L islam politique et le terrorisme à l assaut de la France et de l Occident
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L'islam politique et le terrorisme à l'assaut de la France et de l'Occident , livre ebook

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Description

C’est un livre qui arrive à point nommé. Peu d’auteurs n’ont abordé la question de l’islamisme avec autant de rigueur dans le détail, d’investigation, de sources.
Cet ouvrage est le bienvenu en cela qu’il remet les pendules à l’heure.
À sa lecture, beaucoup de commentateurs, de journalistes, de politiciens mettront à jour leur connaissance sur l’islamisme et notamment la Confrérie des Frères musulmans.
L’islamisme n’est pas une religion, c’est un mouvement politique qui vise la prise de pouvoir à l’échelle mondiale en manipulant la foi ou en usant de la peur selon le public visé.
Tel un caméléon, l’islamisme a su s’adapter aux circonstances à travers les siècles.
De l’empire ottoman qui a su exploiter l’attachement des Arabes à l’Islam et qui a favorisé le développement de l’arabo-islamisme en passant par l’influence inattendue et surprenante de la Révolution française jusqu’à la fondation de la Confrérie des Frères musulmans en Égypte dans les années 1920, l’islamisme que d’aucuns qualifient de fascisme vert, s’adapte au régime politique en place, à la nature du terrain, aux circonstances, chante la démocratie ou la déclare Haram (péché).
« L’ouvrage de Mourad Hammami est utile, instructif, pédagogique.
Son principal mérite, à mon sens, est de mettre à nu la stratégie des Frères musulmans et leurs méthodes d’action. Il permettra aux lecteurs de l’Occident en particulier de comprendre comment un groupuscule né en Égypte dans les années 1920 est parvenu à installer la terreur sur tous les continents. »
Slimane Saadoun, écrivain.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 22 juillet 2020
Nombre de lectures 30
EAN13 9782312074771
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0017€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

L’islam politique et le terrorisme à l’assaut de la France et de l’Occident
Mourad Hammami
L’islam politique et le terrorisme à l’assaut de la France et de l’Occident
LES ÉDITIONS DU NET
126, rue du Landy 93400 St Ouen
© Les Éditions du Net, 2020
ISBN : 978-2-312-07477-1
Je dédie ce livre :
– à toutes les victimes de la violence islamiste dans le monde ;
– à tous les musulmans sincères, pieux qui pratiquent leur foi sans recourir à la violence, au fanatisme et à la manipulation, qui souvent se retrouvent désarmés, impuissants et même victimes de l’islam politique ;
– à mon ami et proche, Kaci Zanoun . C’était un as dans la lutte antiterroriste dans la région de Tigzirt . Il était aussi mon principal conseiller et l’une de mes principales sources d’information en matière sécuritaire pour la rédaction de ce livre et durant mon rôle de journaliste lorsque j’étais en Algérie . Kaci nous a quitté le 13 mai 2020 ;
– à tous ceux, qui engloutis dans les abîmes creusés à la fois par les dictatures et par l’idéologie islamiste, mais qui ne se résignent pas et poursuivent leur lutte au profit de la modernité, de la liberté et de la démocratie ;
– à la mémoire de toutes les victimes du terrorisme ;
– à la mémoire de mon père qui nous a quittés le 19 mars 2009, qui a fait de moi un rescapé de l’école fondamentale algérienne. En s’investissant dans le livre, il m’avait donné la chance de connaitre les lumières à travers la langue et la culture françaises.
Présentation du livre
Ce livre est un travail de recherche de plusieurs années.
Il traite principalement l’islam politique et le terrorisme qu’il génère.
Ce livre a pour but d’éclairer le lecteur sur l’origine du mal politique que vit le monde ces dernières années, caractérisé par l’islam politique et le terrorisme qui a causé la mort de personnes par dizaines de milliers.
J’ai tenté de prouver que ce n’est pas un phénomène conjoncturel, ou bien une conséquence d’un ensemble d’évènements, mais un programme, un plan sinistre orchestrés par une organisation secrète, tentaculaire, ayant infiltré près de 80 pays et qui veut dominer le monde au nom de l’islam.
Cette organisation s’appelle « La Confrérie des Frères Musulmans » ou « Djamaat El Ikhwane Al Mouslimine ».
Elle est lancée depuis Ismaïlia, la ville d’Égypte en 1928 où se déroulaient encore les travaux du chantier titanesque du Canal de Suez et où ceux qui se définissent arabo-musulmans découvrent l’ampleur de leur retard face à l’Occident.
Le fondateur était un instituteur qui a pour nom Hassan Al Banna . L’un de ses bras droits s’appelle Said Ramadan . Hassan était le grand père de Tarik et Hani Ramadan et Said était leur père.
Depuis Hassan Al Banna jusqu’aux petits fils Tarik et Hani Ramadan, c’était un activisme acharné en instrumentalisant l’islam dans le seul but d’accaparer des pouvoirs dans différents pays dit musulmans, puis miner les démocraties occidentales, infiltrer ces mêmes pays, faire introduire progressivement leur pouvoir jusqu’à les islamiser et finir par ce qu’ils appellent le Tamkine, c’est-à-dire la domination du monde.
Cette idéologie est née dans une conjoncture mondiale charnière, marquée par les attaques des empires européens contre le dernier califat musulman, qui était l’empire Ottoman jusqu’à son effondrement définitif, puis la première Guerre Mondiale, puis ce qui s’est passé entre les deux Guerre, à savoir la naissance du nazisme et du fascisme, idéologies que partage et dans lesquelles s’identifie cette Confrérie.
Ce livre est partagé en quatre parties principales.
La première est consacrée à la naissance et l’évolution de la Confrérie depuis 1928.
La deuxième partie est consacrée à démontrer comment l’islam politique s’est introduit en France et dans toute l’Europe à partir de 1983.
La troisième partie est consacrée à expliquer comment la Confrérie, avant l’Europe, avait envahi les pays de l’Afrique du Nord pour miner ces sociétés et tenter de s’emparer du pouvoir.
Si pour l’Europe, c’était la France qui a été prise pour exemple, en Afrique du nord, il y a le cas de l’Algérie, un pays largement envahi par cette nébuleuse avec la complicité du système imposteur en place. Cette connivence et ce jeu dangereux avait donné naissance à une guerre civile impitoyable, où près de 200 000 personnes ont péri.
La quatrième partie est consacrée à une étude qui démontre le lien direct entre la Confrérie et le terrorisme islamiste un peu partout dans le monde, particulièrement les attentats du 11 septembre 2001 aux USA . Il s’est avéré presque toutes les organisations terroristes ont comme matrice, la Confrérie.
Ben Laden, Al Zawahiri, Ali Mohamed, Al Baghdadi, Abassi Madani, Rached Ghanouchi, Omar Abdel Rahmane et tant d’autres éléments du terrorisme et de l’islam politique étaient en vérité des acteurs au service de la Confrérie.
Les guerres vécues en Asie et Moyens Orient , depuis la guerre en Afghanistan , en passant par la révolution iranienne, la première guerre du golfe en 1990, jusqu’aux guerres civiles en Irak et en Syrie , n’étaient que des éléments déclencheurs, des opportunités, que cette organisation avait soigneusement exploité pour tenter de mettre en application sa feuille de route établie près de 80 ans avant.
Dans le cheminement de cette nébuleuse, après Hassan Al Banna , le fondateur, il y a eu l’arrivée d’un autre homme. Un intellectuel brillant qui a consacré son énergie dans le sens négatif de l’histoire. Il s’agit d’Essayed Qotb qui a eu la malice de faire croire aux musulmans qu’ils sont la race supérieure, qu’en dépit de la réalité plus que visible sur le terrain au sujet de leur retard, il leur a fait croire que ce sont les Occidentaux et les non musulmans qui sont en régression et à la traine. Pire , il a légitimé le recours à la violence, c’est-à-dire au Djihad contre tout ce qui n’est pas musulman et contre tout musulman jugé non conforme aux règles établies.
Ses livres ressemblent à celui d’Adolphe Hitler, sont devenus des manuels idéologiques, de guerre, exploités par la majorité des organisations terroristes islamistes dans le monde.
En France, le présent livre commence par une simple conversation avec France Marie, une collègue, dans un bureau d’une importante entreprise à Paris. Le sujet était le dernier attentat en France qui a eu lieu lundi 23 mars 2018 après un semblant d’accalmie. Il y avait un attentat perpétré au nom de Dieu et de la religion de l’islam, puis naissance d’un héros qui était le colonel Arnaud Beltram. Derrière toute cette agitation macabre, il y a ce sentiment d’incompréhensions et d’impuissance. Des questions se posent sur l’origine, le pourquoi et les motivations, la force qui se cachent derrière cette violence sans fin, qui frappe la France et plusieurs pays de l’Occident et d’autres pays du monde.
Dans cette étude, le lien est fait entre la révolution française de 1789, qui a provoqué le début d’effondrement de l’empire Ottoman et ce que vivent la France et tout l’Occident en ces moments.
Le projet a été entamé depuis 2012, avec l’idée de consacrer un petit livre au terrorisme vécu en Algérie. Puis en arrivant en France à partir de 2014, j’étais surpris et marqué par l’insécurité et les moments de peur que j’ai eu à vivre dans des sites sensibles à Paris à l’exemple de la Maison des journalistes où j’étais hébergé durant cette période. Comme par hasard en tant que journaliste ayant fui son pays, je me trouve résidant dans ce site qui était parmi les cibles potentielles du terrorisme qui secouait la France à partir de janvier 2015.
Puis le projet du livre s’est métamorphosé pour devenir non pas des récits ou de simples lectures, mais un travail de recherche à la fois sur l’origine de cette idéologie et du terrorisme qu’il crache tel un volcan agité et impitoyable.
C’est ma première expérience dans le monde du livre. Ce travail avait absorbé beaucoup de mon temps et de mon attention, mais je me suis dit qu’il est un devoir de persévérer et d’aller jusqu’au bout et de le rendre concret.
Pour étaler facilement les choses, j’ai tenté d’agir avec des explications simples et avec pédagogie.
Je me suis dit qu’il faut parvenir à ce qu’un jeune de vingt ans après avoir lu ce livre, comprendra largement ce phénomène qui occupent les devants de la scène politique, sécuritaire et médiatique dans le monde ces dernières décennies.
Expliquer les choses par étapes et démontrer les liens qui existent dans toute cette agitation qui secoue le monde au nom d’un islam dévoyé, une religion instrumentalisée, d’un Occident passif. Ajouté à cela, des systèmes autoritaires dans les pays musulmans, qui sont sous la houlette des puissances occidentales et qui sont l’envers de la médaille de cette idéologie politico-religieuse dévastatrice née en Égypte en 1928.

Mourad Hammami
Paris le 18 février 2020.
Avertissement
L’écriture de ce livre était un long processus. Je me suis senti beaucoup plus dans le devoir que dans le plaisir de le faire.
Tout a commencé vers 2012. Souvent le soir on se retrouvait attablé dans une terrasse de fortune où les tables ont été posées à même le sable. C’était dans les soirées du ramadhan. Les vagues n’étaient à qu’à quelques mères de nous. On pouvait même admirer les sauts des poissons hors de l’eau, probablement attiré par les lumières des projecteurs de ces commerces éphémères installés tout le long de cette plage de Tigzirt , une ville balnéaire de Kabylie , située à une centaine de kilomètres à l’est de la capitale Alger .
Je me suis dit qu’il est utile d’ouvrir une page d’histoire pour parler de ce que notre village, notre région et notre pays avaient enduré face au terrorisme islamiste. Mais au moment où j’écrivais, le terrorisme n’était pas une histoire ancienne, mais plutôt d’actualité. La beauté de ce lieu contraste énormément avec la réalité qui nous entoure. Tout autour du lieu où nous étions attablés il y a des maquis terroristes. À chaque fois qu’on se rend vers ce lieu ou de retour vers le village, le risque est omniprésent, de tomber dans une fusillade ou un faux barrage dressé par les terroristes sur les routes.
Pire encore, la période, à l’exemple de toutes celles correspondant au mois du ramadhan, a connu un regain de violences et d’activité terroristes. Pour eux, le ramadhan est leur mois. Tout ce qu’ils font durant cette période y compris le Djihad est fortement majoré en récompense par Dieu. Et selon eux, si mort d’un croyant survient durant ce ramadhan, c’est l’accès direct vers le Paradis, car d’après eux, les portes de l’enfer se ferment durant cette période. Bref.
Pour se faire, j’écris des manuscrits sur l’actualité et je les mélange à la description historique de ce phénomène qui nous a volés près de 20 ans de notre sérénité, nos espoirs et notre vie.
Pendant tout ce temps, les habitants de cette région et les algériens en général était beaucoup plus dans la survie.
Le village où j’habite, situé à moins d’une dizaine de km de là, était l’un des premiers en Algérie, et au monde entier à faire face politiquement, puis militairement à l’islamisme.
Notre village comme beaucoup d’autres localités d’Algérie ont été pris au piège de ce jeu dangereux sur fond d’hypocrisie et de coexistence paradoxale entre le système en place et les islamistes. À vrai dire, chacune des parties se nourrit de l’autre. Ils ont un dénominateur commun, qui est celui de la prise d’otage de tout un peuple, de tout un pays et l’étouffement de la vraie alternative, qui est celle d’une Algérie libre, démocratique et moderne, n’appartenant ni aux islamistes, ni au système autoritaire en place.
Je me suis dit que notre village et tout ce peuple qui s’est soulevé, ces milliers de gens qui étaient à un moment, contraint de s’allier avec ce système pour faire face à la déferlante islamiste qui menaçait les fondements même de la république en Algérie, méritent d’être racontés.
Deux jours avant la fin de l’année 2013, et après avoir lutté de tout mon poids et sur différents plans, j’étais contraint de quitter l’Algérie et vivre en exil en France.
De là j’ai continué de temps à autre, malgré ma situation difficile, à alimenter le livre et lui donner forme.
Je me suis dit que désormais je pourrai vivre loin du vacarme des bombes, des fusillades et des activités politiques agressives des islamistes. Mais la surprise était totale.
Près d’une année après mon installation définitive en France, voilà que ce pays et bien d’autres se trouvent envahit par une incroyable vague de violence islamiste, ayant comme prétextes les guerres civiles en Irak et en Syrie.
Devant ces développements incroyables, mon livre sur le terrorisme se trouvait dépassé par d’autres évènements qui lui ressemblent.
Comme la plupart, j’ai assisté terriblement à ces actes de terrorisme qui ciblaient la France, des pays de l’occident et d’autres pays du monde.
C’est à ce moment-là que j’ai pris à décrire l’actualité de tout ce qui se passe. Mais cette vague de violence prend des proportions planétaires. Je me suis retrouvé quelques semaines après l’attaque de Paris contre la rédaction de Charlie Hebdo en janvier 2015, résidant dans la Maison de journalistes à Paris. Évidemment j’ai eu peur comme tout le monde, j’ai eu à vivre sous la menace d’attentats. Le lieu qui m’hébergeait était l’une des cibles directes du terrorisme durant cette période. Comme voisin, j’avais des journalistes de différents nationalités, mais particulièrement des syriens et des irakiens ayant fui l’enfer de leur pays et ces derniers recevaient des menaces en continue.
Puis, ces images surréalistes de cette chaine humaine de plusieurs centaines de milliers de migrants qui fuient également leurs pays en feu. Oui une procession humaine de la Syrie jusqu’à l’Europe pour se réfugier.
Ces images nous rappellent les grands évènements à l’exemple de la Guerre mondiale.
Pire encore, cette violence au Moyen Orient et dont les répercussions sont mondiales, fait reculer chaque jours les degrés de l’horreur. Des innocents égorgés en directs en Syrie, en Irak ou en Libye et bien d’autres crimes de guerre sans précédent.
Puis cette image particulière du petit Aylan Kurdi , dont le corps a été retrouvé sur des plages en Turquie , après un naufrage de sa famille au large en tentant de regagner l’Europe en septembre 2015.
Ce jour-là en découvrant cette image, j’ai eu le vertige. J’ai eu l’envie de crier haut et fort. J’ai envie en tant que citoyen de contribuer, en faisant quelque chose pour participer à la dénonciation de ce mal et expliquer surtout son origine. Comment on est-on arrivé ici ? C’était la question qui me torturait sans cesse et certainement je ne suis pas le seul à la poser.
J’étais très touché par cette image du petit Aylan qui avait 3 ans. Et comme par hasard, mon fils aussi s’appelle Aylan et avait le même âge. J’avais envie de crier, j’avais les larmes aux yeux, mon cœur est gagné par une grande colère. Je me suis installé dans un KFC , où j’avais l’habitude de prendre place pour utiliser la connexion de ce commerce. J’ai vite rangé tous mes affaires et rentrer chez moi. J’ai couru vers mon fils pour le prendre entre mes bras, le serrer fort contre moi. J’étais gagné par la fatigue, un grand dégout et j’ai préféré dormir pour échapper d’un tant soit peu à cette réalité cruelle.
Je sais que derrière Aylan Kurdi, il existe plein d’autres, des milliers d’enfants victimes de ce chaos.
Aylan et sa famille n’ont pas péri lors d’un naufrage, mais tué à distance par un climat politique pourri qui s’est emparés de leur pays. Un jeu de mort et irresponsable entre deux courants politiques néfastes, anti-vie, anti-peuples, représentés par le système autoritaire en place qui ne recule devant rien pour maintenir sa dictature et un courant islamistes ambitieux, assoiffés qui veut s’emparer de ce même pouvoir et imposer un système totalitaire et un règne sans partage jusqu’au jour du jugement dernier.
À partir de ces évènements et d’autres qui s’en suivront, j’ai décidé de ne pas trop me focaliser sur l’incendie, mais sur les origines et le combustible secret qui provoque et alimente cet incendie.
Dans toutes mes recherches, j’ai trouvé un seul coupable, largement désigné, largement identifié. Il s’agit de l’organisation des Frères musulmans. D’une simple association, elle a vite pris de l’ampleur pour devenir une organisation tentaculaire présente dans près de 80 pays.
Je n’étais pas doux, je ne me suis pas effacé dans l’écriture de ce livre. Souvent j’affiche ma prise de position. Il ne s’agit pas d’un sujet où l’on peut rester neutre et raconter les choses dans un cadre normal et indifférent. Il s’agit d’un mal impitoyable qui provoque la mort d’innocents par milliers, qui détruit les civilisations, qui tire l’humanité vers le bas et qui affiche une ambition obsessionnelle de vouloir dominer le monde par le seul mérite de vouloir faire croire qu’ils représentent les musulmans et Dieu sur terre et se présentent comme les sauveurs de l’humanité des feux d’un enfer annoncé.
En tant que personne, je leur dénie leur appartenance à la religion de l’islam. Si leur façade est religieuse, le fond est radicalement différent. La religion entre leur main n’est qu’un vulgaire instrument pour la conquête du pouvoir et assouvir leur instinct de domination.
Je suis conscient de la sensibilité du sujet. Je sais que ces milieux visés par ce livre ne vont pas rester indifférents. Le moins qui puisse arriver est qu’il m’attaque en tant qu’auteur. Ils vont lancer des campagnes de dénigrement, contre ma personne et contre le contenu du livre.
Ils vont utiliser leur méthode d’intimation ou de victimisation habituelles, à savoir taxer d’une personne travaillant pour les services secrets israéliens, pour la France , pour les juifs, pour le MAK , pour le diable, ennemi de l’islam, renégat, chargé de mission etc.
L’instrumentalisation de la religion est un beau gibier retenu entre leurs griffes. Dès qu’une personne s’approche de leur zone et tenter de leur couper l’herbe sous les pieds, ils deviennent agités et acharnés.
Ils se sont appropriés de l’islam, de l’image du prophète de la notion de Dieu et diaboliser toute autre religion. Ils méprisent toutes les autres civilisations, toutes les autres langues, toutes les autres dimensions existentielles. Ils n’ont laissé de place que pour eux, leur vision des choses, sur fond d’égoïsme, de ruse, de violence et d’obsession sans limite.
Le plus grand nombre de ceux qui souffrent de cette nébuleuse, sont les musulmans eux même. Ces derniers, dans leur foi naturelle, inoffensive, non politisée, ouverte, indulgente, sont restés perplexes, se sentent victimes d’un holdup spectaculaire.
Pire, cette mouvance affiche souvent son mépris vis à vis des musulmans qui cultivent leur islam naturellement et refusent de monter dans leur train endiablé. Ils les qualifient de musulmans de seconde zone, à la traine pour ne pas dire de faux musulmans qu’il faudra combattre.
En écrivant ce livre, je porte toujours dans ma conscience que je suis musulman. À ce titre il est de mon devoir de dénoncer ce que je vois comme faux, comme complot, comme source de malaise et de violence sans fin.
En tant qu’homme libre et démocrate, il est de mon devoir également de contribuer à la lutte pour mettre un terme à la manipulation de la religion ou d’autres valeurs communes pour des fins politique par des groupes d’individus ou des courants politiques assoiffés de pouvoir et d’asservissement des peuples.
La meilleure religion est celle d’être humain, d’être tolérant, de respecter, de se respecter. Puis viendra la religion au sens propre, qui au XXI e siècle doit être avant tout une affaire intime, une pratique individuelle, sur fond d’humilité et de foi. C’est à l’islam de se soumettre à la démocratie et non le contraire. Cela est valable pour toutes les autres religions. La démocratie et les valeurs universelles en général de liberté, garantissent la protection et l’épanouissement des religions. L’exemple le plus édifiant est en France ou dans les autres pays de l’occident. Nombreux sont les musulmans, vrais pieux, m’ont témoigné leur reconnaissance quant au climat politique en France qui leur garanti sérénité et liberté d’exercer leur religion. Cependant toutes les autres agitations qu’on découvre, en dehors de cette catégorie, sont l’effet des militants qui utilisent la religion pour des fins politiques sournoise et dangereuses. L’agitation ou inventer des polémiques est leur kérosène pour imposer leur existence.
Donc, comme cité, l’écriture de ce livre m’a donné des sueurs. Je l’ai écrit par devoir et j’ai tenté d’utiliser le meilleur de mes connaissances et de mes forces pour présenter un ouvrage qui sera bénéfique et qui va largement informer et éclairer le lecteur.
Pour ce faire, et pour tenter d’aller au fond des choses, pour cerner ce sujet d’un tant soit peu, j’ai subdivisé ce travail en plusieurs parties.
La première scène se déroule à Paris, puis le récit sur le dernier attentat en France qui a fauché la vie d’innocents. Ce énième attentat a provoqué la mort de personnes, mais également interpelle les consciences et pose des questions sur ce phénomène de violence politique et terroriste impitoyable.
C’est à partir de ces interrogations que je vous invite à un plongeant historique qui nous ramène à près de 90 ans en arrière en Égypte, plus exactement à Ismaïlia près du Canal de Suez où cette organisation est née.
Puis retour en France et en Europe pour expliquer comment cet islam politique avait pénétré dans ce continent. Comment et avec quoi il fonctionne et comment il teste sans cesse les limites de ces républiques et cherchent constamment les failles pour les infiltrer et les investir, pour ensuite imposer son ordre.
Dans cette même lancée, j’ai pu faire le lien entre la révolution française de 1789 et ce climat d’agitation politico-islamiste et le terrorisme qu’il véhicule.
Puis un retour dans les pays de l’Afrique du nord, parmi lesquels j’ai pris en exemple mon pays qui est l’Algérie est expliquer comment ce pays qui était paisible a fini par être secoué par cette maladie politique qui s’est exportée de l’Égypte vers cette région avec la complicité des systèmes imposteurs en place.
Enfin, dans la dernière partie, j’ai tenté de démontrer les liens presque directs qui existent entre cette Confrérie et les différentes organisations terroristes au monde. Vous allez découvrir comment Ben Laden a été aspiré par cette organisation a été utilisé et les vrais Ben Laden, les faiseurs de Ben Laden se cachaient souvent derrière les rideaux.
Vous allez découvrir comment après un sommet spécialement organisé, la Confrérie a investi le soulèvement en Syrie pour voler cette révolution entre les mains des forces qui réclamaient la liberté et la démocratie comme alternative au système de Bachar Al Assad en place, et transformer cette révolution en un terrain de Djihad et de l’apocalypse.
Également , vous allez comprendre pourquoi la Qatar est devenu le nouveau pays d’adoption de cette Confrérie , mais également sans les Frères Musulmans , l’État islamique en Iran ne verra pas le jour.
En somme, j’ai usé de mon mieux pour éclaircir d’un tant soit peu les gens sur ce sujet complexe et d’actualité.
Évidemment, en lisant ce livre, la plupart comprendront que c’est l’instrumentalisation de la religion qui est à l’origine de tous ces malaises et de toutes ces agitations. Ces Frères ne sont que de faux frères. Une organisation secrète, aveuglée, arriviste, qui utilise l’élément religieux comme cheval de Troy pour conquérir des territoires et dominer le monde, sur fond de violence et d’agitation politique.
F RANCE : UN ATTENTAT , UN HÉROS ET DES INTERROGATIONS !
Nous sommes lundi 23 mars 2018. Il est près de 18 heures. J’arrive à mon lieu de travail dans un site au cœur de Paris . Je travaille dans ce lieu depuis près de deux ans. C’est d’ailleurs mon premier emploi en France , depuis que je suis autorisé à travailler dans le cadre du long processus de ma régularisation. La vie en France s’est imposée à moi à une période de mon âge où je ne m’y attendais pas. Je suis sur cette terre en tant que refugié. Lorsque la coupe est devenue débordante, j’ai pris la décision de tout bousculer. De casser mon long processus de vie en Algérie . Je l’ai brisé tel un vase qu’on projette contre un mur en béton. Mon existence est revenue au point zéro, où je devais tout reconstruire pierre par pierre, sans avoir le luxe de me plaindre, sinon remercier ce nouveau pays qui m’a accueilli, qui ne m’a jamais déçu et qui ne m’a jamais rejeté.
Et pourtant le territoire que j’ai fui n’est pas un pays mais un continent. Il est cinq fois plus grand que la France. Il est situé aux portes de l’Afrique, aux bords de la Méditerranée et à moins de 1000 kilomètres des côtes françaises.
C’est un pays jeune, très peu peuplé. C’est un pays qui regorge de ressources incroyables et inexplorées. C’est un pays révolutionnaire, qui a mené avec succès une lutte pour sa liberté et son indépendance. Et pourtant on ne trouve pas en lui de valeurs ni de liberté, ni de justice, ni de développement.
Mon pays que j’ai fui est berbère ou amazigh, qui veut dire les Hommes libres. Il est ancré dans l’histoire et sa civilisation était rayonnante au temps des romains et de Carthage, son identité plusieurs fois millénaire s’étend des îles Canaries à l’oasis de Siwa à l’extrémité ouest de l’Égypte.
Ce vaste territoire que j’ai fui on l’appelle injustement le Maghreb, qui veut dire la partie occidentale en arabe. Et pourtant ce même territoire s’appelle l’Afrique du nord ou plus exactement la Numidie.
On a voulu sous le poids de la dictature et des manipulations que ce territoire soit arabe et pourtant il n’a de l’arabe que le nom. Ses habitants qu’on a voulu arabiser ne connaissent presque pas l’arabe et ne partagent presque rien avec la vraie identité arabe.
Ce territoire qui a donné naissance à Saint Augustin et bien d’autres hommes de religion se voit imposé une seule religion. Et pourtant les violences, la haine, la guerre au nom de la religion de l’islam l’ont terrassé pendant des années.
Et pourtant en dépit de cette religion majoritaire depuis des siècles, le peuple vivait dans une paix relative et la religion n’a jamais été source de conflits et de violence jusqu’au moment où un nouveau vent d’un autre Islam a soufflé et a tout bousculé.
Le pays que j’ai fui est pris dans l’engrenage infernal de la violence d’une junte militaire qui a confisqué l’indépendance et la liberté d’entre les mains des vrais révolutionnaires, pour instaurer une incroyable imposture sous l’influence et la pression de puissances arabes qui ont toujours considéré l’Algérie comme une chasse gardée, un territoire, une province stratégique qui fait partie d’une nation arabo-islamiste utopique et injuste.
Le territoire que j’ai fui est un pays qui marche sur la tête, qui se noie dans des paradoxes, qui a eu droit à un sort maudit. Et pourtant tout s’explique. Rien ne tombe du ciel. Le pays, mon pays que j’ai fui est l’une des plus grandes victimes d’un courant idéologique pire que ceux vécus avec le fascisme et le nazisme.
Tous ces malheurs qui le touchent et qui touchent les territoires de la région et jusqu’à l’Europe et qui aspirent terriblement à se propager à travers toute la planète ont une explication, une origine, une cause. Il s’agit d’un complot soigneusement planifié depuis des décennies. Mes semblables et moi contraints à l’exil dans un petit pays comme la France, territorialement parlant, sommes tout d’abord victimes d’une réalité amère que la plupart ignorent. Sans cette réalité douloureuse, l’immigration se ferait du sud vers le nord et non l’inverse. Nous sommes victimes de forces presque invisibles, puissantes, vicieuses et sournoises qui ont la capacité de transformer les lumières en ténèbres, et de mettre le feu au Paradis.
Aller travailler est souvent pour moi une partie de plaisir, un honneur, un sport et un devoir. Je m’efforce d’oublier mes peines d’exilé, ne pouvant voir ma famille, ni avoir la possibilité de les faire venir pour une visite. Je tente de me soutenir par tous les moyens à ma disposition, m’engouffrer dans des événements, m’inventer des taches et des projets et faire de mon lieu de travail un autre espace familial chaleureux, dynamique et convivial.
Aujourd’hui je suis arrivé un peu tôt. Je dois remplacer France – Marie dans un petit bureau situé à l’entrée du bâtiment de l’importante entreprise dans laquelle nous travaillons.
– Bonsoir France ça va ?
– Bonsoir coucou, ça va et toi ?
– Oui ça va, j’ai rechargé un peu mes batteries et là je reprends pour de nouvelles vacations. Je suis là pour te remplacer et te libérer un peu plus tôt.
– Merci beaucoup, tu es si sympathiqu.
– Tu as sorti ce poste-cassette du tiroir. Je l’ai vu bien avant et j’ai cru qu’il ne marchait plus. Cet appareil évoque une époque révolue dans laquelle nous avons grandi avant l’arrivée du numérique et des nouvelles technologies d’information et de communication.
– Si, cet appareil était là depuis des années. Il fait partie du patrimoine de ce bureau. Il appartenait à un collègue que tu ne connais pas et qui est désormais en retraite.
– Tu l’utilises pour écouter de la musique ?
– Non , c’est pour écouter les informations à travers la radio. En ce moment je suis en train de suivre l’affaire de ce nouvel attentat.
– Nouvel attentat ? où ? en France ?
– Oui c’est en France, dans la ville de Carcassonne !
– Il s’agit de quoi encore ?
– On parle d’une prise d’otage, où l’on évoque la mort de 5 personnes et plusieurs autres blessés…
– Oh la la ! quelle tristesse ! la prise d’otage est toujours en cours ?
– Je pense que c’est terminé et l’assaillant est éliminé.
– Merci. Je ne suis pas connecté tellement j’ai travaillé la nuit d’hier. J’ai passé la journée à dormir et à récupérer.
La France et plusieurs autres pays du monde et ce depuis des années se sont engouffrés dans le feuilleton de la violence, de la terreur exercée au nom de l’islam.
Les autres formes de violence peuvent s’inscrire dans une période, concerner un domaine, un ensemble de revendications précises. Mais les violences nées du politico-religieux sont quasiment chroniques.
Ses revendications s’inscrivent dans l’absolu. Les auteurs des attentats ne luttent pas pour avoir une place dans le contrôle du pouvoir, mais pour avoir tous les pouvoirs et instaurer un système totalitaire, sans partage et où il n y aurait aucune place pour les autres.
Ils sont motivés par leur certitude d’être non pas des soldats d’une armée ou d’une organisation armée, mais des soldats de Dieu qui réclament l’absolu et l’infini.
Dès qu’elle s’enclenche, cette sinistre culture de la violence s’inscrira vite dans la durée et presque de génération en génération.
En Algérie, la violence s’est enclenchée au début des années 90. Certains terroristes d’aujourd’hui n’étaient même pas nés lorsque la guerre civile terroriste a commencé.
Aucune négociation, aucun raisonnement ne peuvent mettre définitivement fin à leur violence. Les événements politiques, les conjonctures exploitées comme motifs pour se lancer en guerre ne sont à vrai dire que des prétextes pour mettre à exécution une pratique et une culture guerrière destructive qui naquit il y a des siècles au cœur d’une religion dévoyée et excessivement instrumentalisée.
Réellement à leur niveau, il n’y a pas de chefs, ni un cercle de prise de décision et d’orientation. C’est l’anarchie guerrière où chacun combat presque seul et se croit directement relié à l’ordre divin. La chefferie revient souvent au plus cruel et au plus déterminé.
La doctrine inculque à l’individu un incroyable excès de confiance en soi, un excès de pouvoir et d’autonomie où il peut mettre en cause n’importe quel ordre ou décision émanant de ses supérieurs ou dans d’autres milieux proches de lui.
La seule voie permettant de mettre un terme à cette culture de la violence est d’éliminer tous les éléments et de veiller à ce qu’il n’y en ait pas d’autres qui viennent reprendre le terrible flambeau. Cela s’avère une entreprise presque impossible à concrétiser.
L’autres solution consiste à ne pas se focaliser à attaquer cette machine de la violence, mais à faire tarir les causes, les sources et toutes les voies qui l’alimentent. Avant qu’il ne soit militaire ou sécuritaire, le terrorisme islamiste est un problème psychologique, sociologique, philosophique, historique, politique et idéologique.
L’énième attentat depuis janvier 2015 en France a lieu au début de l’après-midi. Le bilan est de quatre morts et d’une quinzaine de blessés.
Il y a un viticulteur à la retraite, un client d’un supermarché, le chef-boucher du super U et le gendarme Arnaud Bertram. À rajouter l’auteur qui a péri dans cette affaire évidemment.
L’attaque a eu lieu à Trèbes, une petite ville de 6000 habitants située dans l’Aude à près de 800 km au sud de Paris. Un homme de 25 ans s’en est pris à des automobilistes et à des CRS à Carcassonne avant de se lancer dans une prise d’otage dans un super U de Trèbes. Il a été abattu par les forces de l’ordre. L’attaque a été immédiatement revendiquée par l’État islamique.
L’auteur de l’attentat est d’origine marocaine et il était connu de la police pour des actes de délinquance. Il s’appelait Redouane Lakdim et selon les témoins, il avait crié Allah Akbar. Il s’est dit prêt à mourir pour la Syrie. Il aurait réclamé la libération de ses frères avant de tirer sur un employé et un client de ce supermarché. Les deux victimes sont décédées sur place.
Cette nouvelle attaque rappelle que le terrorisme est toujours là. Il peut se manifester n’importe où et à n’importe quel moment et sous des formes imprévisibles.
Si l’État islamique est détruit presque en totalité en Irak et en Syrie, son organisation est toujours là pour se manifester à travers des attaques périodiques afin de maintenir la cadence de la terreur et alimenter leur existence politique par les larmes, le sang et la destruction de la vie des innocents.
Dans cet attentat, il y a lieu de souligner cette histoire douloureuse et pleine d’héroïsme. Il s’agit de la mort du gendarme Arnaud Beltram. Il avait 45 ans. Il est la quatrième victime. Grièvement blessé, il a rendu l’âme le lendemain de cet attentat. Arnaud Beltram lieutenant-colonel et ancien commandant de la gendarmerie d’Avranches s’est substitué au dernier otage, une femme, que retenait le terroriste.
L’assaillant après avoir réclamé un chargeur, avait tiré à plusieurs reprises sur Arnaud Beltram, le blessant grièvement. Les coups de feu ont déclenché l’intervention du GIGN à 14 h 30 et le terroriste a été éliminé.
Arnaud Beltram est naturellement hissé au rang de héros. Son acte est incroyablement héroïque. Il était connu parmi ses amis et ses collègues comme un jeune officier très volontaire, très dynamique et un incontestable fonceur. Il était connu également pour son sens du devoir. Son dernier acte qui est plus qu’un devoir a été de se proposer volontairement en otage pour libérer en contrepartie une femme qui était retenue par Redouane Lakdim.
Le plus émouvant est cet exercice de simulation d’attentat qu’il avait commandé trois mois à peine auparavant, soit en décembre 2017. C’était un exercice de simulation d’attentat qui traitait un cas d’une tuerie de masse dans un supermarché. Il a été organisé dans un supermarché à Carcassonne.
C’était prémonitoire. Trois mois après Arnaud Beltram trouve la mort en héros dans les mêmes circonstances.
Entre Arnaud Beltram et Redouane Lakdim , c’est l’histoire de deux mondes qui s’affrontent. Deux morts pour deux causes différentes, prenant des droites qui ne pourront jamais se croiser. Les rencontres entre ces deux lignes droites se font uniquement lors des duels, d’affrontements, de batailles en France , en Syrie , en Algérie , au Nigéria , aux USA en Espagne et dans plusieurs autres pays du globe.
Les actes ont eu lieu dans des circonstances différentes, mais le fond est le même. Le mobile du crime institutionnalisé est le même.
Arnaud Beltram est mort en voulant épargner la vie des autres. Redouane Lakdim est mort après avoir tué avec préméditation des innocents pour un conflit, une cause située à des milliers de kilomètres de la France et aux antipodes de l’évolution connue par l’humanité.
Les personnes enrôlées dans le Djihad au profit de cette idéologie deviennent des machines à tuer. Ils ne peuvent même pas respecter les lois minimales de la guerre.
D’ailleurs le profil de Redouane Lakdim et bien d’autres Djihadistes nous renseignent sur le mode opératoire et les milieux dans lesquels les gourous de cette idéologie trouvent des candidats.
Cette histoire semblable à beaucoup d’autres est douloureuse, héroïque pour Arnaud et lâche pour Redouane.
Je me souviens des premiers moments du terrorisme en Algérie .
L’histoire a été racontée au journal télévisé de 20 h de la télévision nationale. Il y a eu à Alger un acte terroriste suivi d’une prise d’otage. Les assaillants ont réclamé la présence d’un haut responsable de la sécurité comme interlocuteur. Ce dernier avait accepté de se présenter et répondu à la demande dangereuse des terroristes. Le malheureux officier a été tué par ces mêmes terroristes.
Cette même histoire m’a été racontée près de 30 ans après par une personne que j’ai rencontrée par pur hasard et qui avait été témoin des événements, il était policier dans la lutte antiterroriste. Il a fini d’ailleurs lui aussi par quitter l’Algérie qu’il n’a plus jamais revue depuis. Il vit ici à Paris et il est devenu un ami :
Faksel était un policier et faisait partie des premières unités formées dans la lutte antiterroriste et jetées dans la gueule du terrorisme qui menait une guerre violente et sans nom. Son cousin Djefdjef était un officier dans les services secrets algérien, appelé le Département de renseignements et de sécurité – DRS . Le hasard a voulu qu’ils soient tous les deux présents dans cette affaire de prise d’otage qui a eu lieu à Alger, plus exactement au quartier chic de Telemly dans le bâtiment La Fayette.
Je n’appris que Faksel était impliqué dans cette affaire qu’à l’occasion d’une publication postée sur Facebook. Je tombai sur un petit texte en hommage à la mémoire d’un haut gradé de l’armée algérienne tué lâchement par des terroristes. Faksel avait immédiatement posté des commentaires et m’avait appelé sur fond d’émotion pour exprimer toute sa douleur en interceptant l’image de ce militaire qu’il avait connu. Il m’apprit qu’il était présent sur les lieux le jour de sa mort.
Cette publication dans les réseaux sociaux a eu lieu dans les jours qui suivirent la mort du colonel Arnaud Beltram. Une manière de faire un parallèle entre cet acte et d’autres qui ont eu lieu ailleurs et particulièrement en Algérie.
Voici le récit de Faksel :
« Le 2 octobre 1994, le colonel Hadj Cherif Djelloul commandant militaire du secteur d’Alger est lâchement assassiné alors qu’il négociait sans arme la reddition d’un groupe terroriste qui menaçait de faire sauter l’immeuble La Fayette situé dans le centre d’Alger .
Le lendemain, soit le 03 novembre 1994, nous avons lancé une opération que nous avions carrément appelée Opération vengeance.
Mon cousin était aux premières lignes et moi parmi ceux chargés de boucler le quartier de la Fayette à Alger.
L’assassinat lâche de Cherif Djelloul nous a terriblement marqués. Dans cette opération nous avons abattu 13 terroristes. Oui nous les avons abattus sans aucune autre forme de procès. Le style était direct. L’ordre était de les abattre. Nous n’avions pas besoin de voir que des drapeaux blancs étaient brandi, ni penser à envoyer des ambulances pour récupérer ou soigner tout terroriste blessé. La mission était de les éliminer. »
Et un autre exemple en Algérie :
Le 2 septembre 1992 le lieutenant Menadi Moncef issu de l’école des cadets et chef de détachement spécial d’intervention – DSI – est tué alors qu’il montait les escaliers pour négocier avec les terroristes la libération d’otages retenus dans un appartement d’une cité de Khezrouna dans le département de Blida à une centaine de kilomètres à l’est de la capitale Alger.
Et un autre exemple encore plus édifiant où est signé le premier assassinat par les islamistes en Algérie , toujours dans un climat de prise d’otage, de trahison lors de tentatives de négociations :
En septembre 1981, soit un an avant l’assassinat du jeune étudiant Kamel Amzal par les islamistes à Alger , l’arrestation du professeur Sayeh à Laghouat en Algérie provoque l’occupation d’une mosquée. Le policier Chenine Abdelkader voulant négocier avec eux sera tué à l’arme blanche lors de l’intervention des forces de l’ordre. Il est la première victime de ce que sera le terrorisme islamiste en Algérie .
Derrière la mort de Chenine Abdelkader , l’on dénombre à ce jour une liste macabre de plus de 200 000 morts pour la seule Algérie .
Arnaud Beltram et Cherif Djelloul ont connu des destins presque similaires. Faksel et son cousin ont tenu à exprimer leur douleur, leurs souvenirs qui les rangent en se remémorant ces faits et bien d’autres encore plus terribles vécus dans ce sinistre couloir de lutte antiterroriste en Algérie.
La différence réside uniquement dans les moyens entre hier et aujourd’hui. Durant ces années de braise les moyens de communication n’étaient pas aussi développés que de nos jours. Cela démontre la complexité du terrain de bataille lorsqu’on a comme ennemi des soldats islamistes qui se réclament d’affiliation directe au pouvoir divin. Dans leur logique folle et irrationnelle, aucune règle de guerre n’est acceptée. Dans les endoctrinements subis à fortes doses, la vie humaine, l’humanisme n’ont plus droit de cité. Cela sans omettre de souligner que les jeunes transformés en chair à canon, en soldat de Dieu sont souvent recrutés dans les milieux malfamés ou dans les catégories sociales frappées par la pauvreté, l’ignorance et l’exclusion. Ces profils deviennent souvent des irréductibles, des machines à tuer et pour lesquels la guerre est un terrain sans foi ni loi dans lequel ils veulent affirmer leur existence.
Outre Faksel , j’ai plusieurs amis qui étaient bien impliqués dans la lutte antiterroriste en Algérie . Les mots ne leur suffisent pas pour extérioriser leurs traumatismes, leurs souvenirs et leurs sentiments.
Les signes de stress et de traumatismes sont lisibles sur leurs visages. Nul besoin d’être psychologue pour déceler ces traumatismes qui les rangent en silence.
Un jour, je suis tombé par hasard sur une histoire de terrorisme que j’ai eu à couvrir durant laquelle un policier s’est trouvé encerclé chez lui par une armada de terroristes. Il ne s’est pas rendu et s’est battu jusqu’à la mort. Un hommage lui a été rendu en 2010. Puis par pure coïncidence, dans la foulée d’une discussion nous avons découvert qu’il s’agissait d’un ami intime de Faksel. C’était une histoire douloureuse. Faksel savait que son ami risquait gros en allant chez lui ce jour-là. Il voulait l’en empêcher, mais il n’avait rien pu faire. En découvrant que je connaissais cette histoire et avais l’intention d’écrire sur cette douloureuse histoire, Faksel très surpris s’est mis à pleurer tel un enfant. Des ruisseaux de larme coulaient de ces yeux. Lui, le courageux, je le voyais pleurer pour la première fois.
La scène a eu lieu dans le même bureau où je m’apprête à remplacer aujourd’hui France-Marie.
Certaines des personnes que j’ai eu à connaitre depuis mon arrivée en France fin 2013 étaient enrôlées dans les forces spéciales algériennes de lutte contre le terrorisme. Ils fuient le sujet, ils deviennent excités, irrités dès qu’on leur évoque cette période. J’évite de les bousculer. Je leur pose rarement des questions sur ce sujet. Mais de temps à autre ils racontent d’eux-mêmes des faits. C’est surréaliste, c’est impressionnant au point qu’il est difficile d’y croire. Leurs témoignages ressemblent à des faits qu’on ne peut voir que dans les scénarios des films sensationnels hollywoodiens.
« Non, non arrêtons stp. C’est bon laisse tomber, cela me fait mal.
On va reprendre le sujet une autre fois. »
Ce qui s’est passé en Algérie était terrible. Notre pays était un laboratoire d’horreur. C’est un cas d’école sinistre, terrible et dramatique. Les autres n’ont été atteints par les effets de cette maladie politique qu’une quinzaine d’années plus tard. Oui nous avons vécu l’horreur à huis clos.
Ce qu’il y a lieu de retenir dans cette nouvelle attaque terroriste en France est l’évolution dans le mode opératoire ces derniers temps, comme si le terrorisme se professionnalisait et se politisait un peu plus. Dans cet attentat des civils désarmés ont été exécutés froidement. Mais comme première cible il y a eu des CRS désarmés qui revenaient d’une séance de sport et allaient rejoindre leur caserne.
Lorsqu’une organisation terroriste islamiste se voit perdre le gros de sa force de frappe, elle recourt à des attaques ciblées.
Les cibles privilégiées sont les services de sécurité. C’est une politique qui consiste à séparer le peuple des forces de sécurité, comme le font dans la majeure partie des cas les terroristes actuellement en Algérie. C’est une manœuvre qui consiste à limiter l’ampleur de l’adversité et se chercher les moyens de durer le plus possible dans le temps.
Les attaques seront ainsi espacées, étalées dans le temps et l’objectif recherché, avant le caractère militaire est de susciter des impacts médiatiques.
Les visions politiques du projet porté par Redouane Lakdim se heurtent de plus en plus à des impasses et se brisent telles des vagues face à des falaises abruptes. C’est un projet politique absurde, violent et totalitaire qui n’a pas sa place dans ce stade d’évolution du monde et de la culture de la liberté et de la démocratie.
Les visions politiques du projet défendu par Arnaud Beltram est celui qui subit, qui se défend sans cesse face à des forces qui se réclament d’un autre monde, d’un autre âge.
L’histoire, la mémoire collective ont reconnu qu’Arnaud est mort en héros et Redouane en lâche. Arnaud est un partisan du monde qui avance. Redouane est un adepte d’un monde archaïque, d’un projet injuste, tyrannique qui veut détruire l’évolution de l’humanité.
Si cet énième attentat a relancé le manège de la terreur, il ne pourra jamais arrêter l’évolution de l’humanité, les différentes prises de conscience qui envahissent les peuples et qui de plus en plus sont nombreux à comprendre que derrière l’islamisme se cache l’imposture, l’hégémonie et l’obsession du pouvoir.
Tous les attentats depuis l’attaque contre Charlie Hebdo en janvier 2015 à Paris sont des attentats de trop, mais celui de l’Aude est particulier. C’est un attentat qui choque non pas par l’ampleur des dégâts occasionnés, non pas seulement par l’héroïsme du lieutenant-colonel Arnaud Beltram, mais par son caractère et le fait qu’il s’est produit dans une période où l’on ne s’y attendait pas.
L’Occident et particulièrement la France ont subi des vagues d’attaques meurtrières depuis le début de l’année 2015. Pour la France, les attaques les plus terribles sont celles enregistrées en janvier 2015 contre Charlie Hebdo, celles du 13 novembre 2015 à Paris et Saint Denis et celle de Nice, en pleine célébration de la fête du 14 juillet durant l’année 2016.
Cela ne veut pas dire que les autres attentats sont de moindre importance ou de moindre horreur. Chaque vie ravie, chaque blessure ou traumatisme subi sont des faits insupportables et inacceptables.
Depuis quelques semaines, on annonce la reprise en France et à Paris en particulier la reprise des activités touristique après une longue période de crispation. Cette bonne nouvelle est en relation directe avec l’évolution de la situation sécuritaire en France et au Moyen Orient. En effet la plupart ont cru que les attentats faisaient partie du passé. On avait le sentiment d’avoir dépassé la zone de turbulences.
Du monstre Daesh, il ne reste presque plus rien. Il est anéanti par les forces multinationales qui l’ont cerné depuis presque trois ans entre la Syrie et l’Irak. La France a depuis connu un nouveau président. Macron, un jeune président qui semble-t-il maitrise mieux l’art de la politique pour tenter de délivrer la France de la crise sécuritaire et économique dans laquelle elle se débat depuis de nombreuses années.
Pour une importante partie de l’opinion publique, le terrorisme c’est Daesh . Avec son élimination, ça sera la fin du cauchemar.
Les autres formes de terrorisme vécu par d’autres pays ont chacune une explication et une excuse. En Algérie, le terrorisme avait provoqué la mort de plus de 200 000 personnes, mais cela est survenu près une grave crise politique. Tout un processus électoral a été arrêté en janvier 1992, pour empêcher les islamiques de parvenir au pouvoir.
Ce qui se passe en ce moment en Égypte comme terrorisme islamiste trouve son explication dans le renversement du pouvoir légitime du président Morsi. Donc une autre histoire d’une crise politique interne propre à l’Égypte.
Dans le sillage de cet attentat de l’Aude , l’on a assisté à une vive agitation politique et médiatique. Sur le plan politique, plusieurs milieux réclament des têtes de responsables qui selon eux n’ont pas été à la hauteur pour prévoir cet attentat commis par un jeune connu des services de sécurité. Dans le milieu des médias, c’est le ballet des débats sur les plateaux des radios et des télévisions.
On tente de débattre différentes probabilités, différentes causes qui seraient à l’origine de cette violence islamiste, qui vient de se manifester de nouveau dans une période où l’on a cru que ce phénomène de la terreur était derrière nous. On s’interroge sur les procédés de gestion policière, l’interprétation technique de l’événement, sur l’immigration, sur le fait que l’auteur de l’attentat est d’origine maghrébine. On lance des débats sur l’Islam de France , sur l’Islam de l’Européen , sur l’intégration, sur les contingents de jeunes Français et Européens en général partis faire le Djihad en Syrie .
Dans cette agitation, on a eu le sentiment d’avoir touché tous les sujets, avoir étalé sur les plateaux tous les éléments jugés susceptibles d’être à l’origine directement ou indirectement de cette terreur qui hante ce pays de justice et de libertés.
Et pourtant on a eu toujours ce sentiment de ne pas avoir pu cerner la question et de ne pas être allé au fond de cet épineux problème politique et sécuritaire.
Faisons un petit retour en arrière et rappelons que la France a eu affaire à d’autres attentats terroristes. En effet dès 1995, le terrorisme a fait 8 morts et plus de 150 blessés. Sans oublier évidement l’affaire de la prise d’otages du vol Air France 8969 reliant Alger à Paris , par quatre membres du Groupe islamique armé ( GIA ), qui a eu lieu du 24 au 26 décembre 1994 et dont le bilan a été de 7 victimes.
Les attentats des années 1994 et 1995 ne sont pas uniquement liés à ce qui se passait à l’époque en Algérie. Les enjeux et les visées politique et idéologique des attentats dépassaient de loin la crise politique en Algérie.
Un Algérien né en 1992 a aujourd’hui 26 ans. Un jeune Français né en en 1994 à de nos jours 24 ans. Il est difficile pour eux de comprendre le pourquoi de ce phénomène de violence pour des objectifs et des motivations politiques vécues déjà par leurs parents au moment de leur naissance.
L’incompréhension touche la majorité des citoyens ordinaires, les médias, les milieux politiques et les différentes parties. Le sentiment d’incompréhension est partagé par la majorité, mais le degré diffère d’une partie à une autre. Une certitude tout de même : le sentiment d’incompréhension et d’impuissance cause parfois autant de douleur que les attentats eux-mêmes.
Pour cerner un tant soit peu ce mal ravageur, il faut replonger 14 siècles en arrière, soit à la naissance de la religion musulmane et aux événements qui ont eu lieu juste après. Pour cette période qui correspond presque au Moyen âge, l’on peut peut-être trouver des excuses et des explications en relation avec le niveau de l’évolution de l’humanité durant cette période.
Mais la nature de cette violence à notre époque est totalement anachronique.
Pour comprendre, il faut replonger dans des événements qui ont eu lieu en 1924 et en 1928 au Moyen Orient. Il faut savoir qui était Hassan Al Banna, Said Ramadan, Gamal Abdelnasser, Anouar Al Sadat, Essayed Qotb, Oussama Ben Laden, Ayman Al Zawahri, Al Baghdadi et bien d’autres.
Il faut remonter dans l’histoire des empires coloniaux, ottomans, français et britanniques.
Il faut revoir à la loupe les impacts de la révolution française de 1789.
Nous devons savoir dans quelles circonstance la chute de l’Empire Ottoman a eu lieu et qu’elles sont les répliques et les crises que cette terrible chute avait engendrées.
Nous devons comprendre ce qui s’est passé entre les deux Guerres Mondiales et ce qui s’est passé après la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Pour tenter de comprendre ce phénomène et dans la perspective de se prémunir contre lui, nous devons nous interroger sur le système qui le produit, sur une organisation secrète, presque invisible, tentaculaire, présente dans 80 pays dans le monde et qui est en réalité la matrice de toutes les organisations qui prônent le Djihad comme moyen militaro-religieux afin de conquérir le pouvoir en ces temps modernes.
Il est nécessaire de se poser des questions sur une organisation qui a pour nom La Confrérie des Frères Musulmans, née en 1928 à Ismaïlia en Égypte dans le tumulte du chantier du canal de Suez, symbole de la domination occidentale et l’expression du déclin du mythe d’une puissance mondiale islamiste depuis la chute des Califes Omeyyade, Abbasside et Ottoman.
De forts torrents de déception et de frustration qu’une organisation prétentieuse, opportuniste et politico-religieuse a su capter pour les transformer en une redoutable énergie politique et idéologique qu’elle utilise dans son projet de conquête et de domination du monde.
Avant de tenter d’expliquer comment l’islam politique a pénétré en France et en Europe, présence qui s’est manifestée violemment lors du récent acte terroriste de Carcassonne, dont le héros est Arnaud Beltram et l’autre victime est Redouane Lakdim, nous vous invitons à un saut de près d’un siècle dans l’histoire, précisément à Ismaïlia en Égypte pour assister à la naissance d’un monstre politico-religieux.
1 ER P ARTIE : Hassan Al Banna et la naissance de l’islam politique
1928, Hassan AL Banna et la naissance de l’islam politique
Nous sommes en 1928 à Ismaïlia en Égypte. En Europe et dans tout l’occident, la révolution industrielle bat son plein. C’est aussi le déclin de la force politique du monde musulman. Le gigantesque chantier du Canal de Suez entrepris par les Français, puis repris par les Anglais, est un signal, un indice, pour signifier clairement aux populations musulmanes, qu’elles sont aspirées par le tourbillon de la régression et qu’elles ont raté le train de la technologie et de la révolution industrielle.
Leur échec est si grand et sur plusieurs plans : politique, idéologique, économique et social. Le dernier prestige auquel ils se réfèrent vient de connaitre une chute brutale, une désintégration humiliante et définitive. Depuis le règne des Omeyyades, en passant par celui des Abbassides, jusqu’à l’empire Ottoman, qui vient tout juste de chuter, ces populations musulmanes qui veulent pour la plupart se définir comme étant arabo-musulmanes, vivaient avec un orgueil puisé dans les grandeurs d’un passé mythifié.
Ils se définissent comme étant un peuple élu de Dieu , invincible, qui dominera toujours le monde, à qui le Ciel a confié la mission de gardiens du feu sacré et à qui le dernier mot reviendra tôt ou tard.
Le problème évidement ne vient pas de ces malheureux peuples. Il ne s’agit pas de les culpabiliser, mais juste de décrire l’état de ghetto politique, l’embargo sur l’intelligence, dans lesquels on les a renfermés. Les différents dirigeants despotiques qui s’octroyaient la légitimité divine les ont enfermés dans une bulle idéologique aux couleurs d’une religion excessivement instrumentalisée et travestie pour leur inculquer la fierté dans la misère. On leur a appris à prendre les vessies pour des lanternes et à leur faire croire qu’ils sont les meilleurs peuples du monde sur tous les plans.
Le chantier du Canal de Suez, en plus du projet, c’est également un espace vaste d’exhibition, de démonstration et d’affirmation de la supériorité technologique et civilisationnelle du monde occidental, tant décrié, qualifié de mécréant, d’ennemi de Dieu. Mais également, dans le sillage de ce chantier du siècle, prennent forme des quartiers occidentaux dans cette ville d’Égypte. Parfois une rue sépare ces deux mondes très différents. Le quartier occidental ressemble à une vitrine géante où l’on expose un certain savoir-vivre, un épanouissement, un développement, un progrès, qui met terriblement en exergue le degré de retard de l’autre partie. De l’autre côté de la rue, des quartiers arabes, piégés dans le climat du sous-développement, de l’anarchie, de la pagaille et de la survie.
Les contrastes sont plus que frappants. Ils agitent les esprits, tourmentent les consciences. Pour tous les retards incontestables de ce monde musulman, l’on donne une explication globale et salutaire. Le coupable est le colonialisme occidental, représenté principalement par les deux empires : français et anglais. Ces deux forces symbolisent le mal de l’Occident , la source du malheur de ce monde oriental, qui se croit depuis des siècles dépositaire de la suprématie, de la légitimité divine et un peuple indétrônable, élu de Dieu .
Les ressentiments se manifestent en torrents, dans l’esprit de chacun. Il est difficile de les contenir. Donc il faut trouver un moyen de les extérioriser, une stratégie, pour fuir et nier la réalité, flouter la raison et la lucidité, inventer de fausses explications et dessiner de fausses solutions.
Un jeune instituteur qui a pour nom Hassan AL Banna âgé de 22 ans, réunit autour de lui une poignée de personnes. Des gens modestes. Il est le seul vrai lettré de ce groupe de 7 personnes. Si Hassan Al Banna est instituteur, les autres sont de simples ouvriers dans le chantier du Canal de Suez. Simple chauffeur, manutentionnaire, jardinier, sont entre autres les professions de ces hommes qui forment le bureau des sept membres de cette association pour laquelle on donne le nom de La Confrérie des Frères Musulmans ou Djamaat Al Ikhwane Al Muslimine.
Ce jeune Hassan Al Banna n’est autre que le grand-père du prédateur des temps modernes, Tarik Ramadan. Le lien est directement fait entre lui et son grand-père dans la propagation d’une idéologie, d’un projet politico-religieux ravageurs qui va entrainer des guerres, le terrorisme et le choc de civilisations.
Entre Hassan Al Banna et Tarik Ramadan, le lien est vite vérifié. C’est la transmission d’une idée politique d’une génération à une autre.
L’action banale à ses débuts de Hassan Al Banna connaitra des développements incroyables et aura des impacts sur toute la planète, en continu et plus de 80 ans après.
Ce n’est pas un acte de naissance d’une simple association religieuse inoffensive, sur fond de piété et d’humilité. C’est la naissance d’une terrible organisation politique, dont la façade trompeuse est recouverte de religion. C’est la naissance de l’islam politique au sens propre du terme.
L’islam était là depuis plus de 1400 ans. Mais il a été transformé par des prédateurs depuis ses débuts en machine de conquête et de domination, sous le prétexte de propager la parole d’Allah à travers les quatre coins de la planète. C’était une forme d’islamisme connu depuis des siècles auparavant. Mais il n’était pas si puissant, car il n’était pas doté de cet élément qui est le Politique, comme on le connait en ces temps modernes.
L’islam, il faut avoir le courage de le dire, porte les germes de la violence, de luttes de pouvoirs, de batailles de leadership, d’idée d’expansion et de conquête et où l’élément religieux et divin n’est souvent qu’un prétexte pour cacher des objectifs rarement avoués.
Maintenant que la parole est de plus en plus libérée, grâce en particulier aux nouvelles technologies d’information et de communication, des penseurs, des chercheurs, des écrivains commencent à parler.
Grâce à eux, il est facile de comprendre que l’islam est loin d’être un fleuve tranquille, inoffensif, comme ils nous l’ont fait croire. L’islam, depuis près de 15 siècles, est enfermé dans un autoritarisme et parfois une tyrannie intraitable. Toute autre pensée qui ne va pas dans le sens de l’eau qui coule dans ce fleuve est vite réprimée avec brutalité. L’islam n’a jamais été exposé aux vrais débats. Cette réalité explique sa situation, son enlisement d’aujourd’hui. Cette religion est désormais confrontée aux réalités de l’évolution, à la logique, aux vérités historiques et scientifiques et à l’impitoyable liberté d’expression assurée à travers les satellites.
Pour illustrer cela, je cite le simple exemple d’un livre critique sur l’islam qui vient de paraitre qui a pour titre « Les derniers jours de Muhammad » et dont l’auteur est une femme tunisienne, Hela Ouardi. À signaler que dans tous les pays musulmans, c’est la tolérance zéro, quant à la critique ou même à d’autres lectures différentes de l’ordre établi. Si dans un pays musulman, on risque de simples sanctions, telles que des interdictions ou l’emprisonnement, dans les pays ultra-musulmans, pour ne pas dire islamistes, tout mauvais pas est sanctionné par la décapitation.
Nombreux sont ceux qui furent victimes de cette tyrannie fondée au nom de l’islam. Nous citons entre autres, le célèbre écrivain égyptien Taha Hussein, qui a publié en 1926 son ouvrage « De la poésie préislamique ». Le célèbre écrivain a suscité la colère des Oulémas (chef théologiens) de l’université islamique d’Al Azhar pour deux raisons principales. Tout d’abord d’avoir exprimé des doutes sur la sincérité de la poésie arabe préislamique qui, selon lui, est falsifiée à cause des rivalités tribales. Plus grave encore, il a laissé entendre que le Coran ne peut constituer une source fiable pour les historiens.
Il a été confronté à des critiques très sévères. En 1931, il a perdu son poste à l’université du Caire. Son livre est interdit. Il ne sera autorisé que sous une autre édition en 1932 avec des modifications faisant disparaitre les passages qui faisaient polémique.
L’autre écrivain victime de l’intolérance et de la tyrannie est le théologien soudanais, Mahmoud Mohamed Taha, qui a été condamné à mort, pendu sur la place publique en 1985 par le président Djaafar Al Noumeyri. Son crime est qu’il a distingué deux normes dans le corpus normatif islamique : les normes conjoncturelles et les normes universelles. Selon l’auteur, les versets mecquois sont universels et les versets médinois conjoncturels. Toujours selon lui, cette deuxième catégorie de versets traduit un mode de vie qui a eu lieu à Yathrib, ou actuelle Médine qui remonte à 13 siècles en arrière. Il a jugé que ces versets sont de nos jours dépassés et peuvent êtres abrogés sans inconvénient.
Ce ne sont que deux exemples parmi un nombre difficile à estimer de gens victimes de l’intolérance.
Hela Ouardi n’est pas une simple militante. Elle est universitaire, chercheuse associée au Laboratoire d’études sur les religions monothéistes au CNRS . Elle est également professeur de littérature et de civilisation française dans une université à Tunis. Dans un laborieux travail de recherche avec des documents et des références à l’appui, Hela Ouardi nous plonge dans le récit des derniers jours du prophète Mohamed.
Elle évoque des conditions troubles ayant marqué les derniers jours du Messager de l’islam et la guerre ouverte sur sa succession et l’instauration du premier Calife de l’islam, ou du Amir ou Prince des croyants, terme utilisé à l’époque, avant la naissance du terme Calife avec l’arrivée de la dynastie des Abbassides.
À l’origine ou dans ce point zéro de l’islam, l’on a vécu un climat de guerre de succession, marquée par des intrigues, des assassinats et des renversements violents. Selon la chercheuse, l’origine du conflit a pour source la volonté du prophète de désigner comme successeur son gendre et cousin Ali Ibn Abi Talib . Mais son entourage et certains de ses proches compagnons l’auraient empêché d’exprimer ses dernières volontés. Il y’aurait eu une confrontation violente entre les deux antagonistes et le sang a coulé.
Plus grave encore, selon la chercheuse, cette première guerre ayant éclaté au cœur de l’islam avait empêché l’enterrement du prophète. Le corps de Mohamed fut abandonné pendant trois jours en plein mois de juin, en plein désert d’Arabie, avant d’être enterré de nuit le 8 juin de l’an 632.
Il est difficile de savoir si cet enterrement tardif, et contraire aux préceptes de l’islam, est dû à des conflits graves ayant éclaté juste après l’annonce de sa mort, ou si cela est dû à une autre hypothèse selon laquelle de nombreux croyants étaient convaincus que le prophète était immortel et serait ressuscité trois jours après sa mort, tout comme Jésus , d’où l’opposition de certains à l’enterrer.
Ce récit évoqué n’est pas pour faire la genèse de la naissance de l’islam, mais pour dire que la vérité était dissimulée sous l’effet de la tyrannie et de l’interdit absolu. Or, il est facile de nos jours de rétablir la vérité sur des faits historiques, des responsabilités d’individus, des actes placés dans leurs contexte, sans pour autant plonger dans le dénigrement ou l’attaque de la religion.
Nous avons cité ces faits, dans le souci de comprendre l’erreur de stratégie de vouloir véhiculer des valeurs dans un tunnel de tyrannie et de répression. La liberté peut créer des secousses, mais ne tue pas. En revanche, la dictature, la tyrannie, l’opacité, l’étouffement, tuent et provoquent des conséquences dramatiques et leurs malheurs s’étalent dans la durée.
Malgré tous ces faits historiques, ces parcours souvent chaotiques, ces guerres impitoyables, qui ont pour uniques vraies motivations, la question du pouvoir, l’islam allait évoluer et était sur le point d’aller dans le sens de cette progression de l’humanité.
L’empire ottoman, en dépit des insuffisances qu’on peut lui reprocher, a survécu durant plus de 500 ans et s’est étendu sur trois continents. Il a régné de la fin du XIV e jusqu’au début du XX e siècle.
L’un des secrets de sa longévité et de sa force était ce système un peu flexible et un peu moins tyrannique qui a permis la cohabitation, plus au moins juste, entre des populations, de croyances différentes. Les musulmans, les juifs et les chrétiens ont cohabité ensemble. Il est à signaler que les juifs et les chrétiens vivaient sous le statut de Dhimmi, c’est-à-dire des non musulmans vivant sous un pouvoir musulman. Un statut particulier et inférieur qui consiste à ne pas porter les armes, à ne pas faire de prosélytisme et à payer un supplément d’impôts.
Mais comme signalé, ce système plus au moins juste a permis cette cohabitation, a garanti une certaine liberté de culte, une certaine paix, sans être inquiété par les gourous, coupeurs de têtes au nom de Dieu. En effet, l’empire avait placé la question du pouvoir au-dessus de tout. La religion était beaucoup plus un moyen de gouvernance et de légitimité.
Jusqu’au début du XX e siècle, l’islam avait un visage beaucoup plus théologique que politique. Il était utilisé comme un moyen d’assoir un pouvoir, d’imposer une conduite. Mais au début du siècle dernier, Hassan Al Banna, à travers son association d’apparence modeste qu’il vient de créer, a jeté les bases d’une doctrine s’inspirant de l’islam, donnant naissance à l’islam politique qui saura comment s’adapter au terrain, s’infiltrer, tromper les apparences, dissimuler habilement ce qui ne doit pas être divulgué. Cet islam politique fera parler de lui près d’un siècle plus tard. De nos jours et dans notre génération, il n’est pas uniquement un sujet d’histoire, mais un sujet d’actualité, dont on parle, qui ne laisse presque personne indifférent et qui remplit plus de la moitié de l’actualité sensationnelle, agitée, rapportée chaque jour par les médias du monde entier.
Hassan Al Banna n’était pas un simple instituteur. Il était un fanatique sournois. Il a grandi dans le magma du salafisme. En 1923 hassan Al Banna a 17 ans. Il est admis à l’école normale du Caire qui a pour nom Dar Al Ulum fondée en 1872 par Ali Mubarek Pacha.
Dans cette école, et durant cette période, il est le muézin de la mosquée. Il conteste l’emploi du temps des études, qui ne convient pas selon lui, au temps de la prière.
Mais c’est un élève brillant et sérieux, il reçoit du ministère de l’éducation égyptien une bourse pour poursuivre des études en Europe. Al Banna rejette l’offre, très probablement pour des raisons idéologiques.
Hassan Al Bana est l’ainé d’une confrérie de 5 garçons.
Depuis son enfance, particulièrement entre 1914 et 1918, il a adhéré à de petites associations à caractère islamiste qui luttaient contre la violation de la loi islamique. Il a même été élu à l’âge de 8 ans président d’une association pour les bonnes mœurs.
Il a grandi au cœur des partisans de la doctrine salafiste opposée au soufisme.
Il a été également membre d’une autre petite organisation intégriste, la confrérie Husâffiya.
Entre 1914 et 1918, Hassan Al Banna est initié dans son village au métier d’horloger et de relieur.
En juin 1927, alors qu’il a vingt ans, il est nommé instituteur à Ismaïli.
Parmi ses frères, l’on compte Gamal Al Banna, futur grand intellectuel ayant vécu jusqu’au début du XXI e siècle, qui a écrit des ouvrages sur les sources du droit islamique, dans une approche très différente. Contrairement à son frère ainé, c’était un intellectuel rationnel, clairvoyant et lucide.
Voici l’une de ses déclarations au sujet de son frère Hassan et de la Confrérie :
« Hassan Al Banna , paix à son âme, était mon frère aîné. Il y avait entre nous une complicité forte et en même temps bizarre, puisque ma pensée n’était pas toujours en accord avec celle des Frères Musulmans . Mais mon frère Hassan était large d’esprit. Il m’acceptait tel que j’étais avec mes propres réserves qui portaient notamment sur la question des femmes, de la liberté et de l’art. Depuis l’origine, la mission des Frères Musulmans s’est concentrée sur l’éducation. Son slogan : “L’islam comme mode de vie”. Cela signifie que pour Hassan Al Banna l’islam n’est pas seulement une croyance ou une idée, mais l’islam concerne tous les aspects de la vie qui doivent être régis par l’islam. »
Cet extrémisme religieux était ancien. Parmi les repères et les fondateurs de cette doctrine rigoureuse, l’on peut citer un certain IbnTaymiya, fondamentaliste d’origine turque qui a vécu au XIII e siècle.
Mais Hassan Al Banna, en opportuniste averti avait su peaufiner et actualiser cette idéologie. La conjuguer au temps moderne et la transformer en une soucoupe volante, en un cheval de Troie pour la conquête du pouvoir et la construction d’idées de domination du monde.
L’Égypte était toujours un terrain fertile pour l’extrémisme religieux. Pour preuve, la plus célèbre des universités de l’islamisme est celle d’Al Azhar, située au Caire et fondée en l’an 929.
Les dirigeants musulmans ont ouvert des autoroutes pour le fanatisme et ont réprimé et affiché une méfiance extrême face à tout ce qui est scientifique, rationnel ou progressiste. Pour exemple, c’est Al Khawarizmi (778-850) a inventé l’Algorithme et l’Algèbre que les musulmans n’ont pas exploité et qui ont profité à d’autres.
Abou Hamid Al Ghazali, célèbre théologien et juriste islamiste qui a vécu de 1058 à 1111, était parmi ceux qui avaient réprimé tout ce qui ne cadrait pas avec l’islam tel qu’il avait été imposé. Lui et d’autres avaient excommunié des savants musulmans et légitimé par des textes et des fetwas leurs tortures et leur mise à mort. Leur savoir rationnel étaient jugés comme l’expression de l’erreur satanique assurée, de l’hérésie et de l’apostasie. Le savoir, les recherches, les connaissances mathématiques, géographiques et astronomiques développées par ces savants musulmans ont profité à d’autres et aux Européens en particulier.
Comme souligné, l’extrémisme religieux a toujours existé, même quand il était entretenu dans un terrain restreint par des groupes ou un ensemble de groupes.
Pour élargir et ratisser large, Hassan Al Banna avait su créer la méthode, la stratégie qu’il fallait. Il s’agissait de mettre en place un cadre et un mécanisme politique à même d’élargir ces idées extrémistes qui n’arrivaient pas à se répandre pour gagner des pans entiers de populations.
La fondation de son association s’est vite accompagnée d’un déploiement très actif sur le terrain et de documents lui permettant un développement structurel et doctrinal. À travers la création de cette première organisation politico-religieuse, le jeune islamiste voit grand et il est de plus en plus gagné par la folie des grandeurs, la mégalomanie et l’instinct de domination sans fin.
Seule la mort pouvait arrêter sa marche, ce qui lui arrivera, une vingtaine d’années plus tard, victime d’une violence qu’il a lui-même crée.
Cette création est également le résultat d’une conjoncture mondiale bien particulière. Nous sommes entre les deux grandes Guerres. La Première Guerre mondiale vient de s’achever laissant derrière elle une facture macabre de plus de 9 millions de victimes.
Les autres empires européens se sont acharnés contre le dernier empire musulman, pour l’achever et partager ses territoires. Il s’est débattu depuis près d’un siècle. C’est l’empire le plus puissant et le plus vaste, depuis celui des romains. Il vacille de plus en plus et ce depuis des dizaines d’années. Mais la situation s’accélère contre lui particulièrement depuis 1916. Ce vaste empire ottoman qui a fondé son pouvoir sur la base de la religion musulmane, finira par rendre l’âme en 1924, soit 4 ans avant que le jeune fanatique Hassan Al Banna ne décide de lancer la création de son organisation politique aux abords du Canal de Suez en Égypte.
Ce ne sont pas les seuls évènements qui formaient la conjoncture de ce début du 20 e siècle. Après la fin de la Première Guerre Mondial, le jeune Adolph Hitler avait su comment canaliser, exploiter et instrumentaliser les douleurs, les malheurs, les frustrations et les ressentiments du peuple allemand, conséquences de leur défaite durant la Première Guerre Mondiale et s’est lancé dans une vaste entreprise politique, qui avait pour moyen l’utilisation des voies autorisées par la démocratie, pour atteindre le pouvoir suprême et asseoir un régime totalitaire et dévastateur pour l’Allemagne et pour le monde entier.
Le nazisme est né et prenait de plus en plus de l’ampleur. Au sud de l’Europe, une autre entreprise politique folle est en marche sous la houlette de Mussolini. C’est la naissance du fascisme. Du côté de l’extrême Est de l’Europe, une autre folie politique est en train de faire des ravages. Il s’agit du communisme stalinien. Joseph Staline a su comment s’engouffrer au cœur du pouvoir politique, avant de s’en emparer et d’installer un régime brutal et absolu, loin des idéaux initiés par Lénine.
Les idées révolutionnaires, la mégalomanie, l’instinct de domination, étaient en vogue durant cette période de l’histoire de l’humanité. Comme conséquence globale, il y a eu tout d’abord La Première Guerre Mondiale avec son bilan de 9 millions de morts, et une vingtaine d’années après, la Seconde Guerre Mondiale, avec un bilan macabre de 50 millions de morts dont la plupart étaient des civils innocents et désarmés.
Le jeune Hassen Al Banna a su dans quel train placer ses ambitions politiques. Il s’est emparé d’un idéal commun, la religion.
Son entreprise politique était beaucoup plus une idée révolutionnaire qu’une démarche politique pour protéger une religion. Beaucoup de ses semblables, sous d’autres cieux et dans d’autres temps avaient des idéaux révolutionnaires, mais chacun a su comment se fabriquer un socle, pour bien bâtir leur idéologie et aller vers l’extension jusqu’à la domination du monde.
Les fonds des idées de Hassan Al Banna et d’Adolphe Hitler se ressemblent.
L’entreprise suscitera en lui une motivation hors norme et connaitra vite un succès et un déploiement spectaculaire exponentiel ce jusqu’à qu’elle devienne une organisation politique secrète tentaculaire présente dans plus de 70 pays.
Elle ne fonctionne pas aléatoirement évidemment. Ses pieds reposent sur des matelas financiers qui fonctionnent d’une façon opaque qui proviennent principalement des pays du Golfe, dont le Qatar en particulier.
Selon les différentes études et les différentes lectures faite ces dernières années, au sujet de la violence au nom de l’islam, quasiment tout nous renvoie vers cette organisation politique complexe, et secrète qui constitue l’école, la base arrière, le socle, la matrice, de toutes les organisations ultra-violentes et ayant causé la mort de milliers d’innocents et provoqué l’exode de millions de personnes. Ces organisations terroristes, dont AL Qaida, Bokoharam, le GIA , Daesh, le Djihad islamique et bien d’autres organisations ne seraient pas nées, ou n’auraient pas toute cette force de frappe, ce pouvoir de semer la mort et la terreur, sans ce socle idéologique et organisationnel. Un organigramme, une base structurelle politique de cette minuscule association lancée en 1928 par Hassan Al Banna, devenue de nos jours une multinationale politico-idéologique obsédée par l’instauration, la réhabilitation du Califat islamique et la domination du monde.
En façade, on brandit les arguments et les menaces religieuses. On met des couches de peinture en voulant faire croire qu’ils sont les représentants de l’islam, sans avoir été désignés. Ils se présentent comme voulant le bien des musulmans. Ils veulent réislamiser les musulmans eux-mêmes. Défoncer des portes ouvertes depuis 1400 ans et mobiliser tout ce qui est en leur pouvoir pour islamiser toute l’humanité, sous prétexte de sauver le monde des feux de l’enfer et des châtiments d’un dieu qu’ils ne présentent pas comme repère de paix et d’amour, mais comme un tyran, une terreur, un créateur ne cherchant que le moindre prétexte pour jeter ses créatures dans les feux de l’enfer.
Leur politique est un mélange de tout. C’est une méthode, une stratégie de gestions des contradictions, de dissimulation des vrais objectifs, à savoir cette soif de pouvoir qui est presque innée chez l’être humain. Mais aussi leurs moyens sont les capitaux provenant en abondance des pétrodollars, des appuis et des arguments religieux plus que douteux, la violence et la volonté permanente et obsessionnelle de ne jamais lâcher une proie capturée dans leurs filets, jusqu’à ce qu’elle devienne un sujet, un poids mort entre leur main, pour l’utiliser comme objet de propagande, chair à canon ou militant aveuglé au service de leur projet politique, sous pavillon religieux.
La stratégie est simple, mais très efficace : s’emparer des moindres recoins lorsqu’on investit la société. Il faut charmer, séduire, aveugler les populations. Exploiter au maximum la détresse des laissés pour compte, victimes de systèmes politiques injustes et autoritaires. Par la suite, il faudra s’occuper de l’individu, puis de la famille, puis investir tous les secteurs, toutes les branches qui constituent l’arbre d’un État . Puis , lorsque le moment est jugé opportun, il faudra aller vers l’assaut du pouvoir suprême. D’un État islamique, passer à plusieurs et former ainsi un Califat , puis à partir du Califat , étendre l’hégémonie, pour dominer le monde, asseoir ce qu’appelle Hassan AL Banna le Tamkin , c’est-à-dire la domination globale.
Oui, Hitler et d’autres aussi avaient dans leurs têtes ce rêve, cette mégalomanie sans fin. Si Hitler avait comme argument la supériorité de la race Ariane, les Frères ont la fausse légitimité religieuse, la fausse délégation au nom de l’islam. La conquête du pouvoir et la force de domination reposent sur une politique et une doctrine élaborées et dirigées par de soi-disant chefs se réclamant représentants de l’islam sur terre et nouveaux prophètes qui défoncent des portes ouvertes.
Revenons au début du XX e siècle. Hassan Al Banna, comme cité précédemment a su comment exploiter et instrumentaliser la détresse et le ressentiment collectif des populations de l’Égypte.
Cela ressemble à l’utilisation de la force du vent pour faire déplacer leur navire politique. La même méthode est utilisée globalement jusqu’à nos jours par cette organisation. Toute situation de misère est vue par la Confrérie comme une opportunité à exploiter pour étendre la base militante, endoctrinant la masse désespérée et la mettant au service de leur projet politique.
Durant cette période, c’est-à-dire durant les années précédant la chute de l’empire ottoman, les populations dites arabes étaient dans le désarroi, la détresse et l’égarement à la fois politique, idéologique, économique, géographique et social. Ajoutons à cela un sentiment de culpabilité rongeant la conscience de chacun, sentiment d’avoir trahi et de ne pas avoir été capables de défendre leur empire. Mais beaucoup d’autres sentiments rongeaient ce monde arabe au début de ce XX e siècle, dont celui d’avoir raté le train de la marche du monde.
Revenons encore un peu en arrière pour comprendre.
L’empire ottoman s’est débattu pendant près d’un siècle avant de rendre définitivement l’âme. Le 1 er novembre 1922, Mustapha Kemal, dit Atatürk, abolit l’empire ottoman et proclame la république de Turquie, mettant fin à plus de 500 ans de règne sur un territoire s’étendant sur trois continents.
L’empire est né à la fin du XIV e siècle, dans l’Anatolie, en Asie mineure. En 1453 les Ottomans soumettent l’empire byzantin dont la capitale Constantinople deviendra Istanbul. À son apogée au 16 siècle, sous le règne de Soliman le Magnifique, ils arrivent aux portes de Vienne où ils sont défaits en 1683. Mais près d’un siècle plus tard, un évènement majeur qui a lieu en France fera découvrir à l’humanité, un nouvel ordre politique, qui d’ailleurs influera négativement sur les Ottomans et sera l’un des facteurs déclencheurs de la chute de l’empire. Il s’agit de la révolution française de 1789. C’est un nouvel ordre politique qui véhicule les aspirations des peuples à la liberté et à l’émancipation, incompatible avec l’idée de l’empire.
Une trentaine d’années plus tard, soit en 1821, les Grecs se soulèvent contre la domination turque. L’idée de liberté atteint rapidement les territoires qui souffrent de l’injustice et de la domination des Ottomans. La révolte éclate et devient vite une guerre d’indépendance. Rappelons qu’à l’intérieur de cet empire, à l’instar de tout territoire occupé par la force, la cohabitation se caractérisait par l’arbitraire et la discrimination. On distinguait la population musulmane et la population non-musulmane qui avait le droit de conserver et de pratiquer sa religion, chrétienne ou juive, mais devait subir le statut discriminatoire de Dhimmi . Le dhimmi n’a pas le droit de porter les armes, n’est pas recruté dans l’armée ni dans l’administration et est soumis à l’interdiction de faire du prosélytisme.
Les autres royaumes voisins des Ottomans, engagés dans une lutte d’influence, ne restent pas indifférents et apportent leur soutien à la révolte des Grecs.
En 1829, l’indépendance de la Grèce est négociée à Londres avec la France, la Grande Bretagne et la Russie. C’est la première amputation opérée dans le corps titanesque de l’empire ottoman.
Plusieurs sultans se sont succédé au trône des Ottomans , chacun usant de sa stratégie pour tenter, en vain, de sauver l’empire, Abdul Madjid avec sa vague de réformes, Abdul Hamid le 34 e sultan qui a tenté de reconstituer la puissance de l’Empire dans l’Est , en tentant de jouer la carte de l’islam et en valorisant les lieux saints, Mhamed V, qui s’est proclamé Calife et a appelé à la guerre sainte. Il accepte de partager son pouvoir avec le mouvement des Jeunes Turcs dans un semblant de monarchie constitutionnelle. Mais il assiste impuissant à l’effondrement de l’empire et l’armistice sera signé, juste après sa mort, par son frère Mohamed VI .
Après les Grecs, la fièvre de la révolte gagne d’autres pays en particulier dans les Balkans. À partir de 1913, c’est la fin de la présence des Ottomans en Europe.
Ce qui restera comme puissance à l’Empire ottoman sera balayé par la Première Guerre mondiale. Mais au cœur de cette guerre, soit en 1916, un détail majeur va accélérer la chute et la dislocation définitive de l’Empire . Il s’agit du soulèvement des arabes musulmans qui mènent une révolte, un djihad contre l’empire musulman aux cotés des États européens. Ils trahissent ainsi le Califat , avant d’être trahis à leur tour par leurs alliés européens.
Entretemps , les Britanniques occupent l’Égypte en 1882 et se substituent ainsi aux Ottomans , tandis que les Français occupent déjà les pays de l’Afrique du Nord , l’Algérie en 1830, la Tunisie en 1881 et le Maroc en 1912. L’Italie envahit et occupe la Lybie en 1911.
Comme rappelé plus haut, le sultan Mhamed V, tout comme son prédécesseur, le sultan Abdelhamid, ont fait de l’islam un argument politique et stratégique de premier plan dans un sursaut ultime pour sauver l’Empire. Il concentre ses efforts sur les territoires symboliques de l’islam, à savoir le Yémen, le Hedjaz, la Syrie, la Palestine et la Mésopotamie. Il est important de rappeler qu’à sa naissance, l’empire ottoman était laïc. Progressivement, il utilise la carte de l’islam pour asseoir son hégémonie sur le monde. Il est ainsi la dernière dynastie à détenir l’autorité califale.
Les Ottomans multiplient des gestes envers les populations de ces territoires pour conserver leur loyauté envers à l’empire. C’est ainsi que de nombreux projets économiques et sociaux sont réalisés : construction d’un chemin de fer, d’une ligne express reliant directement Istanbul à la Mecque, ouverture d’écoles et d’académies, mise en valeurs des élites locales et leur intégration dans l’armée et l’administration.
Ils font de l’islam le ciment pour le maintien de l’empire. En plus du titre de sultans, ils prennent celui de Califes, commandants des croyants, guides de l’islam et souverains.
Après avoir été défait dans toute la partie occidentale de l’Europe, l’Empire joue, en plus de la carte de l’islamisme, celle de l’arabisme, pour tenter de susciter les sentiments de ces régions arabes.
Les premiers noyaux de l’arabisme seraient nés durant cette période crucial de l’empire Ottoman. C’est de cet événement précis que naissent les premières idées du nationalisme arabe, qui se développe par la suite. Et c’est sur cette vague naissante qu’aura à surfer plus tard Hassan Al Banna, pour faire de cette idéologie, une force à deux têtes, l’arabisme et l’islamisme.
C’est cette même vague qui portera également les officiers de l’armée égyptienne, à leur tête Gamal Abdenasser, qui après avoir renversé le roi Farouk, grâce au concours des Frères Musulmans, trahiront le pacte et lanceront l’idéologie du nationalisme arabe.
Sur cette foulée survient le génocide arménien en 1915 exécuté par les troupes de l’Empire ottoman et qui fera plus d’un million de victimes, soit les deux tiers de la population et d’innombrables déportés dans le désert de Syrie.
Le trio des Jeunes Turcs formé par Djamel Pacha, Talat Pacha et Enver Pacha, respectivement ministre de la marine, de l’intérieur et de la guerre, détenait le vrai pouvoir durant les dernières années de l’Empire.
En plus d’engager l’Empire aux cotés de l’Empire allemand et de l’Autriche, ils recentrent le pouvoir à Istanbul pour mieux contrôler la situation. Cette politique suscite la naissance de voix contestataires dans les territoires musulmans arabes, bien que l’écrasante majorité des populations demeurent loyale à l’Empire. Ces voix contestataires réclament plus de flexibilité et de décentralisation par rapport au centre de l’Empire basé à Istanbul, comme cela a toujours été le cas.
Au printemps 1916 des activistes sont arrêtés et exécutés à Damas, à Beyrouth et en Palestine. La colère contre l’empire s’accentue.
On est dans les balbutiements du nationalisme arabe. À cette dynamique, Hassan Al Banna greffera l’idéologie de l’islam, pour fabriquer cette machine destructive du nationalisme arabo-islamiste.
La gestion des lieux saints de l’islam est confiée à l’imam Hussein, un vassal des Ottomans. Il préfère le titre de Sharif Hussein, un titre honorifique attribué aux personnes proches de la famille du prophète Mohamed. Il appartient à la tribu Hachémite, dont est issu le prophète Mohamed.
Dans le vacarme de cette guerre, les chefs de l’Empire l’approchent pour lui demander de lancer un appel à la guerre sainte, en usant de son pouvoir et de son autorité morale pour entrainer un maximum de musulmans dans la défense de l’Empire face aux menaces des empires chrétiens.
Mais le Sharif Hussein pose une condition, celle de régner sur un territoire autonome s’étendant sur tout le Hedjaz, correspondant à la péninsule arabique actuelle. Les Jeunes Turcs, furieux, menacent de le destituer.
Entre temps, émerge un jeune archéologue anglais, devenu officier de renseignements. Il s’appelle Thomas Edward Lawrence qui devient par la suite Lawrence d’Arabie, un surnom qui témoigne du degré de complicité née entre lui et les dirigeants arabes dans le but de faire tomber l’empire ottoman.
Thomas Edward Lawrence est à l’origine un anthropologue et un écrivain talentueux. Il est vite recruté et utilisé par les services secrets britanniques comme espion et agent chargé de liaison avec les tribus bédouines du désert d’Arabie.
Les Britanniques exploitent vite la situation de crise à leur profit. Ils prennent immédiatement attache avec le Sharif Hussein et lui proposent plus que ce qu’il désire. Ils lui offrent la création d’un grand royaume arabe et islamique s’étalant sur plusieurs territoires de la région et dont la capitale serait Damas. Tous ces territoires seront autonomes et placés sous son autorité en échange de sa révolte contre l’empire ottoman.
La manœuvre fonctionne. Le Sharif Hussein accepte le contrat. Il appelle immédiatement à la révolte, la guerre sainte contre l’empire islamique ottoman.
C’est son fils Fayçal qui mène cette révolte.
Le rêve ou le fantasme de la création d’un royaume arabo-islamiste faisant face à l’Empire ottoman commence à se réaliser.
Le rôle des Arabes est de mener des actions subversives, des attaques et des opérations de sabotage pour affaiblir au maximum les forces de l’empire et permettre aux troupes britanniques d’avancer vers ces territoires.
Comme symbole de rupture définitive, les troupes de Fayçal détruisent la ligne de chemin de fer reliant Istanbul à la Mecque, réalisée en 1900 par le sultan Abdelhamid.
Grace à la révolte du chef spirituel des lieux sacrés de l’islam, les Britanniques avancent vite dans leur conquête des territoires sous domination ottomane depuis des siècles. Après une bataille commencée le 17 novembre 1917 contre les troupes ottomanes, soutenues par l’Allemagne , les troupes britanniques, aidées des troupes australiennes et néo-zélandaises, à leur tête le général anglais Allenby , rentrent victorieuses dans Jérusalem le 30 décembre 1917.
Mais quelques temps avant, soit en 1916, une décision politique sur la Palestine dont l’impact se répercute encore sur notre actualité, se produit à Londres.
En effet, le 2 novembre 1916, le ministre britannique des affaires étrangères Lord Arthur James Belfort , dans un courrier adressé à Lord Walter Rothschild qui représente la communauté juive britannique, l’informe que la Couronne envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif.
Voici le texte de la célèbre lettre, plus connue sou l’appellation de « Déclaration de Balfour » :
« Cher Lord Rothschild ,.
J’ai le plaisir de vous adresser, au nom du gouvernement de Sa Majesté , la déclaration ci-dessous de sympathie à l’adresse des aspirations sionistes, déclaration soumise au cabinet et approuvé par lui.
“ Le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif, et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif, étant clairement entendu que rien ne sera fait qui puisse porter atteinte aux droits civils et religieux des collectivités non juives existantes en Palestine , ni aux droits et au statut politique dont les juifs jouissent dans tout autre pays.”
Je vous serais reconnaissant de bien vouloir porter cette déclaration à la connaissance de la Fédération Sioniste .
Arthur James Balfour »
C’est la naissance du futur confit palestinien, dont les arabo-islamistes tirent jusqu’à ce jour tous les arguments de victimisation. Il est vite transformé en un fonds de commerce inépuisable. C’est un différend, largement instrumentalisé, sorti de son contexte de conflit de territoire pour devenir un conflit idéologique. Il fait plus office de machine de diversion pour des despotes arabes, avec absence de réelle volonté de soulager le peuple palestinien de ses misères. Nous allons voir également plus loin comment les Frères Musulmans vont exploiter et exploitent jusqu’à ce jour cette cause. Elle est brandie comme une carte politique de premier plan.
À vrai dire, le pauvre peuple palestinien souffre d’une double occupation. Occupation israélienne et prise d’otage entre les mâchoires de l’idéologie arabo-islamiste.
Les despotes exploitent ce conflit pour se maintenir au pouvoir et les frères musulmans l’exploitent pour conquérir ce même pouvoir.
À titre d’exemples, Saddam Hussein avait tenté de jouer la carte de la Palestine pour justifier son invasion du Koweït en août 1990. Le chef de l’organisation terroriste d’Al Qaida , Oussama Ben Laden avait lui aussi tenté de jouer sur la corde sensible de la cause palestinienne pour tenter de se justifier, se légitimer et rallier un maximum de forces dans ses rangs. Gamal Abdenasser , avait également usé de discours populistes en instrumentalisant le problème palestinien allant jusqu’à entreprendre, victime de sa mégalomanie, plusieurs guerres qu’il perd. N’oublions pas enfin l’initiateur de l’islamisme moderne ou de l’islam politique, et objet principal de notre étude, Hassan Al Banna qui a exploité à fond cet atout pour galvaniser, mobiliser et enrôler aveuglement les populations.
Les Britanniques et toutes les forces alliées dépècent de plus en plus le corps de l’empire ottoman.
À la fin de septembre 1918, Damas , la capitale, le symbole de la puissance et de la présence ottomane dans la région, tombe ! Immédiatement , le prince Fayçal gagné par l’euphorie, proclame un gouvernement provisoire. Pour lui, c’est la victoire. Le but est enfin atteint et c’est tout un rêve qui se concrétise. C’est la naissance d’un royaume arabo-islamique sur les décombre de l’empire ottoman.
En juillet 1918, le sultan Mhamed V meurt. Il est remplacé par son frère Mohamed VI . En octobre 1918, les alliés des Ottomans cèdent sur le front européen.
Le 31 octobre 1918, Mohamed VI , le nouveau sultan, incapable de continuer la guerre est contraint d’accepter l’armistice. Les fameux trois ministres leaders du mouvement Jeunes Turcs prennent la fuite vers une destination inconnue à bord d’un sous-marin allemand.
C’est la fin de l’histoire du dernier Califat islamique.
Ce qu’ignorent le prince Fayçal et les Arabes qui se sont révoltés contre l’empire ottoman, contre la promesse de la création d’un nouveau Califat islamique arabe, est qu’en plus de la décision des Britanniques et de leurs alliés de créer un foyer pour le peuple juif en Palestine un travail secret a été effectué dans les bureaux de Londres et de Paris sur le partage du Moyen Orient.
Ce plan secret de partage qui a eu lieu en mai 1916 est connu sous le nom de Sykes-Picot. Il tire son appellation de deux diplomates, le Britannique Marc Sykes et le Français, François Georges-Picot. Ils découpent le Moyen Orient en cinq zones :
1 – la zone comprenant l’actuel Liban qui sera administrée par la France,
2 – le nord de la Syrie et la province de Mossoul qui seront sous influence française,
3 – l’actuel Koweït et la Mésopotamie qui seront administrés par la Grande Bretagne,
4 – Une partie de l’actuel Irak, de la Palestine, de la Jordanie et de la Syrie seront des zones sous influence britannique,
5 – Jérusalem et Saint-Jean-D’acre constitueront une zone d’administration internationale.
Il est à signaler que ce plan a été abandonné en 1918, après que les bolchéviques ont révélé son existence. Il sera remplacé par un autre, tout en restant dans la même optique de partage des territoires de l’empire ottomane, face à des chefs arabes crédules et assoiffés de pouvoir.
Après la signature de l’armistice, les alliés organisent le 18 janvier 1919 une conférence de La Paix au château de Versailles à Paris .
Le prince Fayçal vient à Paris pour y assister, mais surtout pour rappeler aux Britanniques leur promesse de la création d’un grand royaume arabe, dont la capitale serait à Damas et dont la couronne reviendra à sa famille. Mais Fayçal réalise que les promesses n’engagent que ceux qui y croient. La question de la création d’un royaume arabe n’est même pas discutée ou inscrite à l’ordre du jour de la conférence.
Fayçal, pressentant l’échec de son rêve, tente de négocier en présentant des concessions, mais en vain.
Après un dernier combat mené par ses troupes en juillet 1920, Fayçal est exilé et son rêve de royaume s’évapore sous le ciel de l’Arabie et de Damas.
Fayçal et son père le Sharif Hussein ont été clairement trahis par les Britanniques et les Français après avoir trahi eux-mêmes leur propre empire, leur dernier Calife.
Ce moment historique joue un rôle important encore de nos jours. Il représente un volcan permanent qui s’alimente sans cesse de frustrations. Un sentiment de culpabilité collective, que des politiques, tels que Hassan Al Banna, plus tard Gamal Abdenasser, Saddam Hussein, Oussama Ben Landen et jusqu’à Al Baghdadi et son organisation de l’État Islamique, ou Daesh, tenteront d’exploiter, pour aveugler, faire miroiter des mirages aux pauvres peuples emprisonnés entre les murs des dictatures, victimes de la de régression et du totalitarisme.
Pour traiter le sort de l’empire ottoman, les alliés organisent d’autres conférences. Un traité est signé le 10 août 1920 par lequel des mesures contraignantes sont prises contre l’Empire. Il est désormais réduit à un petit territoire dans la zone d’Istanbul.
Le territoire ottoman était en 1914 de 1 780 000 km2 et sera réduit à 420 000 km2 en 1920.
Furieux, le jeune officier Mustapha Kamel, déclenche une révolte. Il abolit l’empire ottoman le 1 er novembre 1922 et proclame la république de Turquie. Dans son offensive, il inflige plusieurs défaites à la fois aux Arméniens, aux Français, aux Italiens et aux Grecs. Il récupère des territoires entiers dans la région. Il renverse ainsi la donne et imposer un nouveau traité qui sera signé à Lausanne, en Suisse en 1923.
Mustapha Kamel, sera surnommé par la suite Mustapha Atatürk, où Mustapha, le père fondateur de la Turquie. Il est le fondateur et le premier président de la république de Turquie jusqu’à sa mort le 10 novembre 1938.
En homme averti, il décide de rompre avec les idées d’empire prônées par ses prédécesseurs. Il concentre son énergie sur le développement et la modernisation de cette nouvelle république. Dans ce sens, il décide de couper net avec l’islam politique, d’instaurer la laïcité, de se détacher de la langue et de la culture arabes, d’imposer la langue turque et de ne prendre de l’islam que sa dimension identitaire qu’il a d’ailleurs associée dans la définition de la république de Turquie.
Beaucoup, par ignorance ou par opportunisme, s’interrogent sur les secrets de la situation de la Turquie. Un pays qui se détache du lot des pays définis comme musulmans. C’est un pays moderne, avec une économie forte et un peuple épanoui.
Cela est directement le fruit des décisions courageuses de Mustapha Atatürk de couper dans le vif et de s’éloigner de l’arabo-islamisme, élément qui empoisonne et qui plombe les pays musulmans. Évidemment, ce n’est ni l’islam, ni la langue arabe qui posent problème, mais bien la manipulation de l’Islam qui se transforme en idéologie politique, l’islamisme et l’instrumentalisation de la langue arabe, qui promeut l’arabisme. C’est la recette utilisée avec énormément d’abus par les différents dirigeants, dans le seul but de se maintenir au pouvoir ou de s’en accaparer.
La langue officielle en Turquie est la langue turque. Récemment, emportés par leur élan de fierté et de populisme islamiste, certains milieux ont tenté de faire revenir en arrière ce pays par différent moyens. Ils ont ainsi, à titre d’exemple, tenté d’user de la langue arabe dans les rues de la Turquie, à l’exemple des enseignes de magasins et d’autres panneaux écrits en arabe. L’intervention des autorités a été immédiate pour interdire cette manœuvre et y mettre un terme.
Les courants politiques arabo-islamistes ont échoué dans presque toutes les manœuvres tendant à faire renaitre le Califat islamique même sous une autre forme et ainsi abolir les tracés de Sykes-Picot. L’échec est en continu depuis les Frères Musulmans de Hassan Al Banna jusqu’à Daesh, en passant par Gamal Abdenasser, Saddam Hussein, Al Qaida.
Des vidéos ont montré des Djihadistes de Daesh dans leur progression entre la Syrie et l’Irak, détruisant des panneaux symbolisant les limites territoriales entre ces deux pays. Ils ont crié Allah Akbar, tout en prononçant les noms des signataires du traité, Sykes-Picot. Ils prenaient ainsi leur revanche sur un passé humiliant remontant à près d’un siècle.
La dernière défaite se produit avec l’échec de ce même projet du Califat qu’Al Baghdadi voulait créer entre la Syrie et l’Irak et extensible ultérieurement vers les autres territoires.
Pour calmer leur déception et tenter de rebondir sous une autre forme, l’alternative est trouvée en hissant l’actuel président de la Turquie au statut de héros et en nouveau porte-drapeau de ce courant politico-religieux.
Erdogan, en despote mégalomane, atteint de la folie des grandeurs, joue-en ce moment le jeu avec eux. Le personnage nécessite tout un chapitre dans ce livre. Je l’évoque ici au passage afin de démontrer le lien qui existe entre lui et le courant islamiste, ainsi que le cheminement des événements depuis le 1 er novembre 1922, date de la signature de l’acte de mort de l’empire Ottoman par Mustapha Atatürk.
Pour comprendre ce qui se passe actuellement, il faut d’abord savoir que tous les évènements sanglants vécus par le monde ces dernières années sont le résultat de l’onde de choc de la chute de l’empire ottoman et des décisions ayant suivi sa disparition.
Les islamistes de tous bords jouent à fond la carte d’Erdogan, un islamiste en costume cravate. Pour eux, Erdogan est un islamiste qui a réussi. On le cite comme exemple et on propage à travers lui l’idée de la modernisation d’un pays ou d’un ensemble de territoires dans le cadre d’un État islamique.
Mais ce que ne peuvent jamais accepter les partisans de cette idéologie est que la Turquie a pu se détacher du lot du sous-développement et de la régression qui caractérisent les pays arabes et musulmans grâce aux bases jetées par Mustapha Atatürk, notamment l’instauration du principe de la laïcité et la propulsion de la Turquie vers les horizons du rationnel et de la modernité.
L’embellie actuelle de ce pays trouve ses origines dans la Turquie d’Atatürk, mais Erdogan en opportuniste averti exploite à outrance les succès économiques de la Turquie en faisant accroire que c’est grâce à ses idées islamistes.
Il était facile de reconnaitre un parti islamiste rien que dans son appelation. Exemple : parti du salut islamique, front islamique, parti de l’unicité etc.
Mais depuis qu’ils sont perdu en crédibilité, mais aussi dans certains pays à l’exemple de l’Algérie où l’administration les a contraints de ne pas afficher les signes religieux pour l’appellation de leur parti, ils ont décidé de changer de tactique.
Plusieurs partis politique islamiste dans les pays arabes utilisent les termes Justice et le Développement comme appellation de leur organisation, tout en évitant d’afficher le mot islam. Par ailleurs, ce nom est celui donné au parti d’Erdogan à son parti qui est aux pouvoir actuellement en Turquie.
On loue avec excès la personne d’Erdogan. Mais on parle rarement de Mustapha Atatürk. Pour eux, Erdogan est le fondateur de la nouvelle Turquie. Une Turquie qui est méconnue de nos jours et qui s’éloigne dangereusement des valeurs et des fondements de Mustapha Atatürk. Il est difficile de faire admettre à un militant de cette nébuleuse que la Turquie tire ses forces de ses racines, des fondements et les orientations de Mustapha Atatürk.
Même si on réussit à opposer des arguments incontestables à ses partisans, ils font dans le déni. Ils sont formatés, endoctrinés, programmés tels des robots, qui ne vivent que pour un seul but : l’instauration d’un État islamique et totalitaire.
La Turquie actuelle, prise en otage sous la dictature déguisée de Erdogan est un pays de contradictions. Il est à la fois islamique et laïque, à la fois une démocratie et une dictature, à la fois, un pays ouvert et fermé.
Erdogan ne doit revendiquer aucun mérite sur l’état actuel de la Turquie. Au contraire, sa politique aveugle risque de la reléguer dans la voie de la régression et de la perte de ses valeurs et de ses repères. Par sa politique de répression, il est en train de faire perdre à la Turquie son éclat et son rayonnement. Ni les poètes, ni les écrivains, ni les journalistes, ni les pasteurs, ni les artistes ne sont épargnés par la répression de ce fou de la Turquie.
Ce pays, qui avait connu un développement à deux chiffres est en train de s’approcher de la récession et de crises économiques majeures, conséquence directe de la politique néfaste et du despotisme.
La Turquie actuelle est un mauvais exemple et le prototype d’une imposture, d’un accaparement par des courants islamistes des résultats induits par des laïques, qui ont su comment rompre avec les boulets de l’archaïsme et émanciper ce peuple.
Entre Mustapha Atatürk et Erdogan c’est le jour et la nuit.
Le grand perdant du bouleversement qui a découlé de la Première Guerre Mondiale est le peuple kurde. Tout comme les Berbères, les Kurdes restent un peuple sans État.
Ils sont victimes d’enjeux politiques et d’intérêts entre les différentes puissances. Leur droit légitime se trouve broyé sous les machines impitoyables du jeu d’intérêts. Les Kurdes sont aujourd’hui écartelés, dispersés, déchirés entre trois pays principaux, à savoir, la Turquie, la Syrie et l’Irak. Et pourtant, dans les moments décisifs et lorsqu’il s’agit de faire face au monstre de Daesh par exemple, les Kurdes sont montés aux premières lignes. À la chute de l’État islamique d’Al Baghdadi, les Kurdes sont de nouveau retournés à leur statut de laissés-pour-compte.
L’idéologie arabo-islamiste se nourrit en grande partie de l’écrasement et de l’effacement des autres identités et des autres civilisations, particulièrement les berbères et les kurdes. Leur existence repose sur les décombres de ces peuples écrasés sous le poids de cette idéologie.
Mais arrivera un jour où les différentes puissances comprendront que ces peuples, ces civilisations constituent en réalité l’alternative, l’antidote contre cette idéologie tyrannique, totalitaire, méprisant et combattant au grand jour, les règles minimales des valeurs universelles de liberté, de démocratie et du droit de vivre pleinement son identité.
Hassan Al Banna et Adolf Hitler étaient aveuglés par leurs ambitions démesurées de s’emparer du pouvoir et de s’emparer le plus possible de territoire. Tous deux ont su comment exploiter et capitaliser le désarroi, les frustrations, la culpabilité, les déceptions, les douleurs, le naufrage de peuples sortis fracassés, broyés de la Première Guerre Mondiale . Sur cet ensemble d’éléments explosifs, ils ont su inventer et construire le nationalisme, une idéologie politique basée sur l’irrationnel, la répression de toute idée contraire et la suppression de toute tête émergeant au-delà de la ligne horizontale qu’ils ont tracée. Ils ont comme leitmotiv et comme devise le mépris et la haine de l’autre. La haine est présente partout dans leurs discours, dans leurs idées, leur gestion et leur progression.
Si Hitler a laissé le sinistre livre Mein Kampf, Hassan Al Banna a aussi rédigé des documents et des livres semblables.
Mais aujourd’hui Hitler est mort et ses idées sont enterrées avec lui. Le monde entier, particulièrement l’Occident, veille au grain pour ne laisser aucune chance aux idées d’Hitler de renaitre sous une forme ou sous une autre.
Mais les idées de Hassan Al Banna sont toujours vivaces. Ses pensées sont entretenues, financées, soutenues, scandées, proclamées et louées au grand jour. Son sinistre flambeau est repris de génération en génération.
Certains de ses héritiers, dont son petit-fils, Tarik Ramadan qui se fait passer pour un Hassan El Banna en plus moderne, ont repris le flambeau et sont partis à l’assaut de l’Occident et des moindres recoins des banlieues et des grandes villes occidentales.
L’action ne se limite pas à la diffusion de cette idéologie, le pire est que, d’après mes investigations, cette idéologie fondée depuis 1928 constitue la matrice incontestable de toutes les violences que nous vivons, particulièrement depuis la fin du siècle dernier et en ce début du XXI e siècle.
Cette Confrérie, dont peu de gens parlent et dont peu de gens connaissent le rôle et les ramifications, est directement ou indirectement responsable de tous les morts, les violences, les guerres, le chaos, cette guerre mondiale de terrorisme que nous vivons et qui n’épargne personne.
C’est peut-être rassurant d’entendre parler de la lutte antiterroriste, de stratégie de guerre, d’élimination des groupes terroristes, mais cela ne résoudra pas le problème à la base si l’on n’a pas la prise de conscience et le courage politique de s’attaquer à la matrice qui provoque tout ce chaos.
Le terrorisme armé n’est que l’une des branches principales qui émanent d’un tronc, vieux de 90 ans, qui se répandent sur 80 pays et qui roulent sur des tapis de milliards de dollars.
C’est une organisation secrète, vicieuse, déterminée à s’emparer des pouvoirs par tous les moyens, à s’étendre sans fin, jusqu’à dominer le monde.
Ma modeste contribution, avec mes modestes facultés et mes moyens très limités va dans ce sens. Je n’ai aucune prétention, hormis celle d’apaiser ma conscience face au mal, au massacre, à la tuerie. J’ai vécu ce climat de terreur pendant 20 ans en Algérie et je continue à le vivre ici en France.
Ne pas oser parler, ne pas oser tenter de comprendre, ne pas oser cerner, expliquer, illustrer d’une manière simple et pédagogique ce mal en me basant sur mon propre vécu est une lâcheté, qui perturberait ma conscience et s’opposerait à mes valeurs, d’homme libre appartenant à une civilisation et à une identité. Je choisis de parler, de dénoncer, de dire ce que je pense.
Hassan Al Banna avait construit des mythes. Il avait exploité avec efficacité des fantasmes de tous genres. Il avait excessivement instrumentalisé la religion de l’islam et la langue arabe. Il avait construit des idées, des théories pour désarmer, hypnotiser et engourdir les intelligences.
Il est pourtant simple de le contrecarrer. Il suffit de prendre l’inverse de son chemin. Tenter de savoir qui il était, comment il a procédé, quelles étaient ses théories. D’où puisait-il ses forces. À partir de là, il faudra construire des contre-théories, contre-attaquer intelligemment, jusqu’à la destruction de ses mythes, démonter son imposture, mettre à nu ses arrières pensées, ses prétentions et ses véritables ambitions. Remettre dans leur cours naturel les fleuves détournés de la belle langue arabe et de l’Islam sensé prêcher l’amour, la paix, la tolérance et la cohabitation entre les différents peuples du monde.
En 1928, l’Égypte est sous domination de la Grande-Bretagne qui contrôle son armée, sa politique et le Canal de Suez.
Hassan Al Banna, après avoir créé sa Confrérie, n’est pas resté les bras croisés. Mu par son ambition et son idée révolutionnaire, il se déploie immédiatement sur le terrain et se lance dans un incroyable travail de proximité dans l’Égypte profonde.
Il use d’un langage simple, accessible. En bon orateur, Il joue sur la sensibilité, la naïveté et l’ignorance des gens pour faire passer son message, convaincre, susciter de l’émotion, et pousser à l’engagement absolu de ses adeptes.
L’occupation britannique est naturellement le sujet favori de ses interventions. Selon lui, pour libérer le pays de la colonisation, il n’existe qu’un seul moyen : l’islam social. Il lutte avec acharnement pour installer une infranchissable ligne de démarcation avec les valeurs occidentales. Il lance une politique de diabolisation de toute idée d’imitation du modèle occidental.
En plus de la politique, il affiche clairement l’option du Djihad islamique comme moyen offensif de se débarrasser du colonialisme anglais.
Il se lance dans un vaste travail de structuration et de mise en place d’une stratégie globale en vue de propager son idéologie.
En 1932, Hassan Al Banna est muté au Caire. Le siège de la Confrérie est également transféré vers la capitale. Durant la première année de la création de la Confrérie, il crée des écoles de formation de militants. Le programme de formation comprend les techniques de communication, la lecture et l’interprétation du Coran, l’étude des Hadiths et la biographie du prophète.
Durant la première année, l’on compte déjà une soixantaine de personnes qui suivent ces formations de militants. En 1933, après les hommes, la Confrérie veut conquérir et mobiliser la gente féminine. Elle crée ainsi la branche féminine des Frères Musulmans .
En parallèle, il s’investit énormément dans le social, pour toucher le cœur de la société. Il lance des actions populaires caritatives : réalisation de centre de soins, de bibliothèques, de micro-entreprises et d’aide au nécessiteux.
Il est en offensive sur plusieurs fronts à travers une action sociale de bienfaisance assez efficace puisqu’elle permet de faire passer le discours dans les milieux défavorisés.
En 1936, Hassan Al Banna publie un Manifeste de 50 points, exposant ainsi le programme et les orientations de cette organisation.
Pendant ce temps, la crise palestinienne prend de plus en plus d’ampleur. Hassan Al Banna l’exploite et l’instrumentalise à fond. Il est conscient que cette cause sera une carte importante pour élargir sa base militante et fédérer un maximum de musulmans dans l’Égypte et au-delà en jouant sur leur sensibilité et en s’appuyant sur le concept de l’ennemi juif et occidental en général.
En 1935, accompagné de son frère Abdel Rahman , il se rend à Jérusalem pour y rencontrer le Mufti Hadj Amine Husseini au sujet de la cause palestinienne. Il s’agissait de savoir comment engager la Confrérie dans le combat politique pour la cause palestinienne arabe.
Il n’abandonne pas son bâton de pèlerin politique, le prosélytisme et la propagande sont les deux jambes de la Confrérie . En 1938, elle obtient des succès incroyables. Al Banna parcourt presque la moitié des 4000 villages d’Égypte . Il préconise le travail de proximité en allant à la rencontre des populations. Cette stratégie constitue encore de nos jours le trait caractéristique de la confrérie.
En 1938, la Confrérie compte deux millions d’adhérents. L’inquiétude gagne de plus en plus la monarchie sous le règne du roi Farouk.
Al Banna affiche de plus en plus ses visions politiques au nom de l’islam. Il affiche au grand jour son opposition à la conception d’un islam restreint à sa dimension spirituelle. Pour lui l’islam est un tout. C’est un projet de société qui englobe la gestion des affaires privées et publiques. Pour lui, l’islam a une dimension religieuse mais également politique. Il affiche clairement son objectif suprême qui est celui d’instaurer un Califat.
À partir de 1936, en plus des campagnes intenses de prédication, il instrumentalise la cause palestinienne. C’est une carte politique de premier plan. Pour serrer les rangs et créer l’union sacrée autour de lui, il a besoin d’un ennemi et d’une menace globale. L’occupant britannique ne suffit pas à faire monter l’engagement dose politique. L’ennemi parfait est trouvé dans Israël, un nouvel État qui vient de naitre au cœur des territoires que les bédouins croyaient transformer en un grand royaume arabe.
Toujours durant l’année 1936, Hassan Al Banna envoie 10 000 combattants en Palestine . Il cite dans ses discours le nom d’un combattant, ‘ Izz - Eddine Al Qassam , dont le nom sera emprunté plus tard par les Frères Musulmans du Hamas palestinien pour désigner leur brigade armée. En 1938, Al Banna crée une milice, une branche paramilitaire secrète, dont l’une des missions est de combattre le projet de création de l’État d’Israël : cette organisation qui compte près de 2000 personnes aurait été financée par les nazis. Durant la même année, Hassan Al Banna rédige un autre document politique, donnant plus d’identification à son mouvement politique. Le document s’intitule, « l’Épître des Enseignements ».
Il constitue un document de base sous forme d’un contrat d’allégeance à la Confrérie. L’épître est composée en chapitres, appelés piliers et il en compte dix. Sans aucune ambigüité possible, le 4 e pilier de cette épître est entièrement dédié au Djihad, c’est à dire la Guerre sainte.
En 1939, éclate la Seconde Guerre Mondiale. Hassan Al Banna prend position et mène campagne contre les Britanniques.
En 1941, en plein climat de Guerre mondiale, Mohamed Amine El Hoceimi, grand Mufti de Jérusalem et proche de Hassan Al Banna rejoint Hitler. Une rencontre a lieu entre les deux hommes en novembre 1941.
Il assure la formation de SS bosniaques et demande à Hitler de poursuivre son offensive et de pourchasser les Juifs même en Palestine. Mohamed Amine El Hoceini sert la propagande hitlérienne et sa politique contre les juifs.

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