Toucher les étoiles du bout des pieds , livre ebook
125
pages
Français
Ebooks
2021
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Charlotte De Simone
Toucher les étoiles
du bout des pieds
© Charlotte De Simone, 2025
ISBN numérique : 979-10-262-8288-4
www.librinova.com
Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
« Le vrai bonheur ne dépend d’aucun être, d’aucun objet extérieur. Il ne dépend que de nous… »
Dalaï Lama
« Savoir aimer Sans rien attendre en retour Ni égard ni grand amour Pas même l’espoir d’être aimé. »
Savoir aimer, Florent Pagny
« Votre temps est limité, ne le gaspillez donc pas à vivre la vie de quelqu’un d’autre. »
Steve Jobs
Chapitre 1
Nice, le 12 février 2019
Vous est-il déjà arrivé d’avoir la sensation d’être spectateur de votre propre vie, un peu comme si votre corps ainsi que votre esprit semblaient dissociés ? Enfermé à l’intérieur de votre propre corps, de votre propre vie, d’un environnement familier reflétant pourtant une image qui ne colle plus vraiment à votre réalité ? Vous avez beau hurler, crier, vous débattre, personne ne vous entend, personne ne perçoit le moindre appel au secours… Prisonnier de vous-même.
Moi, c’est Emma ! Emma Attal (ou encore Emma Attal-Simonin), et cette révélation m’a frappé il y a exactement six jours, vingt-huit minutes et trente secondes. Depuis, je suffoque, j’étouffe, je panique bref plus rien ne fonctionne. Je dois bien avouer que je ne suis pas l’optimisme incarnée, préférant toujours voir le verre à moitié vide plutôt qu’à moitié plein. Mais cette fois-ci, c’est différent. J’ai l’intime conviction que je dérive ; seulement, le canot de sauvetage ne suffit pas. Il me faudrait le paquebot, tout l’équipage et le commandant de bord en prime. Avant j’étais heureuse... du moins c’est ce que je croyais ou ce que je m’efforçais de faire croire. Aujourd’hui, je prends enfin conscience de ce qui se trame. Tout ce en quoi je croyais s’effrite, se dérobe sous mes pieds alors même que je suis à l’origine de ce qui m’entoure. Mon job, mon mec, mon appartement… C’est bien moi qui ait choisi de faire cette école de design ; encore moi qui ait refusé ce poste à New-York il y a deux ans chez Baker & Baker ; moi qui ait épousé l’homme que j’aime ; et encore moi qui ait insisté pour acheter - à coup de bataille d’arguments que j’ai remportée - ce deux pièces en plein coeur de Nice. Pourtant, tous ces artifices ne brillent plus à mes yeux. Ce qui me paraissait cohérent hier me semble d é cousu dor énavant. J’éprouve l’étrange sensation que plus rien ne correspond vraiment à celle que je suis, ou plutôt à celle que je suis destinée à devenir. Mais qui es-tu au fond, Emma ?
Mon rythme cardiaque s’accélérait, mes jambes tremblaient, mes mains s’engourdissaient et ma gorge se resserrait étroitement pour ne laisser passer qu’un mince filet d’air. Mourir ne me faisait pas peur - il fallait bien se faire à l’idée, nous étions tous voués à ce destin tragique - mais l’idée de vivre ses derniers instants en agonisant seule dans mon appartement me faisait froid dans le dos. Je retrouvais un semblant de lucidité. Je calquais ma respiration sur un rythme binaire qu’ils enseignaient en cours de préparation à l’accouchement. Non, je n’étais pas enceinte mais littéralement accro au programme Baby Boom qui me captivait tous les lundis soirs ruinant considérablement mon stock de Kleenex.
L’idée de m’être trompée de route m’angoissait. Ma vie n’était pas fichue, je n’étais pas fichue, du moins pas encore. Je transpirais pourtant le printemps n’avait pas encore pointé le bout de son nez. Le soleil perçait difficilement au travers des nuages mais derrière la baie vitrée du salon, j’asphyxiais. Quelques gouttes perlaient sur mon front dégagé. Esquissant une posture de Yoga censée libérer les tensions nerveuses accumulées dans chaque partie de mon corps - en toute honnêteté, j’avais plutôt l’impression de souffrir le martyre que d’atteindre le Nirvana - je me concentrais sur ma respiration, faisant le vide autour de moi. Peine perdue, au bout de quelques minutes, je recommençais à faire les cent pas dans l’appartement picorant au passage quelques fruits secs entamés la veille devant une énième diffusion de Coup de foudre à Notting Hill.
12h07.
Deux heures que mon esprit vagabondait. Incapable de finaliser cette illustration pour enfant. Il fallait avouer que dessiner des ours escaladant la lune ne m’exaltait pas vraiment, bien éloigné des projets de design auxquels je me prédestinais une fois diplômée. Mais voilà, la vie fourmillait de surprises. Seul problème, quelqu’un avait omis de me prévenir qu’elles ne se révélaient pas toujours très bonnes…
J’avais rencontré Mathilde par hasard il y a quelques semaines, une jeune maman au regard vert noisette dont il était difficile d’échapper. Je profitais de l’incroyable douceur de ce mois de janvier accoudée à une table, Chez Vincent, en compagnie d’un jus détox et de mon Grazia. Après cette réunion interminable avec Julien, le directeur de l’agence, je n’avais pas démérité cette petite pause, rien qu’à moi, sur ma terrasse préférée. Il nous avait rabâché que nous, ses coéquipiers - le qualificatif le plus proche de la réalité se rapprocherait plutôt d’esclaves quand je fixais les quatre misérables chiffres alignés en bas de mon bulletin de paye - devions être plus flexibles sur les délais pour répondre aux besoins des clients. Traduction : travailler encore plus, au diable la vie privée, les diners en amoureux ou encore le bain aux enfants. Aussi, il avait fièrement annoncé d’un large sourire qu’Alex rejoindrait l’équipe en tant que Numéro 2. Pour l’effet de surprise, c’était raté. Officieusement, tout le bureau était au courant de la nomination de cet « Alex ». Les mains dans les poches aux côtés de Julien, il avait ramené de la Côte Ouest des Etats Unis ce « cool spirit », en apparence tout du moins. Affublé d’un Jean et d’un T-shirt blanc, écouteurs Apple vissés aux oreilles, il était l’archétype du mec agaçant : bel homme, parcours professionnel sans fausse note, sourire ravageur qui pourrait faire douter les hétérosexuels de l’équipe. Je pouvais ajouter à la liste son bronzage de surfeur et une mèche rebelle qui retombait dans ses yeux, bleus naturellement. Beaucoup trop canon et sympathique pour être honnête. Je n’allais pas me tromper…
Plongée dans ma lecture, j’apprenais avec étonnement que Beyoncé avait rejoint la nouvelle tendance du Gluten Free, que Katie Perry s’éclatait entre copines aux Bahamas et que Selena Gomez intégrait pour une nouvelle fois un hôpital psychiatrique près de Los Angeles pour un burn-out. Bien que consternée du niveau d’information relayé par le magazine que je feuilletais, je me ferais prendre de nouveau au piège dès que Jenifer Aniston ou Eva Longoria apparaîtront en couverture.
— Je peux vous emprunter le cendrier ?
Ses quelques mots m’extirpèrent de ma bulle. Je relevais la tête et croisais le regard d’une jeune femme dont le visage ne m’était pas familier. Redressant ces lunettes de soleil sur sa tête, elle s’agaçait à répéter cette même question.
— Oui, oui…bien-sûr ! Je ne fume pas.
— Merci. Si seulement je n’avais pas commencé… Mathilde. Enchanté, continua t-elle avec un
sourire révélant une jolie dentition que le tabac n’avait pas encore altéré.
Je n’avais aucunement envie de converser avec cette parfaite inconnue. Je voyais déjà mon tête à tête avec Grazia s’éloigner, impuissante. Il aurait été impoli de ne pas me présenter en retour. J’espérais quand même que le prénom Emma lui rappellerait l’ex-compagne de son fiancé ou sa pire ennemie pour mettre un terme à cette tentative de rapprochement.
— Comme ma fille, incroyable! s’exclama t-elle, ravie de me montrer sans attendre le portait de la petite Emma sur son smartphone.
Dans le mille Emma! Face à mon manque d’enthousiasme devant les photos qui défilaient sur l’écran, je présumais qu’elle attendait une autre réaction de ma part. Je ne souhaitais pas être désagréable, encore moins la blesser inutilement… Elle se rendrait compte bien assez tôt que sa fille ne pourrait pas tout miser sur son physique. La sonnerie de mon téléphone retentit - y avait t-il vraiment des anges pour veiller sur moi ? Le prénom de Julien s’afficha - la réponse était définitivement non.
— Vous ne décrochez pas ? se souciait-elle après plusieurs secondes.
— Mon boss. Cela peut attendre, répondis-je avec un certain détachement.
Mais de quoi me mêlais-je ? Quel fiasco cette pause déjeuner. Et puis, quand Julien se souvenait que j’existais au point de composer mon numéro, cela ne présageait jamais rien de bon.
— Comme vous, je ne supportais plus cette intrusion permanente dans ma vie privée. C’est pour cela que j’ai quitté la maison d’édition où j’ai débuté ma carrière il y a huit ans pour devenir indépendante. J’écris des comtes pour enfants désormais, finit-elle par me confier.
Mais pourquoi se sentait-elle obligée de déballer tout son historique ? Astrid, ma soeur aînée, psychologue de métier, n’aurait pu s’empêcher d’étudier son comportement et de poser un diagnostic. À l’évidence, elle souffrait de quelque chose pour dévoiler ainsi sa vie privée à une parfaite inconnue. Un manque d’amour maternel ? Une timidité maladive qu’elle s’efforçait de cacher en monopolisant la parole ?
— Ah… je compatis, lançais-je furtivement faisant mine de m’intéresser à ces propos.
— Et vous, dans quel domaine exercer-vous ? Attendez, laisser moi deviner plutôt.
Et voilà, j’étais foutue. Le dialogue s’installait. Il était donc impossible dans cette ville de déjeu