Train (-train) quotidien
37 pages
Français

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Train (-train) quotidien , livre ebook

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Description

Contrainte à voyager en train deux heures par jour pour se rendre de Terni, où elle vit en Ombrie, à Rome, où elle enseigne le français dans un lycée italien, Claire Arnot nous offre ici des Chroniques ferroviaires goûteuses et originales. Ce trajet, monotone et quotidien, parfois rocambolesque à cause de la piètre qualité des chemins de fer italiens, devient le prétexte pour croquer passagers et paysages, saisir des sons, des couleurs, des odeurs, deviner des bribes de vie et de conversations... La réalité dépasse souvent la fiction... L’humour et le regard perçant de l’auteure font sourire le lecteur, embarqué malgré lui dans ce « train-train quotidien »...

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 0
EAN13 9782374532820
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0022€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Train (-train) quotidien
Chroniques ferroviaires
Claire Arnot
Page 38
Je dédie ces textes courts, inspirés de mes trajets quotidiens, à tous ceux qui travaillent loin de chez eux…
Trottoir glissant
C’est l’heure des chiens. Ce rituel du petit matin. Je remonte l’avenue de la gare d’un pas pressé pour attraper le premier train d’une longue journée et je croise des jeunes, des vieux, des femmes à leurs chiens enchaînés. Car c’est bien l’animal qui promène son maître : Médor tire, pousse, grogne, hume, s’arrête, s’éloigne, se soulage et recommence à trottiner. Les habitués se saluent ; un café, une clope, un chien. J’imagine même que certaines idylles naissent ainsi à 6 heures du matin, entre ce père de famille bedonnant et la jolie divorcée de 30 ans, entre ces deux ados qui préfèrent leur cocker à leurs parents. Les laisses créent des liens.
Et moi je fais gaffe à mes grandes enjambées : un café, une clope, une crotte… juste sous mon pied. Ça porte bonheur ? Pas envie de vérifier !
Aube… oulot.
Ce matin une brume londonienne est tombée sur ma ville italienne… Les lampadaires semblent de petites guirlandes de Noël perdues dans du coton humide ; je devine de vagues silhouettes pressées qui remontent l’avenue de la gare. On flotte, au lieu de marcher, dans un brouillard épais.
J’entre dans la salle des pas perdus. La chaleur me saisit. La puanteur aussi : tabac froid, sueur aigre, friture… l’odeur humaine des travailleurs du matin. Train en retard, bien entendu. Je m’assieds dans un coin, près du distributeur de cafés. Derrière le banc, un énorme sac-poubelle boursouflé : à 6 heures du mat, la gare n’est pas encore nettoyée. Soudain le sac s’anime, ondule, s’entrouvre et une tête émerge, crasseuse et ensommeillée… Voilà comment s’annonce ma journée : immondice du matin, chagrin… humain.
(Non) Espresso
Entendu à 6 heures au bar de la gare, alors que je prenais mon premier cappuccino avant d’affronter ma longue journée (sous la pluie…) : un contrôleur des trains italiens commande un croissant et un café puis sort son portable, et sans même parler à voix basse, appelle un collègue :
Ciao Gianni, c’est moi, ça va ? Dis-moi, il est déjà parti le 203 ? Non ? Ah tant mieux, tu peux le retarder de 5 minutes s’il te plaît ? j’ai pas encore pris mon café… Merci, t’es un ami, je te revaudrai ça. Ciaooo !

Bon, ben voilà un des mystères des éternels retards des trains italiens dévoilé… pas besoin d’invoquer le manque de moyens ou d’infrastructure, c’est plutôt un problème de croissant à la confiture…
La voi-x du Seigneur
Très tôt le matin dans le train qui m’emporte à vive allure vers le chaos de la ville, je ferme les yeux. Un peu de répit pour mes rétines sous le néon violent du wagon. Mes compagnons de voyage roupillent, leur musique vissée sur les oreilles. Un accord tacite règne entre nous les habitués : silence, respect. On se reconnaît d’un coup d’œil, sans se saluer, mais parfois naissent des sourires, des amours ou des amitiés ferroviaires. Les intrus sont mal vus : ils entrent bruyamment, chargés de valises et de paquets ; ils s’imposent, nous font nous déplacer. Ils téléphonent à voix haute, s’agitent parce qu’ils n’ont pas composté. Nous, les abonnés, on les méprise à l’unisson et on se tourne de l’autre côté pour mieux somnoler.
Ce matin, c’est une jeune noire, la tête couverte d’un foulard, qui envahit notre espace. Elle est emmitouflée d’un manteau trop étroit qui couvre un boubou coloré. Elle porte des pantoufles usées, me fait un peu pitié. Elle heurte nos tibias avec ses gros sacs et une poussette où dort un gros bébé, lui aussi trop habillé. Elle s’étale, plus qu’elle ne s’installe, sur deux sièges restés libres. Elle se déshabille à moitié, une forte odeur de sueur et de lingette nous saute au nez. Elle tamponne ses aisselles, son cou, son visage qui ruissellent. Elle agit avec calme, comme si nous n’existions pas. De temps en temps, elle contrôle le bébé qui gémit dans son sommeil.
Puis, une fois rafraîchie et bien enfoncée dans son siège, elle sort un iPhone dernier cri de son sac, cherche une application avec dextérité. Je jette un coup d’œil, intriguée, et comprends...

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