Toniques (sans sucres ajoutés) , livre ebook
156
pages
Français
Ebooks
2025
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Péber Amāde
Toniques (sans sucres ajoutés)
© Péber Amāde, 2025
ISBN numérique : 979-10-405-7574-0
www.librinova.com
Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
Dans quel ordre lire les nouvelles de ce recueil ? Nous avons tous des préférences, et si les premiers textes que nous lisons ne relèvent pas de notre domaine favori, nous pouvons abandonner la lecture. Or les textes ici sont difficiles à trier : il y a un peu de tout… des faits de société, des intrigues (pas trop sanglantes), du fantastique, de la satire… J'ai volontairement mis de côté ce qui touche la science-fiction : ce sera l'objet d'un autre recueil.
La table des matières qui suit tente de classifier les textes, mais ce n'est pas toujours évident (et c'est d'ailleurs ce qui a rebuté les jurys éditoriaux : si vous avez apprécié l'ouvrage merci de le faire savoir… ça me réconfortera - à défaut de motiver des éditeurs).
Quêtes et Enquêtes :
Je n'ai pas d'affinité pour le roman noir : les cadavres m'impressionnent et me font de la peine. Comment faire du "policier" sans que ça saigne trop ? Quelques essais :
- Orpaillages
- Une petite incursion dans la science-fiction : Sauterie
- Un peu d'exotisme : Bollywood zombie
- Une intrigue dans un contexte "fantaisie pseudo-moyennageuse" (autre domaine pour lequel je ne me sens aucune disposition) : Les yeux de Macaïntchwalou
- Généalogique
- Que rendrai-je pour tout cela ?
- Le perchineur (et en plus c'est romantique ! )
Fantastique :
Encore un domaine pour lequel j'ai quelques réticences. Je conçois qu'on utilise ses artifices par un effet d'hyperbole mais de là à rendre crédible le surnaturel !
- Jase sous les Glandiers
- Le petit Albert !
- On n'arrête pas le progrès
- Deux nouvelles inspirées par une pratique sportive : De l'otarie, on ne se rit : Stranger in the night
- Les Visionnaires Anonymes
- De l'espoir !
Ailleurs :
Les nouvelles ne sont-elles pas faites aussi pour nous faire voyager depuis notre fauteuil ?
- Le Poldève facile
- Bollywood Zombie
- Les ailes du vent (une uchronie qui nous fait justement voyager ailleurs et pas maintenant ! )
- Les Gilles agiles
- Pédologique
- Le vaisseau du désert
- Voix de fait
- Potion magique
Grafignages :
Quelques égratignures sur contes, légendes et autres retours de mémoire.
- La Nuit des Transparents
- La Princesse au petit pois
- Enfin, la preuve !
- Xmas Inc .
- De l'espoir !
Tranches de vie :
Non, pas de drames domestiques/sentimentaux ici !
- Tout un fromage
- Le Cénacle des Aèdes Disparus
- L'instinct grégaire
- Ubi bene, ibi patria
- L'au-delà
- Mon boulanger est un sadique
- Le charme des jours de pluie
- Comment Cath a gagné le concours de l'Improbable
- Visite des serres souterraines
- Svalbard
- En thérapie
- Tellurique
- Le prix de la procrastination
Qui connaît la musique ? :
- Jase sous les Glandiers
- Le Grand Chef
- Hard Rock
- Les Gilles agiles
- Ode aux boudins
- Claquettes
- Voix de fait
Le Poldève facile
L’avion avait 8 heures de retard… Mais qu’espérer de ces lignes aériennes bon marché ?
Du coup, il faisait nuit noire à mon arrivée et tous les taxis étaient partis boire leur bière du soir.
Heureusement, l’aéroport de la capitale poldève est en plein centre-ville (une habitude qu’ils ont gardée de l'époque où ils étaient assiégés par les Russes).
Je me résolus à marcher.
Les lampadaires des boulevards ne sont, hélas, pas tous réparés à temps et laissent des zones non éclairées.
Un type patibulaire sortit de l’ombre en braquant sur moi un gros pistolet que je reconnus comme un ancien Tokarev un peu rouillé. Je n’avais certes pas envie de tester s’il était en état de marche.
De sa voix rauque, le gars m’interpella : "Gascz Torcz Gurcz ! "
J’ai beau tout ignorer du Poldève, j’ai immédiatement compris et lui ai tendu un portefeuille bien garni.
Avant de s'éclipser, il me remercia avec force formules : les Poldèves sont connus pour leur extrême politesse et donc j’ai compris le sens général de ses paroles et lui souriais en retour.
(J’ai dû renforcer la mauvaise réputation des touristes, car seuls les premiers billets étaient des vrais : des portefeuilles comme ça, j’en ai plusieurs en réserve ! ).
J’essayais de rester dans les zones éclairées et, là, une gente dame outrageusement maquillée m’aborda :
— Roucz czou czou ?
Poliment, je lui fis signe que j'étais fort fatigué et que je cherchais où dormir tranquille.
Au lieu de m’insulter comme cela se serait passé dans d’autres pays, elle me fit d’autres gazouillis bien gentils ponctués d’une grosse bise sur la joue. Les Poldèves sont vraiment accueillants.
Un mendiant accroupi reçut de ma part un billet tout neuf et, avec un grand sourire, me gratifia de longues phrases qu’il débitait avec emphase. Malgré mon ignorance du langage, j’ai compris que j'étais béni jusqu'à la dixième génération !
J’arrivais enfin sur la place centrale et, là, une nuée de rabatteurs s’abattit sur moi.
Comme la concurrence était rude, ils commencèrent par se disputer entre eux.
"Pignoufcz" par-ci, "Grougnacz" par là… C’est marrant : je comprenais les injures même débitées avec élégance.
Un chien vint se frotter contre moi et me fit : "Waoucz, Waoucz"
Ce chien, bien sympathique, m’invitait manifestement à le suivre… et je lui fis confiance.
Il me conduisit à une pension de famille tenue par un couple entre deux âges aux manières affables.
Pour le paiement, je sortis le tarif standard assorti d’un confortable supplément. Mes hôtes voulurent me signifier que c'était trop et qu’ils ne pouvaient accepter et il s’ensuivit un petit théâtre de proposition et de refus (somme toute assez classique).
À la fin, je leur fis accepter ma proposition en montrant une photo de leurs enfants sur la cheminée et en leur faisant comprendre que tout ceci était un cadeau pour ces charmants bambins.
Avant d’aller se coucher, il a fallu écouter le président Bolducz à la télévision. Mon hôte m’a fait comprendre par gestes à quel point l’orateur était un grand homme. J’ai donc saisi l’essence du discours : il faudra se serrer la ceinture pour garantir un avenir radieux !
Le chat a fait "Miaoucz, Miaoucz" et j’ai compris qu’il voulait un câlin avant qu’il me laisse me glisser dans mon lit.
J’ai dormi comme un loir et c’est la merveilleuse odeur du café qui m’a réveillé. (Le café poldève, fabriqué à partir de rutabaga grillé, est célèbre dans le monde entier ! )
Dans la cuisine, le petit-déjeuner m’attendait.
L’hôtesse me demanda :
— Gloudjcz Oud Boulagcz ?
Manifestement, j’avais le choix entre quelque chose qui grésillait dans la poêle ou quelque chose qui bouillonnait doucement dans la casserole.
Comme j’avais entraperçu ce qu’il y avait dans la poêle, j’ai opté pour la casserole.
Quand j’ai vu ce qui m’arrivait dans l’assiette j’ai enfin compris qu’il faudrait que j’apprenne le Poldève !
Jase sous les glandiers
Ça avait plutôt bien commencé.
J’ai remarqué tout de suite le batteur. Un bon batteur est justement discret. Il soutient le jeu des autres sans trop en faire. Et celui-ci est parfait : de temps en temps, il crée une petite surprise en tapant sur le bord de sa caisse claire, mais son rythme est dynamique sans être intrusif. Les cymbales ne sont pas excessivement mises à contribution et sont vite amorties.
L’exposé initial du morceau par l'ensemble du groupe se présentait bien, avec un thème fort ouvrant la porte à des improvisations riches. Même si on est en plein air, on a une excellente acoustique qui permet de discerner les instruments : les médiums sont bien distincts et les basses pas trop étouffées.
Hélas ! Quand le pianiste a commencé à prendre la main, les choses se sont vite dégradées. À croire que ce type était payé au nombre de notes produites. On assistait à un déballage de poncifs et phrases musicales sans imagination.
Je me suis souvenu que ma cousine Marie m’avait fait écouter une fois un tel morceau dépourvu d’intérêt et avait essayé de me faire deviner qui jouait. Et bien, c'était une composition créée par un programme informatique ! Je dois dire que, malheureusement, c'était de meilleure qualité que ce que j’entendais en ce moment.
Les choses ne se sont pas améliorées quand ça a été le tour du saxophone.
Il est vrai que j’ai un parti pris contre cet instrument. Je joue personnellement du cornet et mon maître de musique disait toujours que les cornets et les saxos altos s’entendent comme chien et chat dans un groupe. Et puisque je parle de matou, je me demande si, en ce moment, le musicien n’essaye pas de reproduire les miaulements d’une chatte en chaleur ou si c’est plutôt une imitation des couinements d’un canard ou d’un goret qu’on égorge. Bref, ce gars ferait mieux de travailler pour un dentiste !
Pour sûr ce croque-notes faisait montre d’une grande virtuosité, mais à quoi sert l'étalage d’une maîtrise technique si elle n’est pas au service d’une mélodie intéressante ?
La contrebasse s’est avérée plus reposante. Il aurait fallu qu’elle fût accordée et que les doigtés aient été moins approximatifs. Quand on a, comme moi, l’oreille absolue, on est forcément trop facilement critique dans ce domaine. À vrai dire, je soupçonne le contrebassiste d’avoir besoin d’un sonotone. Ses oreilles ont largement dépassé leur date de péremption. Mais, bon, c’est quand même relaxant après les erreme