, sans qu’elle puisse l’en empêcher.
— Tu es sacrément chanceuse que ta voiture ne se soit pas trouvée ici quand ça a commencé, Crista, grogna-t-il. Plus chanceuse que tu ne le sauras jamais. Maintenant, couche-toi. Ne bouge pas. Ne parle pas. Ne fais pas un mouvement. Je te garantis que si tu te fais voir, je vais te mettre dans une cellule si profonde et si noire que tu ne distingueras pas le haut du bas. Est-ce qu’on se comprend ?
Elle essaya de faire signe que oui, tout comme elle essayait de respirer. Une seconde plus tard, il la poussait contre la banquette, pressant sa joue contre le fin cuir noir et aboya « Reste », avant de claquer la porte et de s’en aller.
Et elle se retrouva seule. Elle pouvait encore entendre les coups de feu, mais ils étaient distants et il y en avait de moins en moins. Ils étaient remplacés par des ordres que l’on criait, des véhicules qui bougeaient et des cris stridents.
Frissonnante à l’intérieur du camion, elle ramena ses genoux contre sa poitrine et essaya de calmer les tremblements de son corps.
État de choc. Elle savait qu’elle devait probablement être en état de choc, parce qu’on était au milieu de l’été. Elle ne devrait pas avoir si froid et frissonner tant que ça ; respirer ne devrait pas être si difficile. Et que Dieu lui vienne en aide si elle vomissait dans le camion de Dawg. Il lui tirerait probablement dessus lui-même.
Elle se força à respirer lentement, de façon régulière, à inspirer l’odeur de Dawg qui était dans le camion et qui lui rappelait des souvenirs. Des souvenirs qu’elle s’était efforcée d’oublier pendant huit ans.
La sensation de ses cuisses entre les siennes quand il les écartait et qu’il se baissait vers elle. Voir une grande main saisir son sexe, le frotter contre les plis brûlants et humides entre ses cuisses.
« Rase ta chatte, avait-il grogné, pour que je puisse voir ta peau douce agripper ma queue. »
Son utérus se contracta au souvenir, aussi clairement maintenant que le lendemain matin.
Et il ne s’en souvenait même pas. Elle devait encore refouler la rage et la douleur de cet événement. Le fils de pute. Il l’avait revue deux jours plus tard et l’avait regardée quand elle était dans le magasin de ses parents ; son cœur battait la chamade dans sa poitrine, certaine qu’il était venu pour elle.
Mais non. Il avait souri et fait les yeux doux, mais son bras était sur les épaules d’une stupide blonde qui roucoulait appuyée contre ses muscles et lui, qui payait pour des glaçons et des grignotines.
Il avait fait un petit commentaire gentil à Crista au sujet de ses cheveux, et elle l’avait regardé de travers. Il avait froncé les sourcils, essayé encore, mais elle avait tourné le dos et laissé Alex s’occuper de lui. Parce qu’elle ne pouvait pas le regarder ; elle ne pouvait supporter de se souvenir et de savoir que pas même une parcelle de cette nuit-là restait dans sa mémoire. Savoir que, s’il la prenait une autre fois, ils ne seraient pas seuls.
Et ensuite, quelques semaines plus tard, elle sut qu’elle ne s’était pas sortie de cette nuit-là sans répercussions. Elle avait porté son enfant.
Sa première réaction avait été d’être en colère et pleine de ressentiment. Il faisait la fête, appréciait sa vie et ses femmes et les sales petits jeux sexuels auxquels lui et ses cousins jouaient, et elle était enceinte.
Mais en quelques jours, cette colère s’était calmée. Savoir qu’elle aurait toujours une partie de lui avait rempli son jeune cerveau, son cœur. Ce cœur qu’elle avait donné à Dawg pendant une sensuelle nuit d’été. Et cette joie avait grandi, l’avait remplie et scintillait en elle.
Jusqu’à ce jour, trois mois après la nuit où il l’avait prise. Le jour où elle avait perdu l’enfant qu’elle avait appris à aimer si profondément. Elle avait quitté la clinique où Alex l’avait amenée, fait ses bagages, puis elle était partie pour la Virginie avec des amis qui étaient venus la visiter cette semaine-là.
Et elle était là, huit ans plus tard, les doigts recroquevillés sur la banquette en cuir, tremblante, terrifiée jusqu’au moment où les tirs des revolvers finirent par s’arrêter, et furent remplacés par des ordres lancés dans la nuit.
Soudainement, les conséquences de sa situation précaire la frappèrent. Elle était sur la scène d’une descente quelconque. N’était-ce pas ainsi qu’on appelait ça ? Une descente ? Une opération ? Et elle s’était trouvée au beau milieu de tout ça.
Ce qui voulait dire qu’elle allait être au beau milieu d’un méchant paquet de soupçons.
Un désastre total. C’était ce qu’était devenue cette foutue soirée et il en était entièrement responsable.
Il fixa le stationnement ombragé, baissa les sourcils pour essayer de comprendre ce qu’il avait fait et pourquoi. Le pourquoi de cela plus que toute autre chose.
Qu’est-ce qui avait suffisamment remis en question le cœur même de sa formation, de sa foi en ce qu’il faisait pour éloigner Crista de l’entrepôt et la cacher ? Qu’est-ce qui l’avait poussé à risquer sa vie comme ça pour une femme ?
Mais pas n’importe quelle femme : Crista. La femme qui avait envahi ses rêves plus longtemps qu’il ne voulait l’admettre. La femme qui s’était, il ne savait pas comment, infiltrée dans son esprit avant qu’elle ne quitte Somerset huit ans plus tôt. Et il n’y avait aucune explication à cela. Tout comme les rêves qu’il faisait sur elle, et qui l’avaient tourmenté au fil des ans, qui n’avaient aucun sens.
— J’ai changé son Rodeo de place, l’informa Natches en rejoignant Dawg qui gardait l’entrée de l’entrepôt. Il était stationné hors des champs des caméras, et la tête de Crista était baissée quand elle y est entrée. Avec un peu de chance, on peut cacher son identité.
Dawg regarda son cousin et meilleur ami du coin de l’œil. Il était à moitié tenté de blâmer son cousin pour chaque seconde de sa stupidité. Suivant le vague avertissement qu’il lui avait donné, Dawg s’était déplacé pour trouver la personne qui était entrée dans l’entrepôt, et qu’ils présumaient être la vendeuse. Elle était la seule qui était inconnue pour l’instant.
Dawg avait réussi à l’intercepter avant le reste de l’équipe et avait réagi au lieu de réfléchir. S’il avait pris le temps de réfléchir, elle serait couchée sur le sol avec le reste des fils de putes qu’ils avaient arrêtés au cours de la descente.
Ils avaient les acheteurs, les vendeurs, quatre missiles expérimentaux qui étaient manquants et leurs systèmes de guidage. C’était un sacré bon coup pour l’enquête. Hormis le fait que la femme qui avait organisé le marché n’était pas venue.
Ça, ou elle était cachée sur le siège arrière du camion de Dawg.
— Rappelle-moi pourquoi on cache son identité, demanda Dawg doucement, le regard posé sur le reste des équipes de l’ATF 3 et de la Sécurité intérieure.
Il le savait, bien sûr, mais il ne voulait pas l’admettre. Il savait que ce n’était pas quelque chose que Crista ferait. Du moins, la Crista qu’il avait connue.
— Parce qu’elle n’est pas dans le coup ? risqua Natches, sur le ton de la plaisanterie.
— Elle était ici, souleva Dawg, en ignorant même la pensée fugace que Crista pouvait être impliquée dans ça de quelque façon que ce soit.
— Hm-hm, dit Natches avec un hochement de tête. Ce dont je t’ai averti. C’est toi qui l’as sortie de là tel un loup protégeant son compagnon, pas moi, cousin. J’ai juste couvert tes arrières. C’est mon travail. Tu te souviens ?
« Comme un loup protègeant son compagnon. Ou un Dawg protégeant son os », pensa-t-il, sarcastique.
Il lui avait jeté un coup d’œil et quelque chose avait sonné une cloche en lui. Il savait très bien ce qui lui serait arrivé s’il ne l’avait pas sortie de là. Si elle avait été attrapée avec les autres, avec la description de la suspecte qu’ils avaient, elle ne serait jamais sortie de garde à vue et se serait retrouvée emprisonnée, impliquée ou pas.
Et en quoi cela devait le concerner, il ne pouvait pas mettre le doigt dessus.
— Elle n’est pas impliquée, dit Natches qui berçait son fusil dans ses bras comme une amante, puis il regarda Dawg. Ce n’est pas Crista, Dawg.
Peut-être que non. Mais peut-être que si, et son désir l’empêchait de le voir.
Dawg serra les lèvres et redirigea son regard vers le chaos à l’intérieur de l’entrepôt maintenant bien éclairé. Il était un fils de pute paranoïaque. Il ne faisait confiance à personne, sauf au Père, au Fils et au Saint-Esprit, et Crista ne faisait pas partie de la Sainte Trinité, la dernière fois qu’il avait vérifié.
Mais il risquait sa réputation pour la protéger. Pas à cause de l’avertissement de Natches, mais parce que ses émotions avaient interféré avec le travail pour la première fois en huit ans. Et bien qu’il fût là, à regarder les arrestations, la récupération des missiles et de leurs systèmes de guidage, à sentir le sentiment de triomphe qui irradiait de l’équipe, il se sentait ailleurs.
Il était impatient. Désireux que tout soit fini, parce que son esprit jonglait avec toutes les possibilités qui en découlaient. C’était possible que Crista ne soit pas impliquée. Et si elle ne l’était pas, alors, c’était possible que, pour la toute première fois depuis qu’il était revenu un an plus tôt, il ait un avantage sur elle. Elle ne pouvait pas juste se tourner et se sauver, comme elle avait coutume de le faire quand il approchait.
Oh non. Plus maintenant.
Il plissa les yeux et il fit un petit sourire d’anticipation.
Il avait vécu en se fiant à ses instincts depuis trop longtemps pour les ignorer, et son instinct lui disait de lui laisser le bénéfice du doute. Mais il faisait encore partie de l’ATF, et elle se trouvait sur le lieu d’un achat d’armements. Elle répondait également à la description de la seule femme du groupe de voleurs qui avaient détourné les armes et qui tentaient de les vendre.
Il allait devoir garder un œil sur elle. Un œil très près d’elle.
— Oh, merde, je déteste ce sourire, grogna soudainement Natches près de lui. Dawg, qu’est-ce que tu mijotes ?
Dawg lui jeta un coup d’œil et leva un sourcil moqueur d’un air innocent.
— J’essaie juste de voir comment déterminer au mieux qui est coupable et qui est innocent, dit-il d’une voix traînante. Rien dont tu dois t’inquiéter, Natches. Rien du tout.
Pour Dawg, c’était beaucoup d’inquiétude, et encore plus pour Crista.
Pour Dawg, parce que Crista lui avait fait enfreindre ses propres règles, et c’était quelque chose qu’il ne faisait jamais, sous aucune circonstance. Et pour elle, parce qu’il allait prendre son paiement pour ces mêmes règles à partir de son doux petit corps.
Natches se voûta.
— Bon Dieu. Pourquoi est-ce que j’ai le sentiment maintenant que j’aurais dû jouer le chevalier dans sa brillante armure moi-même au lieu de te donner l’occasion de faire le beau ?
Dawg renifla en entendant ça.
— Arrête de t’inquiéter. Je gère.
— Chaque fois que tu me dis de ne pas m’inquiéter, ça tourne mal. C’est une règle cosmique.
Dawg haussa les sourcils et rigola.
— Fais-moi confiance.
Natches le regarda avec une incrédulité teintée d’inquiétude.
— Mon pote, ne me refais pas le coup du kamikaze, OK ? Quatre ans dans les Marines , c’est assez. Tu as promis de prendre ça calmement une fois qu’on serait à la maison. Tu te souviens ? lui rappela Natches. Pense à ton genou. Tu n’es qu’à un bon accident de devenir un infirme. Ne pousse pas ta chance, d’accord ?
Dawg sourit plus largement.
— Prendre ça calmement ? Calmement n’était pas ce que j’avais à l’esprit, mais prendre, oui, sans aucun foutu doute.
Natches le fixa avec suspicion.
— Ne fais rien que tu pourrais regretter, Dawg. Je n’ai pas le temps de sauver tes fesses.
Dawg lui donna une tape sur l’épaule avant de se diriger vers un homme que l’on venait de relever du sol de béton, afin de le préparer pour un gentil petit voyage vers la cellule la plus proche.
— Aucun souci, Natches, dit-il en lui souriant pardessus son épaule. Vraiment aucun souci. Prends sa voiture. Dis au commandant qu’on va voyager séparément ; ils n’y verront que du feu. Tu empruntais seulement la voiture d’un ami. Et je te revois plus tard.
Il avait des plans à faire. Des plans qui incluaient une petite serveuse sexy, son lit et plein d’actes sexuels humides, brûlants et vilains.
La prochaine fois qu’elle lui tournerait le dos, elle se souviendrait au moins de comment on se sent, et de ce que ça voulait dire d’être possédée par lui. Et par Dieu, avant que ce soit terminé, il la posséderait. Cœur et âme. Par les bons moyens et par les mauvais. Dawg ne jouait plus.
1 . N.d.T.: Manière d’écrire « dog » (chien, en français) si on l’écrit au son.
2 . En espagnol dans le texte.
3 . N.d.T. : Bureau fédéral chargé de veiller à l’application des lois sur les armes, les explosifs, le tabac et l’alcool.
CHAPITRE 2
E lle était encore là où il l’avait laissée. Pas qu’il ne s’y attendait pas, mais c’était toujours réconfortant de savoir qu’on avait raison dans ces cas-là.
— Ne bouge pas, lui dit-il en s’installant sur le siège du conducteur et en mettant la clé dans le contact. Il ne vaut mieux pas que quelqu’un te voie au moment où on s’en va, hein ?
Il mit la musique. Le groupe AC/DC résonna dans la cabine du camion tandis qu’il laissait ses doigts sur les boutons pour descendre les fenêtres complètement en avançant sur le stationnement, comme un homme en mission.
Il salua de la main les policiers à l’entrée du stationnement et se félicita à nouveau d’avoir stationné son camion le long d’un des bâtiments abandonnés, au lieu de venir plus tard avec le reste de l’équipe.
Natches et lui avaient été chargés de surveiller la zone pendant toute la journée et de donner le OK à l’équipe pour entrer. C’était ce qui avait sauvé Crista. Personne ne trouva à redire quand Natches expliqua qu’ils étaient venus séparément et qu’il partit avec le Rodeo de Crista. Ils se poseraient peut-être des questions, jusqu’à ce que se propage la rumeur selon laquelle une certaine Crista Jansen habitait temporairement avec un certain Dawg Mackay sur son bateau infâme, le Nauti Dawg.
En s’éloignant du lieu des arrestations, il relâcha les muscles de son cou et de ses épaules pour se détendre, avant de baisser la musique et de jeter un coup d’œil sur la longue banquette arrière.
Quelque chose en lui se serra quand il vit son visage pâle et ses grands yeux marron foncé. Des yeux chocolat. Elle avait de grands yeux marron chocolat, et il était homme à savoir comment savourer cette douceur incomparable.
— Tu peux venir à l’avant maintenant, lui dit-il en reportant son attention sur la route pour emprunter l’une de celles qui serpentaient partout dans le comté.
Elle bougea lentement, se déplia et s’étira pour s’installer sur le siège du passager à côté de lui, avant de regarder droit devant elle.
— Attache ta ceinture.
Dawg rentra le bras qu’il avait posé sur le cadre de la fenêtre et se gratta la mâchoire comme s’il se posait des questions.
À côté de lui, Crista boucla sa ceinture en bougeant avec beaucoup d’hésitation et lui jetait des coups d’œil de temps en temps, dans un silence prudent.
Elle savait qu’elle était cuite. Elle ne savait peut-être pas jusqu’à quel point elle allait être cuite, mais elle l’était définitivement.
— Jouons à un jeu, lui dit-il finalement d’une voix amusée en la regardant du coin de l’œil.
— Ça fait un an qu’on y joue, rétorqua-t-elle. Tu oublies simplement toujours de me dire les règles.
Il sourit en l’entendant. Ça, c’était Crista. Jamais sans un petit commentaire sarcastique.
— C’est un jeu facile, promit-il. Un jeu de devinettes. Dis-moi, si tu veux bien, ce que tu foutais exactement dans ce foutu entrepôt.
Il articulait chaque mot les mâchoires serrées, la colère supplantant l’amusement qu’il avait ressenti plus tôt. Il la voyait encore, figée devant ce salaud de terroriste, ses yeux grands ouverts, avec ce fusil pointé devant son visage pâle.
Elle sourcilla.
— Mes affaires, répondit-elle enfin avec de la hantise dans sa voix. Mark a envoyé le reste de mes effets qui étaient restés en Virginie. J’ai une note. La compagnie de transport a dit que tout était dans l’entrepôt dans un des casiers. J’ai la clé ici.
La voix tremblante, elle la chercha dans son sac à main.
— Regarde. J’ai la clé.
Elle la lui tendit.
Dawg la prit lentement, la regarda et la lui redonna. C’était en effet une clé pour un casier avec, gravées dessus, les initiales SIY, pour Store it yourself 4 .
— Où est la note ?
Elle ne regarda pas dans son sac à main. Elle se mordait nerveusement la lèvre inférieure.
— Où est la note, Crista Ann ? répéta-t-il.
Elle sourcilla.
— Je l’ai laissée dans le Rodeo, dans ma voiture. Il est à l’entrepôt.
Dawg secoua la tête.
— Tu ne l’as pas mise dans ton portefeuille, hein ? dit-il en lui lançant un coup d’œil suspicieux.
— Il est là. Sur le siège du passager. Elle se tordait les doigts sur ses cuisses.
Elle faisait toujours ça quand elle était près de lui. À partir de ses 16 ans, jusqu’au moment où elle avait quitté la ville il y avait plus de 8 ans.
— On verra, grogna-t-il.
— Est-ce que le jeu est fini, maintenant ? lui demanda-t-elle d’un ton irrité. J’aimerais rentrer.
À ces mots, Dawg sourit.
— Dawg, tu me ramènes à la maison, n’est-ce pas ?
Il l’entendit dans sa voix. Elle s’en doutait.
— Pas encore.
Il lui fit un petit sourire, l’anticipation commençait à monter ainsi que le désir brûlant en voyant dans ses yeux qu’elle savait.
— Où m’emmènes-tu, alors ?
— Ta nouvelle maison.
— Et c’est où ? demanda-t-elle, les dents serrées.
Dawg éclata presque de rire. Oh oui, les choses étaient en train de changer.
— On va jouer à ton jeu de questions-réponses plus tard, rétorqua-t-il, refusant de lui répondre pour l’instant. Pour tout de suite, permets-moi de te demander ceci : as-tu la moindre idée de ce qui s’est passé ce soir dans cet entrepôt ?
Elle soupira d’un air fatigué, appuya sa tête contre le siège.
— Drogues ?
Elle le dit d’un air tellement résigné qu’il fut enclin à croire qu’elle n’était peut-être pas impliquée avec les terroristes.
Avec son passé, c’était vraiment difficile de croire qu’elle l’était. Son frère, Alex, était un des meilleurs soldats des forces spéciales que Dawg ait connu, sa réputation était solide et Dawg savait que c’était Alex qui avait élevé Crista.
— Tu sais à quel point tu es dans le pétrin ?
Il lui jeta un coup d’œil et eut le temps de la voir fermer les yeux, ses cils faisaient des ombres sur ses joues comme si elle était cernée.
— Est-ce que tu m’amènes en prison ?
L’amener en prison ?
Merde, non, pas du tout. S’il avait voulu la remettre aux autorités, il l’aurait fait à l’entrepôt. Il était vraiment imbécile, c’est sûr qu’il l’était. Un imbécile excité.
— Pas tout de suite.
Le coude toujours appuyé sur le cadre de la fenêtre, la joue appuyée contre sa main, il fixait la route devant lui et passa son index sur ses lèvres au souvenir du baiser de Crista.
Il savait qu’il allait mettre les pieds dans un merdier cette fois.
— Qu’est-ce que tu vas faire, Dawg ? lui demanda-t-elle doucement.
Il sentit son sexe durcir au son de sa voix. Pas juste dur, bordel, sa queue était dure depuis le jour où il l’avait croisée sur la rue principale l’an passé et qu’il avait su qu’elle était de retour, même avant de voir son visage. Non, il était vraiment dur. Douloureusement dur.
Une vision de la tête de Crista se penchant vers sa queue fit soudainement sourciller douloureusement son corps. De grands yeux chocolat innocents levés vers lui au moment où le bout de sa queue disparaissait dans sa bouche lui arrachèrent presque un gémissement.
Ce rêve l’avait hanté ; celui-là et plusieurs autres. La vue de sa chatte, des poils frisés saturés de ses fluides, alors qu’il écartait les tendres plis avec sa grosse érection. Le son de ses cris quand il avait inséré le bout affamé dans son derrière et qu’il l’avait prise là, quand il avait entendu sa surprise, son plaisir. Des rêves qui l’avaient hanté pendant des années. Des rêves qu’il avait l’intention de réaliser maintenant qu’il la tenait.
— On va au bateau.
Son bateau. Le Nauti Dawg. Sa maison.
Il entendit la respiration saccadée qu’elle prit.
— Non.
Il la regarda, vit la révulsion dans son visage, et un autre éclat de colère surgit dans son cerveau. Elle n’avait pas été assez bien pour mettre un pied dans sa maison il y a huit ans, et elle pensait encore qu’elle était trop bien pour y aller.
— Tu préfères la prison ?
Il relâcha un peu l’accélérateur, et scruta les environs comme s’il cherchait un endroit pour faire demi-tour.
— Je ne faisais rien, fit-elle valoir, désespérée. Tu le sais que je ne faisais rien, Dawg. C’était une coïncidence…
— Je ne crois pas aux coïncidences, Crista.
— Une erreur alors, s’écria-t-elle quand il roula lentement le long du large accotement devant eux. Mon Dieu, Dawg, tu sais que je ne prends pas de drogues.
Il se rangea et s’arrêta. Il mit ses bras sur le volant et la regarda en silence.
— Tu ne peux pas me mettre en prison, Dawg. Alex sera à la maison bientôt, il va te le dire. Tout ceci est une erreur.
— Alex ne peut pas arranger ce coup-là, Crista, lui dit-il gentiment, car il le pensait vraiment. Tu es coincée avec moi.
Il lui donna une minute pour assimiler.
— Ou c’est la prison. C’est toi qui vois.
Elle respirait difficilement, de façon erratique. Si c’était seulement de la peur qu’il voyait dans ses yeux, il l’aurait laissée aller tout de suite. Dieu savait qu’Alex pouvait régler tout ça à son retour à la maison. Mais ce n’était pas seulement de la peur ; il avait vu de la passion, et quelque chose de plus. Quelque chose de fugace, une expérience, une certitude que quelque chose allait bouleverser son petit monde.
Elle se lécha les lèvres. Un petit coup de sa langue qui tendit son estomac de désir. Il voulait cette langue, et il la voulait assez pour faire quelque chose de tellement méprisable, tellement sale que cela le fit presque, juste presque, changer d’avis.
À la place, il sourit, parce que ça allait être bon. Tellement bon.
— Est-ce que j’y retourne ou est-ce qu’on continue jusqu’à la marina ? lui demanda-t-il finalement. C’est toi qui vois, mon cœur.
Et si elle choisissait de faire demi-tour, qu’est-ce qu’il allait faire ? Il attendit, la fixant, son expression était douce, son regard, il le savait, brûlant et avide. Elle savait ce qu’il voulait. Elle savait ce qu’il attendait pour l’avoir tirée de ce mauvais pas.
Ses lèvres tremblèrent et elle les lécha encore une fois. Ses yeux vacillèrent d’indécision. Et il n’allait pas l’aider. Qu’il soit maudit s’il reculait et courait après elle comme un chien après une chienne en chaleur se faisant refuser à chaque fois. Pas cette fois. Cette fois, c’était son jeu. Sa manière ou la prison. Ou au moins, c’était l’impression qu’il voulait lui donner.
— Ne fais pas demi-tour, murmura-t-elle finalement en baissant les yeux, puis elle détourna la tête pour regarder le pare-brise devant elle.
— On va au Nauti Dawg, alors ? lui demanda-t-il.
— Si c’est mon seul choix.
Sa voix était tendue, fâchée.
D’accord, laissons-la être fâchée. Il avait été lui-même vraiment fâché huit ans auparavant, et il pouvait encore se souvenir de la fureur quand il avait appris qu’elle était partie avec un autre homme. Appris, non, il l’avait vue partir avec ce salaud au moment où ils sortaient de la ville.
Il se souvenait encore de celle-là. Merde, il avait eu des cauchemars à ce sujet au moment où il s’y attendait le moins.
— Ce n’est pas ton seul choix, Crista Ann, dit-il doucement. Tu peux aller expliquer aux autorités ce que tu faisais là. Ce n’est pas compliqué.
Bien sûr, il aurait à expliquer pourquoi elle n’avait pas été arrêtée avec le reste de la bande, mais il espérait qu’elle ne le réaliserait pas.
— Ouais. Je pourrais faire ça, lança-t-elle pour se moquer. Et bien sûr, tu nierais bec et ongles m’avoir sortie de là. Non ?
Il sourit. Dieu l’aimait, il devait lui donner ce crédit.
Dawg haussa les épaules.
— Que puis-je faire ? Je n’ai pas vérifié mon siège arrière jusqu’à ce que j’entende quelqu’un bouger. Je peux être un peu distrait quand je suis pressé.
— Et la raison pour laquelle Natches conduit mon Rodeo au lieu de faire la route avec toi ?
Dawg ouvrit grand les yeux.
— Toi et Natches êtes amis, Crista. Tu lui as prêté le Rodeo.
D’accord, il n’était pas aussi salaud que ça. Bordel, si elle choisissait la prison, il la conduirait chez elle et penserait à un autre plan. Mais elle aurait dû le savoir. Si elle ne le savait pas, eh bien, c’était son erreur, pas la sienne.
— C’est salaud, Dawg, rétorqua-t-elle, le dégoût transparaissant dans sa voix.
— Bien sûr que ça l’est, dit-il en marquant son approbation de la tête. Mais j’ai la réputation d’être un salaud. N’est-ce pas ?
Son sourire était pure innocence. Un de ceux qui, normalement, faisaient fuir Natches vers la sortie la plus proche.
Elle frotta son visage avec ses mains avant de lisser ses cheveux en une longue queue de cheval.
Cheveux qu’il mourait d’envie de laisser libres, d’étendre derrière elle quand il la coucherait sur son lit. Cheveux qu’il mourait d’envie de saisir pendant qu’il la chevaucherait longuement et profondément.
Elle secoua la tête avant de le regarder une autre fois, droit dans les yeux.
— Alors, on va à la marina ?
Elle acquiesça lentement.
— D’accord.
Dawg relâcha la pédale du frein et reprit la route lentement avant d’accélérer et de rouler sur la route sombre.
— On dirait que tu t’en vas à l’échafaud, dit-il avec un sourire.
Elle ne répliqua pas.
Dawg lui jeta un autre coup d’œil, la vit frotter ses bras nus et regarder par la fenêtre, l’air triste et démoralisé.
Ce qu’elle l’exaspérait ! Ce n’était pas comme s’il avait l’intention de la violer. La faire chanter un peu, définitivement. Mais le sexe serait seulement sous certaines conditions. Mais en premier, il allait s’assurer qu’elle le voulait autant que lui. Il n’était pas complètement taré.
Mais il était un taré en rut. Et un taré en colère.
Huit foutues années qu’elle vivait dans ses rêves, et il ne pouvait pas comprendre pourquoi. Elle l’avait changé alors qu’il avait besoin de conserver un peu de cette insouciance. Elle l’avait piqué dans ses émotions, elle occupait toute la place dans sa tête, et il ne comprenait pas pourquoi.
Elle le tourmentait. C’était aussi simple que ça, et il était temps que cela cesse.
— Ne t’inquiète pas, chérie, ce ne sera pas si terrible, dit-il pour la rassurer en lui tapotant le genou dans un geste de réconfort totalement faux. On s’entendait bien avant, tu te rappelles ?
Avant.
Crista tourna la tête lentement et fixa son profil. Avant, elle l’aimait avec toute la passion et l’innocence d’une jeune fille qui vénère le plus mauvais garçon de la ville. Mais elle n’était plus une fille maintenant ; c’était une femme mature. Elle était très au fait de la manière dont il pouvait encore facilement détruire sa vie.
— Je me rappelle combien j’étais stupide, répondit-elle finalement avec un petit souvenir de dégoût envers elle. Et je me rappelle avoir appris ma leçon. Je ne me souviens pas vraiment de plus que ça, Dawg. Peut-être que tu pourrais me rappeler une fois où nous nous sommes bien entendus.
Il ne se souvenait pas de cette nuit-là. Crista savait qu’il ne s’en souvenait pas. Et elle savait qu’Alex ne lui aurait jamais dit ce qui s’était passé. Il lui avait promis.
Dawg tapota le volant du bout des doigts.
— Tu te sauvais de moi chaque fois que tu le pouvais, grommela-t-il.
Pas toutes les fois. Pas lors de cette soirée sombre quand elle l’avait trouvé trop saoul pour conduire et l’avait aidé à revenir à la maison. Et ensuite elle l’avait aidé à briser son cœur.
— J’étais futée dans ce temps-là, dit-elle, sentant le regret monter en elle. Si seulement elle avait été plus fine. Si seulement elle avait fait face à la réalité, et à ce qui était arrivé. Peut-être que les huit dernières années auraient été différentes. À tout le moins, elle n’aurait peut-être pas été tourmentée par tant de « et si » et par son immense lâcheté.
Il grogna en l’entendant.
— Dommage que tu n’aies pas été assez maligne pour rester loin des entrepôts sombres le soir. Si tu l’avais fait, tu ne serais pas ici maintenant.
Dommage qu’elle ne soit pas restée en Virginie pour commencer. Mais non, il fallait qu’elle revienne. Elle s’ennuyait de chez elle. Elle s’ennuyait des montagnes, du lac, et de la maison. Et elle savait qu’il était temps de laisser reposer les vieux fantômes. Elle devait revenir à la maison pour faire la paix avec les souvenirs et avec elle-même. Et avec Dawg. Elle ne s’était simplement pas attendue à faire la paix de cette façon avec lui.
À la place, elle avait trouvé plus de démons. Elle s’était retrouvée dans la position intenable de se fier à Dawg pour quelque chose d’aussi essentiel que sa liberté. Et il n’y avait aucun doute dans sa tête sur la manière dont il allait s’y prendre pour manipuler cette situation.
Il l’avait pourchassée depuis qu’elle était revenue à Somerset l’an passé. Il ne l’avait pas harcelée. Il était juste toujours aux alentours. Toujours avec ce petit sourire débauché qui le caractérisait, lui lançait ce clin d’œil moqueur qui invitait à jouer. S’il ne faisait pas ça, il la regardait fixement. Et il remplissait ses rêves. Des rêves brûlants, souvenirs d’une nuit inoubliable et de ses conséquences.
Elle regardait les kilomètres défiler, sentait sa main sur son genou quand il ne changeait pas les vitesses du puissant camion, et sentait sa chaleur qui la brûlait à travers sa jupe.
Au moins ne la tripotait-il pas. Son corps était si tendu qu’elle se demanda si elle pourrait le supporter. Si son cœur allait tenir le coup.
Elle croyait avoir retenu la leçon avant de quitter Somerset. Après tout, elle savait qui était Dawg, elle savait ce qu’il voulait et elle savait qu’elle ne pourrait jamais vivre avec ça.
Les Nauti Boys étaient des légendes à Somerset et dans les environs. Leurs prouesses, leur dévouement à combler une femme et leur insistance à partager ces femmes étaient bien connus. Son frère Alex l’avait mise en garde contre Dawg à de multiples reprises.
Sa raison l’avait mise en garde contre Dawg, mais son cœur n’avait pas voulu écouter. L’amour le rendrait possessif. Tout ce qu’elle avait à faire était de le toucher, de l’aimer et il saurait qu’il l’aimait.
Elle renifla silencieusement en jetant un coup d’œil à son profil dur.
Quelle folle elle avait été ! Naïve, innocente au possible, incroyablement stupide. Et elle n’avait pas encore appris sa leçon, pas jusqu’au fond de son âme. Parce qu’une partie d’elle-même n’avait jamais oublié cette unique nuit. Cette étouffante nuit d’été quand il l’avait prise avec une détermination singulière et un désir ardent. Quand il lui avait enseigné les vraies profondeurs du plaisir charnel et du désespoir ultime.
— Cela ne fonctionnera pas.
Les mots sortirent de sa bouche au moment où il entrait dans la petite marina, propriété de son oncle Ray Mackay.
Elle sentit la panique monter dans sa poitrine, la certitude que le Nauti Dawg allait détenir encore plus de souvenirs et plus de cœurs brisés qu’elle pouvait supporter.
— Je ne peux pas faire ça.
Elle tremblait quand Dawg gara le camion dans l’espace privé du stationnement de la marina.
Il éteignit le moteur. Il retira la clé du démarreur, se tourna et la regarda en silence.
« Lui ou la prison. » Elle pouvait le voir dans son expression.
Crista secoua la tête lentement avant d’avaler difficilement.
— Je ne suis pas l’une des putains des Nauti Boys, murmura-t-elle durement. Je ne peux pas en jouer une pour rester hors de prison, Dawg. Je préférerais pourrir en prison plutôt qu’acheter ma liberté au prix de mon âme.
Il la fixa de son regard vert clair glacial, impassible. Son expression était aussi sombre que les ombres qui les entouraient, aussi immobile que la mort.
Ce n’était pas l’homme qu’elle avait connu il y a huit ans. Charmant, bien que rêveur, James « Dawg » Mackay avait eu une volonté de fer, mais il n’avait jamais été froid. Il avait été dur, mais pas sans émotion. Pas comme il l’était maintenant.
Il avait rejoint les Marines, juste après son départ ; elle l’avait su. Il était resté pour un tour, puis il avait été envoyé à la maison à cause d’une blessure qui avait brisé sa rotule. Non qu’elle eût vu un signe de blessure quand il bougeait.
Mais en cet instant, il se frottait le genou sans y penser en la regardant.
— On va en parler sur le bateau, dit-il finalement en guise d’avertissement. Pas ici.
— Non, Dawg, dit-elle en se penchant pour attraper son bras quand il voulut ouvrir la portière. Pas sur le bateau. Je ne vais pas aller sur ce bateau, et je ne vais pas me donner aux Nauti Boys. Je ne l’aurais pas fait quand j’étais trop stupide pour savoir, et je ne vais certainement pas le faire aujourd’hui. Tu te trompes si tu penses me convaincre du contraire.
— Et si aller sur ce bateau voulait dire te donner à personne d’autre qu’à moi, Crista ? lui demanda-t-il. Viendrais-tu alors ?
4 . N.d.T.: Entreposez-le vous-même.
CHAPITRE 3
H uit ans plus tôt, elle s’était glissée hors de la chambre de Dawg sur le pont supérieur et s’était sauvée du Nauti Dawg comme une voleuse dans les premières lueurs du matin. Mais elle avait laissé quelque chose derrière ce matin-là, une partie d’elle qu’elle n’avait jamais retrouvée.
Crista franchissait à présent la porte-fenêtre renforcée qui menait dans le salon et se figea aux souvenirs qui menaçaient de la submerger.
Il laissait toujours une faible lumière sur la petite table à côté du divan. Un canapé en velours de couleur bordeaux remplaçait l’ancien canapé en cuir noir et de l’autre côté de la table, un fauteuil inclinable assorti complétait l’ensemble.
La télévision était maintenant accrochée au mur à côté de la porte et de l’autre côté de la pièce, il y avait une petite table et quatre chaises.
Un bar en teck et deux tabourets capitaines séparaient la salle à manger de la cuisine.
Le tapis était d’une riche couleur vert forêt. Huit ans plus tôt, il était brun roux foncé. Le salon et la cuisine étaient plus raffinés maintenant, démontrant un goût plus mature pour l’ameublement, mais on voyait encore l’influence masculine. Du bois foncé et quelques fioritures.
Une photographie de son unité du corps des Marines était posée sur la table à côté du canapé, ainsi qu’une photographie des cousins Nauti en camouflage vert et une autre de son cousin Rowdy et de sa fiancée, Kelly Salyers.
Il n’y avait ni photos ni tableaux au mur. Il n’y avait rien qui décorait les pièces. Au-delà de la cuisine, il y avait une autre grande chambre et une petite salle de bains, ainsi qu’une salle de bains supplémentaire. D’où elle était, elle pouvait voir l’escalier en colimaçon qui menait au pont supérieur, à la chambre et la salle de bain principales, ainsi que les commandes du bateau.
Elle sourcilla quand il referma la porte et la verrouilla derrière elle.
— J’ai besoin d’une bière, annonça Dawg. Tu en veux une ?
Crista secoua la tête en serrant son sac à main et le regarda traverser le salon et la cuisine. Il sortit une bière du frigo avant de la déboucher rapidement et de lancer le bouchon derrière le bar où la poubelle devait être cachée.
Il se dirigea en premier vers l’évier, sortit un linge de vaisselle d’un petit tiroir, le mouilla et le lui tendit.
— Nettoie ton visage.
Elle sentit son estomac se soulever en pensant au sang qui l’avait éclaboussée. Il y en avait sur son visage et ses vêtements. Elle frotta sa peau rapidement, durement, en espérant qu’elle avait réussi à tout enlever pendant qu’il la regardait faire.
Il porta la bouteille de bière à ses lèvres et prit une longue gorgée, sans jamais la quitter des yeux.
Il avait enlevé le gilet pare-balles, mais son arme d’épaule se trouvait encore dans son étui à l’épaule. Son tee-shirt noir était tendu sur son large torse et ses biceps musclés. Un jean noir taille basse soulignait ses longues jambes musclées et un renflement plus qu’impressionnant.
— Tu es propre, annonça-t-il en tendant la main. Donne-moi la serviette.
Elle arrêta de regarder dans cette direction. C’était plus qu’évident qu’il était excité, prêt pour elle. Et elle détestait devoir admettre que son corps l’attendait depuis qu’il lui avait demandé si elle était prête à se donner à lui seul.
Elle lui rendit la serviette, ignora le sourire moqueur quand il l’attrapa et qu’il la lança dans l’évier.
Elle était folle à lier. Elle aurait dû partir en courant quand elle en avait eu l’occasion.
— Une nuit, murmura-t-elle. C’est tout.
La bouteille fut reposée sur le bar si fort que de la bière en sortit et le bruit fit sursauter Crista.
— Tu ne fais pas les règles ici, l’informa-t-il en durcissant son expression. Ce n’est pas toi qui m’as surpris à enfreindre la loi et à fréquenter des criminels, Crista. C’est moi qui t’ai attrapée, tu te rappelles ?
Ses ongles s’incrustèrent dans le cuir de son sac à main.
— Et je sais ce que tu veux en échange de ma liberté, rétorqua-t-elle. D’accord, tu veux baiser. Tu veux quelque chose que tu n’as pas été capable de m’extorquer cette année : mon corps. Tu peux l’avoir. Pour une nuit.
— Et si je le veux plus qu’une nuit ?
Le ton de velours de sa voix fit trembler son utérus, se rétracter son estomac et elle le regarda, interloquée.
— Pourquoi voudrais-tu plus qu’une nuit ? demanda-t-elle en secouant la tête, confuse. Combien de femmes as-tu gardées plus d’une nuit, Dawg ?
Elle avait encore des amis à Somerset et ils aimaient répandre des ragots. Dawg en était maintenant une source inépuisable, tout comme il l’avait été huit ans plus tôt.
— Tu n’es pas n’importe quelle femme, Crista, dit-il d’une voix traînante. Je n’ai jamais eu à en poursuivre une pendant huit ans. Ça attise un appétit. Et je doute qu’une nuit puisse le satisfaire.
Choquée, elle cligna des yeux. Elle savait ce qu’il voulait, mais elle n’avait pas anticipé cela. Une nuit, elle pouvait le faire. Mais plus d’une ?
— Combien de nuits ?
Elle réussit à ne pas faire trembler sa voix, à peine.
L’expression de Dawg se durcit encore plus.
— Je n’ai pas décidé.
— Tu n’as pas décidé ? Alors je suis censée être prête et disponible pour toi dès que tu bandes ?
Une considération moqueuse se dessina alors sur son visage. Il acquiesça lentement.
— Ça fonctionnerait pour moi.
Crista serra les mâchoires et calcula combien de temps elle devait attendre avant le retour d’Alex. Il était parti depuis trois mois. Lors de sa dernière conversation avec lui, il lui avait dit qu’il pourrait revenir dans quelques semaines.
Pouvait-elle supporter d’être l’amante de Dawg aussi longtemps ? Pouvait-elle sauvegarder son âme si elle le faisait ?
— Ne prends pas trop de temps pour y penser, lâcha-t-il, irritable. Je pourrais changer d’idée.
Crista serra ses bras sur sa poitrine et calma la colère qui montait en elle. Elle ne pouvait pas se permettre d’être fâchée ; il fallait qu’elle réfléchisse. Dawg s’arrangeait toujours pour jouer avec sa tête. Elle ne pouvait pas se permettre de le laisser faire cette fois.
— Tu te conduis comme un vrai salaud, lui dit-elle avec force. Tu sais que je ne suis pas impliquée dans ce qui s’est passé là-bas. Je ne vends pas de drogues, je ne l’ai jamais fait.
Il haussa les épaules légèrement en s’appuyant contre le bar.
— Ça fait huit ans que je ne t’ai pas vue, Crista. Les gens changent.
— Oh oui, et les gens qui vendent de la drogue travaillent comme serveuses dans un petit resto minable où ils ne font même pas le salaire minimum, aussi, lança-t-elle. Ne joue pas avec moi ; je n’aime pas ça. Au moins, tu peux admettre que tu te sers de ça pour me forcer à faire une chose que je ne voulais pas te donner par moi-même.
Un pli apparut entre ses sourcils et son estomac sauta nerveusement.
— Je ne te forcerais pas.
— Alors, tu appelles ça comment ? Je peux te baiser ou aller en prison ? Ça, c’est forcer, Dawg, se moqua-t-elle.
Crista le regarda serrer les mâchoires, une grosse veine pulsait pendant qu’il la regardait.
— Je pensais être assez charitable, grogna-t-il. Nie que tu as envie d’être dans mon lit.
— Je l’ai fait. Chaque fois que j’ai ignoré tes beaux petits efforts pour flirter. Ou bien tu n’as pas remarqué ?
— J’ai remarqué ce baiser plus tôt aussi.
Séduction velours noir. Sa voix fit vibrer ses terminaisons nerveuses et lui rappela combien ça avait été bon.
— Il n’était pas forcé, Crista. Arrête de te mentir. Tu as adoré ça.
D’accord, il la tenait, là. Son estomac se tendit à ce souvenir et parce qu’elle savait qu’elle n’avait aucune défense contre lui.
— Je suis d’accord pour une nuit…
— Et j’ai dit qu’une nuit ne suffisait pas. Je veux l’été. Tout l’été.
Crista se figea. Trois mois ? L’été commençait à peine, et il voulait le reste.
— Pourquoi ? Elle se força à articuler le mot et continua à le fixer.
— Ça prend du temps pour déterminer la culpabilité ou l’innocence, Crista Ann. Je veux que tu restes là pendant que je décide laquelle te convient. Si tu es vraiment innocente, alors à la fin de l’été, tu seras libre de partir. Je découvre que tu es coupable et tes fesses se retrouvent en prison. Considère cela comme ta période d’essai. Sauf qu’à la place d’être en prison, tu profiteras de tout le confort que je peux te donner.
Son sourire était dangereux, sensuel. Tordu comme celui d’un prédateur et il faisait débattre son cœur dans sa poitrine.
Et il jouait encore avec sa raison. Son cerveau était rempli de souvenirs, de ses mains qui la touchaient et de ce goût qu’il avait. La façon dont le plus petit effleurement de ses doigts pouvait faire voler ses défenses et la laisser tremblante dans ses bras.
Son baiser. Il était grisant, ardent. Et ce qu’il pouvait faire avec son cœur, ses émotions, ça devrait être illégal. Il pouvait l’attacher en tellement de petits nœuds à l’intérieur qu’elle se demandait s’ils pourraient se dénouer.
Crista déglutit difficilement contre l’assaut de sensations et de plaisirs oubliés.
— Tu continues d’y penser, dit-il avec un haussement d’épaules nonchalant. Tu peux prendre une douche, te reposer un peu avant de décider. Je vais te prêter un tee-shirt propre.
Il lui sourit de nouveau.
— Tu n’en auras pas besoin longtemps.
— Tu as changé, Dawg, murmura-t-elle enfin. Tu n’avais pas l’habitude d’être un tel enfoiré au cœur de pierre.
— Bien sûr que si, dit-il d’une voix traînante. Tu étais une des seules à ne pas l’avoir vu. N’as-tu pas entendu parler de la méchante petite bataille après le décès de mes parents ? Hé, chérie, même mes parents savaient que j’étais une cause perdue.
Elle avait entendu parler de la bataille juridique. Comment sa tante avait essayé de prendre tout ce que ses parents lui avaient laissé en se basant sur quelques lettres que son père avait écrites à sa tante. Des lettres pleines de dégoût à l’égard du style de vie de son fils et indiquant sa conviction que Dawg ne méritait pas de partager son nom.
Cela avait duré des mois. Même après son engagement dans les Marines, il avait été affecté par des conflits juridiques et le combat pour s’accrocher à son héritage. Cela s’était finalement terminé après son retour, quatre ans plus tôt, mais il avait perdu des dizaines de milliers de dollars dans la bataille.
— Non, dit-elle en secouant la tête. Tu n’étais pas comme ça. Tu ne m’aurais jamais forcée à faire ça avant.
— Mais c’est le cas maintenant. Tu peux y réfléchir pendant que tu prends ta douche. Mais quand tu reviendras dans cette pièce, tu as intérêt à avoir fait ton choix. Tu es à moi pour l’été, ou tu peux appartenir au gouvernement fédéral, c’est toi qui décides.
Dawg ne poussa un soupir de soulagement que lorsque Crista finit par disparaître dans la salle de bains du bas quelques minutes plus tard, la main serrée sur un de ses tee-shirts, ses grands yeux marron qui l’observaient prudemment, et ferma la porte derrière elle.
Quelques minutes plus tard, il entendit la douche couler et passa ses doigts dans ses cheveux avant de pousser un autre profond soupir.
Pendant un moment, il pensait honnêtement qu’elle allait choisir l’autre option. Quand elle était finalement partie prendre sa douche, il avait dû se retenir pour ne pas lui assurer que jamais rien ne pourrait le convaincre de la remettre aux autorités. De la laisser aller.
Il se massa le cou et grimaça en y repensant. Il avait rêvé d’elle pendant huit ans. Quand il s’y attendait le moins, quand il était faible, fatigué. Des rêves si excitants qu’il se réveillait en train de se masturber comme un adolescent en gémissant son nom.
La dernière année avait été la pire. Il était comme un adolescent stupide et privé d’amour, qui faisait des pieds et des mains juste pour la voir. Espérant attraper un sourire, crevant d’entendre sa voix.
Merde, il s’était ennuyé d’elle quand elle était partie. Non qu’il fût resté à la maison longtemps. Il avait signé avec les Marines avant la mort de ses parents et il était parti quelques mois plus tard. Les batailles juridiques à distance et l’enfer qu’avait représenté le fait de garder le domaine de ses parents l’avait consumé, mais pendant ce temps, il avait pensé à Crista.
Elle était partie si soudainement, avant qu’il ait la chance de se calmer les nerfs et de faire plus que flirter un petit peu avec elle.
Quand elle revint à Somerset l’année précédente, il pensa que peut-être, cette fois, il pouvait faire en sorte que ça fonctionne. Jusqu’à ce qu’elle le fixe comme s’il était une limace rampant de sous une roche.
Mais pourquoi diable s’en souciait-il ? Ce n’était pas comme si elle était la seule pour jouer en ville. Il pouvait choisir parmi des dizaines de femmes. Une nuit, une semaine, un mois, ou une foutue année s’il voulait en garder une aussi longtemps.
À la place, il faisait du chantage à une femme qui, manifestement, n’avait aucune intention de faire quoi que ce soit de l’attirance qui brûlait entre eux comme un feu de forêt.
Et il était palpable. Fait de flammèches et crépitant chaque fois qu’ils étaient à portée de vue l’un de l’autre. Il pouvait voir qu’elle y répondait. Ses yeux qui s’agrandissaient, sa respiration qui accélérait, ses petits tétons qui durcissaient sous ses vêtements et ses joues qui rougissaient. Elle avait presque autant envie de lui que lui d’elle, mais elle le niait, le combattait avec tout ce qu’elle avait en elle, et Dawg voulait savoir pourquoi.
Il connaissait les femmes. Elles ne se battaient pas contre quelque chose de si fort sans de vraies bonnes raisons. Maintenant, il devait juste découvrir la raison.
Soupirant bruyamment, il monta vers sa douche personnelle, se déshabilla rapidement avant de se placer sous le jet.
Il se doucha rapidement. Il ne voulait pas lui laisser le temps de se sauver. Mais il voulait lui donner le temps de réfléchir, de considérer ses options comme elles se présentaient.
Elle avait envie de lui, il en était certain. Suffisamment pour que, tout le temps où elle discutait l’accord, ses mamelons poussaient plus fort contre son tee-shirt et son regard brillait d’un subtil éclat de désir.
Dawg s’était donné comme but de connaître les femmes avant d’avoir besoin de les connaître. Trop jeune et trop stupide pour comprendre pourquoi, il avait été attiré par leur douceur, leur aura de gentillesse. Les sombres courants sous-jacents de passion, les jeux de pouvoir, et leurs charmes féminins.
Les femmes qui étaient exactement à l’opposé de sa folle de mère au cœur de pierre. Des femmes qui donnaient des caresses et qui gémissaient du plaisir qu’il leur donnait. Qui le désiraient, qui murmuraient son nom en extase au lieu de le maudire de haine.
Il savait les décrypter, leur donner du plaisir.
Et il connaissait ce regard de désir voilé qu’elles avaient pour indiquer leur volonté de se faire donner du plaisir.
Oh oui, Crista avait envie de lui, mais pour une raison inconnue, elle n’était pas prête à accepter le fait qu’il soit là pour la prendre.
Dawg sourit en y pensant et se dépêcha de se sécher et de s’habiller. Le slip de coton et le jogging ne faisaient rien pour cacher l’érection qui palpitait sous le doux tissu. Il prit un tee-shirt propre et retourna en bas, promena son regard autour de la pièce à l’éclairage tamisé en la cherchant.
Et elle était là. Assise sur le divan, elle avait étiré le tee-shirt pour cacher ses cuisses, et ses longs cheveux étaient encore un peu mouillés. De toute évidence, elle avait utilisé le séchoir qu’il gardait dans la chambre d’invités.
De beaux cheveux brun chocolat, longs et épais, qui tombaient dans le milieu de son dos et lui donnaient une apparence frêle.
Qu’est-ce qu’elle était petite ! À peine un mètre cinquante, avec des os délicats et un beau visage arrondi. Elle n’était pas maigre comme un clou, et il aimait ça, bien qu’il fût conscient de la délicatesse de son corps comparé au sien.
Son visage était encore pâle, ses yeux trop sombres, mais elle avait l’air posée. Merde, on aurait dit qu’elle s’en allait à l’échafaud plutôt que dans son lit.
— Tu n’es pas le meilleur onguent pour mon ego, joli minois, lui dit-il en marchant dans la pièce et en l’observant avec une pointe d’amusement.
Elle se mit lentement sur ses pieds.
— J’aimerais que tu ne m’appelles pas comme ça.
Elle n’avait jamais aimé se faire appeler joli minois, mais c’était comme ça qu’il la voyait. Son visage était un peu irrégulier, ses lèvres boudeuses et séduisantes, son nez mutin était légèrement retroussé, et ses pommettes étaient hautes et fières.
Elle se démarquait. Elle n’était pas d’une beauté classique, elle attirait plutôt le regard, mystérieuse. Unique.
— Pourquoi ?
Il jeta un coup d’œil à l’horloge et vacilla. Merde, il était presque 2 h du matin ; voilà pourquoi elle avait l’air de s’être fait rouler dessus par un camion. Elle était épuisée. Et lui aussi.
Maintenant, s’il pouvait juste en convaincre son sexe.
— Parce que je déteste les surnoms, rétorqua-t-elle.
Dawg secoua la tête.
— Écoute, il est très tard. J’ai eu une journée vraiment éreintante, et en te regardant, la tienne n’a pas été meilleure. Allons dormir là-dessus, ensuite on verra comment vont les choses demain matin.
Elle se lécha les lèvres nerveusement.
— Dans des lits séparés ?
— Dans tes rêves, grogna-t-il en retour. Bon Dieu, Crista, arrête de sursauter comme une petite chochotte. Ou tu me baises ou tu ne le fais pas. Finissons-en avec ça, qu’on puisse dormir.
— Je n’ai pas encore pris ma décision.
Crista plissa les yeux sur Dawg, constata son expression irritée et l’éclair de désir dans ses yeux.
Elle essayait de ne pas regarder son érection mise en évidence par son jogging. D’accord, elle avait déjà pris sa décision. En quelque sorte.
Elle en était furieuse. Ce n’était pas assez qu’elle ait essayé de rester hors de son chemin, qu’elle ait repoussé chacune de ses avances. Maintenant, il la privait de tout choix, la forçait à risquer de briser son cœur avec lui, car elle en connaissait les conséquences.
Chaque minute qui s’égrenait dans la douche n’avait réussi qu’à la mettre plus en colère. Ça lui avait pris plusieurs années pour le mettre derrière elle, même pour sortir avec un autre homme. Et encore, quand les nuits étaient à leur point le plus sombre, elle sentait les mêmes douleurs et pertes déchirantes aussi clairement qu’elle les avait ressenties cet été-là.
Il croisa les bras sur son torse.
— Tu ne l’as pas encore prise, hein ? Qu’est-ce que tu attends ?
Crista serra les mâchoires de colère.
— Je vais coucher avec toi. Il arqua un sourcil.
— Mais je ne vais pas me donner à toi, Dawg. Je ne peux pas te baiser comme ça.
— Te donner à moi ? demanda-t-il doucement de sa voix sombre et en plissant les yeux. Comme quoi, Crista ?
— Comme une de tes maudites compagnes de jeu, cracha-t-elle.
Plus il la fixait comme ça, plus elle était en colère. Les nerfs, la fatigue, et le contrecoup de la terreur se bousculaient en elle. Et pour finir, elle devait gérer le chantage exercé par l’homme qu’elle n’aurait jamais cru capable de faire ça.
— Tu es ma compagne de jeu maintenant, lui dit-il avec un sourire, son expression démontrant son intense satisfaction. Eh oui, j’aime jouer, Crista. Tu devrais être au courant, maintenant.
— Être au courant ! s’exclama-t-elle, envahie par la colère. Dawg, j’étais au courant de ça il y a huit foutues années quand tu as décidé que tu étais assez saoul et assez en rut pour me baiser sans tes cousins qui attendaient pour nous rejoindre. Ce n’est pas moi qui ai oublié cette maudite nuit-là ; c’est toi.
L’horreur la submergea. Elle se couvrit la bouche avec sa main, et sa respiration se bloqua dans sa gorge quand l’expression de Dawg passa lentement de l’amusement au choc et, ensuite, à une franche fureur.
Elle n’avait jamais vu Dawg en colère. Peu de gens avaient vu Dawg vraiment en colère. Crista en avait seulement entendu parler, et elle avait décidé il y a longtemps qu’elle ne voulait jamais voir ça.
— Tu mens, dit-il, la voix pleine d’une certitude froide et brutale.
Elle était déjà trop en colère pour garder le silence. Elle ôta sa main de sa bouche et elle passa ses yeux sur son corps, avec en tête des souvenirs brûlants et une colère fougueuse.
— Tu le sais très bien, dit-elle avec mépris. Tu étais ivre mort, à l’extérieur de la ville, le soir où tu as enterré tes parents, Dawg. Comment penses-tu être rentré chez toi ? Je t’ai ramené et tu as passé la nuit à me baiser. Toute la nuit, explosa-t-elle. Avant que tu me dises exactement comment tes bâtards d’hommes des cavernes de cousins allaient me baiser. Où et comment, et pendant combien de temps.
Elle détestait la peur et la douleur et la boule grosse comme un poing qui lui déchirait la poitrine chaque fois qu’elle s’en souvenait. Par Dieu, s’il allait la faire chanter pour l’amener dans son lit et se moquer de ses tentatives de protéger son cœur contre lui, alors il pouvait bien entendre la vérité.
— T’inquiète, Dawg, dit-elle d’une voix entrecoupée maintenant, essayant juste de respirer pour tenir malgré sa rage. Tu n’as pas à t’inquiéter de celle qui s’est sauvée. Parce qu’elle ne s’est sauvée de rien, sauf du quatuor auquel tu semblais déterminé à la destiner.
Elle recula d’un pas, la peur et la panique faisant rage en elle avec la même force tandis qu’une colère rentrée longue de huit ans était enfin libérée.
Se sauver. Elle avait besoin de s’éloigner de lui. Elle devait courir, comme elle l’avait fait avant, aussi loin de lui qu’elle le pouvait.
— Touche cette foutue porte et je te fais arrêter dans l’heure qui suit.
Son regard bouillait de colère maintenant.
Oh, ça, ce n’était pas le Dawg qu’elle connaissait. Le Dawg qu’elle connaissait n’était affecté par rien, il était joueur, cynique. Il n’était jamais en colère, et surtout, il n’était jamais tourmenté. Ce qu’il semblait être en cet instant.
Il alla dans la cuisine, prit une autre bière dans le frigo, la décapsula et la porta à sa bouche. Il la but en deux longues gorgées. Une seconde plus tard, la bouteille éclata en s’écrasant contre le mur.
Crista sursauta violemment, fixa le mur foncé de l’autre côté de la cuisine, des morceaux de verre collaient sur le mur avec le liquide qui restait dans la bouteille. Dawg se passa vigoureusement les mains dans le visage avant de les enfouir dans ses cheveux pour enlever le lacet de cuir qui tenait sa queue de cheval à la base de son cou.
— Est-ce que je t’ai violée ?
Il n’y avait aucune émotion dans sa voix, mais dans ses yeux, oui. Ils bouillaient, sombres et brillants, alors qu’il la fixait de l’autre côté de la pièce.
— Tu ne m’as pas violée, grinça-t-elle.
Il y avait des moments où elle aurait aimé ne pas avoir une si grosse aversion pour le mensonge.
— Que s’est-il passé ?
Ses lèvres formaient une ligne mince et furieuse, son expression était figée.
Crista secoua la tête, épuisée.
— Dawg…
— Que s’est-il passé ? éructa-t-il encore, sa voix plus dure, glaciale.
— Tu étais saoul. Je t’ai ramené à la maison. On a baisé. Fin de l’histoire.
— Comment ?
— Quoi ?
Elle le regardait prudemment maintenant, la tension lui nouait l’estomac en entendant le ton de sa voix. Elle était rauque, brutale.
— Comment est-ce qu’on a baisé ? répéta-t-il. Sa poitrine se soulevait difficilement, ses narines palpitaient au fur et à mesure que son expression durcissait.
— La manière habituelle ? tenta-t-elle en reculant d’un pas.
Son regard se durcit en voyant son mouvement et ses lèvres se tordirent de mépris.
— Je ne t’ai pas violée alors ; je ne le ferai pas maintenant, grinça-t-il. Maintenant, réponds-moi. Comment ?
— Je t’ai répondu, dit-elle en jouant nerveusement avec l’ourlet de son tee-shirt tandis que l’air ambiant devenait dangereusement tendu.
— Tu étais vierge.
Cela ne semblait pas être une question.
Crista acquiesça lentement.
— Je t’ai prise. Il avala difficilement en disant cela. Je t’ai prise fort.
Se rappelait-il ? Il n’en avait pas l’air, mais il avait raison. Il l’avait prise durement, et elle avait aimé ça.
Crista acquiesça de nouveau. Elle commença à trembler.
— Je t’ai sodomisée !
Ses lèvres se retroussèrent de rage, il serra les poings et les muscles sous son tee-shirt se contractèrent.
Elle ne secoua pas la tête, elle ne lui répondit pas. Elle fixait le phénomène dont elle était certaine que personne ne l’avait vu.
Dawg enragé. Elle avait rarement entendu dire qu’il était vraiment en colère, encore moins enragé. Même saoul, il était joyeux, moqueur, un peu stupide, mais jamais en colère.
— Réponds-moi ! cria-t-il, la faisant sursauter violemment.
— Pourquoi devrais-je te répondre ? répliqua-t-elle. Il est évident que tu t’en souviens. Pourquoi poursuivre un petit cul que tu as déjà eu ? Et pourquoi diable serais-tu assez stupide pour me faire chanter afin d’en obtenir plus ? Tu n’en as pas pensé grand-chose la première fois, ou alors tu n’aurais pas voulu t’en départir.
Elle le regardait prudemment, plutôt comme si elle observait un bulldog enragé tirer sur sa chaîne.
Dawg vit la méfiance dans ses yeux foncés. Il avait rêvé de ces yeux. Rêvé d’être ébloui par la couleur chocolat, de s’y noyer, d’y brûler.
Et son visage, ses pommettes étaient rouges d’excitation, ses lèvres enflées de son baiser, et sa voix murmurait dans sa tête. Suppliant pour plus.
Ça n’avait pas été un rêve. Les mots s’incrustaient dans son cerveau. Les rêves qui l’avaient torturé pendant huit longues années avaient été des souvenirs insidieux, qui avaient survécu à l’état comateux de son cerveau, dû à trop d’alcool. Il l’avait eue, et le souvenir de cette nuit-là, si ténu et assombri qu’il fût, l’avait hanté depuis.
CHAPITRE 4
D awg refréna sa rage et sa peur à la pensée qu’il l’avait peut-être blessée, sans qu’elle veuille le reconnaître. Aucun doute, cela changeait les choses. Merde, il ne pouvait pas lui en vouloir d’être restée le plus loin possible de lui pendant toutes ces années. Mais ça ne voulait pas dire qu’il était prêt à la laisser aller.
Il aurait été enclin à douter qu’il ait pu oublier une nuit avec elle, mais il y avait trop de rêves, trop d’indications qu’elle disait vrai.
Il avait pris sa virginité. Il l’avait prise sans considération pour son innocence, sa jeunesse. Il avait pris une jeune vierge de 18 ans dans son lit et avait fait des choses que même des femmes matures ne voudraient peut-être pas faire.
Il nettoya soigneusement les morceaux de verre brisé, conscient qu’elle le regardait avec une inquiétude muette. Rien à cirer ; il n’avait pas besoin de sa sollicitude. Il la voulait, elle. Il la voulait chaude et sauvage, toute cette faim et cette passion qu’il avait senti brûler pour lui en elle.
Elle devait l’aimer, pensa-t-il, pour l’avoir suivi dans son lit tant d’années auparavant. Il grinça des dents et se demanda ce qu’il lui avait fait, comment il avait dû la blesser pour qu’elle s’enfuît avant qu’il ne se réveille.
Et il la méritait encore moins aujourd’hui que huit ans auparavant.
— Cet accord. C’est pour nous deux seulement, lui dit-il en jetant les morceaux dans la poubelle, toujours dos à elle. Personne d’autre.
Comme elle ne répondait pas, il se retourna et la regarda.
Qu’est-ce qui n’allait pas chez lui la nuit où il l’avait prise ?

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