Petites pratiques de la mort
56 pages
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Petites pratiques de la mort , livre ebook

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Description

Quelle différence cela fait-il, l’absence ou la mort, si les corps s’évaporent de toute façon ? Cyril va faire de l’éternité des corps sa quête et son obsession. Et tant pis s’il omet de demander son consentement à Emma B., une voisine mythomane dont il précipite les derniers jours ; mais en douceur, car « les plus beaux cadavres sont ceux qui n’ont pas souffert, c’est la règle ». L’essentiel n’est-il pas de s’exercer pour trouver le moyen de garder auprès de lui, et pour toujours, le corps d’Oscar, grand embaumeur - et père de substitution - qui l’initia à sa passion ?

A la fois léger et percutant, Petites pratiques de la mort soulève des questions fondamentales : l’absence du père, la recherche de soi, la mort. On y rit autant qu’on réfléchit au sens de la vie, on savoure également la langue d’un nouvel écrivain : précise, poétique, ciselée, qui accroche dès les premières lignes et continue de surprendre jusqu’au dernier rebondissement.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 06 octobre 2008
Nombre de lectures 16
EAN13 9782507050955
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0037€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Petites pratiques de la mort
Line Alexandre
Publication: 2011 Catégorie(s): Fiction, Roman Source: http://www.legrandmiroir.eu
Un titre proposé par Réjane Peigny
Ce livre a été réalisé avec le soutien de la Communauté française de Belgique et le mécénat des magasins Carrefour.
© Tournesol Conseils SA – Le Grand Miroir
Directeur général: Luc Pire
Quai aux Pierres de Taille, 37/39 – 1000 Bruxelles
www.legrandmiroir.eu
Mise en page: CW Design
Conception de la couverture: Debie Graphic Design
Illustration de couverture: cecilebertrand@cartoonbase.com
ISBN: 978-2-507-00116-2
Dépôt légal: D/2008/6840/173
Achevé d’imprimer en septembre 2008
par l’imprimerie Chauveheid (Stavelot, Belgique)
Droits de traduction et de reproduction réservés pour tous pays.
Toute reproduction, même partielle, de cet ouvrage est strictement interdite.
Dans la meme collection: Adamek André-Marcel, Le sang du gourou Absire Alain, L'homme disparu Ancion Nicolas, Écrivain cherche place concierge Ancion Nicolas, Nous sommes tous des playmobiles Ancion Nicolas, Quatrième étage Ardenne Paul, Nouvel âge Baronian Jean-Baptiste, Neuf petits crimes très ordinaires Bastia France, Avau le vent Bologne Jean-Claude, Le marchand d'anges de Thoran Bosquet, Le collectionneur de passants Châteaureynaud Georges-Olivier, De l'autre côté d'Alice Collectif, Fureur de livres Engel Vincent, Le don de Mala-Léa Feyder Vera, L'éventée Feyder Vera, Ô humanité! Feyder Vera, Un manteau de trous Franck Jacques, Des lieux, des écrivains Garna Isabelle, L'indiscrète Godet Claude, J'irai la voir un jour Guerlan Julie, Première Communion Harpman Jacqueline, Mes Œdipe Hazette Pierre, Les taxis de Dakar Hermant Marc, La clé des paradis Host Michel, L'amazone boréale Javeau Claude, Le petit Javeau illustré Javeau Claude, L'esprit des villes Lalande Françoise, Dans les replis nocturnes de mon cœur Lalande Françoise, Une Belge méchante Lambert Gernot, Le voyage d'hiver Lambert René, Sur des prés d'herbe fraîche Lambert Stéphane, L'homme de marbre Lambert Stéphane, Mes morts Lapière Joël, Le frituriste Liberski Stefan, G.S., écrivain tout simplement Massin Freddy, Les Américaines Merle Pierre, Mao Grenadine Mertens Pierre, Les chutes centrales Millon Alexandre, Sumo sur brin d'herbe Orban Joseph, Les gens disaient l'étable Paquot Didier, … l'an dix mille Pirart Françoise, La fortune des Sans Avoir Puzenat Nicolas, 300 000 couples/seconde Ringelheim Foulek, La seconde vie d'Abram Potz Ringelheim Foulek, Le juge Goth Saldívar Dasso, García Márquez Sautois Agnès Elvira Puccini Sojcher Jacques, Petits savoirs inutiles Swennen René, La disparition de John Thoveron Gabriel, Qui fait peur à Virginia Woolf? Tshibanda Pie, Je ne suis pas sorcier! Tshibanda Pie, Rendez-vous sur l'île de Gorée Tshibanda Pie, Un fou noir au pays des Blancs Tuyêt-Nga Nguyên, Le journaliste français Vilet Michèle, Troisrives Wellens Yves, D'outre-Belgique Zumkir Michel, Amélie Nothomb de A à Z
Preface
À Sophie, Ariane et François
À Guylaine, Patricia, Patrice et Vincent, mon impitoyable carré d'as
À Cécile, la meilleure cover-girl qui soit
À Eva et M T sans qui...
1
Oscar Doucefeuille avait deux passions: l'embaumement et le tai-chi.
Son père était croque-mort. On l'était de père en fils chez eux. Je l'enviais d'être l'héritier d'habitudes et de coutumes, un prêt-à-porter familial dont je n'avais aucune idée. Enfant, lorsqu'il voulait embrasser son père, Oscar Doucefeuille devait descendre le chercher où il était, c'est-à-dire dans le sous-sol du funérarium. Il le trouvait occupé à laver, bichonner, maquiller les défunts sur la table glacée de la morgue familiale. Oscar éprouvait de l'affection pour ces corps rigides que le scialytique rendait verdâtres. À son arrivée, son père jetait sur eux une serviette en guise de pagne pour protéger leur dernière vertu. Il arrivait à l'enfant de leur glisser une caresse sur la joue ou sur l'épaule quand il leur trouvait le visage triste. Mais il n'avait guère l'espoir de les consoler, il faisait la différence entre la tristesse et cette espèce de sévérité convenue qu'affectent la plupart des morts.
À table, le père parlait volontiers de ses préoccupations, notamment de son impuissance à contrôler la décomposition parfois rapide qui gâchait son travail. La mère intervenait, sévère: on ne parlait pas de cela devant les enfants, surtout face à une côtelette que l'on déchiquetait à belles dents. Maud, la petite soeur d'Oscar, fluette et pâlotte, l'air toujours au bord de la syncope, faisait des cauchemars à la moindre occasion. Par contre, Oscar partageait sans réserve l'engouement paternel. Ces deux-là... disait-on affectueusement dans le quartier. Et puisque la mort était affaire d'hommes, le fils marcherait sur les traces du père.
Le hasard nous fit nous rencontrer, Oscar et moi, dans le club de tai-chi. Puis dans le bus qui nous ramenait dans nos quartiers respectifs. Lors du troisième trajet, le petit bonhomme au sourire de magot vint s'asseoir à mes côtés sur la banquette. Il dégageait une forte odeur musquée comme s'il sortait d'un frigo. J'en compris la teneur quand il me confia sa profession:
- Thanatopracteur!
avec une mine réjouie en parfait contraste avec le parfum de soufre que suggérait ce terme aussi prestigieux qu'intrigant.
Durant nos trajets, le taiseux se révéla bavard pourvu qu'il s'agît de parler de son métier. Il me racontait ses tracas professionnels: le lobby écologique s'employait à faire interdire l'embaumement au nom du devoir des corps à retourner à la nature. Où irions-nous si l'univers se mettait à pulluler d'éternels cadavres? proféraient ces ignorants. Cela le désolait. À terme, de telles absurdités condamneraient la profession. Il conseillait aux jeunes d'opter pour l'embaumement vétérinaire qui, mâtiné d'empaillage, avait encore de beaux jours devant lui.
Cette passion de la maîtrise de la mort me séduisit.
Je lui demandai de me prendre comme élève et de m'initier aux techniques de l'embaumement.
- Adopté! me répondit-il.
Ce verbe sans objet me fit chaud au coeur.
Oscar avait l'âge d'être mon père.
2
Mon père avait disparu de ma vie l'année de mes six ans.
Un soir, il n'était pas rentré à la maison, et ma mère avait retiré sa chaise de la table de la cuisine.
Avaient disparu aussi, comme par enchantement, toutes les horloges. Il y en avait eu beaucoup qui avaient rythmé nos vies de leur tic-tac énergique. Celle au-dessus du bahut de la cuisine, oeil immense, rond et cuivré, avait des aiguilles pointues de dague noire. Quand, le matin, la petite dague pointait le huit, le tic-tac avait un hoquet et c'était l'heure de partir à l'école.
Au-dessus du bahut subsistait désormais un cercle pâle et cerné. Mon père horloger, en disparaissant, avait emporté le temps et m'avait laissé le silence.
C'est donc en silence que j'occupai ce que, par coutume, je continue à appeler mon temps. Compter les chaises: deux au lieu de trois. Compter les assiettes, les couverts, les dessins du papier peint, les mètres qui séparaient la porte de la table, la cuisine de la chambre. Je comptais les points de lumière que la lampe faisait danser sur le mur en face, combien de fois ma mère se lissait les rides du front d'un pouce automatique ou disait Tiens-toi droit pendant un repas... Je comptais les heures de la nuit, les années qui me restaient avant de... avant de quoi, au fait?
Je comptais et je me demandais pourquoi la chaise vide n'était pas restée à sa place, si j'avais rêvé et si mon père avait jamais existé.
- Mais pourquoi?
Il arrive que des questions vous échappent, un jour, par dis-traction.
- Pourquoi quoi? avait rétorqué ma mère avec son regard d'institutrice.
J'avais bégayé, m'enfonçant comme dans un matelas trop mou qui m'absorbait, m'engloutissait, me digérait, et personne n'était venu me tirer par la main ni même par les cheveux. Or, une autre question me brûlait le bout de la langue, patate chaude qu'on ne peut ni avaler ni recracher: mort ou vivant?
Question qui ne m'échappa pas, elle, fort heureusement.
S'il était mort, on m'aurait acheté un nouveau costume sombre, des gens seraient venus, m'auraient caressé les cheveux, plaint, consolé. L'instituteur m'aurait placé près de lui, au premier rang, contre l'estrade, les autres m'auraient couvé de regards d'envie ou de piti

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