Samba le fou
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Samba le fou

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Description

"Samba, es-tu là ?" Quand Lucie rencontre Samba, tout les oppose. Elle décide contre tout bon sens de sauver ce fou errant des démons de son passé. Vaincra-t-elle le mutisme de Samba ?
Belle rencontre entre une petite fille et un personnage "hors norme" et pourtant si familier, Samba, dans le Sénégal d'aujourd'hui.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 novembre 2006
Nombre de lectures 130
EAN13 9782296959620
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,009€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Samba le fou
 
Encres Noires
 
Collection dirigée par Maguy Albet
 
 
N° 284, Bourahima OUATTARA, Le cimetière sénégalais, 2006.
N° 283, Hélène KAZIENDÉ, Aydia, 2006.
N° 282, DIBAKANA MANKESSI, On m 'appelait Ascension Férié, 2006.
N° 281, ABANDA à Djèm, À contre-courant, 2006.
N° 280, Semou MaMa DIOP, Le dépositaire,  2006.
N° 279, Jacques SOM, Diké, 2006.
N° 278, Marie Ange EVINDISSI, Les exilés de Douma, 2006.
N° 277, Assitou NDINGA, Les marchands du développement durable, 2006.
N° 276, Dominique M'FOUILOU, Le mythe d'Ange, 2006.
N° 275, Guy V. AMOU, L'hyène et l'orfraie, 2006 .
N° 274, Bona MANGANGU, Kinshasa. Carnets nomades, 2006.
N° 273, Eric Joël BEKALE, Le cheminement de Ngniamoto, 2006.
N° 272, Justin Kpakpo AKUE, Les canons de Siku Mimondjan, 2006.
N° 271, N'DO CISSE, Boomerang pour les exorcistes, 2006.
N° 270, François BIKINDOU, Des rires sur une larme, 2005.
N° 269, Bali De Yeimbérein, le «  Baya », 2005.
N° 268, Benoît KONGBO, Sous les tropiques du pays bafoué, 2005.
N° 267, Frédéric FENKAM, Safari au paradis noir, 2005.
N° 266, Frieda EKOTTO, Chuchote pas trop, 2005 .
N° 265, Eric Joël BEKALE, Le mystère de Nguema. Nouvelles, 2005.
N° 264, Bathie Ngoye THIAM, Nouvelles fantastiques sénégalaises, 2005.
N° 263, Marcel KEMADJOU NJANKE, La chambre de Crayonne, 2005.
N° 262, Bathie NGOYE THIAM, Le parricide, 2005.
N° 261, Guy V. AMOU, Murmures du Mono, 2005.
N° 260, Alexis ALLAH, L 'oeil du Marigot, 2005.
N° 259, Sylvestre Simon SAMB, Dièse à la clef, 2005.
N° 258 Semaan KFOURY, L 'Égyptien blanc, 2004.
N° 257 Emmanuel MATATEYOU, Dans les couloirs du labyrinthe, 2004.
N° 256 Yacoub Ould Mohamed KHATARI, Les résignés, 2004.
N° 255 Dakoumi SIANGOU, La République des chiens. Roman, 2004.
N° 254 Adama Coumba CISSE, La grande mutation. Roman, 2004.
N° 253 Armand Joseph KABORE, Le pari de la nuit, 2004.
N° 252 Babba NOUHOU, Les trois cousines, 2004.
N° 251 Calixte BANIAFOUNA, Matalena ou La colombe endiablée, 2004.
N° 250 Samba DIOP, À Bandowé, les lueurs de l'aube, 2004.
N° 249 Auguy MAKEY, Brazza, capitale de la Force libre, 2004.
N° 248 Christian MAMBOU, La gazelle et les exciseuses, 2004.
 
Abibatou Traoré Kemgné
 
 
 
 
 
 
 
Samba Ie fou
 
 
roman
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
L'HARMATTAN
 
Du même auteur
 
Sidagamie, Présence africaine, Paris, 1998
 
 
 
 
 
 
 
 
© L'H ARMATTAN, 2006
5-7, rue de l'École polytechnique ; 75005 Paris
 
 
Fabrication numérique : Socprest, 2011
Ouvrage numérisé avec le soutien du Centre National du Livre
 
 
L'HARMATTAN, ITALIA s.r.l.
Via Degli Artisti 15 ; 10124 Torino
L'HARMATTAN HONGRIE
Könyvesbolt ; Kossuth L. u. 14-16 ; 1053 Budapest
L'HARMATTAN BURKINA FASO
1200 logements villa 96 ; 12B2260 ; Ouagadougou 12
ESPACE L'HARMATTAN KINSHASA
Faculté des Sciences Sociales, Politiques et Administratives
BP243, KIN XI ; Université de Kinshasa – RDC
 
http://www.librairieharmattan.com
harmattanl@wanadoo.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
 
ISBN: 2-296-01961-7
EAN : 9782296019614
 
A mes parents, Rosalie et Seydou.
 
A Geneviève.
 
Première partie
L’avion de Lucie avait atterri à Dakar-Yoff. La jeune fille n’aurait jamais imaginé que son émotion à retrouver le Sénégal serait aussi vive. Son cœur était devenu volcan, et son corps, jusqu’au dernier de ses cheveux, se laissait envahir par une lave de douceur qui la malmenait. Ses mains moites et fébriles ne savaient plus où se mettre. Ses lèvres frémissaient, ses yeux se voilaient et elle, elle n’était plus qu’un sourire ambulant. Un regard, un seul, et les longs mois qui l’avaient éloignée de son pays s’évanouissaient. Elle ne chercha pas à les retenir. Les regarda-t-elle lui tourner le dos, claquer cette page si riche de sa vie ? Elle était au faîte de l’extase et s’y accrochait de toutes ses forces. Elle ne daignait pas dire un mot à son compagnon de route. Comme une hirondelle, elle voguait entre les nuages de son bonheur.
– Alors, comblée ?
Elle se tourna vers Landing et se contenta de lui adresser un sourire. Le conducteur ne quittait pas la route des yeux. Parsemée de trous, celle-ci mobilisait toute son attention. La réponse silencieuse de Lucie n’atteignit pas Landing. Elle était sans doute fatiguée, se dit-il. Un vol direct lui aurait certainement évité ces quatre heures de route. Mais n’était-elle pas en vacances ?
Du temps, désormais, elle en avait beaucoup. Elle avait travaillé comme une forcenée toute l’année, mettant tout en œuvre pour rentabiliser chaque seconde. Pire qu’un automate. Elle conservait un souvenir précis du métro parisien. Il lui suffisait de baisser les paupières et, aussitôt, se profilait, dans un passé proche, une gigantesque machine vieille et bien huilée, grouillante de gens. La gloutonne machine d’ingurgiter et de dégorger simultanément, et inlassablement, des fourmis empressées. Blêmes étaient ces fourmis, l’air malheureux à devoir faire tourner une machine plus grosse encore : le monde. Oui, Lucie était en vacances. Et quelle sensation agréable ! Quel délice de sentir la brise de l’Atlantique sur son visage ! A voir la grosse Touareg de son chauffeur fendre la steppe saint-louisienne, le cœur de la jeune fille palpitait d’aise. Elle était heureuse de retrouver sa ville et les cheveux au vent, elle dévorait du regard ce paysage qui lui avait tant manqué. Et voilà que sur ses lèvres se dessinait un sourire destiné aux baobabs, au sol ocre ou à quelque être invisible. Et voilà qu’elle repensait à ces images du Paris-Dakar, qu’elle avait parfois regardées à la télévision, nostalgique et envieuse face à ces étrangers qui traversaient son pays.
Landing n’était plus le même. Le Sahélien lippu et gringalet que Lucie avait laissé jouissait désormais d’un corps d’athlète. Un débardeur moulant mettait en valeur ce nouveau physique que la jeune fille complimenta avec sincérité. Il lui avoua, non sans fierté, qu’il était devenu un adepte de la musculation et qu’il avait fait aménager une salle de sport dans son appartement. Elle pourrait l’utiliser, si cela l’intéressait. Elle avait, bien sûr, un corps parfait mais c’était un capital à entretenir. Landing mangeait différemment maintenant. Les protéines n’avaient plus aucun secret pour lui ; il plaignait ses pauvres compatriotes qui, selon lui, se gavaient de riz graisseux à longueur d’année. Il lui parla de malbouffe sénégalaise, d’indice de masse corporelle, de cholestérol, de sucre et d’espérance de vie. Pourquoi donc tout le monde dans ce pays souffrait d’hypertension artérielle ou de diabète dès l’âge de quarante ans ? Pourquoi donc, y mourait-on si jeune alors qu’autre part, les gens dépassaient allègrement la centaine ?
– La corrélation entre hygiène alimentaire et santé est évidente. Je ne comprends pas que les pouvoirs publics ne tirent pas la sonnette d’alarme ! Quel intérêt ont-ils à laisser les gens crever comme des chiens ? Manque-t-il des moyens concrets pour endiguer ce fléau ? Un tel laisser-aller est inacceptable !
C’est un autre Landing que Lucie avait laissé un an plus tôt. Ce nouveau corps le rendait assurément plus attirant. Comment avait-il pu changer si vite, lui qui, par le passé, s’était si peu soucié de son apparence ? Elle se souvenait encore qu’il lui avait dit que, selon lui, l’être humain ne valait que pour ce qu’il avait dans le crâne. Même si son métier consistait à habiller les autres, pour lui, il suffisait d’avoir un esprit sain et un corps propre pour mériter l’estime. Y avait-il une femme derrière ce changement radical ? Elle posa les yeux sur ses lunettes et lui dit, sans détour :
– Toi, tu veux plaire à quelqu’un ! As-tu rencontré la femme de ta vie, par hasard ?
– C’est toi ma femme, Lucie, répondit-il sans ambages.
Il plaisantait, bien sûr. Elle tourna la tête en souriant. Quelle assurance il avait ! Rien de changé, de ce côté-là. Toutefois cette assurance lui faisait l’effet d’une autorité déplacée et cette attitude, malgré tout gentille, mettait Lucie mal à l’aise. Landing s’était imposé aux parents de Lucie pour venir la chercher à Dakar ; lesquels, bien entendu, l’avaient laissé faire. Même si elle appréciait le confort de la voiture de Landing, pour elle, c’était clair, il allait falloir refréner très vite les ardeurs de ce prétendant. C’était un ami de la famille, le grand copain de son frère Alfred. Pour elle, rien n’avait changé, strictement rien !
Lorsque la voiture arriva à Saint-Louis, Lucie tourna la tête légèrement. Son regard fondit avec impatience sur une rive du fleuve Sénégal. Elle n’en vit pas grand-chose. D’où se trouvaient les voyageurs, c’était tout à fait normal. Lucie ne posa aucune question. A la première occasion, elle s’y rendrait.
Les youyous de Rama, sa belle-mère, les accueillirent quelques minutes plus tard. Lucie était heureuse de retrouver les siens. Elle riait et pleurait à la fois. Déferlaient de son être des mois d’émotions retenues, de tristesse refoulée et de solitude intense. Elle pouvait évacuer de son corps toutes ces choses qui l’avaient marquée car, enfin, elle n’était plus seule. Elle venait de loin et, là-bas, avait refusé de pleurer. Elle avait ri sans y croire. Son père l’observait du coin de l’œil, un imperceptible sourire sur les lèvres. Il essayait tant bien que mal de contenir ses sentiments, de les cacher même, mais Lucie le connaissait assez pour deviner derrière sa barbe rustre et son regard presque bridé - tant il était perçant - la fierté et l’orgueil qui bouillonnaient en lui. Il l’avait à peine embrassée. Elle ne l’avait jamais connu très expansif. L’amour paternel s’exprimait ici à travers des mimiques silencieuses que Lucie avait appris à décoder dès sa plus tendre enfance. M. Tall dit qu’il pouvait mourir tranquille. Sa fille avait vécu seule, dans un pays qu’elle ne connaissait pas, loin des siens. Des milliers de jeunes en faisaient autant tous les jours mais Lucie l’honorait. Rama n’avait de cesse de cajoler Lucie : « Quel teint lumineux tu as et quels yeux pétillants ! La France te va à ravir ». A croire qu’elle avait craint de voir sa belle-fille revenir en pièces détachées, un bras en moins ou le corps squelettique. Rassurée, elle complimentait sa poitrine épanouie, ses joues potelées et sa chevelure abondante. Le chien Belka n’était pas en reste. Pour fêter le retour de sa maîtresse, il aboyait en tournoyant sur la terrasse. Rama dut le rappeler à l’ordre, à plusieurs reprises. Sa queue frétillait de bonheur. Lucie le chatouilla et lui caressa la tête. Elle lui promit que, bientôt, ils iraient jouer sur la plage en amoureux. Une grande complicité unissait Lucie à sa bête.
La jeune fille déposa sa valise à terre, dans sa chambre, et éparpilla ses vêtements, en quête d’une tenue plus adaptée. Elle troqua son jean contre une jupe légère. Elle était contente d’être chez elle mais, malgré l’euphorie des retrouvailles, voulait s’extirper de son petit monde. Elle voulait prendre le large, ressortir.
– Tu n’y penses pas !
Landing la fustigeait du regard.
– Nous ne t’avons pas manqué, Lucie ?
Quelle idée ! Bien sûr que sa famille lui avait manqué. Seulement, il était pour elle impératif d’aller voir une personne, et ses parents n’allaient pas s’évanouir si elle leur faussait compagnie un moment. Landing voulut l’accompagner. Lucie refusa, un peu sèchement au goût de sa belle-mère, laquelle crut juste d’intervenir :
– Landing veut seulement t’aider, ma chérie. Tu dois être un peu fatiguée, non ?
– Je sais, Rama, mais je ne veux pas abuser de sa gentillesse. Et puis, je n’en ai pas pour longtemps ! Merci, Landing, merci pour tout, vraiment !
Le jeune homme haussa les épaules et Lucie lui jeta un clin d’œil complice. Cet homme ne l’impressionnait plus. Sa reconnaissance envers l’omniprésent ami de son frère ne devait pas la faire tergiverser. Pour elle, il n’était désormais plus question de le laisser infiltrer sa vie comme il l’avait fait par le passé.
Elle le connaissait depuis des années. Bien plus âgé que son frère aîné Alfred, Landing en était le meilleur ami. Alfred aimait les belles fringues. Le père de Landing possédait les plus prestigieux magasins de prêt-à-porter de Saint-Louis. Probablement, les deux garçons s’étaient-ils rencontrés dans un de ces hauts lieux de la mode. Alfred le lui avait toutefois présenté comme un ami commerçant. « Je suis un homme d’affaires, pas un commerçant !», avait rétorqué Landing, piqué. Il refusait catégoriquement d’être confondu avec n’importe quel vendeur de cacahuètes du coin de la rue. Il n’appartenait pas à la même catégorie socioprofessionnelle. Il venait alors de décrocher un DEUG de Comptabilité et de Droit des Affaires, diplôme que son père estimait largement suffisant pour « compter son argent et contrôler son entreprise ». Landing avait dû batailler ferme pour suivre deux ans d’études à l’université. Monsieur Savané, grand analphabète de sa condition, avait inscrit son aîné à l’école pour qu’il apprenne à additionner des chiffres, rien de plus. Mais ce fils s’était pris d’une telle passion pour les études qu’il en devint, très vite, l’élève préféré de ses instituteurs. On lui prédisait de longues et brillantes études. Sous pression, le père l’avait laissé étudier jusqu’à la fac, mais « juste pour deux ans, compris ?  ». Il se faisait vieux désormais et qui mieux que Landing pourrait le seconder, voire assurer la succession ? Il l’avait éduqué dans ce seul dessein. « D’accord, les études peuvent apporter un petit plus dans la vie d’un homme mais ce n’est pas tout et, même, c’est bien peu… » Monsieur Savané en était un exemple vivant. Lui, fils d’éleveurs que la sécheresse avait chassés du Ferlo {1} , ne savait pas distinguer un I d’un A. Un de ses oncles, qui vivait à New-York, lui avait fait découvrir l’Amérique. Il y avait travaillé d’arrache-pied. Avec force et persévérance, il s’était fait une situation. Pour quelqu’un qui n’avait jamais posé les fesses sur un banc d’école, n’était-il pas un exemple flagrant de réussite ? Notable respecté, il possédait quatre superbes villas, un bataillon de taxis et s’était rendu cinq fois à la Mecque.
Landing ne déçut pas son père. Il avait grandi dans ce milieu de transactions diverses et variées et s’y sentait comme un poisson dans l’eau. Il tenait les cahiers de l’entreprise familiale avec une rigueur que son jeune âge ne présageait pas. Lucie se demandait toujours ce que Landing avait pu trouver à son baratineur de frère. Vraisemblablement, Alfred l’avait séduit par son langage. Il avait dû lancer une formule de Freud en marchandant une paire de baskets ! Frustré malgré sa réussite d’avoir arrêté ses études prématurément, Landing trouvait avec Alfred une occasion de replonger dans l’univers de la philosophie et des abstractions mathématiques. Ils discutaient à bâtons rompus, pouvaient passer des soirées entières à refaire le monde, depuis ses origines, autour d’une barada {2}  : la condition de l’homme noir, son devenir… sujets qui intéressaient particulièrement Lucie. Elle les écoutait avec attention et glissait parfois une remarque ; remarque, à coup sûr, regardée par Alfred comme la plus grande ineptie jamais proférée.
Landing fut le professeur particulier de Lucie au lycée. Elle l’admirait. Il n’avait perdu la main ni en mathématiques ni en sciences physiques. Comment faisait-il pour savoir tant de choses ? Un théorème de Thalès ne servait à rien dans la vie qu’il menait. Malgré le départ d’Alfred au Maroc, pour des études d’ingénierie hydraulique, Landing n’avait pas déserté la maison des Tall. Il était comme un deuxième frère pour Lucie et sa fidélité l’avait beaucoup touchée. Mais, très vite, le jeune homme s’était immiscé avec un naturel désarmant dans sa vie privée. Un jour, elle allait s’en mordre les doigts. Maintenant qu’elle avait pris une certaine assurance loin des siens, il n’était plus question de commettre les mêmes erreurs qu’autrefois. Elle quitta rapidement la maison. Elle voulait sortir seule, elle y tenait vraiment, c’est tout.
Lucie quitta la maison sous l’œil réprobateur de sa belle-mère, les injonctions dépitées de Landing et l’indifférence compréhensive de son père. Elle sortit très inquiète et comme si elle ne s’était jamais absentée de Saint-Louis, ses pieds retrouvèrent leurs habitudes d’antan. L’un derrière l’autre, alternativement, ils la guidaient à travers les ruelles de son enfance. Elle quitta l’île par le pont de la geôle, le regard rivé au loin, sur un point de la berge du fleuve Sénégal, et l’esprit plongé dans une sorte de voile nuageux, de questionnements et de doutes.
Elle l’aperçut au loin. Son cœur fit un bond. Comme quand elle était enfant, elle ôta ses chaussures et courut à perdre haleine sur le sable. Sa jupe évasée, comme hier, se souleva en faisant un frou-frou effroyable contraignant les oiseaux à s’envoler. Pourtant, en s’approchant, elle ressentit un haut-le-cœur. La cabane était là, devant Lucie, comme douze mois plus tôt, avec ses cartons et ses tiges en bois raccommodés, ses fils de fer allant dans toutes les directions, ses pots de tomates aplatis et ses bouts de zinc rouillé.
– Samba, es-tu là ? héla-t-elle, d’une voix que l’impatience rendait stridente.
Pour seule réponse, elle entendit sa voix rebondir comme une balle de ping-pong sur les eaux plates et calmes du fleuve et se perdre au loin dans les remous de l’Atlantique.
Elle fit le tour de la cabane. Comment faisait-elle pour tenir debout ? La pugnacité de Samba avait, de toute évidence, eu raison des vents du Sahara et des tempêtes maritimes. Certes, la petite cabane pointait davantage la tête vers l’est que vers le ciel mais elle semblait respirer encore et, à la caresser ainsi les yeux fermés, Lucie voguait dans des sphères qu’elle avait sans doute connues un jour. Elle poursuivit son ballet nostalgique en susurrant : « Samba, Samba ». Mais sa litanie restait sans réponse. Emergeant de son rêve, elle réalisa qu’il n’était peut-être plus là. Son cœur rebondit, manquant cette fois de s’arrêter. Prise de panique, elle allait s’engouffrer dans la cabane quand elle entendit prononcer son nom derrière elle. Elle fit volte-face et le vit là, juste devant, un semblant de sourire sur les lèvres. Sans réfléchir, elle lui sauta au cou. Lentement, il défit ses bras et s’écarta.
– Je suis contente de te voir, lui fit-elle, nullement fâchée.
Il ne réagit pas. Son regard se posa sur Lucie, comme s’il cherchait à percer un mystère. Elle le regarda à son tour et, ainsi, ils étaient drôles à voir ! Deux êtres sur une plage, se jaugeant sans un mot, lui l’air surpris, elle curieuse et mal à l’aise.
Il était métamorphosé ! En partant pour la France, elle avait quitté un homme malade. Et, là, elle se trouvait face à un individu dont la gravité éveillait en elle un curieux sentiment, un sentiment qui s’ajoutait à la culpabilité qui l’avait minée durant l’année. Samba lui en voulait assurément, peut-être même qu’il la haïssait, mais n’était-elle pas venue vers lui pour en parler ? Allait-il comprendre ? Pouvait-elle espérer son pardon ? Elle lui fit part de ses doutes mais, dans l’oreille d’un sourd, ses paroles auraient eu plus d’effet… Elle se fit suppliante et son regard plongea à nouveau dans celui de Samba l’embarquant, pour de bon, dans les méandres d’un passé qui, hélas, n’était pas des plus doux.
Elle rentrait du lycée. Son âge mental dépendait des moments et des situations qu’elle traversait. La période était celle où la plupart des jeunes débordent de contradictions. Elle pouvait agir en adulte, revendiquer des droits d’adulte et, la seconde suivante, retourner à une insouciance enfantine et irresponsable.
Il était cinq heures, c’était la sortie des classes ; le moment entre tous, qu’avec ses copines, elle préférait. Lucie était plutôt sage durant la classe mais, avant de rentrer à la maison, vadrouiller en bande ne lui déplaisait pas. Chaque jour, avant de rejoindre leurs pénates, les filles s’accordaient une bonne heure de rigolade à travers la ville. Elles ricanaient de tout et, surtout, cherchaient sur quoi ricaner. Etre en groupe décuplait le culot de chacune. Les moins sages devenaient hystériques et les autres, sans retenue. Quand leur manquait matière à rire, elles en arrivaient, facilement, à narguer des passants.
Ce jour-là, elles avaient croisé celui que tout Ndar {3} avait affublé du sobriquet de Samba-dof. Sokhna Loum, la meneuse de troupe, avait transgressé la règle d’or qui consistait à ne jamais négliger le choix des victimes. Malgré sa taille menue, elle était celle que toutes devaient imiter. Quand Sokhna riait bêtement, les autres riaient bêtement. Quand Sokhna était triste sans raison, ses disciples pleuraient comme des crocodiles. Et, lorsque Sokhna suçait son pouce ou claquait des dents, les autres d’en faire autant, comme si le sort de l’univers en dépendait. Ainsi, toutes de brailler « dof ô dof {4}  » dès lors que Sokhna avait décidé que la proie du jour serait Samba-dof. Samba, le fou de Ndar. Qui à Saint-Louis ne l’avait pas déjà croisé ? Maintes fois, on l’avait vu rôder du côté du marché, voler des mangues aux étalages, plonger les doigts, avec l’adresse d’un pickpocket, dans les bols aguicheurs des marchandes de cacahuètes. On l’avait vu aussi escamoter des morceaux de viande que des clients, attablés devant les dibiteries maures, s’apprêtaient à déguster. On l’avait vu courir derrière les vendeuses de mbouraké {5} , lesquelles l’en avaient surnommé Samba-mbouraké. Souvent aussi, on l’avait vu errer en quête de choses connues de lui seul. On avait vu Samba-dof rire aux éclats devant le grand baobab face à la Mairie. Et tous les jours, au nord ou au sud de Saint-Louis, sur le continent ou sur l’île, on voyait Samba-dof, avec un accoutrement à faire sortir de sa réserve le plus flegmatique des pères de famille. Voilà pourquoi on avait décrété que Samba était un comique ambulant, qu’il était le plus fou de tous les fous de Ndar.
Le fou semblait se complaire dans cette rumeur et ne risquait pas de la démentir car, jamais un son compréhensible n’était sorti de sa bouche. Personne n’aurait pu dire s’il parlait wolof, diola, sérère ou peulh. Et chacun d’y aller de sa petite théorie sur les origines de ce jeune homme qu’un jour, on avait vu débarquer en ville. Mais d’où ? Personne ne s’en souvenait. Et puis, il avait toujours été fou. Il avait toujours été là, dans Saint-Louis, à errer comme une âme en peine, sans avenir, un être sans passé ou du moins un être dont le passé était un gouffre d’interrogations.
« dof ô dof » hurlaient les filles en frappant des mains, ivres de leur insolence, le rire provocateur, à quelques mètres de cet homme dont le regard inexpressif leur faisait seulement croire qu’elles pouvaient tout se permettre. Et Sokhna Loum de le défier encore plus près, les mains sur les hanches, en effectuant un réguédjou {6} à lui retourner les orbites. Et les autres de se rapprocher, de le provoquer toujours plus, d’esquisser des ventilateurs {7} moqueurs sous les yeux - qui ne disaient toujours rien - de ce loqueteux que tout Saint-Louis avait baptisé le fou de Ndar.
La peur lui avait noué le ventre. Comme dans un rêve, elle avait senti ses jambes la lâcher, se muer en deux choses méconnaissables, flasques et incapables de soutenir son corps soudain devenu pesant et paresseux. Lucie s’était retrouvée sur le sol. Elle voulait se lever mais son cerveau avait justement choisi cet instant pour sombrer dans une débilité dont elle ne l’aurait jamais cru capable. En vain, il tentait d’ordonner à ses jambes de se mettre en mouvement, mais elles restaient sourdes à tout signal. Son corps ne lui appartenait plus et, impuissante, elle contemplait cette machine désarticulée faire des siennes.
Fermer les yeux surtout, les fermer très fort. Que n’y avait-elle pensé plus tôt ! « Il y a toujours mille solutions à un problème, aussi inextricable qu’il puisse paraître. » C’était la formule consacrée de son frère Alfred et, encore une fois, Lucie ne partageait pas sa philosophie. Ses mille solutions rimaient à l’unisson avec « quitter les lieux au plus vite », sauf qu’elle n’en avait pas les moyens.
Que n’aurait-elle pas fait alors pour n’avoir jamais connu Sokhna Loum et les autres ? Que n’aurait-elle pas fait pour n’avoir jamais été élève dans le même lycée que ces délurées ? Que n’aurait-elle pas fait pour n’être tout bonnement jamais née ? Son philosophe de frère aurait dit : « Rien n’arrive par hasard dans la vie. Chaque événement est la conséquence directe d’une suite de faits dont on a plus ou moins conscience ». Elle avait eu la mauvaise idée de naître un jour d’une année dont elle ne se souvenait plus. Donc, à ce moment précis, la face ignoble d’un être qui l’était encore davantage haletait à dix centimètres de la sienne.
Pourquoi n’était-elle pas rentrée chez elle après les cours ? Pourquoi ne s’était-elle pas éloignée sur la pointe des pieds lorsque Sokhna, Bintou, Mame, Thioro et Yama avaient commencé à chanter «  dof ô dof » en lorgnant du coin de l’œil Samba le fou ? Alfred aurait encore dit : « Tout sentiment est un accordéon que nous pouvons bien entendu distendre à l’infini mais il est bon de savoir que l’infini admet des limites ». Elle avait cru, à tort, que Samba-dof était dénué de tout sentiment, qu’il n’avait aucune fierté à défendre et qu’il ne connaissait même pas l’existence du mot Honte . L’arrogance des filles avait touché quelque chose de surhumain dans les entrailles de cet homme qui n’avait peut-être jamais rien ressenti, de toute son existence. Colère que Lucie avait discernée à l’instant où son œil gauche avait heurté, sans s’y accrocher, les deux trous enflammés qu’étaient ses yeux à lui. On aurait dit des yeux de serpent. En avait-elle déjà vus ? Elle les imaginait ainsi : étroits, profonds et emplis de terreur.
Où étaient donc passées ses copines ? Plus avisées, et sans doute plus promptes à la réaction, elles avaient décampé en un tour de main. Le grognement d’outre-tombe qu’avait poussé le fou, excédé, les avait fait partir en trombe. Lucie en avait presque avalé la poussière soulevée par des pas dont l’agilité et la prouesse n’avaient rien à envier aux sprinters noirs-américains. Pourquoi n’était-elle pas, comme les autres, quelque part, loin de cet être terrifiant qui s’apprêtait à la dévorer ? Le cri du fou avait anesthésié jusqu’à la moindre fibre de son corps, lequel s’était évanoui, dans l’attente du Jugement Dernier. Elle aurait voulu courir mais une tortue aurait fait mieux qu’elle. Elle ne pouvait même pas bouger un orteil.
Fermer les yeux, les fermer très fort et s’imaginer ailleurs. Face à un chien agressif, la meilleure attitude à adopter consiste à s’allonger et à faire le mort. Il finit par abandonner sa furie et se détourne de l’ennemi. Samba n’était pas un chien car, aussi morte que Lucie pouvait l’être, elle s’était sentie happée par deux pognes fermes et rugueuses. Son œil droit avait daigné s’entrouvrir et, loin de la tranquilliser, avait incité son compagnon à en faire de même... Comme un champion de lutte exécutant une danse, le fou géant la tenait au-dessus de sa tête, les bras tendus, et la faisait tanguer. Un coup à gauche, un coup à droite. Qu’était-elle pour lui ? Une épine à ôter du pied ? Autant penser qu’elle était un jouet dans ses bras, ou une pirogue, et qu’il se prenait pour une vague en la balançant ainsi.
Le fou s’arrêta brusquement. Elle retint son souffle. Allait-il la poser et la laisser s’en aller ? Peut-être n’était-il pas aussi fou que tout Saint-Louis le prétendait. Elle se hasarda de nouveau à ouvrir les yeux. Une foule de badauds se tenait à distance respectable. Elle lança un regard suppliant vers ces inconnus à l’expression impassible, mais personne ne semblait disposé à faire le moindre geste.
Samba-dof s’agita de nouveau. Une voix dans la foule suggéra qu’on appelle la police. Le fou au corps de lutteur se dirigea vers le rivage, maintenant toujours l’adolescente fermement. La foule frissonnait. Malgré son état second, Lucie percevait sa stupeur. Ses cordes vocales avaient retrouvé leur vigueur. Toute la ville, hommes et animaux confondus, s’était tue pour entendre son hurlement. Puis Lucie s’évanouit.
Combien de temps dormit-elle ? Lucie n’en avait aucune idée. Qu’aurait-elle fait si elle ne s’était pas évanouie ? Sa conscience s’était dissociée de son enveloppe charnelle, lui expliquera plus tard Alfred, et de poursuivre : « La solidarité aussi a ses limites. Ton âme et ton corps sont inséparables depuis ta naissance mais, à ce couac ingérable, ton âme s’est défilée pour sauver sa peau ». Depuis que son frère avait découvert la philosophie, on ne pouvait plus lui parler sans avoir droit à l’une de ses formules abstraites expliquant le fonctionnement du monde. Au lycée, ses camarades l’avaient surnommé Al Freud. Toujours est-il que lorsque l’âme de Lucie avait réintégré son corps, elle était allongée dans son lit, les yeux hagards, et se demandait par quelle opération du Saint-Esprit elle avait pu se retrouver là. Ne devait-elle pas être au fond de l’océan ?
Rama, préoccupée, lui avait massé le corps avec du beurre de karité. Voulant échapper à ses pensées, Lucie avait replongé dans le sommeil. Elle rêva qu’une femme lui criait son mécontentement. Elle s’était mal comportée. « Cet orphelin que tu as offensé a besoin de toi. Tu as blessé sa mère qui est ici avec moi. Tu dois te racheter. Va voir ce garçon. Va le voir, et essaie de l’aider !»
Cette femme, c’était sa mère, morte en couches alors qu’elle était petite. Lucie se souvenait vaguement d’elle. Elle avait en tête des images et des rires mais n’était plus sûre de l’exactitude de ses souvenirs. Elle devait avoir cinq ans lorsque sa mère disparut. Ce jour-là, comme il pouvait, son père lui avait expliqué ce départ précipité, un départ pour un très long voyage. Sa maman n’allait pas revenir. Alfred se mura alors dans un silence terrible tandis que Lucie, de ses yeux immenses, observait son père en hochant la tête.
– Tu comprends ? lui demanda-t-il.
– Oui, répondit-elle. Oui, papa, je comprends. Mais pourquoi tu pleures ?
De cette journée, Lucie avait conservé en mémoire des flashs qui, au fil du temps, s’étaient embrumés. Le défilé de personnes qui chuchotaient comme si elles appréhendaient qu’on les entende. Elle était au centre de l’intérêt général et, intérieurement, jubilait de voir tout ce monde la câliner de la sorte.
Lorsque, le soir, sa mère n’était pas venue la border, elle l’avait réclamée violemment.
– Elle m’avait promis ! criait-elle à son père. Maman m’avait promis de me ramener une petite sœur si j’étais sage ! Je te jure que j’ai été sage, papa.
– Je sais, ma chérie. Papa aussi est très triste. Maman est montée au ciel avec ta petite sœur. Ce sont des choses qui arrivent parfois. Ce n’est pas de ta faute, ce n’est de la faute de personne. Elles ne reviendront pas mais elles resteront toujours là, dans nos cœurs. Chaque fois que tu voudras parler à ta maman, il te suffira de poser la main sur la poitrine, de fermer les yeux et de penser très fort à elle.
– Tu promets qu’elle m’entendra ?
– Oui, aussi bien que moi je t’entends. Elle t’aimait beaucoup, tu sais. Elle veillera sur toi partout où tu te trouveras.
Pendant des années, Lucie avait ainsi conversé avec sa mère. Elle privilégiait le soir pour lui raconter en aparté ses malheurs et ses bonheurs de petite fille.
Son père s’était remarié rapidement. La famille s’était mobilisée pour trouver une épouse au jeune veuf qui, sans broncher, avait regardé cette nouvelle femme s’installer dans sa vie. A quoi bon résister ? Ses enfants avaient besoin d’une mère. Rama était une femme douce et n’eut aucun mal à se faire accepter par Alfred et Lucie. Aux yeux de tous, elle était devenue leur mère et, quand les mois avaient succédé aux mois et que les années avaient remplacé les années, les conversations de Lucie avec la défunte avaient cessé. Elle en avait presque oublié son absence.
Les histoires de marâtres acariâtres ne relevaient, selon elle, que de fables sordides et hautement fantaisistes. Au lycée, au cours d’un débat, ses camarades avaient décrit la figure classique de la belle-mère d’une manière excessivement injuste à son sens. Son professeur se réjouissait ouvertement des arguments de ses élèves. Elle manifestait une partialité déplacée et Lucie, bouillant de colère, s’était vigoureusement opposée à ce qu’elle considérait comme une mascarade. Pour se justifier, elle avait parlé de Rama et de son incomparable gentillesse. Madame Sylla, le professeur, l’avait alors arrêtée avec autorité : « Votre chance, Mademoiselle Tall, pour autant que l’on puisse considérer la mort d’un parent comme une chance, c’est justement d’avoir perdu votre mère. Une marâtre, c’est par définition une femme jalouse d’une autre femme. Cette autre, obstinément présente, que son mari a aimée et aime peut-être encore. Cette autre qui fait qu’elle n’aura jamais été la seule. Cette autre qui restera une rivale à vie car il n’y a pas de lien plus fort entre un homme et une femme que l’existence d’un enfant. Si votre belle-mère est gentille avec vous, c’est parce que votre mère n’est plus là pour l’enquiquiner. Elle n’a rien à craindre d’une morte. Son mari lui appartient entièrement ». La classe avait applaudi. Lucie s’était bouchée les oreilles pour ne pas y laisser pénétrer de telles inepties. Elle avait refusé d’écouter la suite. Comment cette femme avait-elle osé parler de sa belle-mère alors qu’elle ne la connaissait pas ? Et puis, qui lui avait dit que sa mère était morte ?
Lucie s’était réveillée, l’esprit embrumé par les reproches de la défunte. Au pied de son lit, Rama la veillait. Lucie voulait sourire mais ses lèvres écartelées ne laissaient échapper que des sanglots. Elle ne se remettait pas de sa mésaventure. Dans toute la ville, on l’entendait renifler, c’était sûr, mais elle n’arrivait pas à se contrôler. Rama ne lui avait posé aucune question. Elle avait subi son silence, attendant que l’adolescente décide de s’en ouvrir à elle.
Des idées farfelues jouaient à cache-cache dans la tête fatiguée de la jeune fille. Elle ne se sentait pas fière. Elle devait se faire pardonner. Mais comment demander pardon à un fou ? Ne risquait-elle pas de se trouver à nouveau dans une position délicate ? Rencontrer à nouveau Samba-Dof était insensé, le regarder dans les yeux et lui parler l’était encore davantage. Quelle idée avait eu sa mère de lui demander ça ! Où trouver la solution ?

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