Il était trois petits navires , livre ebook
28
pages
Français
Ebooks
2022
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Publié par
Date de parution
30 janvier 2022
EAN13
9782386474323
Langue
Français
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Date de parution
30 janvier 2022
EAN13
9782386474323
Langue
Français
Couverture :
Détail du tableau d'Ambroise Louis Garneray ; le Furet cotre de l'Etat au service de Son Altesse Royale madame la duchesse de Berry quittant le port de Dieppe .
Œuvre dans le domaine public
Ka sa ka nassa / Une fois il était, une fois il n'était pas (Tziganes de Hongrie)
AVERTISSEMENT
Cette histoire aurait pu se dérouler à n'importe quelle autre époque bénie des dieux. Si le lecteur est interpellé par des coïncidences avec des événements contemporains, qu’il sache que les personnages et leurs comportements sont totalement fictifs.
PROLOGUE
Transport de fonds
Voiture de voyage datant des années soixante dix, la berline du marquis vient de quitter la ville. Il fait un temps de chien. Poussée par la bise du Nord, une pluie fine strie le paysage. Elle cingle en pleine figure le cocher et le convoyeur callés sur le siège d’où ils dominent la route. Un comble pour un cocher d’être fouetté ou, peut-être, un juste retour des choses. Comme mus par un mécanisme d’horlogerie, les deux hommes s'essuient les yeux d’un revers de manche, en une parfaite alternance. Les quatre chevaux baissent la tête, tout en avançant, vaille que vaille, au petit galop. Les roues, de bonne taille, projettent des gerbes de boue sur la caisse couleur prune aux armes des Viéville. Les portières sont maculées jusqu'aux vitres. Ce voyage risque de ne pas être une sinécure se désespère in petto l’aristocrate. Il sent bientôt ses tripes se nouer. Fichus cahots ? Non, c'est, en fait, un poison qu'il connaît bien. Il s'écoule lentement dans ses artères avant d'envahir petit à petit tout ses organes. Ce fluide arsenical a pour nom l'inquiétude !
Issu de vieille noblesse forézienne, imbu de sa qualité et toujours très sûr de lui, le voilà rongé de doutes. La vente de son fief de Fontaine-en-Velin à un écuyer de la rue Saint-Dominique, secrétaire du roi, fut négociée au mieux des intérêts de chacun. Son montant fut réglé pour partie au comptant. Le solde fera l'objet d'une rente. Faisant fi des conseils de Marc-Antonin Gilbert, son banquier, et de maître Maille, son notaire, il tint que ce comptant lui fût versé en or et en argent. C’est là une coutume qui reste vivace chez de nombreux hobereaux des provinces. Du moins chez ceux nés sous le défunt roi. Pour eux, ni les effets royaux, ni les effets de commerce, ni les titres, ni les autres valeurs mobilières ne peuvent remplacer les espèces sonnantes et trébuchantes. Le marquis décida d’emporter ce numéraire jusqu'au château familial de Viéville. Deux coffres d’or et d’argent furent déposés dans la cave de la voiture, sous ses pieds.
Pourquoi ce soudain tourment ? L’entreprise est pourtant bien menée. Soucieux de surveiller ses fonds, il désira les accompagner. Il accepta même, à l’instigation du notaire, que deux vulgaires roturiers, voyagent avec lui dans sa voiture. Ces personnes insignifiantes, un négociant de Tarare et sa fille jouent, en quelque sorte le rôle d’un paravent. Ils sont si ordinaires ! Le convoyeur, un ancien gendarme, assis à côté du conducteur peut être pris pour un lapin ou pour un domestique. Des mousquetons chargés sont cachés sous l’appui-pied du cocher. Lui-même a glissé un pistolet de carrosse dans chacune des poches de son habit. La présence du vicomte de Montnoir, fils de sa sœur cadette, courant à cheval devant la berline est également un gage de sécurité. Certes, mais si sa présence attirait l'attention de quelques malandrins ?
Ce n'est qu'un moment d'abattement. Fréquents depuis qu'il a eu connaissance des lubies de sa fille, Angélique, ils alternent avec des périodes marquées par un inextinguible courroux. Lorsque sa bile s'échauffe, l’ancien militaire se réveille en lui. Ses pensées s'expriment en des termes bien différents de ceux que l’on pourrait attendre d’un marquis policé. Peu de temps après qu'elle quitta le couvent où elle avait été placée pour étudier et qu’elle le rejoignit à Viéville, il dut se rendre à Paris et à Versailles. Pendant ce bien trop long séjour, il crut bon de la laisser à la surveillance de madame de Bonnefoy, une des filles de son défunt frère. Cette riche veuve habitant la place de Louis-le-Grand était censée parfaire l’éducation qu’Angélique avait reçue au couvent. Curieuse préceptrice que cette frivole dont la félicité est toute dans le plaisir ! Elle lui apprit à se comporter en coquette, à n’ignorer rien des toilettes aguichantes, à se maquiller sans excès et à se parfumer. Bref, elle lui enseigna l’art de séduire les hommes ! Sous ses airs de dévote, sa nièce n’est qu'un cul pourri. Elle ne pense qu’à se vautrer dans le mal et à rôtir le balai. Dieu en est témoin. Elle reçoit chez elle des particuliers aux occupations les plus viles sous prétexte qu'ils sont amusants, qu'ils possèdent de prétendus talents ou qu'ils font montre de belles tournures. Un lettré comparerait sa maison à celle de Louis Labé, la Belle Cordière, ouverte à tous mais, à ce qu’on dit, close à la vertu. Le marquis n’y songe point, trop ignorant qu’il est des choses de l’esprit. Pour lui, la lecture est occupation de paresseux et la poésie divertissement de sodomites. Il ne voit dans la société qui gravite autour de sa nièce qu’un ramassis de barbouilleurs, de théâtriers , de rimailleurs ou de musicâtres , tous sans un sou vaillant. Parbleu ! Ces restants de galère la trouvent belle de vivre à ses crochets et de la baiser telle une gueuse à crapauds. Ce qu'elle est ni plus ni moins. Ne voilà-t-il pas que dans ce monde plus que douteux, sa fille unique, belle comme l’ange Gabriel mais évaporée à proportion, s'est entichée d'un bélître ! Un enquêteur trop grassement payé l’éclaira suffisamment pour se faire une idée de ce… Comment déjà ? Giuseppe Gianni, non ? Fruit d'une éclaboussure de sperme de Satan dans le caniveau où se trouvait sa mère, le Roméo n’est lui-même qu’un incube qui a grandi dans les latrines des venelles de la Gaudinière et de Tupin-Rompu ! Les excès de libertinage de cette engeance qui masque ses origines abjectes derrière le nom de Joseph Janin sont de notoriété publique. Ce Giuseppe bénéficia de soutiens financiers inattendus pour étudier et réussir au concours de garçon chirurgien à l'Hôtel Dieu. Peu de temps après être entré en service, il en fut chassé pour rébellion. Egressus ob mala verba. Il poursuivit néanmoins son cursus puis quitta la ville pour aller guerroyer en Amérique en tant que chirurgien de levée 1 .
Depuis son retour de Brest, il y a 18 mois, l’homme au bistouri n'a pas cherché à exercer son art et vit aux crochets de son parrain tout en étudiant la médecine dans les livres et en donnant des consultations par correspondance. Fichu Esculape ! Après avoir vertement tancé sa nièce, le marquis se vit contraint de protéger Angélique de sa fichue influence. Elevée dans la religion, celle-ci n'a certainement pas succombé aux pièges du Malin mais tant va la cruche à l’eau et la gente femelle étant ce qu’elle est… De ce chef et n’ayant guère le temps de s’occuper d’elle plus avant, il décida de l’enfermer quelques mois à la maison des Filles Pénitentes de la rue Saint-Joseph. Elle y entra pas plus tard qu’hier. Le bélître sera bastonné demain et laissé pour mort. Les ordres sont donnés. S’il doit survivre, il sera traîné au tribunal dès que possible.
La pluie a cessé et la voiture file bon train. Bercés par le mouvement de roulis de la caisse, les passagers se sont assoupis, le marquis à l'instar des autres. Rappelant un vieil hidalgo de la Mancha, il paraît avoir trouvé son Sancho en la personne du passager, un négociant au visage poupin et à la bedaine rebondie. Et c'est, non sans délice, que tous deux se laissent aller à un concours de ronflements. Le caballero don Quixote de la Mancha a retrouvé sa vigueur passée et culbute une petite paysanne dans quelque discret fenil. Panza, lui, rêve aux histoires de brigands racontées lors des veillées d'autrefois. Il en était friand. Il peut être une heure et demie de relevée quand, au lieu-dit La Thuillère, près de Dardilly, la voiture est rejointe par cinq cavaliers au justaucorps de drap bleu doublé de rouge et aux parements de même. Paraissant venir du bourg, ils entreprennent de l’escorter. Rien de plus normal que le brigadier de la Maréchaussée de L’Arbresle et ses hommes les accompagnent sur quelques lieux ! Il a dû être prévenu de ce transport exceptionnel. Le convoyeur apprécie la présence de ses collègues. Une centaine de toises plus loin, au Chêne Rond, les militaires ordonnent au cocher de s'arrêter. Il semble à l’un d’entre eux qu’un essieu menace de se rompre. Pour juger du risque, le conducteur et le convoyeur sautent de leur siège en maugréant. Ils laissent les mousquetons. Inutiles, ils les gêneraient. A ce moment des spectres aux visages noircis de suie surgissent du Bois de la Lune. Profitant de l'effet de surprise, les hommes en uniforme désarçonnent le vicomte, lui arrachent son épée et lui intiment l’ordre de se coucher sur le ventre. Dans le même temps plusieurs bandits se jettent sur le conducteur et sur le convoyeur, les garrottent mains derrière le dos, puis les ligotent l’un à l’autre par les jambes.
Les malfaiteurs se taisent, à l'exception de deux qui semblent être les chefs. Loin d'être courtois, ils braillent comme des forcenés. Sous la menace de leurs armes, ils invitent – c'est là un doux euphémisme - les passagers terrorisés à quitter leurs sièges, les mains sur la tête. Ils les obligent à s’agenouiller au bord du fossé, le dos tourné à la route. S'ils bougent, ils seront tués. Peu intimidé par les vociférations et croyant ne pas être vu, le marquis baisse les bras et sort les deux pistolets de ses poches. Peine perdue ! Un coup de crosse sur la tête et il s’effondre. Il s’en sortira vivant. Envahie par une rage folle, la jeune bourgeoise se relève brusquement. Bras légèrement écartés, poings serrés, elle se met à trépigner sur un tempo de plus en plus rapide. Se faisant, elle pousse des hurlements entrecoupés de sanglots. Un d