Une irrésistible envie de fuir
117 pages
Français

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Une irrésistible envie de fuir , livre ebook

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Description

« Lorsqu’Émilie avait frappé à la porte de M. pour la première fois, son seul motif consistait à oublier. Oublier tout, par la chair. Se sentir encore plus inhabitée qu’elle ne l’était déjà. Imbibée et engloutie par n’importe qui, dans l’espoir de s’y confondre, comme entravée. Émilie n’appartenait à aucun cercle, ne trouvait sa place nulle part. Quelquefois, de justesse, elle parvenait à l’oublier. Cela pouvait durer des jours et, avec un peu de chance, parfois des semaines. Mais inéluctablement, dans la rue, en allant chez le coiffeur, dans son lit ou ailleurs, les échos revenaient, cinq fois, dix fois. Vingt fois plus puissants.
Émilie étouffant dans son propre corps, subissant incessamment la même sujétion : s’extirper de son crâne, peu importe dans quelle mesure. Elle se doutait du type de traitement auquel elle aurait droit si elle acceptait de suivre M. chez lui. Et c’était expressément ce qu’elle était venue chercher. Émilie devait sentir que son esprit, tout son être ne lui appartenaient plus. L’envie viscérale. Émilie avait besoin d’avoir mal. »

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 24 janvier 2017
Nombre de lectures 6
EAN13 9782895976103
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0500€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

UNE IRRÉSISTIBLE ENVIE DE FUIR
Catherine Bellemare
Une irrésistible envie de fuir
ROMAN
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives Canada

Bellemare, Catherine, 1989-, auteur Une irrésistible envie de fuir / Catherine Bellemare.
(Indociles) Publié en format imprimé (s) et électronique (s). ISBN 978-2-89597-585-4. — ISBN 978-2-89597-609-7 (PDF). — ISBN 978-2-89597-610-3 (EPUB)
I. Titre. II. Collection : Indociles
PS8603.E45373I77 2017 C843’.6 C2016-907325-4 C2016-907326-2

Les Éditions David 335-B, rue Cumberland, Ottawa (Ontario) K1N 7J3 Téléphone : 613-695-3339 | Télécopieur : 613-695-3334 info@editionsdavid.com | www.editionsdavid.com

Tous droits réservés. Imprimé au Canada. Dépôt légal (Québec et Ottawa), 1 er trimestre 2017

Les Éditions David remercient le Conseil des arts du Canada, le Bureau des arts francophones du Conseil des arts de l’Ontario, la Ville d’Ottawa et le gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada.
Se sentir bien est une ambition absurdement exagérée quand se sentir est déjà si rare. Amélie N OTHOMB
À M. Marc Zaffran, qui a toujours su lire au-delà des mots. Avant tout pour Marc-André, mais aussi, pour Anna.
PREMIÈRE PARTIE
I
L’odeur de vomi avait suffi à la réveiller, elle en était couverte. Émilie ne portait qu’une seule chaussure et son pantalon était entrouvert. « Cet homme tout près, qui m’épiait sans jamais sourire. » Il avait les cheveux mi-longs, le regard gris. De cela, elle pouvait se souvenir. Émilie avait trouvé sa proximité à la fois calme et dérangeante vu le vaste choix des sièges, il n’était pas tard et l’endroit commençait tout juste à se remplir. C’était la veille, à peine quelques heures avant qu’elle s’effondre sur le plancher de la salle des toilettes.
Malgré la chaleur de la pièce, Émilie avait frissonné au contact de ses vêtements souillés. Elle avait plongé la main au creux de ses jambes, abaissant de l’autre son jean jusqu’aux genoux, vaine tentative pour l’aider à se remémorer, « s’assurer que ». Elle ne se rappelait pas grand-chose, sinon s’être assise au comptoir du bar après avoir commandé trois roulettes russes. Le soir précédent, Émilie s’y était présentée seule comme toutes les autres fois. Elle appréciait l’endroit, les flammes, l’odeur acerbe de Sambuca, bien qu’elle en ait détesté le goût. Comme une vieille lubie, un tic. Sa sécurité analgésique, cette aversion au creux de la gorge, si familière après les trois gorgées succinctes. Manœuvre infaillible et sans détour : boire de boire. Attendre quelqu’un, quelque chose qui ne vient pas. Attendre l’issue, la solution, celle destinée à la faire changer.
Émilie se souvenait des applaudissements polis, les tout premiers de la soirée. Et vaguement de la musique inondant la pièce et des peaux moites, recouvertes d’une fine pellicule de sueur. Un relent de vodka persistant au palais, à mesure que la nuit s’éternisait. La crainte de se retrouver seule, se voyant toujours un peu moins compromise une fois l’esprit détourné et la bouche emplie, obstruée par le liquide.

Le plancher était collant, souillé par le jus de bières. Émilie parvenait à le sentir vibrer légèrement sous ses pieds, on faisait des travaux dans l’immeuble. Devant elle, sur toute la surface de la porte : des paroles de chansons, un répertoire de blagues salaces et aussi des numéros de téléphone. Joue gauche appuyée contre un mur de la cabine, Émilie n’avait pas osé bouger. Le contact froid du plastique l’aidait à reprendre conscience. Au centre de la porte, parmi d’autres témoignages aux écritures dépareillées, une phrase avait été écrite au feutre noir : I deserve my life.
Émilie s’était accrochée à la distributrice de papier hygiénique, avait atteint le lavabo dont l’intérieur jaunâtre aurait suffi à décourager quiconque de s’en approcher. Elle devait plonger la tête sous l’eau, l’immerger totalement. Reprendre conscience pour parvenir à se maintenir sur ses jambes. Ruisselante jusqu’à la ceinture, Émilie avait d’abord tiré, puis poussé en vain sur la porte menant à l’extérieur des toilettes. Enfermée. Elle avait pensé à Louis, à qui elle aurait pu demander de venir la chercher au fin fond des bois sans qu’il ne se préoccupe de l’heure. Mais il aurait fallu expliquer la chaussure, le vomi et la raison pour laquelle elle n’était pas réellement allée dormir chez Gabrielle. Pourquoi elle avait, seule et à moitié dévêtue, perdu conscience dans les toilettes publiques d’un bar. Émilie ne pouvait, n’avait pas le droit de lui faire ça. Ses yeux s’étaient alors posés sur un jet de lumière traversant la fenêtre. Deux étages. Ce n’était pas si mal, la chute ne la tuerait pas.
II
Le jour où elle avait rencontré Louis, il devait faire près de 28 degrés à l’intérieur du restaurant, et encore. L’air était humide et lourd. Émilie avait relevé ses cheveux, portait un vieux jean décoloré, une camisole blanche. Elle le savait, car Louis le lui avait mentionné, des mois plus tard, fier de s’en être souvenu. Il était nerveux et pourtant avait souri, en s’assoyant sur le siège le plus rapproché de la caisse. Émilie s’était fait la réflexion qu’il correspondait au détail près à « l’homme type », ou du moins à l’idée que la plupart des femmes s’en faisaient : épaules larges, allures princières, le regard transperçant. Tout à fait le genre de Gabrielle, une amie avec qui elle travaillait ce jour-là. Émilie l’avait donc poussée à le servir, s’affairant à l’autre extrémité du comptoir.
Louis avait pourtant cherché le regard d’Émilie à plusieurs reprises, posé des questions. Au bout d’une heure, il avait inspiré un grand coup avant de réussir à lui proposer un verre. Elle avait hésité.
— Accepte, voyons, c’est à peine s’il a remarqué ma présence, avait murmuré Gabrielle.
Émilie n’avait pas de raison valable pour décliner, simplement l’esprit ailleurs. Elle avait d’abord refusé, par pur réflexe. Gabrielle l’avait interrompue.
— Quelle bonne idée ! Elle vient justement de terminer.
— Mais j’ai encore des clients à faire payer…
— Je m’en occupe.

Émilie avait senti Louis de plus en plus détendu à mesure que la soirée progressait, ou peut-être étaient-ce les bières. Elle n’avait d’ailleurs pas su voir se dessiner la tangente que prenait leur discussion.
— Tu aimerais qu’on aille dîner, disons dimanche ?
Émilie avait détourné les yeux en cherchant quelque chose de poli à répliquer. Elle avait, de toute évidence, omis une partie de leur conversation, incapable de reconstituer le fil conducteur l’ayant amenée à sa question. Émilie n’avait pas envie de créer de malentendu et ignorait même si Louis lui plaisait. Néanmoins, force était d’admettre que le contraire était tout aussi vrai.
— Excuse-moi, c’était peut-être un peu rapide… Je n’aime pas tourner autour du pot.
Il fronçait à présent les sourcils, le regard rivé sur sa pinte de bière vide.
— J’apprécie les gens directs.
Louis paraissait soulagé. Il avait levé son verre en direction de Gabrielle, lui signifiant la nécessité d’une troisième tournée.
— Je connais un endroit près de chez moi. Tu aimes la cuisine japonaise ? Le menu est fabuleux, si tu veux, on pourrait…
— Louis, je préfère être franche, si je t’accompagne, il ne faut pas t’attendre à rien. Deux étrangers attablés autour d’un plateau de sushis et deux verres de saké, point barre.
Cette fois, Émilie n’avait pas détourné le regard.
— Bon, une bouteille alors.
Louis avait souri, attendant à peine quelques secondes avant d’ajouter :
— Dommage, moi j’en ai assez des rencontres qui ne mènent à rien…
« Voué à l’échec, quel soulagement ! »
— Mais je suis patient.
Émilie en était presque tombée de sa chaise. Il l’avait dit avec aisance et sans hésiter. Elle avait décelé l’aplomb, une certaine détermination dans la vo

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