Un Monde disparu
105 pages
Français

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Un Monde disparu , livre ebook

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Description

Malgré l’imperceptible tragédie que se mettait en place, Henri coule des jours heureux dans son quartier populaire d’Alger. Progressivement la guerre va montrer son hideux visage aux yeux d’Henri. Au fil des années, tueries et attentats vont se multiplier souvent devant ses yeux en y échappant lui-même de justesse. Le point d’orgue du livre est l’attentat visant son domicile et sa petite famille. Un appartement dévasté et inhabitable, mais heureusement sans blessé. Il s’en suit un départ précipité en Métropole. Un retour où Henri et les siens vont devoir admettre qu’ils ne pourront plus vivre dans la ville où ils sont nés. Fin Septembre 1962 c’est le départ définitif vers la France avec quatre valises, un téléviseur et un vieux bateau de pêche héritage du père, embarqué sur un cargo, que la famille n’a pas eu le courage de laisser à son mouillage. En 2009 Henri est retourné en pèlerinage sur sa terre et sa ville natale.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 14 décembre 2012
Nombre de lectures 3
EAN13 9782312006802
Langue Français

Exrait

Un Monde disparu
Hubert Hollinger
Un Monde disparu













Les éditions du net 70, quai de Dion Bouton 92800 Puteaux
© Les Éditions du Net, 2012 ISBN : 978-2-312-00680-2
« En somme, je vais parler de ceux que j’aimais. »

Le Premier Homme, Albert Camus
Préface
Dans ce récit authentique que le lecteur va parcourir sur ce petit garçon, puis cet adolescent balloté dans une guerre terroriste, c’est bien de moi qu’il s’agit. J’apporte grâce à ce livre mon humble pierre au maigre édifice d’un devoir d’histoire.
Les récits, les documentaires filmés, les ouvrages littéraires sur ce moment de l’histoire de la France existent, mais ils ne sont pas assez nombreux, et surtout pas suffisamment ciblés sur la vie quotidienne dans la guerre des actrices et acteurs, sur leurs joies, leurs peines, et leurs peurs. C’est ce que je me suis efforcé de témoigner dans cet ouvrage.
Les Français d’Algérie les pieds noirs, eux-mêmes se sont tus, en recouvrant leur cœur meurtris d’un voile de deuil plus ou moins hermétique, pour mieux se fondre en silence dans la population métropolitaine. Préoccupé quelques mois, quelques heures avant sa mort tragique et brutale, de l’avenir de sa communauté sur sa terre natale, Albert Camus a fait surgir des moments de tendresse et d’amour dans son œuvre superbe et planétaire.
En cette année 2010 ou nous commémorons sa disparition je m’interroge. Qu’aurait pu t-il écrire s’il avait vécu, en mesurant l’ampleur de cet effroyable gâchis ? Lui qui prenait toujours sa plume pour défendre ce qui n’ont jamais eu le droit à la parole. De ce plus d’un million de Français rapatriés, beaucoup de personnes âgées sont mortes quelques mois après leur arrivées en Métropole. À l’opposé des adolescents comme moi ont dus refaire toute une scolarité, se recomposer un environnement et malheureusement prendre du retard dans leur vie d’adulte. Un retard que beaucoup n’ont pas rattrapés et qui pour certains s’est transformé en handicap latent, malgré une volonté farouche et le désir de bien faire.
C’est un constat que je formule, il ne faut voir en cela aucune amertume de ma part.
Comme l’invincible Grande Armée de Napoléon victorieuse depuis plus de dix-huit ans face aux armées de toute l’Europe, et qui fut anéantie à Waterloo en moins de trois heures, par une panique irrésistible dans ses rangs, la communauté Pied Noir présente depuis cinq générations prise de la même panique, est parti de sa terre natale en moins d’un mois. Ce petit peuple de toute origine confondue né sur la terre d’Algérie, terre qu’il croyait Française à tout jamais, n’a pas pesé bien lourd face au vent de l’histoire. Cette population dont a surgi pourtant des éclairs aveuglants, littéraires, artistiques, sportifs a vu son monde disparaitre. D’ici deux, peut-être trois décennies, elle disparaitra à son tour pour toujours.
Cet ouvrage contenant ce récit authentique issu de ma seule mémoire est un témoignage qui tente d’éviter l’oubli. Il est dédié à toutes mes sœurs et frères Pieds Noirs, avec toute mon affection et mon amour.

ALGER 1955
Année -7
Chapitre I
Les patins à roulettes
C’est Jeudi et pas d’école. Vers les dix heures Henri, approchant de ses neuf ans, sort de chez lui avec ses patins à roulettes. L’année dernière ses parents lui ont offert l’unique cadeau pour son Noël, ses fameux patins.
Sa mère travaillant comme dactylo chez un négociant en vin rue Sadi Carnot sur le front de mer, n’avait pas eu le temps de se rendre dans un magasin et c’est donc au dernier moment qu’elle avait acheté l’unique paire de patins restant en rayon, d’une petite échoppe en bas de l’immeuble, en sortant de son travail, avant de prendre le tramway.
Malheureusement ses patins, les roulettes étaient en acier. Pour Henri ses patins sont un don du ciel, car ils remplacent la carriole en bois qu’il s’était confectionnée avec du bois de récupération munie de quatre roulements à bille, plus un pour le bras directionnel. Qu’importe les roulettes en ferraille, il se régale d’avance de descendre la rue Mizon en faisant un potin du diable. Au moment où il franchit la porte sa mère l’interpelle : « Henri reste sur la placette, ne t’éloigne pas ». Il monte l’escalier pour aboutir à l’entrée de l’immeuble.
Paradoxe, Alger étant construite sur une colline, la porte d’entrée de l’appartement de la famille se trouve au sous-sol (au niveau des caves) au Sud, et au Nord les fenêtres de l’habitation sont situées au premier étage. En débouchant sur la placette son camarade Alain est là piaffant d’impatience. Il a le même âge que lui à deux mois près, et lui aussi ses parents lui ont offerts des patins à roulettes pour son noël. Mais ses patins à lui ont des roulettes en caoutchouc (plus prévoyants les parents d’Alain). Ils commencent à faire des ronds sur la placette en évitant les personnes qui la traversent. Mais rapidement cela devient lassant pour eux, et ils s’élancent dans la côte de la rue Mizon pour la descendre ensuite, en zigzagant entre les passants aux regards désapprobateurs. Ils disparaissent au-delà de la rue au rythme tapageur des roulettes en acier d’Henri.
La famille
Outre son père Lucien et sa mère Françoise, Henri vit également avec son grand-père maternel Jean-Baptiste et sa grand-mère maternelle Lucie, ainsi que son frère Hervé qui est son ainé de dix ans. L’habitation est un appartement de fonction, son père travaillant à l’Arsenal de l’armée de terre au quartier Belcourt. Il est situé sur les hauteurs de Bab El Oued au 25 Boulevard Guillemin. Boulevard qui s’arrête à la placette, le 25 étant le dernier numéro. La côte de la rue Mizon entame alors à cet endroit, suivi de la rue Soleiller le chemin vers le quartier Climat de France. Du début du Boulevard Guillemin jusqu’au 25, trois immenses jardins s’étalent avec milles endroits pour s’amuser et courir, ce qui est un régal pour des enfants de son âge.
L’immeuble fait quatre étages sans ascenseur et domine en partie la Baie d’Alger. Au premier étage côté Nord Henri n’a pas de balcons mais deux grandes fenêtres pour la chambre de ses parents et la salle à manger. Les trois autres étages sont pourvus eux de balcons débordant de la façade. Les deux autres chambres, toilettes et salle de bain donnent côté Ouest sur une grande terrasse qui relie son Immeuble à l’autre.
La grande terrasse est au ras du bas des fenêtres et il peut facilement les enjamber pour s’y amuser. Toutes les pièces sont accessibles par deux grands couloirs qui se rejoignent dans le vestibule. Depuis quelques temps Henri entend des conversations émanant de tous les adultes de la maison, conversations ou sont contenus des mots comme, embuscades attentats, des mots pour lui qui sont vides de signification. Les regards sont graves et inquiets. Mais les conversations des grandes personnes sont ennuyeuses et Henri est à huit jours des grandes vacances, le soleil brille, la mer et les plages sont à portée de patins, alors vive l’été. Henri ne s’en rends pas compte, mais imperceptiblement la tragédie se met en place.
Les courses de voitures
Les trois jardins Guillemin sont reliés entre eux par une allée en pente ayant à droite et à gauche de celle-ci des superbes massifs de fleurs. Accolée à l’allée et sur toute sa longueur, un caniveau d’écoulement des eaux. Henri et ses copains possèdent tous des petites voitures modèles réduits en ferraille. Ses camarades ont des voitures de course Talbot. L’inconvénient de ses véhicules est qu’ils ne peuvent pas l’alourdir pour descendre plus vite n’ayant aucune cabine pour pouvoir mettre du poids à l’intérieur. Henri lui a opté pour une DS19 verte à toit blanc et il a introduit dans l’habitacle des petits morceaux de ferraille. La course démarre du jardin le plus haut et chaque propriétaire de voiture suit son bolide en le remettant dans le caniveau lorsqu’il en sort. À ce jeu Henri gagne presque à tous les coups, la DS étant plus lourde, elle arrive en tête en bas au troisième jardin. Tout le temps dépités ses copains finissent par copier la technique d’Henri en achetant des berlines qu’ils bourrent de ferraille. Les courses alors s’équilibrent et le jeu dure toute l’après-midi en reprenant leurs voitures en bas du troisième jardin pour les remettre en course au d&#

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