Point zéro
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Point zéro , livre ebook

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Description

L’aquilon porte sur ses ailes la maladie des voyageurs et la propage dans le monde. Des frontières se ferment, obéissant au cri de ralliement des disciples d’Hippocrate. Impossible de pousser des ailes pour regagner le nid…
Comme des marins en détresse, dans un aéroport, les prisonniers des urgences sanitaires meublent l’attente… La promiscuité est une aubaine pour le mauvais genre de déverser sa bile sur les hommes. Lise harangue plutôt sur un féminisme basé sur d’autres valeurs…

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 23 octobre 2020
Nombre de lectures 0
EAN13 9782312078151
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0012€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Point zéro
Germaine Kabedi
Point zéro
( Roman )
LES ÉDITIONS DU NET
126, rue du Landy 93400 St Ouen
© Les Éditions du Net, 2020
ISBN : 978-2-312-07815-1
Quand l’existence ternit sous le poids de la discrimination…
Chapitre I
Dans le sillon tortueux vers les lointains lieux de son port, le temps, éternel voyageur, entraine tout à sa suite ; rien ne va jamais contre lui. Il coule indolemment, tandis que l’humanité patine ou accélère dans sa course effrénée des conquêtes. Jamais la science et la technologie n’ont connu tant de puissance et de maitrise Et la ligne de démarcation entre les différentes périodes depuis l’ère conventionnelle n’a été marquée de façon aussi perceptible. Une plaie est passée sous leurs pieds, elle a atteint l’époque où les découvertes sont en leur plus fascinant rayonnement. La plaie ralentit le monde dans son élan. Il va de soi que l’orgueil humain ploie sous l’étreinte d’un petit machin invisible. Il lutte à la défensive face à un ennemi dont les armes redoutables sont aussi insaisissables que le mercure. La funeste pandémie aboie sa fureur aux quatre coins de la planète. La vie est au ralenti, l’humanité au point zéro. Autant dire le chaos dans presque tous les secteurs.
Le coronavirus se propage à une vitesse vertigineuse. La troisième Guerre Mondiale est enclenchée. La guerre, non du sang versé par des seigneurs belliqueux, mais celle de la pandémie qui ampute l’humanité de nombreuses potentialités. Cette fois, les nations se serrent les coudes en un élan de solidarité. Les redoutables arsenaux sommeillent sous le confinement. Seule une armée en blouse blanche lutte contre l’ennemi commun. Cependant, les violons ne s’accordent toujours pas entre les disciples d’Hippocrate au front. Le confinement est le seul remède qui fasse l’unanimité. Cette dérisoire protection anéantit paradoxalement la vie, en voulant la sauver.
Dans un aéroport, des voyageurs affluent tandis que les services ferment devant leurs regards d’abord incrédules, puis affolés. Les uns sont en quête d’un vol providentiel vers leurs terres. Comme des automates, ils courent dans les longs couloirs, se heurtent et se bousculent. Ils s’excusent, sans s’arrêter. Ils se perdent dans le dédale des terminaux et reviennent au point de départ. Toutes les réponses en rajoutent au désespoir. La même crainte les anime tous. Pas question de passer un jour supplémentaire dans la ville qui se déserte sous leurs yeux hagards. Les autres sont cueillis dès le débarquement. Impossible de quitter l’aéroport. Les projets et les rêves se fracassent contre une ligne virtuelle infranchissable. Le dispositif sécuritaire est impressionnant.
– Une quarantaine s’impose, dans le but d’éviter la propagation…
– Mais… mais… mais nous, nous venons de l’Afrique, proteste un groupe. C’est plutôt à nous de nous méfier !
– Quand c’est l’Ebola, nous sommes les premiers suspects ; c’est encore nous quand il s’agit du coronavirus ! Nous ne voyagerons jamais en paix nous autres ! s’étonne quelqu’un.
– Il fallait rester, rétorque sèchement l’agent.
– Ce n’est pas la peine de beugler, dit un type filiforme, avec une pointe de chauvinisme. Moi j’habite chez moi et j’en suis fier. Je ne viens pas demeurer ici. Ma terre est plus luxuriante que tous vos mirages réunis.
– Je dis qu’il n’y avait qu’à rester !
– Je repartais dans les dix jours après mes affaires…
– Assez discuté, dit l’agent. Le ton n’admet plus de réplique.
Il cligne un œil. En dépit de véhémentes protestations, une escorte les entraine. Les papiers en ordre subissent la dictature des urgences sanitaires. Ils tentent une plaidoirie, mais ils sont loin d’obtenir gain de cause ; « Chez autrui, l’on est comme en haut d’un arbre », dit un proverbe. Un cancrelat ose-t-il se plaindre chez une poule ? La cause est perdue d’avance. Au tribunal international pour la conservation de l’espèce humaine, les mesures drastiques reposent toutes sur une thèse ou mieux une vérité générale : l’ailleurs n’offre pas autant de garantie sécuritaire que chez soi. C’est une évidence. Mais comment rebrousser chemin ?
Le troupeau est conduit au terminal A. Le long couloir qui languissait est tiré brutalement de sa torpeur sous le piétinement des sabots inquiets. Les cafés et les boutiques en deuil voient se refléter des ombres informes sur leurs vitres opaquisées par des rideaux ternes. Ils confèrent au couloir une atmosphère lugubre que tentent d’égayer des lampes en faisceaux. La réception en diagonale des installations sanitaires réservées au personnel ressemble à une maison abandonnée il y a longtemps… Le couloir s’étire encore sur plusieurs mètres avant de former une bosse de sièges. Au bout se trouve le nécessaire en sanitaires pour les voyageurs.
Une faction est affectée à la prison des urgences sanitaires. La gestualité compense généreusement la parole désormais rare. Elle s’étouffe sous les masques, à la distance conventionnelle. L’attitude est correcte. Parfois, un froncement de sourcils, un regard inquisiteur insinuent, selon le camp, une exclamation : « Comment peut-on immigrer par le temps qui court ! » ou certains stéréotypes refoulés : « Grand enfant, trop émotif, sourire niais… C’est l’éternel message à notre endroit… ». Mais ce n’est pas le moment de s’en plaindre ; aucune race n’en impose au mortel virus. Le tout c’est de savoir entretenir les relations sociales au-delà des différences. Les grandes puissances elles-mêmes sont aux abois, plus que les autres nations. En outre, les nantis comme les pauvres, ceux qui ont inventé des choses aussi monstrueuses que les armes nucléaires et ceux qui n’inventent rien du tout, tous partagent le même sort, tous ont la mort en commun.
Lise est accourue comme les autres. Elle est à l’automne de sa vie. Mais comme obéissant à quelque ordre invisible, plusieurs années se sont écoulées du coup. Un vieillissement brusque. La beauté retouchée par un maquillage très léger pâlit subitement. Tout court et vole autour, tout le monde vole comme à la quête d’une âme fugitive. Impossible de pousser les ailes ; elle est à la traine… Son ventre proéminent danse au rythme de la marche alors que le corps est encore svelte. Le vertige, l’anxiété sans cesse croissante l’essouffle. Elle s’en veut d’avoir minimisé l’alerte lancée depuis si peu. Elle aurait pris le premier vol avant la fermeture des frontières en perspective. La caractéristique qui lui valait tant de lauriers en plusieurs circonstances se révèle en ce jour un défaut mortel. Méticuleuse, elle en était à parfaire le projet avec des partenaires, lorsque, soudainement l’aquilon s’est mis à propager le virus sur la planète terre. Sous ses yeux, l’humanité semble tanguer, comme un fauve blessé avant la chute apocalyptique. L’Europe, les Etats Unis, après la Chine. Tout a basculé dans le monde, à une vitesse vertigineuse. Les frontières se ferment partout comme si c’était déjà la fin du monde.
Elle s’arrête toutes les cinq minutes, elle respire et elle reprend la marche, tant bien que mal. Le lourd collier bourré de papiers, d’accessoires de toilette dont s’encombre toujours le genre pend sur la poitrine. Elle ne sent plus sous sa main endolorie la valise qu’elle tire depuis des heures. Les escaliers roulant sont tous à l’arrêt. La force physique ainsi que la force psychologique sont toutes gaspillées. Elle ne veut pas s’asseoir un moment, de peur de rater une occasion. Laquelle ? se demande-t-elle après le compte : tous les gros oiseaux semblent avoir leurs nids au tarmac. Elle va, tourne, retourne et revient comme les autres. A l’immigration, elle aperçoit un groupe à peine débarqué.
– Des migrants par le temps qui court ! s’exclame-t-elle. Moi je ne demande mieux que d’être rapatriée par l’un de ces vols qui atterrissent ! Le Seigneur fasse qu’il y en ait un seul vers ma patrie et que je ne meure dans ce pays des viveurs, loin des miens ! Ma fille, mes petites filles…
Au bout d’un temps long comme l’éternité, des microphones grésillent finalement. Les voyageurs s’arrêtent, les cœurs ballants d’espoir terne. Ils sont tout suspendus, tout oreilles à la voix provenant de la voûte. Chacun attend la version en sa langue. Contrairement à l’habitude, la voix égrène les syllabes. Nettement. Lise capte le messag

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