L appel du destin
285 pages
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L'appel du destin , livre ebook

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Description

En 237 avant Jésus-Christ, quatre ans après la défaite de Carthage contre Rome qui a conclu la première guerre punique, le général carthaginois Amilcar prend avec son armée la route de l’Ibérie (actuelle Espagne), emmenant avec lui son jeune fils Hannibal, âgé de neuf ans.


Son but : s’approprier ces terres dont les richesses minières permettront à Carthage de rembourser le tribut de guerre imposé par Rome, et, à lui, de bâtir un empire capable de venger l’affront que celle-ci a infligé à sa cité vaincue.


Héritier spirituel d’Alexandre le Grand, enfant d’une Carthage nourrie par l’hellénisme, Hannibal grandit au contact d’une armée cosmopolite et de l’atmosphère des champs de bataille, tandis que son père conquiert l’Ibérie.


À la croisée des ressentiments de son entourage contre les Romains et de la vision qu’il acquiert du monde, naît en lui la résolution d’affronter à nouveau Rome. Mais à la lumière de la culture dont il est imprégné et de sa réflexion sur la Méditerranée de son temps, l’ambition d’Hannibal, transcendant la simple idée de revanche, s’inscrit dans un rêve visionnaire...
Cependant, à Rome, un enfant grandit, qui a pour nom Publius Cornelius Scipion.


Aucun d’eux ne sait que le destin va les mettre peu à peu face à face, et que leur confrontation décidera bientôt de l’avenir du bassin méditerranéen.


Fresque épique s’appuyant sur une recherche documentaire rigoureuse et une réflexion approfondie sur l’époque, « L’Aigle et le Lion » dépeint une Méditerranée antique complexe, théâtre du premier conflit « mondial », étonnamment moderne, de l’Histoire : les deux plus puissantes cités de l’Antiquité vont s’affronter à travers des hommes dont l’action a forgé notre monde, et dont la dimension héroïque n’occulte jamais la nature humaine.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 0
EAN13 9791034812691
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0060€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

L’AIGLE
ET
LE LION
I – L’APPEL DU DESTIN
 
Bertrand Borie
 
 
L’AIGLE
ET
LE LION
I – L’APPEL DU DESTIN
(Seconde édition revue et corrigée)
 
 
Couverture : Chloé S.
 
 
Publié dans la Collection Imaginaire
 
 

 
 
© Evidence Editions 2021

 
Mot de l’éditeur
 
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À mes parents,
pour avoir sagement guidé mes premiers pas
vers ma passion pour l’Antiquité,
dont ce livre est l’un des fruits
qui me tiennent le plus à cœur.
 
 
 
 
 
AVANT-PROPOS
 
 
 
Le personnage d’Hannibal a suscité mon intérêt quand j’avais onze ans. J’étais alors en 5 e , dont le programme d’histoire était consacré à Rome et aux débuts du Moyen Âge. C’était un temps où l’on accordait une large importance à l’enseignement de l’histoire et de la culture antiques, et qui me paraît parfois, quand je vois la part aujourd’hui dévolue à ces périodes, presque une antiquité lui-même !
 
C’est deux ans plus tard que j’ai acheté mon premier livre sur lui – j’ai toujours en mémoire la librairie où il était en vitrine : Hannibal de Jean Pernoud, dans la collection Il y a toujours un reporter (Julliard, 1962). Ouvrage enthousiasmant s’il en fut, puisqu’il contait l’épopée à travers un montage d’extraits des auteurs anciens, de Polybe à Appien, en passant par Tite-Live, Diodore de Sicile et Valère Maxime. Il constituait par là même, pour l’esprit curieux que j’ai toujours été, une vivante incitation à les explorer.
 
Peut-être mon attachement à Hannibal, par-delà l’héroïsme de son entreprise, a-t-il d’abord été le fruit d’une émotion, à la vue de son buste, découvert à Capoue et exposé au musée archéologique national de Naples : il est dans tous les livres d’histoire – dont le Guide romain antique de G. Hacquard, remarquable par sa concision, qui ne m’a jamais quitté depuis ma 5 e  ; il illustrait la couverture du livre de J. Pernoud et figurera sur celle du quatrième volume de la présente édition. Hannibal vieilli, mais invariablement guerrier, au regard et à la physionomie empreints de l’énergie rebelle et de la tragédie sous les auspices desquels se déroula son existence, de l’idéal et des rêves qui l’inspirèrent et qu’atteste son itinéraire. Un visage dont l’expression m’a toujours paru intensément émouvante. Et aujourd’hui plus que jamais, après avoir consacré tant d’années à pénétrer son âme à travers les témoignages et simplement ses actions – ses res gestæ aurait écrit un Cicéron –, pour le ressusciter par la magie de la narration. Sans doute m’a-t-elle souvent guidé plus ou moins consciemment.
 
Les années ont passé, et ma passion pour le personnage, puis pour le monde de Carthage et, plus généralement, de la Méditerranée antique – la Rome républicaine en particulier, peut-être parce que c’est celui qui, à mes yeux, préfigure le mieux le nôtre –, n’a cessé de croître. En même temps qu’une conviction : cette histoire, située à la fin du III e  siècle av. J.-C., occupe une place primordiale dans celle de l’Occident, et pas seulement antique. Car, qu’aurait été le devenir de celui-ci si Hannibal n’avait pas entrepris la guerre qu’il mena contre Rome (deuxième guerre punique), ou si, après dix-sept ans de combats acharnés et de victoires restées célèbres, il avait fini par la gagner ? Impossible de le savoir, mais il eût été fort différent : il suffit pour s’en convaincre d’étudier quelques conséquences de la victoire de Rome.
 
À travers la littérature et le cinéma à grand spectacle se développait en moi une autre flamme : celle qu’embrasaient l’épopée et les personnages héroïques, conduits par des valeurs fortes – même si on peut les contester – et obéissant sans cesse à la volonté de se dépasser soi-même, vertu à mes yeux capitale.
 
En écrivant L’Aigle et le Lion , roman historique en quatre volumes, dont le projet est né dans les années 80, mon dessein était multiple.
 
D’abord, peindre la Méditerranée antique comme un monde foisonnant, lieu d’innombrables échanges, dans lequel s’imbriquaient étroitement les destins, qu’il s’agisse de ceux des hommes ou de ceux des états, en un mot : offrir d’elle une image fort différente de la vision très compartimentée que nous en donne trop souvent l’enseignement. Par exemple, je songe parfois au temps que j’ai mis à réaliser que, quand Athènes connaissait son brillant cinquième siècle (dit « de Périclès » ou « siècle d’or ») et que la Grèce affrontait la Perse (guerres médiques) ou se déchirait (guerre du Péloponnèse), Rome avait déjà près de trois cents ans d’existence ! Ou encore qu’Hannibal naquit moins d’un siècle après la mort d’Alexandre le Grand, dans un univers qui palpitait de l’élan que lui avait donné sa geste, et dont la civilisation, imprégnée par son entreprise, avait pris une orientation irréversible dont la nôtre est issue !
Aborder cette histoire sous un angle universaliste à la mesure de ce qu’elle fut, voilà ce qu’était en partie mon projet. Et, simultanément, montrer combien ce monde ressemblait au nôtre en suggérant que le méconnaître revient à méconnaître celui dans lequel nous vivons.
 
Les hommes n’ont pas changé, ce qui signifie qu’ils n’ont rien appris, ce à quoi la tendance actuelle à l’inculture ne risque guère de remédier. Les erreurs les plus fatales de jadis se reproduisent inlassablement. Comme un enfant qui ne perçoit toujours pas après plusieurs chutes que le meilleur moyen de ne pas tomber est de regarder devant soi avec, en mémoire, les épreuves de son passé. Cela ne veut pas dire qu’il ne doit pas courir : simplement qu’il doit courir autrement. Tout le contraire de ce que fait le monde humain.
 
Le personnage d’Hannibal et son épopée illustrent et symbolisent tout cela, à quoi s’ajoutent la dimension dramatique et le puissant sentiment de solitude que respire sa destinée. Mais la vision qu’on a de lui est souvent très pauvre. Elle le réduit généralement à l’homme qui a traversé les Alpes avec ses éléphants pour venger une patrie humiliée par la première défaite qu’elle a subie contre Rome une vingtaine d’années plus tôt (première guerre punique). Le sortir des clichés, le réhabiliter dans toute sa profondeur de visionnaire, enrichir son épopée et sa tragédie de toute leur humanité, tel était mon deuxième dessein : il n’a cessé de s’affirmer au cours de mes recherches et de mon écriture pour, en un mot, inscrire Hannibal dans l’Histoire autrement que comme une anecdote.
 
Il eut en effet une conception novatrice du monde dans lequel il évoluait. Ce n’est pas une utopie ; cela peut se déduire de nombreux détails et du fait que d’aucuns la reprirent peu ou prou, dont certains – ce qui n’est sans doute pas un hasard – avaient croisé sa route. Les chroniques des historiens enferment fréquemment les personnalités dans des images trop figées. On oublie que, comme nous, ils vivaient au quotidien et qu’en dehors des discours publics, ils échangeaient sans cesse, y compris avec quantité de gens dont on a perdu le souvenir.
 
Au passage, j’ai été conduit à sortir parfois des sentiers battus et des théories officielles, mais jamais sans que ce ne fût réfléchi et dûment prouvable.
 
Car, n’en déplaise à ceux qui regardent le roman historique comme un sous-produit de l’Histoire, faire œuvre de romancier dans ce domaine, c’est avant tout faire œuvre d’historien, d’autant plus rigoureusement que, contrairement à l’historien pur qui peut se contenter d’exposer les thèses en présence, le romancier, lui, doit faire des choix, rigoureusement étayés bien sûr, s’il veut conférer à ses personnages et au récit toute leur cohérence.
 
Les fondations du décor sont en place. Il ne reste plus qu’à l’édifier, à l’animer et à faire revivre ce dont il a été le théâtre…
 
 

 
 
 
 
 
La légende se nourrit des lacunes de l’histoire.
 
Serge Lancel ,
Hannibal (Fayard, 1995)
 
 
 
 
 
Note de l’auteur
 
 
 
Le lecteur trouvera en fin de volume, un index géographique, un lexique des mots signalés par un astérisque (*) une note sur les difficultés posées par les noms propres romains et puniques, ainsi qu’une note explicative des « années de Rome et de Carthage ».
 
 
 
 
PERSONNAGES
 
 
 
CARTHAGINOIS
 
Famille BARCA
(Voir arbre généalogique en fin de volume)
 
AMILCAR BARCA
Général carthaginois.
 
ÉLISSA
Épouse d’Amilcar Barca.
 
HANNIBAL
Fils aîné d’Amilcar Barca et d’Élissa.
 
ASDRUBAL
Deuxième fils d’Amilcar Barca et d’Élissa ; frère d’Hannibal et de Magon.
 
MAGON
Troisième fils d’Amilcar Barca et d’Élissa ; frère d’Hannibal et d’Asdrubal.
 
ASDRUBAL le BARCIDE
Gendre d’Amilcar Barca, époux de sa deuxième fille, beau-frère de ses fils Hannibal, Asdrubal et Magon.
 
BOMILCAR
Gendre d’Amilcar Barca, époux de sa première fille.
 
HANNON, fils de Bomilcar 1
Fils du précédent, petit-fils d’Amilcar Barca et neveu d’Hannibal.
 
AUTRES
 
ASDRUBAL, fils de Giscon
Général carthaginois.
 
HANNON le GRAND
Chef du parti aristocratique à Carthage.
 
JABNIT
Ami d’Hannon le Grand.
 
MAHARBAL
Lieutenant et chef de la cavalerie d’Hannibal.
 
MANARA
Jeune carthaginoise.
MERBAL
Ami d’Hannon le Grand.
 
SOPHONIBAAL (connue dans l’histoire sous le nom de SOPHONISBE)
Fille de Manara.
 
GAULOIS et CELTES
ANÈROËSTOS
Roi gésate (peuple de Gaule située entre le Rhône et les Alpes, qui deviendra ultérieurement la Gaule transalpine).
 
CÉLIA
Servante de Publius Cornelius Scipio père et de son épouse Pomponia.
 
CONCOLITANOS
Roi gésate (peuple de Gaule située entre le Rhône et les Alpes).
 
DUCARIOS
Jeune noble du peuple insubre.
 
VIRIDOMAR
Roi des Insubres, peuple de la Gaule transpadane 2 .
 
GRECS
ARKON
Notable de Sagonte, chef du parti proromain.
 
KALLIADÈS
Serviteur de Publius Cornelius Scipio père et de son épouse Pomponia.
 
DÉMÉTRIOS de PHAROS
Aventurier, mis à la tête de l’Illyrie par les Romains en 228 3 .
 
POLYBIOS
Polybe, Historien grec né entre 206 et 208 et mort vers 126, auteur des Histoires , ouvrage fondamental pour la connaissance de cette période.
 
SILENOS de Kalè Aktè (Sicile)
Ami de Sosylos (cf. ci-dessous), historiographe d’Hannibal, dont l’ouvrage est perdu, hormis d’infimes citations .
 
SOSYLOS de Lacédémone
Précepteur et historiographe d’Hannibal, dont l’ouvrage est perdu, hormis d’infimes citations .
 
TIMOTHÉOS
Géographe et voyageur né en 242, élève du savant Ératosthène (276-194). Ami du Romain Marcus Valerius Messala, avec lequel il entretient une correspondance suivie à partir de 221.
 
IBÈRES
ÉDÉCON
Chef d’une tribu ibère du nord du fleuve Iber.
 
ILTIRBAS
Roi des Orétans du haut Bætis.
 
IMILCÈ
Princesse ibère, fille d’Iltirbas, épouse d’Hannibal.
 
INDIBILIS
Roi de la tribu des Ilergètes, au nord du fleuve Iber.
 
ORISSON
Roi des Orétans du sud de la Manche.
 
ILLYRIENS
AGRON
Roi d’Illyrie jusqu’en 231.
 
TEUTA
Épouse d’Agron. Lui succède à la tête de l’Illyrie à sa mort en 231.
 
MACÉDONIENS
ALEXANDROS
Alexandre III de Macédoine, fils de Philippe II, connu dans l’histoire sous le nom d’Alexandre le Grand (356-323, roi de Macédoine de 336 à 323).
 
ANTIGONOS DÔSÔN
Régent de Macédoine, à la mort de Démétrios II (cf. ci-dessous), de 229 à 221.
 
DÉMÉTRIOS
Roi de Macédoine de 239 à 229, connu dans l’histoire sous le nom de Démétrios II.
 
PHILIPPOS
Roi de Macédoine, connu dans l’histoire sous le nom de Philippe V (238-179, roi de 221 à 179).
 
NUMIDES
NARR’HAVAS
Lieutenant et gendre d’Amilcar Barca, marié à sa troisième fille.
 
ROMAINS
 
Famille des CORNELII SCIPIONES
(Voir arbre généalogique en fin de volume)
 
CORNELIUS SCIPIO (Publius) père 4
Homme politique et patricien, consul en 218.
 
POMPONIA
Épouse de Publius Cornelius Scipio.
 
CORNELIUS SCIPIO (Publius) (surnommé plus tard l’Africain)
Fils aîné Publius et de Pomponia, né en 235.
 
CORNELIUS SCIPIO (Lucius) (surnommé plus tard l’Asiatique)
Fils cadet de Publius et de Pomponia, né en 235.
 
CORNELIUS SCIPIO (Cnæus) surnommé CALVUS (le Chauve)
Frère de Publius Cornelius Scipio père, consul en 222.
 
GAÏA
Épouse de Cnaeus Cornelius Scipio.
 
AUTRES
ÆMILIUS PAULUS (Lucius), dit Paul-Émile
Homme politique et patricien, consul en 219 et en 216.
 
TERENTIA
Épouse de L. Æmilius Paulus.
 
ÆMILIA
Fille de L. Æmilius Paulus et de Terentia.
 
CLAUDIUS MARCELLUS (Marcus)
Homme politique et général, consul en 222.
 
CLAUDIUS MACER
Homme politique, sénateur, partisan des Cornelii.
 
FABIUS MAXIMUS VERRUCOSUS (Fabius)
Homme politique romain, chef du clan opposé aux Cornelii Scipiones, consul en 233 et 228.
 
FLAMINIUS NEPOS (Caius)
Homme politique et général, tribun de la plèbe en 232, censeur en 220, consul en 223 et en 217.
 
LENTULUS VERUS
Ambassadeur du Sénat auprès d’Amilcar.
 
VALERIUS FLACCUS (Publius)
Homme politique, ambassadeur auprès d’Asdrubal le Barcide.
 
VALERIUS MESSALLA (Marcus)
Homme politique né en 243, consul en 188, ami du Grec Timothéos, avec lequel il entretient une correspondance suivie à partir de 221.
 
SICILIENS
HIERO
Né avant 306, roi de Syracuse de 270 à 216, connu dans l’histoire sous le nom de Hiéron II.
 
 
 
 
PRÉLUDE
 
 
 
Si l’on en croit la légende, telle que nous la rapporte en particulier le poète latin Virgile dans son Énéide , le prince troyen Énée échappa par miracle – et avec l’appui de quelques divinités, dont Vénus ! – à la destruction de Troie par les Grecs : s’étant lancé sur la mer avec d’autres rescapés, il finit par aborder à Carthage. Celle-ci avait été récemment fondée par une Phénicienne en exil, la reine Élissa (ou Didon) 5 , et quelques Tyriens fidèles qui, lors d’une escale à l’île de Kupros (Chypre), avaient pris soin d’enlever quelques jeunes autochtones féminines afin d’assurer leurs vieux jours 6 .
 
Ayant succombé aux charmes de celle-ci, il fut bientôt rappelé à sa mission par les dieux qui songeaient pour lui à bien plus qu’un banal repos du guerrier, si passionné fût-il : atteindre l’Italie et les rives du Tibre où l’attendent « la prospérité, un royaume et une royale épouse » (En., II, v. 780-784). Contraint de repartir vers d’autres cieux, il abandonna la malheureuse souveraine qui ne trouva d’issue à son chagrin que dans le suicide.
 
Mais si les destinées des deux amants s’étaient à jamais séparées, il ne devait pas en être de même pour celles des descendants de leurs peuples…
 
Ceux des Troyens, dont le périple s’était finalement arrêté en Italie, fondaient Rome en 753, tandis que Carthage, s’appuyant sur les colonies phéniciennes de la Méditerranée, implantait un vaste empire maritime et commercial (thalassocratie).
 
L’extension de Rome ne pouvait que les mettre tôt ou tard en contact : quoique les rapports entre les deux cités se fussent d’abord réglés par des traités pendant de longues décennies, le choc devenait inévitable à mesure que leur puissance, et donc leur rivalité, grandissait. Il se produisit en 264, en Sicile, au cœur du bassin méditerranéen qui constituait le théâtre de cette double expansion. Ainsi commençait ce dont l’Histoire conserva le souvenir sous le nom de première guerre punique.
 
Au bout de vingt-trois années, Carthage, domptée sur mer aux îles Ægates, dut finalement se soumettre aux dures conditions de ses vainqueurs en 241, désormais privée de la suprématie maritime sur laquelle reposait la force de son commerce.
 
Mais ses malheurs n’étaient pas pour autant terminés : ruinée par la guerre autant que par le lourd tribut que lui avait imposé Rome, elle se trouva dans l’incapacité de payer les mercenaires qui avaient largement composé son armée durant le conflit. L’année même de sa défaite, elle dut affronter leur révolte, qui entraîna le soulèvement de certaines parties de son territoire, faisant peser sur elle une menace mortelle.
 
Le général Amilcar Barca, qui s’était illustré lors de la lutte avec Rome, fut appelé par le gouvernement de Carthage à conduire cette nouvelle guerre. Rome, soucieuse sans doute d’un certain équilibre chez son adversaire de la veille, s’engagea à ne pas aider les rebelles. Mais, comme tout a son prix, elle profita de l’affaiblissement accru de sa rivale pour lui prendre la Sardaigne et la Corse, puis lui imposer un second tribut, prétextant la mauvaise volonté dont la capitale punique avait fait preuve devant cet abus de pouvoir pourtant manifeste. Incapable d’opposer la moindre résistance, Carthage s’inclina : elle y avait du moins gagné la liberté d’action qui lui permettait d’affronter le redoutable péril qu’elle avait nourri dans son sein.
 
Enfin, au terme de presque quatre années de campagne, Amilcar Barca réprima la rébellion, massacrant d’abord une partie des mercenaires dans le défilé de la Scie, et anéantissant les rescapés quelques mois plus tard sous les murs de Tunès (l’actuelle Tunis), où ils s’étaient réfugiés. Il mettait ainsi fin à ce que l’historien grec Polybe appela la « guerre inexpiable », tant elle avait donné lieu à des atrocités de la part de l’un et l’autre camp, et dont le contexte inspira à Gustave Flaubert son roman Salammbô .
 
C’était en 238 avant Jésus-Christ, année dans laquelle s’inscrit le PROLOGUE…
 
PROLOGUE
LA CITÉ DE BA’AL HAMMON
 
 
 
 
I
238 avant Jésus-Christ
516 e  année de Rome
577 e  année de Carthage
 
 
 
Tunès, territoire de Carthage, en septembre
Les couleurs du couchant reflétaient le sang qui gorgeait le sol du champ de bataille plongé dans un silence marmoréen, à peine troublé par le vol des premiers vautours.
Une étrange paix avait succédé à la sauvagerie d’un combat à l’image de toute la guerre dont il marquait la fin. Elle régnait à présent en maîtresse sur la plaine, dont les seuls reliefs étaient constitués par l’enchevêtrement des cadavres, la silhouette sombre de la citadelle de Tunès se découpant sur le crépuscule et, un peu à l’écart de celle-ci, le macabre dessin de dix croix, déformé par les corps des suppliciés qui pourrissaient dans la chaleur de l’Afrique.
Que parmi eux se trouvât un Carthaginois importait finalement peu au général qui parcourait la scène d’un regard lent : dressé sur sa monture, il était légèrement voûté sous l’effet de la lassitude résultant du combat. Ce qui comptait surtout aux yeux d’Amilcar Barca, en cet instant, c’était que le souvenir des neuf mercenaires crucifiés auprès de son compatriote se noie désormais dans celui de leurs cinquante mille congénères qui avaient conduit sa cité à deux doigts de sa perte : ceux dont les restes achevaient de nourrir la terre du défilé où il les avait massacrés il y a peu, et ceux dont les humeurs fétides commençaient d’imprégner la plaine qui l’environnait.
 
La victoire était totale : Carthage pouvait enfin respirer ! Et si la plupart de ses concitoyens, hormis les soldats qui avaient participé au combat, ne pouvaient jouir du spectacle, il les régalerait en leur en offrant bientôt un autre : quand il livrerait à leur hargne et à leur rancœur le chef des rebelles, pour l’instant enchaîné quelque part dans son camp.
Celui-ci serait bientôt rejoint par quelques survivants, réfugiés, pensait-il, dans une ville proche, et dont le temps était compté : car maintenant il ne faisait plus de doute dans l’esprit d’Amilcar qu’aucune partie du territoire de Carthage n’oserait continuer de faire sécession, comme cela avait été parfois le cas tant que la fortune de la guerre paraissait hésitante.
Un pâle sourire se dessina sur son visage harassé que dominait un front haut et large et qu’encadrait un collier de barbe fourni. Cette victoire venait partiellement effacer dans son âme le souvenir de la défaite morale qu’il avait essuyée quand il avait dû, trois ans plus tôt, plier le genou devant Rome.
Ce n’était pas lui qui avait été alors vaincu. Du moins militairement. Mais il savait qu’il n’aurait sans doute guère fait mieux que l’amiral qui commandait ce jour-là la flotte de Carthage près des îles Ægates, au large de la pointe occidentale de la Sicile ; aussi, lorsque la nouvelle du désastre s’était répandue, il lui avait semblé que c’étaient ses propres yeux qui avaient regardé les navires romains anéantir un à un les vaisseaux de sa patrie. Quand il avait eu pour tâche, par la suite, de négocier la paix, dans une situation qui permettait au vainqueur de lui infliger, et à travers lui à Carthage, toutes les humiliations, il avait senti naître en son cœur une haine inextinguible, sans commune mesure avec celle qui l’avait animé dans les combats les plus âpres, tel celui dont la journée qui s’achevait avait été le théâtre.
Et depuis lors, comme si ce poids ne suffisait pas à écraser ses épaules, il lui fallait sans cesse s’opposer à la vindicte des aristocrates de la ville et de leur chef Hannon !
Hannon… Rome… Quoiqu’il n’y eût entre eux aucun rapport clairement visible, ils n’en constituaient pas moins à ses yeux les deux visages d’une même adversité qui s’acharnait à anéantir les rêves de grandeur qu’il nourrissait pour Carthage.
Carthage la magnifique ! Carthage la séculaire, dont les destins avaient précédé ceux de Rome ! Carthage qui, pour un temps, avait servi de refuge à celui dont la descendance devait fonder la redoutable capitale ennemie.
Comme le monde eût été différent si le Troyen Énée avait définitivement succombé aux charmes de la Phénicienne qui l’avait accueilli dans les murs de sa cité, sans savoir que les fils de cet exilé et de ses compagnons seraient, bien des siècles plus tard, les persécuteurs de celle-ci ! Oui , pensait Amilcar avec amertume, comme il s’en est fallu de peu que le monde fût à jamais carthaginois !
Et soudain, l’enthousiasme né de sa victoire toute neuve sombra dans la noirceur d’un sentiment de défaite basal. Écrasant. Car elle ne lui apparaissait plus comme le fait des hommes, mais comme celui d’un destin inéluctable.
Dans son faciès vaguement taurin, ses yeux brillèrent d’une lueur nouvelle.
Carthage la soumise…
 
Était-ce le vide laissé en son âme de soldat par la fin de la bataille ? Sa cité lui paraissait soudain trop étroite, engoncée dans une paix retrouvée, mais factice, limitée par ses remparts. Une paix trompeuse, qui faisait de sa patrie un terrain de nouveau propice à l’affrontement des antagonismes politiques, aux mains de factions plus soucieuses d’exploiter l’affaiblissement de Carthage pour prendre le pouvoir que d’œuvrer à son redressement ! Pour en avoir trop subi les effets dévastateurs, il avait toujours vilipendé ces rivalités partisanes fomentées par quelques ambitieux, et nourries par le grégarisme des autres. Ce poison qu’aucune société humaine ne peut empêcher de croître dans son sein !
La victoire qu’il venait de remporter sur les mercenaires rebelles allait bien sûr, dans l’immédiat, lui attirer les faveurs de l’armée, et d’une foule viscéralement encline à aduler le dernier venu, en effaçant de sa mémoire ingrate ses prédécesseurs. Il pourrait entreprendre certaines actions. Mais il savait trop combien l’oisiveté tue chez la plupart des êtres tout rêve, toute ambition, toute élévation ; combien Carthage était peuplée d’Hannons, qui n’auraient de cesse de briser ses élans par leurs mesquines machinations !
Guerrier dans l’âme, il haïssait la politique. Certes, celle-ci était, à sa façon, une guerre, mais ce n’était pas la sienne, car elle était de celles dans lesquelles n’éclot que la médiocrité, surtout dès lors que la vie de la cité se réduit à elle. Sa rivalité avec Hannon n’avait-elle pas récemment failli condamner Carthage face aux mercenaires, et s’avérer être un adversaire encore plus redoutable, parce que plus pernicieux que ceux-ci ?
L’idée de voir Carthage s’endormir dans cette paix avilissante, en ne trouvant comme exutoire à cette dernière que le déchirement de luttes intestines, provoqua chez lui une nausée dont l’odeur de nécrose et de sang qui l’environnait de toutes parts n’avait auparavant pas même éveillé les prémices. Brutalement, à ses yeux, l’horreur se tapissait ailleurs que dans les apparences.
L’ardeur belliqueuse de Carthage n’était pas morte : jusqu’à la défaite, il l’avait savamment entretenue. Et si le désastre que lui avaient infligé les Romains l’avait pour un temps éteinte, il ne l’avait pas pour autant anéantie. L’héroïsme de Carthage n’avait pas sombré dans la mer avec sa flotte. Ce qu’il avait sous les yeux en témoignait.
Il devait donc édifier un autre avenir, auquel ne songeaient pas ses rivaux, uniquement préoccupés de pouvoir et animés par des ambitions purement égocentriques, comme c’est le cas de tous ceux qui réduisent la politique aux affaires de la cité sous leur angle le plus matériel en les privant de tout rêve, de toute vision.
Cet autre avenir, c’était celui de la revanche contre la ville tant haïe ! Rome ! Peut-être n’en verrait-il pas le jour, mais si du moins il pouvait préparer le terrain et en semer les germes dans les esprits capables de prendre sa suite, alors il aurait sa part dans la reconquête d’une dignité qu’il avait le sentiment d’avoir commencé à retrouver ce soir.
Mais que faire dans cette cité décimée par vingt-sept années de guerre, et tout autant ruinée par celles-ci que par les conditions d’un traité infamant ?
 
Le son d’un râle étouffé lui parvint. Combien souffraient encore, attendant la délivrance de la mort, dans cette mer de cadavres en apparence aussi paisible que les flots qui, à quelques lieues de là, s’étendaient à l’infini ? Vers Rome… Vers l’orient… Et, à l’occident, vers l’Ibérie, dans le sud de laquelle Carthage possédait déjà quelques comptoirs.
L’évidence assaillit sa pensée de toutes parts.
L’Ibérie !
C’était là que prendrait sa source le renouveau de sa cité ! Une vérité s’imposait soudain à lui : pour se prémunir contre Rome, pour effacer la défaite subie face à elle, pour l’affronter, il fallait un empire d’un autre type que celui établi jusqu’alors par Carthage ! Pas un empire dispersé sur le pourtour d’une mer, à coup sûr utile pour développer un commerce fructueux, mais indéfendable, insuffisamment solide, militairement, pour se mesurer à une rivale telle que Rome. Un empire qui soit comparable à celui de Rome.
L’Ibérie !
Là s’étendaient les territoires qui permettraient à Carthage d’asseoir les bases d’une nouvelle puissance ! Là, les richesses de ses mines d’or et d’argent et les inépuisables réserves d’hommes sans lesquelles aucune entreprise guerrière d’envergure ne pouvait être envisagée.
C’était là que tout pouvait recommencer !
Personne ne chercherait à lui contester le droit de vouloir y renforcer la présence carthaginoise. Tout au plus certains en profiteraient-ils pour l’accuser de déserter Carthage. Mais que lui importait, pourvu que ces mêmes hommes, convaincus par ailleurs de l’avoir éloigné de leurs intrigues, l’y laissent œuvrer à sa guise ?
Alors, dans le soir déclinant, Amilcar Barca fit fièrement avancer sa monture : d’abord d’un pas serein, négligeant le son mat des sabots s’enfonçant dans la terre gorgée de sang ou dans les corps, en provoquant parfois un bref frémissement des chairs ou une plainte moribonde ; puis au trot ; pour la lancer finalement dans un galop fougueux, savourant la caresse de l’air sur son visage et l’invasion progressive de ses narines par les effluves venus de la mer.
 
Bientôt, loin du massacre, il contempla depuis un promontoire les flots dont la danse éternelle, moirée de pourpre, reflétait ses rêves de gloire. Derrière lui, la muraille de Carthage se teintait de lueurs chaudes, annonciatrices, voulait-il croire, de sa dignité renaissante. Son visage se leva en direction du soleil dont le disque sanglant disparaissait par-delà l’horizon, éclairant sans doute encore les terres de l’Ibérie qu’il ne voyait pas, mais qu’il imaginait tant !
 
Et dans ses traits rougis par les dernières flammes du crépuscule, ses prunelles s’embrasèrent…
 
 
 
 
II
237 avant Jésus-Christ
517 e  année de Rome
578 e  année de Carthage
 
 
 
Carthage, en mars
C’était un autre soir, bien des mois plus tard.
 
Les teintes mourantes du jour se mêlaient à celles, toutes de pastel, d’un couchant paisible.
Sur un autel de pierre gisait la dépouille sanglante d’un animal dont la chaleur vitale s’échappait dans l’air immobile, noyant la ligne de l’horizon dans l’intime union du ciel et de la terre aux yeux de l’enfant qui contemplait le spectacle avec fascination.
La courte tunique blanche qui recouvrait sa silhouette mince et élancée frémissait parfois, sans que l’on pût savoir si c’était sous l’effet de la brise, aussi infime que fugitive, ou simplement des tremblements que l’émotion faisait naître par instants au plus profond de son corps.
Sa chevelure bouclée qu’enserrait un ruban grenat conférait une surprenante noblesse à ses traits, dont la juvénilité laissait poindre les signes d’une résolution farouche, accentués par l’éclat de son regard.
Il sentait dans son dos la présence d’autres hommes, religieux et soldats, qui suivaient avec la même attention que lui la cérémonie. Plusieurs tenaient des torches dont l’ondoyante lueur, s’ajoutant à celle des braseros et des candélabres, contrastait avec le déclin lent et régulier de la lumière diurne.
Devant cette scène brutale, dont l’austérité lui paraissait si typique du monde d’adultes qui l’entourait, il puisait un tendre réconfort dans la sensation de la petite main blottie au creux de la sienne : celle d’une fillette dont le visage hâlé, aux pommettes finement esquissées et à la physionomie pleine de douceur, devait en partie son dessin à la longue chevelure noire qui se répandait sur sa robe blanche. Descendant jusqu’à ses pieds menus dont émergeaient les seuls orteils, le vêtement ne révélait, outre sa figure, que ses bras dénudés et le départ de sa gorge. Sentir cette main se crisper dans la sienne quand le prêtre avait ouvert le ventre de la victime avait permis au garçon de réprimer le dégoût qu’avait instinctivement fait monter en lui ce spectacle : quoiqu’il fût accoutumé au récit, par son père et les compagnons d’armes de celui-ci, de bien des horreurs, la vue du sang et de la mort choquait encore sa sensibilité enfantine. Le regard ostensiblement protecteur qu’il avait posé sur sa jeune voisine lui avait permis de prendre une contenance en se persuadant qu’il remplissait déjà à son égard le rôle imparti à tout homme.
Les mains du sacrificateur, que revêtait un manteau de lin de la même couleur grise que le bonnet tronconique couvrant ses cheveux retenus par un ruban d’argent, plongèrent dans les entrailles de l’animal pour en extraire les viscères fumants, tandis que ses yeux se mettaient à les examiner avec application.
Au bout d’un moment, il se tourna vers le guerrier qui se tenait à ses côtés : sur la tunique d’azur de celui-ci, une cuirasse moulait sa poitrine puissante ; à l’instar du métal qui enveloppait ses tibias et ses avant-bras, elle lançait des éclairs sous le jeu des ultimes rayons du soleil. Coincé sous son bras, contre sa hanche, son casque laissait échapper vers le sol les volutes de longues plumes rouges.
Si le regard du soldat se portait avec une attention soutenue sur le prêtre, sa pensée s’évadait régulièrement vers les remparts de la cité, au pied desquels des milliers d’hommes en costume de guerre guettaient le signal du départ, déjà rangés en ordre de marche, et bien plus loin, à l’occident, vers les Colonnes d’Héraklès, où la flotte de Carthage les attendait, les proues pointées en direction de l’Ibérie.
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