La chair de la salamandre
177 pages
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La chair de la salamandre , livre ebook

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Description


Mai 1221.
Un échafaudage s’écroule : deux morts (dont une poule imprudente).


Le vent a tué, prétend aussitôt la rumeur... Un architecte meurt noyé et étranglé (ou l’inverse), et l’eau a tué... Un artisan est étouffé par une poignée de terre, et la terre tue à son tour... Un incendie criminel et meurtrier se produit, et l’on accuse le feu...


Ce que nul ne peut imaginer, en revanche, c’est qu’il existe un cinquième élément et qu’il commande peut-être à tous les autres... Mais que pourraient en connaître le capitaine Mord-boeuf, le tavernier Tranche-tripe, le routier Tape-buisson ou le gabarrier Rince-fût, et autres personnages qui, pour être parfois fort inquiétants et dangereux, n’en sont pas moins complètement loufoques ?



Sur fond d’humour (noir évidemment), situations burlesques et dialogues absurdes se succèdent ici, tandis que le drame se joue et que le maître des Enfers rôde, à la recherche de proies...

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 0
EAN13 9782916488943
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0075€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Mai 1221. Un échafaudage s’écroule : deux morts (dont une poule imprudente). Le vent a tué, prétend aussitôt la rumeur… Un architecte meurt noyé et étranglé (ou l’inverse), et l’eau a tué… Un artisan est étouffé par une poignée de terre, et la terre tue à son tour… Un incendie criminel et meurtrier se produit, et l’on accuse le feu… Ce que nul ne peut imaginer, en revanche, c’est qu’il existe un cinquième élément et qu’il commande peut-être à tous les autres… Mais que pourraient en connaître le capitaine Mord-boeuf, le tavernier Tranche-tripe, le routier Tape-buisson ou le gabarrier Rince-fût, et autres personnages qui, pour être parfois fort inquiétants et dangereux, n’en sont pas moins complètement loufoques ? Sur fond d’humour (noir évidemment), situations burlesques et dialogues absurdes se succèdent ici, tandis que le drame se joue et que le maître des Enfers rôde, à la recherche de proies…


 
© Éditions La Louve, 2010 BP 225 - 46004 CAHORS www.lalouve-editions.fr
ISBN (papier) : 978-2-916-48875-2 ISBN (ePub) : 978-2-916-48894-3
 
Mise au format EPUB : LEKTI
www.centrenationaldulivre.fr


Du même auteur, dans la même collection :
La Relique (*)
L’os de frère Jean (**)
Le vol de l’aigle (***)


Jean-Louis Marteil
La chair de la Salamandre
 
Les enquêtes de Braïda 1
 
roman
 
 
 



À mon banquier, quel qu’il soit, passé, présent et à venir…


L IVRE I Le vent


CHAPITRE I
Cahors, au matin du douzième jour de mai 1221
Quand l’énorme échafaudage s’écroula au beau milieu de la rue de la Daurade, dans un orage de poussière et de bois brisé, nul en vérité n’en parut très étonné… Pas même celui qui l’avait dressé et qui s’éclipsa discrètement : de toute manière, cette construction devait plus au hasard qu’à la science et, dès le début, elle n’avait ressemblé à rien.
Le seul qui protesta à grand bruit, quoique brièvement, ce fut le tailleur de pierre qui se tenait au troisième étage de l’édifice branlant à l’instant où il se désarticula. Celui-là s’en serait tiré avec une ou deux jambes brisées, peut-être l’un ou l’autre bras, n’eussent été les lourdes planches qui formaient le quatrième niveau et qui, lui ayant laissé préséance dans l’ordre de la chute, arrivèrent au sol après lui… Cette fois, le crâne ouvert en son milieu, l’homme cessa tout de bon ses insupportables cris de peur et soulagea de la sorte les oreilles sensibles des témoins exaspérés.
Mais aussitôt, un chien, aux yeux sombres de chien errant, vint près du tas de bois encore environné de poussière et s’enfonça en geignant dans le triste cercueil de planches où gisait son maître. Chacun dans la rue, et la foule se faisait nombreuse, s’en émerveilla : la bête aimait les hommes, elle montrait sa fidélité par-delà la mort. Des murmures admiratifs vibrèrent sur des lèvres à demi closes, celles des hommes, des larmes s’échappèrent de paupières à demi serrées, celles des femmes et des enfants. C’était pitié de voir ainsi souffrir ce pauvre animal au grand cœur de bon chien… Tout se figea brusquement, et les sangs se glacèrent dans les veines, quand on vit le mâtin ressortir peu après de l’enchevêtrement informe, fier de lui, une poule aplatie et sanglante dans la gueule ! Les badauds pétrifiés se regardèrent. Nul n’avait remarqué cette galline imprudente qui errait sous l’échafaudage avant sa chute. Le chien, lui, l’avait bien vue et il savait d’instinct qu’elle n’était plus en état de fuir. Indifférent aux murmures devenus désapprobateurs, il s’en fut, son butin de plume et de sang coincé entre ses mâchoires, la queue dressée telle une bannière au souffle de la bataille. Il tourna à l’angle que formaient plus loin la rue de la Daurade et la rue Garrèle, puis il disparut. En matière d’oraison funèbre, ce fut à peu près tout. Le silence resta un instant maître des lieux.
Se reprenant enfin, un homme osa suggérer timidement qu’il conviendrait peut-être de dégager planches et cadavre. Alors, confronté à la mine offusquée des témoins qui estimaient à l’évidence n’avoir point vocation à se salir, ou qui songeaient que la charité chrétienne trouvait là ses limites, il expliqua que cela gênait par trop la circulation vers les remparts… Nul ne pouvait plus passer, c’était de bon sens, et cela parut tout à coup sauter aux yeux de tous et de chacun. Quelques-uns cependant considérèrent à juste titre qu’il ne manquait pas de rues pour les mener tout aussi bien à leur but : ils rebroussèrent donc chemin, faisant le maigre effort d’adresser au ciel une prière pour l’âme de ce défunt qu’ils se souciaient fort peu d’aller ramasser. Les autres s’avancèrent en maugréant et se mirent à l’ouvrage. À la vérité, ceux-là n’avaient pas osé s’enfuir.
Planté au beau milieu de la rue, cinquante pas en retrait, le vieil usurier Bertrand de Vers s’étouffait de rage. Ses pommettes saillantes et son nez pointu en rougissaient de contrariété. Il était vêtu selon un immuable rituel, d’un long manteau noir aux épaules soulignées de chevrons d’or, qu’il portait été comme hiver. C’était, disait-il, son blason, la marque d’une noblesse qu’il n’avait pas, celle du sang, et celle du pouvoir qu’il possédait, celui de l’or. Cet habit, associé au fait qu’il avait fréquenté assidûment et impunément les filles les plus brûlantes de Cahors, lui avait valu un surnom : la Salamandre. Sans doute, nul ne se serait laissé aller à l’appeler ainsi en sa présence. Chaque habitant de l’antique cité, sur son passage, murmurait pourtant : « Té ! vois la salamandre qui sort de sa mare ! » Il n’en avait cure. Il savait, entendait, ne disait rien, car cela participait de sa légende : les Anciens ne prétendaient-ils pas que la salamandre résistait à tout, y compris au feu ? Lui semblait surtout résister au temps. Les soixante-cinq hivers qu’il portait ne l’affectaient pas beaucoup et il se plaisait à dire qu’ils ralentissaient peut-être un peu sa marche, mais qu’ils n’empêchaient pas son esprit de fonctionner de mieux en mieux et de plus en plus vite ! Pourtant, ces derniers mois, il avait écouté les conseils de son épouse Pèirone – une fort belle dame, encore très attirante, que son mariage d’intérêt avec un vieillard rendait plus acariâtre que les trois Gorgones réunies –, et il avait consenti à abandonner une responsabilité d’importance. Hélas ! Le spectacle qu’il avait maintenant sous les yeux le lui faisait amèrement regretter. C’était qu’il n’aimait pas dépenser son or pour rien. La vision déplorable du coûteux échafaudage effondré, du rehaussement inachevé de sa maison, le poussait à oublier la mort d’un tailleur de pierre talentueux et l’emplissait de colère. Il se promit de régler la solde de l’architecte à la manière dont on paie les incapables : en lui faisant donner du bâton. Par Dieu, cela au moins ne lui coûterait rien ! Car pour couronner le tout, il venait d’apprendre à l’instant, tout juste avant la catastrophe, qui était en vérité le maladroit à qui l’on avait confié le délicat chantier. Il en avait un moment perdu la respiration. C’était à peine croyable ! Grand Dieu, que ne s’était-il mêlé de l’affaire ? Pourquoi avait-il laissé à un autre le soin d’engager un homme de l’art ? Tout propriétaire soucieux de sa propriété, qui se fût un peu renseigné, aurait hurlé en entendant prononcer le nom de l’architecte pressenti – ce dernier n’avait-il point été baptisé : “Cul par-dessus tête” ?
Certes, Bertrand devait rudement sermonner son commis, son presque bras droit à qui il avait accordé trop grande confiance. Il lança donc un coup d’œil furibond vers Domenc, le coupable, qui se tenait à ses côtés. De sa voix rocailleuse, il prévint les excuses que le jeune homme n’allait pas manquer d&#

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