Chevaliers et troubadours
223 pages
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Chevaliers et troubadours , livre ebook

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Description

Almodis de Noailles est une noble jeune femme rêvant d’amour courtois en cette fin du XIIème siècle.
Elle rayonne par ses talents sur les cours des châtelains du Limousin et d’Aquitaine. C’est là qu’elle voit son destin partagé par l’amour réciproque que lui portent deux hommes que tout semblait opposer.


Le premier Gaubert est épris d’exploits chevaleresques, le second Izarn n’a de cœur que d’être troubadour.


D’abord amis, puis rivaux, les deux hommes vont connaître avec leur belle bien des aventures, qui les voient quitter leur terre natale pour délivrer Jérusalem. On les retrouvera mûris au temps de la sinistre croisade cathare où ils combattent dans des camps différents.


Le livre suit leur vie dans le cadre d’un Moyen Âge dont ils épousent les mentalités à la fois étonnement romantiques et pourtant empreintes de religiosité.



Le merveilleux n’est jamais bien loin dans ce récit où les protagonistes semblent marqués par leur destinée. L’amour et son double antithétique la guerre en sont la toile de fond.


Il présente une péripétie d’épisodes romanesques, tout en étant une plongée au cœur de l’imaginaire médiéval, si proche malgré tout du nôtre.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 2
EAN13 9791035314675
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0097€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Créé et dirigé par Romain Naudin www.moissons-noires.com

© 2021 – – 79260 La Crèche
Tous droits réservés pour tous pays
philippe nadin
chevaliers
et troubadours
roman historique
à n elly
Première partie
GAUBERT DE MALEFAYDE


chapitre 1 ALMODIS DE NOAILLES
— Frère Isambert, voici le jeune homme qui s’apprête à faire sa période de noviciat chez nous.
— Merci, frère portier, conduisez-le vers moi, que je puisse le toucher pour identifier ses traits.
Maître Isambert venait alors de poser la main sur ce qui fut son dernier chef-d’œuvre. Un coffre reliquaire décrivant le martyre de saint Étienne, qu’on appelait une châsse émaillée. L’adolescent la regardait, presque fasciné. Les lueurs incandescentes des émaux multicolores irradiaient. Elles étaient comme vivifiées par la lueur matinale provenant d’un vitrail. Il n’avait jamais rien vu de plus beau.
— Je crois savoir qui tu es et pourquoi tu viens ici, dit le vieillard, avec, au fond de ses grands yeux d’aveugle, une infinie tendresse.
Tu as voulu goûter de toutes les vanités terrestres et tu as même connu la plus capiteuse de toutes, aussi enivrante qu’un parfum d’orient. L’amour.
Je vais te dire quelque chose qui va te surprendre. Tu me rappelles ma jeunesse. Contrairement à la coutume du monastère qui veut que l’on n’offre aucun présent à chaque novice en religion, je vais te faire un don.
Le jeune garçon écoutait dans un silence respectueux. Il éprouvait déjà le plaisir infini que procure l’humilité quand elle est un sentiment non feint. Isambert s’approcha et tendit son bras au nouveau venu, s’appuyant de l’autre main sur un bâton. L’un guidant l’autre, ils se dirigèrent vers un coffre cerclé de lourds verrous de fer.
— À présent, ouvre ce coffre avec la clef que voici. Disant cela, le vieil homme retira de son cou une fine et presque invisible, tant elle était discrète, chaînette en métal argenté. Dissimulée sous sa robe blanche de moine cistercien, à son bout pendait une minuscule clef.
L’autre s’inclina et s’exécuta. Le verrou sauta dans un bruit sec.
— Prends et lis.
Le jeune homme souleva un vieux manuscrit poussiéreux, relié de fines cordes.
— C’est l’histoire de la vie de trois êtres que le destin, l’amour et la mort ont réunis, quand la vie s’acharnait à les séparer, qui sera lue ici.

Commencé au monastère d’Aubazine du bienheureux saint Étienne de Muret, la veille du jour des morts de l’année du Seigneur 1215.
Relate des événements ayant eu lieu au château de Turenne, le premier jour des ides de mai 1182.

— J’entreprends ici la longue suite écrite de ce qui fut ma vie. Puisse-t-elle servir à des fins édifiantes à tous ceux qui seraient tentés de suivre le chemin funeste que j’ai emprunté. Comme toi, jeune homme, j’ai aimé la vie jusqu’à l’excès, jusqu’à m’y abîmer, tel un oiseau ivre de son propre chant.
Le novice frémit à ce premier passage, comme si le livre parlait de lui-même, par anticipation. Mais ce qu’il lut ensuite renforça sa surprise et vint à bout de son émoi.
— Ma vie a commencé non pas en 1166, comme le laisserait croire mon âge qui compte, je crois bien, 51 hivers. Je n’ai pas connu d’enfance, car ma mère a perdu la vie en me mettant au monde. Pourrait-on dire que je l’ai recherchée avec ardeur dans le visage de toutes les femmes, à travers ma longue existence ?
Ainsi le vieil homme n’avait-il pas toujours été moine cistercien, cet habile orfèvre, sous le nom de maître Isambert, dont les œuvres étaient recherchées même par des rois.
— Ma vie a réellement commencé ce premier jour des ides de mai 1182, j’avais alors 17 ans et l’on donnait une fête au château de Turenne. Ce fut à l’instant même où je vis pour la première fois celle qui devait me faire souffrir, autant qu’elle me fit vivre.

Almodis de Noailles était alors une très jeune fille dotée de toutes les grâces de l’âme et du corps. Elle se promenait, rêveuse, dans le jardin du cloître. On l’avait ouvert aux laïcs pour la fête. Je me rappelle qu’elle s’assit, pensive, un livre entre les mains, sur la margelle du puits. Je n’étais alors qu’un jeune clerc n’ayant pas encore opté pour la prêtrise et ne me sentant pas d’appétences particulières pour l’habit monastique. J’enviais la liberté de ton des poètes vagabonds, écumant les tavernes et les mauvais lieux et éclaboussant riches et puissants de leur insolence. Je ne savais encore que faire de ma vie.
Dissimulé partiellement par une des colonnes du cloître, je ne pensais même pas à me cacher devant le caractère insolite de cette rencontre. Je ne connaissais alors des femmes que ce que j’en avais entendu raconter par de jeunes camarades et n’en avais jamais vu de près, hormis quelques filles de ferme, venues apporter lait et œufs au monastère du village voisin.
Ce que je vis alors ne ressemblait à rien de tout ce que j’avais pu imaginer et, pourtant, une voix intérieure me disait à l’oreille que je l’avais déjà vu, sans me rappeler où, ni quand, ni comment.
Ce fut comme si le jour venait de naître pour la première fois et, comme toi, jeune homme, j’ai cru contempler la vraie beauté. La création de Dieu dans toute sa perfection, et elle avait le visage d’une femme.
Je n’étais pas alors frère Isambert, mais le jeune Izarn de Lorris. Aussi timide qu’égaré par l’ambition, selon les défauts habituels que l’on prête à la jeunesse avec raison. Ce fut comme si une force soudaine me poussait à sortir de l’ombre pour me diriger vers elle. Elle agissait comme un aimant.
— Dame, qui êtes-vous donc ? Je n’ai jamais à ce jour rien contemplé de plus beau. L’ai-je dit, ou pensé ? Je ne me rappelle plus aujourd’hui. Mais si les paroles n’arrivèrent pas jusqu’à mes lèvres, du moins mes pensées lui furent-elles connues sans le moindre artifice, tant elles avaient l’innocence de la sincérité.
Elle tourna la tête vers moi, car je ne la voyais à ce moment que de profil, levant les yeux qu’elle tenait jusque-là fixés sur le tapis de verdure à ses pieds.
Avant qu’elle ait pu dire un mot, elle s’était levée et m’avait tendu sa main, ce qui m’enhardit.
— Qui êtes-vous, dit-elle ? Êtes-vous invité à la fête ?
— Un enfant je suis, par sa témérité et son innocence, d’oser vous parler, lui répondis-je.
Elle avait une voix féminine faite de tendresse et de fierté.
J’aimais son rire et sa voix. Elle paraissait surprise.
— L’on ne m’a pas habituée à ouïr de telles paroles. Mais faites-vous preuve d’une candeur enfantine en tout temps et en toute occasion ?
— Je compte faire briller ma valeur au tournoi poétique qui a lieu dans cette cour.
— Êtes-vous un ami de Gaubert ou du seigneur Raimond ?
— Je ne suis l’ami ni du seigneur ni de ce messire Gaubert dont vous parliez, mais je suis déjà le vôtre, si vous le permettez.
Elle réagissait comme une femme qui connaissait déjà les hommes et qui était habituée à leurs assiduités. La fierté, qualité chez elle qui fut la cause de sa perte, lui imprimait cette retenue distante qui inspirait le respect. De temps à autre, un sourire ou une expression de gaieté venait effacer cette sombre nuance pour faire renaître l’espoir. Elle savait jouer de son charme, mais avec candeur et ingénuité, avec je ne sais quoi d’enfantin dans son visage, malgré ses presque 17 ans. Fût-elle la reine des catins et un abîme de vices, on aurait pu aisément tout lui pardonner, car elle ignorait le mal et respirait l’innocence. Son rire était retentissant, argenté et sonore, agréable à entendre comme le son des cloches au matin du jour de Pâques.
— Soyez donc mon ami, fit-elle en riant et elle me tendit l’eau du puits qu’elle avait recueillie en surface dans le creux de ses mains.
— Comme cette eau est fraîche ! fis-je après l’avoir bue.
— Comme vos lèvres sont pures de m’avoir dit tout ceci. Si tout cela est vrai…
Mes vêtements d’alors, n’ayant pas encore statué sur mon état ni prononcé de vœux, étaient ceux des laïcs. Recherchés, sans apparat. J’y ajoutais un goût tout féminin de l’art de la parure qui fit longtemps ma fierté et s’accordait bien à la mode des jeunes gens de l’époque. Elle ne pouvait donc connaître ma condition de clerc et je me gardai bien de lui en parler pour ne pas l’effaroucher. J’avais, d’un geste, rejeté en arrière mes longs cheveux bruns qui voilaient mes yeux clairs.
— Voulez-vous être mon troubadour ?
— Je mourrais pour cet honneur.
J’avais appris avec les moines, chez Ovide, l’art d’aimer dans les livres. Sans rien en connaître, les mots venaient pourtant vers elle, comme autant d’offrandes rares, se déposer à ses pieds.
Je respectai les codes de l’art courtois que je maîtrisais à la lettre, sans l’avoir vraiment jamais pratiqué.
Je la connus alors en cet instant telle que je la connus toute ma vie.
Elle fit tomber son livre dans un geste maladroit et je m’empressai de le ramasser. Nos mains s’effleurèrent. Ses doigts s’ornaient d’un chapelet. Ce fut comme un coup de tonnerre qui me foudroya.
Sous son fin voile de lin, je pouvais distinguer ses longues mèches torsadées et réunies par un bandeau. Elles étaient d’un brun tirant sur le roux. Sa peau n’était pas belle, mais, à mes yeux, avait tous les délices de la table du Seigneur. Elle était mûre et foncée comme un fruit d’automne trop longtemps exposé et pourtant, signe du ciel, j’aimais cela plus que tout. Que dire, sinon que ses yeux étaient des liens invisibles qui me tenaient captif et auraient changé en agneau le plus féroce des lions ? Ils avaient la couleur de l’océan, d’après ce qu’en ont dit les pèlerins, mais devenaient bleus aux rayons du soleil. Ses vêtements étaient d’une blancheur immaculée. Une ceinture cintrait sa belle taille, d’où pendait une modeste aumônière.
— Je dois partir, me dit-elle. Je suis attendue au château. Elle rajouta après un silence : pour la fête.
Puis, en se retournant :
— 

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