LA FILLE DE JOSEPH
223 pages
Français

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Description

La fille de Joseph, originalement publié sous Le Tournesol, est le tout premier roman de Louise Tremblay D’Essiambre. Le voici maintenant présenté dans une élégante édition de collection, pour ceux n’ayant pas eu la chance de découvrir cette histoire captivante de passion et d’ambition.
La fille de Joseph raconte l’histoire de Julie, que nous suivons dès l’enfance, en 1929, jusqu’à l’âge adulte, en 1955. Confrontée à de nombreuses pertes et désillusions sur la vie de famille et l’amour, elle trouve refuge au couvent et devient sœur cloîtrée. Elle se consacrera tout entière à sa nouvelle vocation pour atteindre les plus hauts rangs de sa communauté, mais est-ce que cela suffira à combler les creux de son existence?

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 13 août 2014
Nombre de lectures 15
EAN13 9782894555446
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0200€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Guy Saint-Jean Éditeur
3440, boul. Industriel
Laval (Québec) Canada H7L 4R9
450 663-1777
info@saint-jeanediteur.com
www.saint-jeanediteur.com

••••••••••••
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada

Tremblay-D’Essiambre, Louise, 1953-
[Tournesol]
La fille de Joseph
Édition spéciale.
Publié antérieurement sous le titre : Le tournesol.
Édition originale : c1984.
ISBN 978-2-89 455-810-2
I. Titre. II. Titre : Tournesol.
PS8589.R476T69 2014  C843’.54  C2014-941316-5
PS9589.R476T69 2014
••••••••••••

Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada (FLC) ainsi que celle de la SODEC pour nos activités d’édition. Nous remercions le Conseil des Arts du Canada de l’aide accordée à notre programme de publication.

Gouvernement du Québec — Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres — Gestion SODEC

© Guy Saint-Jean Éditeur inc. pour cette édition spéciale, 2014
Publié originalement sous le titre Le Tournesol © Guy Saint-Jean Éditeur, 1984 (ISBN 2-920 340-18-2.
© Guy Saint-Jean Éditeur réédition sous le titre La fille de Joseph  1994 (ISBN 2-920 340-93-X et 2006 (ISBN 978-2-89 455-215-5)
© Guy Saint-Jean Éditeur 2009, réédition dans la collection Focus, Romans en grands caractères (ISBN 978-2-89 455-317-6)

Révision : Alexandra Soyeux
Correction d’épreuve : Lydia Dufresne
Conception graphique : Christiane Séguin
Photographie de la page couverture : ©iStockphotos.com/Lena Sergeeva

Dépôt légal — Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Bibliothèque et Archives Canada, 2014
ISBN : 978-2-89 455-810-2
ISBN ePub : 978-2-89 455-544-6
ISBN PDF : 978-2-89 455-545-3

Tous droits de traduction et d’adaptation réservés. Toute reproduction d’un extrait de ce livre, par quelque procédé que ce soit, est strictement interdite sans l’autorisation écrite de l’éditeur.

Guy Saint-Jean Éditeur est membre de
l’Association nationale des éditeurs de livres (ANEL).

À Céline et Henri, pour leur soutien,
leurs encouragements et surtout leur patience…

À Catherine, Frédérik, François,
Anne-Marie, Geneviève et Julie,
les enfants les plus merveilleux du monde,
pour avoir accepté de nombreux soupers froids
sans rechigner…
NOTE DE L’AUTEURE
O n dit que les gens heureux n’ont pas d’histoire. Soit, je veux bien le croire. Mais qui peut honnêtement prétendre n’avoir eu aucun combat à livrer contre lui-même pour apprendre à vivre heureux ? Si quelqu’un d’entre vous peut répondre par l’affirmative, qu’il vienne vite me donner son secret car moi je ne l’ai pas encore trouvé ! C’est au prix d’une lutte de tous les instants et d’une recherche constante que je peux dire « oui, je suis heureuse ».
L’histoire de Julie n’a rien à voir avec ma vie en particulier. Elle a cependant à voir avec la vie de millions de femmes, de moi à ma mère, à ma grand-mère. Des générations de femmes qui tour à tour se révélaient dures et insensibles pour oublier l’humiliation de n’être qu’une femme ou alors douces et soumises car elles ne se sentaient pas le droit de penser, croyant naïvement que Dieu était bien bon de leur donner la permission d’exister.
Encore et toujours, hier et pour l’éternité, le poids de la faute originelle est craché à la face des femmes par les hommes. « Tu enfanteras dans la douleur. » Dieu a parlé et Dieu est un homme. Alors quand il a dit : « Tu seras soumise à ton mari », des millions d’hommes ont très vite compris ce qu’ils voulaient bien comprendre. C’est ainsi que depuis la nuit du monde et jusqu’à la nuit du monde, toutes les femmes connaissent un jour ou l’autre cette soumission craintive et irraisonnée qui n’aurait jamais dû voir le jour ni même être pensée.
Julie est une femme comme toutes les autres, c’est à n’en pas douter. Une femme qui cherche hors du monde des hommes une raison valable d’exister, un moyen infaillible pour être heureuse. Une femme qui espère découvrir, au plus profond des millénaires d’héritage reçu de toutes les femmes de sa lignée, la force et le pouvoir qu’un jour Dieu y a mis.

Maudit soit l’homme qui se confie en l’homme,
qui prend la chair pour son appui…
Il est comme un arbre dénudé dans la steppe
et ne voit pas venir le bonheur.

Livre de Jérémie, 17
1
I ci le fleuve était large comme un bras de mer dont on ne voyait pas l’autre rive, et salé à faire la grimace quand, par mégarde, on en avalait une gorgée lors de la baignade. Par beau temps, il était calme et ridé comme la face d’une vieille femme. Par gros temps, il courbait l’échine, se cambrait, crachait comme un chat en colère et rugissait tel un lion que l’on dérange pendant la sieste. Les gens de la place en parlaient avec crainte et le respectaient. La place ? C’était un village parmi tant d’autres, comme tous les autres, poussé spontanément à la faveur des besoins grandissants. Un gros bourg, avec tout ce qu’il fallait, qui étendait ses bras dans tous les sens pour rejoindre les cultivateurs isolés. C’était une pieuvre gigantesque qui déployait ses tentacules pour avancer mais dont le cœur continuait de battre tout contre la montagne pour se protéger du vent. Car ici, le vent, roi et maître, s’engouffrait sans vergogne dans la vallée, dominant la vie. Cette existence rude et intransigeante n’épargnait personne sinon quelques notables qui semblaient concerter leurs efforts pour ne rien changer.
En retrait, à flanc de coteau, se tapissait l’atelier. Bas, gris, terne, il avalait, dès l’aube, des dizaines d’hommes et de femmes pour ne les recracher que le soir venu. Pour ces gens, vent, mer et terre n’avaient pas tellement d’importance. C’était plutôt Joseph, le patron, qui était trop présent et impitoyable. Travailler, surveiller le rendement, balayer tous ceux qui ne répondaient pas à ses exigences : Joseph Martin imposait sa loi à quiconque s’approchait de lui. Immense Hercule, planté comme un chêne, aux mains aussi larges que les rames des bateaux à Jules, il ne reculait devant rien ni personne. Levé avant le soleil et couché bien après lui. Joseph Martin était infatigable et étendait son intransigeance à chacun de ses employés, sans exception. Du tailleur à la couturière, en passant par les manutentionnaires et le contremaître, tous devaient se plier à sa discipline de fer : il n’y avait pas de place à l’atelier pour les tire-au-flanc. Alors, chacun travaillait, par crainte et par besoin, sans relâche, avec acharnement, car les temps étaient durs en cette année de grâce 1929. Joseph le savait et profitait de la situation, sans scrupules. Il était le maître de la place et entendait le rester. On devait se le tenir pour dit !
Pourtant, le soir, à la veillée, les voix montaient, s’encourageaient, se révoltaient. On entendait, çà et là, qu’il fallait parler à Jos, que ça n’avait aucun sens de trimer comme des bœufs pour un salaire de crève-faim. Les yeux rougis s’illuminaient autant à cause de l’alcool que de la colère. La révolte grondait sourdement avant d’éclater dans un fracas de menaces et de pieuses intentions. Puis, invariablement, elle se calmait et s’éloignait comme l’orage qui décide d’aller faire ses ravages ailleurs. Personne n’avait encore eu l’audace d’affronter le patron. On repartait donc, chacun chez soi, résigné. On continuait à survivre au jour le jour.
Joseph Martin, lui, ne participait jamais à ces réunions. Il n’habitait même pas au village. Une route qui serpentait le long de la plage reliait sa maison, grande et confortable, aux habitations modestes qui se pressaient contre la montagne ou se pelotonnaient frileusement autour de l’église. Cette route, constamment balayée par un vent tenace, ruisselait, tard l’automne, de boue grise et

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