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Histoires d'Anjou , livre ebook

155

pages

Français

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2019

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Parcourez dans ce roman les événements emblématiques qui ont touché la France au Moyen Âge ! De l’an mil à nos jours, l’auteur nous fait vivre le quotidien de tous ces gens, nobles bourgeois et manants au cœur des événements : la fidélité du Moyen Âge, l’amour courtois, mais aussi la dureté des temps. On naissait et on mourait, on se battait mais on survivait. Les croisades ne furent pas une balade de santé. Combien de chevaliers angevins furent occis ou décapités ! Leurs enfants combattront sous la bannière de la Pucelle, les suivants accompagneront le Valois en Italie. Les guerres de Religion ensanglantèrent notre pays. On bouillait à Angers, on décapitait à Paris, on passait au fil de l’épée en Languedoc, à Nègrepelisse ou à Toulouse. La Loire, si calme, si douce à regarder, engloutit nombre de naufragés, de passeurs, de pêcheurs ou de pèlerins. Le Roi-Soleil est entouré de courtisans, on quitte l’Anjou pour y chercher fortune, tel ce perruquier, ce baigneur ou cet apothicaire. Plus tard, sous Louis XVI, l’on part vers le Nouveau Monde au nom de la Liberté. La Révolution à Paris et les guerres en Anjou firent s’affronter, s’entretuer les Français, républicains et royalistes. Les Mauges, par le sabre et le feu des Colonnes infernales de Turreau, vécurent une odyssée en dehors de tout entendement. Elles s’en souviennent encore. Pourtant la Première et la Seconde Guerre mondiales n’eurent de cesse de réveiller chez eux le désir de sauver la France, cette France éternelle, que l’auteur nous fait revivre à travers toutes ces nouvelles, empreintes d’amour, de brutalité, de mort, de sang et de sacrifices, parce que c’est bien de cela qu’il s’agit. Toutes et tous, à travers ces pages, se sacrifient pour leur famille, pour Dieu ou le Roi, mais toujours pour la France, et, à travers ces personnages, nous découvrons une belle leçon d’espérance pour l’avenir. Suivez différents personnages à travers l'histoire de la France éternelle, dans ce roman historique captivant !
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Publié par

Date de parution

04 octobre 2019

EAN13

9791035305895

Langue

Français

HISTOIRES D’ANJOU ROMAN HISTORIQUE

© La Geste éditions - 79260 La Crèche
Tous droits réservés pour tous pays
www.gesteditions.com
Serge Quentin de l’Académie d’Angers
HISTOIRES D’ANJOU Roman Historique
La Geste éditions


Fidélité
Les bords de Maine se réveillent doucement et en silence ce matin du 14 avril 1109. Les riverains ont entendu les cloches de l’église Saint-Marbœuf sonner le glas hier soir. Toutes les cloches de la ville et des villages alentour répondent. C’est certain, le défunt est d’importance. La rumeur se répand sur le quai entre les pêcheurs, les autres manants, et les femmes se rendant décrasser et battre le linge. Le défunt est du château, à ce que l’on dit.
— Si c’était le gros Foulques, ça nous débarrasserait… lance une lingère.
— Ne parle pas trop vite, la ribaude… Tu rêves un peu trop haut.
Au château, Foulques iv , comte d’Anjou, gît bien là, mort, ceint dans son armure lourde et brillante, les mains gantelées de cuir cousu. Le comte est étendu à même la table de la vaste salle, face à l’immense cheminée de la tour carrée. Son visage, gros et blafard, ses yeux endormis, son nez rond et sa bouche pulpeuse accentuent ses joues creusées par la fatigue guerrière. Foulques est passé ad patres à l’aube de ses 68 ans. Le vieillard, laid, lourdaud et bossu n’est guère pleuré, chez les féodaux ou au sein du peuple. Sa femme Bertrande, quatrième dans l’ordre, courageuse et indépendante, l’a déjà quitté depuis quelque temps pour Philippe, roi de France. Son fils, Foulques, tient les rênes du comté. C’est lui dorénavant l’homme de l’Anjou, « le roi est mort, vive le roi ! » Le comte est mort, son fils lui succède.
Tous les vassaux du comte errent dans la cour pour rendre hommage au chef de leur province. À l’annonce du glas, ils ont rejoint le château. Le comte était certes honni, mais ils lui doivent le devoir vassalique. Ils viennent se prosterner devant la dépouille comtale. Au cours d’un défilé à friser le ridicule, ils saluent une dernière fois un comte qu’ils ne regretteront pas et qui leur répugne. Le cliquetis de leurs armures se fait entendre des chaumières voisines d’outre-Maine et de Reculée. Pourtant, les pêcheurs de Reculée ne semblent pas troublés et les écrevisses, ce matin, n’ont qu’à bien se tenir. Les chevaux, nerveux, hennissent. Les chevaliers parlent fort, les servantes s’activent, ricanent même, au passage des jeunes et beaux chevaliers. Qui sait si l’un d’eux… et, pour l’heure, elles déambulent et roulent des tonneaux vers les tables dressées pour l’occasion, où s’entrechoquent coupes et chopes. Il faut bien accueillir ces chevaliers. Ils se prosternent devant le comte et ne vont pas repartir vers leur manoir sans goûter aux plaisirs du vin et de la chair qui les attendent au fond des tavernes d’outre-Maine.

La fraîcheur de ce matin de printemps et la brise frôlant les frênes chahutent les chênes bordant la Maine. La nature participe à l’ambiance du soulagement. Tous se sentent libérés, libérés d’un tortionnaire. Depuis le début de son règne, le Réchin s’impose violemment à ses sujets, aussi nobles soient-ils. Il va courre les paysans, les violente, les pend haut et court, ses vassaux le craignent, certes, mais ne lui obéissent plus vraiment. Tenez ! Normand de Montrevault se bat avec son voisin du Petit-Montrevault. Les seigneurs de Chemillé et de Maulévrier s’étripent chaque jour que Dieu fait. Ces féodaux ne se sentent plus tenus à leurs devoirs, c’est l’anarchie dans le comté. La justice est rendue selon le bon vouloir du seigneur local.
Souhaitant mettre un peu de calme devant cette violence souvent gratuite, mais, surtout, devant l’incurie du feu comte, Geoffroy, le fils de la précédente épouse de Foulques, avait déjà la main sur le comté et tentait de remettre un peu d’ordre. Oui ! Mais c’était sans compter sur Bertrande, sa belle-mère, aussi violente que son mari et pleine d’ambition pour son fils. Elle fait assassiner Geoffroy en 1106, et ainsi, au décès du comte, Foulques v , devient comte d’Anjou. C’est lui qui va maintenant accueillir ses nouveaux vassaux ce matin.
La troupe des chevaliers et des écuyers sort du château en ordre, les trompes sonnent le glas et le convoi s’élance vers l’Esvrière, le sanctuaire choisi par le comte pour qu’il le reçoive en sa dernière demeure.
À peine a-t-il enterré son père sous la dalle du chœur, que Foulques souhaite maintenant recevoir les hommages des vassaux. Il les convoque avant leur départ :
— Mes chevaliers, retournez en vos châteaux et recevez l’aveu de vos vassaux, comme vous l’aviez fait pour mon père. À la lune prochaine, vous reviendrez et je recevrai à mon tour votre fidélité.
Les seigneurs des Mauges, harassés, reviennent de combattre le demi-frère de Foulques, en Saintonge. Les mois précédents, ils combattaient près de leurs fiefs, entre Chemillé, Montfaucon et Montrevault. Depuis de nombreuses années, ils obéissent à qui ils le souhaitent, tantôt à Montrevault, tantôt à Chemillé, mais toujours par crainte, à Foulques quand il l’exige. Il en sera de même avec le fils. Ainsi vont les liens vassaliques.

Aujourd’hui, au lever, Pierre chevauche sa haquenée vers Montrevault depuis son fief de La Roche en la parocchia de La Poitevinière. Il va prêter aveu à Normand de Montrevault. Il a revêtu sa cotte de mailles et ses gants de cuir. Il est tête nue et ses longs cheveux châtains, frisés au fer sur l’arrière du crâne, dégagent un visage long et fin. Ses yeux noirs sont cernés. Pierre est comme les autres soldats des environs, fatigué des derniers combats de Saintonge. Il est rentré hier soir, et déjà ce matin il doit reprendre les chemins pour satisfaire à ses devoirs pour La Roche. Après avoir traversé les terres de La Poitevinière, et longé l’Èvre, il se présente sur son destrier devant le pont-levis du château du promontoire de l’Èvre.
— Ohé du château, Pierre de La Roche ! Je viens pour l’aveu.
Les lourdes chaînes grincent, les planches craquent et, lourdement, le pont-levis s’abaisse. Pierre traverse lentement et fièrement la petite cour de la demeure. Il rejoint là ses amis, les chevaliers de Clérambault, du Plessis, de Bouzillé-Melay, et tous ces hobereaux des Mauges qui vont jurer obéissance et fidélité à Normand. Ce sont eux qui gouvernent et protègent les manants des Mauges… Ils rendent certes aveu à Montrevault mais eux seuls savent ce que le mot « fidélité » veut dire… Ils doivent à leur suzerain sûrement, mais, doivent encore plus à leurs paysans, parce que seulement là est leur honneur : servir. Ils savent que ces valeurs devront être transmises. C’est leur raison d’être.
Quand ils ne sont pas alliés, ils sont voisins ou amis. Depuis leur enfance, ils se fréquentent, courent de manoir en manoir visiter leurs parents. Les fêtes votives sont des occasions de rencontres. Lors des veillées d’hiver, ils écoutent religieusement les conteurs leur rapporter les prouesses des croisés, partis combattre les islamistes et défendre le tombeau du Christ.
Tous défendent la religion et leurs demoiselles. Ils sont nés pour ça, et se montrent souvent ombrageux si d’aucuns s’avèrent indélicats à leur endroit. Ils défendent leur patrie aimée, ils défendent leur culture ancestrale reçue à la nuit des temps. Leur terre et leur manse autour du manoir familial sont cultivés par des serfs ou vilains aussi fidèles qu’ils le sont à leur propre seigneur.
Pierre, outre son manse de La Roche, fait valoir par un meunier son moulin de Vernon attaché aussi à un petit manse.
Le sieur de La Roche enharnaché, tel son destrier, traverse la cour d’honneur. On le fait pénétrer dans la grande salle d’honneur. Le comte de Montrevault, Normand, le connaît bien. Il s’approche et lui tend les bras. Il le prie de se placer près d’un cousin posé là pour la réception de l’aveu.
— Installez-vous, Pierre, dit Normand.
Pierre s’agenouille aux pieds de son seigneur en la salle d’honneur du manoir de schiste noir. Il est sûr de lui. C’est un habitué des lieux. Alors il peut déclamer à haute et forte voix :
« Je, Pierre, de La Roche en la parrochia de La Poitevinière, tiens de vous, haut et puissant seigneur, ma terre de La Roche et mon moulin de Vernon. Je vous jure obéissance et fidélité. J’acquitte mes devoirs féodaux et vous remets un faucon et une paire de gants blancs. »
Normand se lève. Pierre demeure à genoux. Il le frappe de son épée sur l’épaule gauche et la remet au fourreau. Le vassal se relève et le comte l’embrasse d’une accolade franche et ferme. Ils se sourient. Entre eux, la fidélité est installée. Elle est indéfectible.
Son aveu rendu, Pierre sait qu’à tout moment il pourra être appelé à l’ost, pour défendre la seigneurie des assauts belliqueux des voisins poitevins ou bourguignons, ou partir en Terre sainte défendre le tombeau du Christ. D’ailleurs il en rêve un peu, de partir vers la Palestine. Il est né guerrier, il aime sa campagne, mais il sait tout cela fragile et, s’il faut combattre pour les protéger, il n’hésitera pas. Le Sarrasin pourrait venir jusqu’ici, autant le repousser avant.
En attendant, même si sa présence à Montrevault est importante, qu’elle est aussi chargée de symbole, et d’un rituel auquel il s’est plié sans contrainte, il pense à Jeanne, sa jeune femme. Elle s’apprête à accoucher. Les matrones sont près d’elle, à La Roche, cela le rassure. Il sait que son aveu lui permet de maintenir sa terre et qu’il peut compter sur le seigneur de Montrevault pour le protéger en cas d’agression.
Nonobstant, il est préoccupé pour Jeanne, elle est si jeune, si belle et si fraîche. Oui, il est amoureux, il tremble pour elle, il lui compose parfois quelque poème. Comme tous les chevaliers, il taquine la muse au contact des troubadours de passage, et en plus c’est sa passion après la chasse.
Il ne s’attarde pourtant pas ce matin. Après l’aveu, il pourrait rester à goûter le nectar ang

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