Petits arrangements avec la vie
127 pages
Français

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Petits arrangements avec la vie , livre ebook

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Description

Morane, une enfant polyhandicapée, vit de façon imaginaire sur une autre planète nommée Carpa. Une double vie commence alors; s'y mèlent les difficultés de son existence sur Terre à la vie rêvée d'une jeune femme.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 26 novembre 2013
Nombre de lectures 0
EAN13 9782312016474
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0012€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Petits arrangements avec la vie

Anna Desma
Petits arrangements avec la vie















LES ÉDITIONS DU NET 22 rue Édouard Nieuport 92150 Suresnes
La chose la plus terrifiante c’est de s’accepter soi-même.
Carl Gustav Jung


























© Les Éditions du Net, 2013 ISBN : 978-2-312-01647-4
Paul
Paul revenait de loin, il ne savait pas très bien d’où.
Etait-ce ce voyage aux Maldives qui lui avait fait prendre du recul ? ou bien cette conversation à bâtons rompus dans le tram avec un inconnu ?
Il n’aurait pas su dire pourquoi mais il se sentait différent en marchant à grands pas légers sur la plage de sable blond, ses tennis de toile s’enfonçaient mollement pendant qu’il regardait les voiliers au loin.
Il avait l’impression de n’avoir jamais eu une telle sensation auparavant et c’était peut-être vrai. Il gravit la dune dorée sous le soleil blanc sans se retourner et la mer disparut aussitôt; il la sentait toute proche, comme une femme aimée, mais inatteignable à ce moment là. Le soleil martelait sa peau, il aurait dû mettre un tee-shirt avant de partir.
Il songea aux femmes qu’il avait aimées et sourit à la pensée que chacune, à sa façon, pouvait évoquer la mer. Il se rappelait particulièrement la démarche souple et ondulante de l’une d’entre elles, il aimait la voir arriver vers lui. Quand il l’apercevait au loin, au milieu de la foule qu’elle semblait fendre avec légèreté, un sillon se creusait pour lui livrer le passage et elle arrivait vers lui de plus en plus vite comme une grande vague pleine d’écume. Il se souvenait aussi d’une autre femme, qui courait vers lui dans une envolée de robe d’été qui lui faisait penser au soleil quand il se précipite le soir dans l’océan et s’y noie. Il se souvenait aussi de la démarche légèrement androgyne de son premier amour dans un jean moulant ; il avait alors l’impression qu’elle sortait directement de l’eau et cela la rendait très désirable.
Il se rappela sa mère, quand quelquefois le soir elle venait le chercher à la sortie de l’école, il la trouvait si belle, que seule, cette mer qu’il aimait tant pouvait lui être comparée.
Puis sa pensée s’orienta vers Lilou qu’il devait retrouver un peu plus tard, Lilou qui avait la grâce des dunes sauvages qui s’étendaient derrière lui.
La mer lui semblait féminine, même quand elle tempêtait et courbait les voiliers au loin, même quand sa colère était maximale et recouvrait tout sur son passage, détruisant et faisant des morts. C’était une colère de femme puissante, violente et sans concession.
Puis, les choses ayant été dites à sa façon, elle retrouvait le calme et on pouvait à nouveau admirer sa quiétude, le bleu turquoise de ses eaux, son balancement régulier, le son de ses entrailles qui pouvait faire penser aux battements d’un cœur géant.
En fait, Paul était un admirateur inconditionnel de la mer; auprès d’elle, il se déstressait, se ressourçait, elle était toujours là quand il en avait besoin.
Morgane
Morgane sentit des pensées étrangères aux siennes lui picoter l’esprit mais elle n’arrivait pas à savoir d’où elles venaient, ni à en décrypter le sens. Elle ralentit puis s’assit sur la terre orange et froide de Carpa, sa planète.
Qui pouvait ainsi communiquer avec elle, de l’autre bout du monde ? L’esprit qui semblait prêt de l’atteindre était très éloigné, elle en était certaine, elle le sentait.
Elle tenta de se mettre en relation avec le Reg le plus proche, mais cela aussi était difficile, la pensée qui cherchait à l’atteindre prenait trop de place, ne lui laissait pas assez de marge de manœuvre. Elle fit le vide, en fixant un point aveugle sur l’horizon, cela dura bien plusieurs secondes, puis elle récupéra sa liberté de pensée et son autonomie. Elle obtint alors facilement une communication avec Salim, qui était de garde en ce moment.
Elle lui expliqua qu’elle avait senti un esprit étranger frôler le sien et le pénétrer par inadvertance, il venait de loin et lui était inconnu. Sa formation carpate lui avait permis de couper, mais elle pensait que c’étaient à eux de retrouver ce contact, sans prendre de risque.
Salim acquiesça et lui proposa de rejoindre le Reg pour qu’ils cherchent comment faire.
Cela n’était pas arrivé depuis des milliers d’années. Pourtant les infotablets étaient formelles, c’était déjà arrivé, dans des temps très reculés.
Cependant, ni Morgane, ni Salim, qui étaient pourtant les carpates vivants les plus anciens de la planète, n’avaient encore connu cela.
Morgane se releva, activa son propulseur perso et se dirigea rapidement vers le Reg; ses pieds ne touchaient plus le sol, elle semblait fendre l’air et cela laissait des marques tangibles de chaque côté du passage de son corps, comme si elle creusait un canyon nouveau dans la roche. Sans y prêter attention, elle fila et quelques instants plus tard, elle était en compagnie de Salim.
Il avait déjà sorti les infotablets qui étaient dans le Reg, mais il faudrait certainement aller jusqu’à l’Aniram, au cœur de la planète pour avoir accès à toutes les infos connues.
Le rêve
Paul ne se sentait pas bien, il avait sous estimé la chaleur, et sa tête était vrillée de pensées étranges, comme si une fenêtre s’était ouverte en lui.
Il avait l’impression de faire un rêve étrange, d’être lui et de n’être pas lui, d’exister dans ce monde et d’être aussi ailleurs… dans un monde orange, où il était seul, complètement seul, et pourtant il n’était pas seul, ça il le sentait très fort, presque à en trembler. Il avait l’impression de devenir fou, de ne plus être vraiment dans son corps, mais dans une forme souple et translucide qui se déplaçait à toute vitesse et qui le repoussait en même temps.
Il s’allongea à l’abri d’un palmier, transpirant, presque en transe, et s’endormit d’un coup comme si quelqu’un venait de le frapper brusquement.
Il eut l’impression que son esprit était emporté dans une spirale transparente qui se transformait en toupie à tête de diamant et tournoyait à la vitesse de la lumière et il ne fut bientôt plus qu’un éclair blanc qui fonçait dans la nuit. En bruit de fond, il entendait la mer, sans savoir d’où cela venait ni où il se trouvait.
Puis il devint un grand goéland aux ailes dorées qui planait tranquillement dans un ciel transparent et sans nuage; puis un manège ancien qui tournait sans jamais s’arrêter; puis un jet d’eau qui jaillissait de façon intermittente au milieu d’un savant échafaudage de pierres; puis un tableau vivant qu’on montrait à des enfants; puis un rayon laser qui se déplaçait sur une surface invisible… pour n’être plus qu’une goutte de vie infinitésimale au centre de l’univers.
Les femmes auxquelles il pensait juste avant ressurgirent toutes ensemble, l’une soulevant sa tête et l’enfouissant entre ses cuisses, l’autre le couvrant de baisers, une autre encore lui murmurant des paroles douces, puis il eut l’impression d’être un jouet entre leurs mains et il se mit à hurler pour que tout cela cesse.
Le Reg
A l’intérieur du Reg, Morgane et Salim étudièrent attentivement les infotablets qui dataient de plusieurs siècles. Ils s’étaient confortablement installés en lévitation dans la pièce ronde du haut de la tour qui servait de bibliothèque des temps enfouis.
Morgane avait fermement repoussé l’intrus mais la communication n’était pas coupée comme elle l’avait tout d’abord cru, en fait elle le tenait cloisonné dans un espace mémoire de son cerveau.
La communication avait été brève, mais claire, et il ne fallait sous aucun prétexte la perdre; cela ne s’était pas produit depuis des dizaines de milliers d’années et cela pouvait ne pas se reproduire avant d’autres dizaines de milliers d’années. C’était le seul moyen connu pour sortir de l’isolement dans lequel ils se trouvaient.
Sur Carpa, il y avait une dizaine de Regs, très éloignés les uns des autres, et dans chacun, vivait une petite communauté d’hommes et de femmes très âgés. Une fois par année carpate, ils

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