La Lune et le Sabre
151 pages
Français

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La Lune et le Sabre , livre ebook

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Description

Une étrange nonne Zen du XIIIe siècle au Japon, au début de la première ère shogunale, est rattrapée d’une certaine façon par son passé. À plus de soixante-dix ans, Elle est confrontée dans un pays en reconstruction, aux hommes qui affirment leur supériorité constante sur la femme, à un renouveau qui souffle sur le pays avec l’arrivée d’une nouvelle voie du Bouddhisme, le Zen porté par Maître Dogen, à des événements qui la dépassent, mais dont elle assume la place qu’elle doit occuper. Mais qui est-elle ? Quelles sont ses limites, la voie qu’elle se devrait de suivre ? Qui était-elle avant d’être nonne ? Presque vingt années d’une vie dont la tourmente est probablement supérieure à ses années de jeunesse, mais plus à l’intérieur qu’à l’extérieur cette fois… Les prémisses du « BuDo » dans une société qui va être profondément touchée et ancrée dans les concepts Zen dans les siècles qui suivront…
Existe aussi en langue anglaise sur Amazon
Chapitre 1 À genoux, elle racle le sol pour  enlever les mauvaises herbes qui entourent les plantations de soja. La lumière du Soleil est à peine présente et pourtant elle  est d’une précision remarquable. Elle remue la terre qui entoure les pieds profonds de ces plantes recouvertes d’une sorte de toison de poils fins. Elle prend soin de remuer les feuilles pour faire tomber les insectes qui se seraient logés le long de celles-ci. Son travail est minutieux. Son tablier gris foncé ne tranche pas avec la terre sur laquelle elle est penchée. Ses mains restent vigoureuses, bien que ses cheveux grisés laissent deviner son âge avancé. Ses gestes sont d’une précision radicale. Elle n’hésite pas un instant. Une force émane de son corps. Bien que les années soient passées, bien qu’elle soit inclinée vers le sol, son dos reste droit et le port de sa tête ferme.Lorsqu’elle se redresse, le visage à hauteur du sommet des plantes, les premiers germes de haricots, son regard est perçant et ne laisse rien au hasard. Chacune de ses actions est pesée et méticuleusement menée pour produire avec un minimum d’effort un résultat précis. L’outil qu’elle utilise pour désherber est tenu d’une main ferme par le manche en bois, prolongé par une sorte de tige d’acier dont le bout est orné de griffes pointues et acérées comme des lames.Elle passe ainsi le long des différents pieds, dans ce long rectangle de culture. Le temps ne semble pas avoir de prise sur elle. Si rien ne survient, elle restera ainsi à continuer son travail, sans faire une pause une seule fois. Mais l’appel, des coups sur une planche de bois, hypnotisant, la fait se relever avec une prestance qui tranche avec son âge.  Mais son corps est loin d’être faible. Elle se tient maintenant debout. Elle s’incline devant les plantes où elle s’est arrêtée, les mains jointes à hauteur de son visage. Puis elle se retourne et d’un pas assuré, mais souple, sans presque laisser de traces sur le sol, elle avance vers le porche du bâtiment qui est à quelques centaines de mètres.Habillée d’un ample habit sombre, aux manches larges, et drapée sur l’épaule gauche d’un tissu un peu moins sombre qui fait le tour jusqu’à ses hanches et qui revient sur son bras gauche, elle avance avec ses sandales de bois, ses getas, quasiment sans un bruit, hormis le froissement du tissu. Sa coiffure, bien que très courte, laisse apparaître la blancheur de ses longues années passées. Son visage est sans expression, ni dur, ni froid, ni aimable, ni chaud.Arrivée au pied du porche, elle retire ses sandales qu’elle laisse dans le socle de bois sur le côté laissé à cet effet et elle avance pieds nus vers l’intérieur du bâtiment. À l’intérieur, on entend le deuxième appel, coups secs, répétés et s’accélérant tout en s’atténuant doucement. Elle disparaît au détour d’un couloir, entrant dans une salle où elle pénètre en répétant la même inflexion de son buste, les mains jointes dressées devant elle. Son dos ne se courbe pas une seule fois.Quelques instants plus tard, on entend le bruit d’un tambour rond et profond, au rythme lent, propageant une onde apaisante. Puis, des coups d’une petite cloche, un homme entre dans la salle à son tour et un grand silence prend place. Un interminable silence, un temps arrêté s’installe au sein de cette salle,  imprégnant tout aux alentours d’un calme sourd. Le temps   n’a plus d’importance. Puis viennent les paroles, d’un homme, s’adressant aux personnes présentes. Les questions fusent et ce sont comme des joutes verbales sur le sens des mots.Mais nulle voix féminine ne se fait entendre, seuls des hommes s’expriment. Cette succession d’affirmations et de questions remplit l’espace de cette pièce au plancher sec. À nouveau, le tambour  profond se fait entendre, ainsi que la clochette qui précède ce même homme  qui était rentré le dernier. Derrière lui, les hommes et les femmes, arborant tous une tenue similaire, sortent à leur tour, en silence. Seul le premier homme dispose d’une tenue dont le drap possède des couleurs plus chatoyantes. Elle, elle fait partie des derniers à sortir. Elle suit le mouvement et va à la salle  à manger, où un bol de gruau de riz leur est servi, le tout accompagné de chants lents et harmonieux de toute cette communauté.Une fois le repas du matin terminé, chacun retourne à ses occupations. Elle reprend le chemin du porche, rechausse ses getas, et se redirige vers l’endroit précis où elle s’était arrêtée, au milieu des plantations de soja. Elle s’incline à nouveau et se remet à  genoux, reprenant son travail. Le Soleil est maintenant  en milieu de  matinée.Malgré la chaleur de ce mois d’octobre et ses gestes rapides et précis, elle ne marque aucune sueur sur son front. Elle reste ainsi au travail, profondément silencieuse et concentrée sur ses mouvements et le soin apporté aux plantes si précieuses pour améliorer l’ordinaire de la nourriture sobre de sa communauté. Elle est tellement absorbée qu’elle ne prête pas attention à l’homme qui arrive par le chemin de terre menant à ce lieu depuis la rivière Kamo. Pourquoi le ferait-elle ? Il y a tant de personnes qui passent ici et repartent très souvent aussi vite qu’ils sont arrivés. Mais celui-ci reste derrière elle, à une dizaine de mètres, et l’observe sans  bouger. Elle sent le regard de  cet individu.  Elle se redresse avec la même prestance, saluant à nouveau le travail qu’elle interrompt et se retourne vers l’homme, sans présenter le  moindre sourire. C’est un homme jeune, environ trente ans, qui se tient debout devant elle, lui aussi portant une tenue similaire à la sienne, hormis qu’il est couvert de poussière, sans doute dû à un long voyage. Les regards se croisent, sans se toiser, juste plongeant l’un dans l’autre, sans mot dire.Elle ne bouge pas quand celui-ci lui demande de l’annoncer à Myozen, cet homme qui était entré le dernier dans la salle au plancher sec et au vêtement plus coloré. Il lui répète sa demande en parlant plus fort.—   J’ai très bien entendu votre requête. Nul n’est besoin de la répéter. Qui plus est, le son de votre voix me parvient parfaitement, point n’est besoin de puiser dans vos forces pour vous adresser à moi.—   Veuillez me pardonner. Je pensais que vous ne m’aviez pas entendu. Vous semblez… âgée, mais pourtant votre port est ferme et vos gestes étaient précis.—   Vous n’avez pas besoin de me flatter. Je ne peux rien pour vous. Je ne suis qu’une simple nonne. Je n’ai pas l’autorité suffisante pour vous annoncer auprès de maître Myozen. Il vous faudra vous poster devant ce porche et attendre qu’un des disciples prenne votre requête en considération. Votre attente peut être un peu longue. Veuillez maintenant me laisser poursuivre mon samu.[...]

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 23 septembre 2018
Nombre de lectures 1
EAN13 9782363159403
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0500€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

La lune et le sabre


Deux Cent Cinquante Et Un

2018
ISBN:9782363159403
Cet ebook a été réalisé avec IGGY FACTORY. Pour plus d'informations rendez-vous sur le site : www.iggybook.com
Table des matières

Prologue
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Chapitre 22
Chapitre 23
Chapitre 24
Chapitre 25
Chapitre 26
Chapitre 27
Chapitre 28
Chapitre 29
Chapitre 30
Chapitre 31
Chapitre 32
Chapitre 33
Chapitre 34
Chapitre 35
Chapitre 36
Biographie
Du même auteur
 
L’isolement ultra-connecté – Tome 1 Iggybook, 2018
Le désert Iggybook, 2018
L’isolement ultra-connecté – Tome 2 Iggybook, 2018
4891 Iggybook, 2018
Planète isolée Amazon, 2018
À mes amis japonais, dont la culture m’a toujours touché, tant par leurs lettres que par leur voix, mais aussi par cet aspect humain indicible pour les Européens, mais O combien précieux à mes yeux.
À mes maîtres successifs, que ce soit dans les arts martiaux, qui m’ont enseigné la voie, ou dans le Zen, qui m’a appris à reconnaître le chemin.
Prologue
 

 
Ce livre a été écrit en essayant de se documenter de manière raisonnable sur les us et coutumes de l’époque du XII e et XIII e  siècles au Japon et en m’appuyant sur mes propres connaissances ou ressentis, en tant qu’occidental et donc forcément possiblement dans l’erreur. Je ne suis pas un historien. Aussi il est fort probable que j’ai commis des erreurs manifestes. Ce n’est donc certainement pas un livre d’histoire. Ce livre est un roman.
Il prend d’ailleurs quelques libertés avec l’Histoire, en déplaçant certains événements pour correspondre au fil de vie inventé concernant cette nonne hors du commun, dont j’ai inventé le nom, mais qui s’inspire d’une des possibilités historiques concernant la plus fameuse et la plus énigmatique aussi des premières samouraïs femmes du Japon : Tomoé Gozen.
Ce livre n’est pas un document sur lequel s’appuyer pour connaître l’histoire du Japon ou de cette héroïne. Au mieux, c’est une hagiographie, empreinte donc de mythes et de légendes. Il reflète ma compréhension et mon interprétation, en tant qu’Occidental, de cette période du Japon, de cette héroïne telle que je me suis plu à l’imaginer. Il est écrit avec tout le respect que je dois à la culture japonaise, qui est une source infinie de richesses pour moi.
Chapitre 1
 

 
À genoux, elle racle le sol pour enlever les mauvaises herbes qui entourent les plantations de soja. La lumière du Soleil est à peine présente et pourtant elle est d’une précision remarquable. Elle remue la terre qui entoure les pieds profonds de ces plantes recouvertes d’une sorte de toison de poils fins. Elle prend soin de remuer les feuilles pour faire tomber les insectes qui se seraient logés le long de celles-ci. Son travail est minutieux. Son tablier gris foncé ne tranche pas avec la terre sur laquelle elle est penchée. Ses mains restent vigoureuses, bien que ses cheveux grisés laissent deviner son âge avancé. Ses gestes sont d’une précision radicale. Elle n’hésite pas un instant. Une force émane de son corps. Bien que les années soient passées, bien qu’elle soit inclinée vers le sol, son dos reste droit et le port de sa tête ferme.
Lorsqu’elle se redresse, le visage à hauteur du sommet des plantes, les premiers germes de haricots, son regard est perçant et ne laisse rien au hasard. Chacune de ses actions est pesée et méticuleusement menée pour produire avec un minimum d’effort un résultat précis. L’outil qu’elle utilise pour désherber est tenu d’une main ferme par le manche en bois, prolongé par une sorte de tige d’acier dont le bout est orné de griffes pointues et acérées comme des lames.
Elle passe ainsi le long des différents pieds, dans ce long rectangle de culture. Le temps ne semble pas avoir de prise sur elle. Si rien ne survient, elle restera ainsi à continuer son travail, sans faire une pause une seule fois. Mais l’appel, des coups sur une planche de bois, hypnotisant, la fait se relever avec une prestance qui tranche avec son âge. Mais son corps est loin d’être faible. Elle se tient maintenant debout. Elle s’incline devant les plantes où elle s’est arrêtée, les mains jointes à hauteur de son visage. Puis elle se retourne et d’un pas assuré, mais souple, sans presque laisser de traces sur le sol, elle avance vers le porche du bâtiment qui est à quelques centaines de mètres.
Habillée d’un ample habit sombre, aux manches larges, et drapée sur l’épaule gauche d’un tissu un peu moins sombre qui fait le tour jusqu’à ses hanches et qui revient sur son bras gauche, elle avance avec ses sandales de bois, ses getas, quasiment sans un bruit, hormis le froissement du tissu. Sa coiffure, bien que très courte, laisse apparaître la blancheur de ses longues années passées. Son visage est sans expression, ni dur, ni froid, ni aimable, ni chaud.
Arrivée au pied du porche, elle retire ses sandales qu’elle laisse dans le socle de bois sur le côté laissé à cet effet et elle avance pieds nus vers l’intérieur du bâtiment. À l’intérieur, on entend le deuxième appel, coups secs, répétés et s’accélérant tout en s’atténuant doucement. Elle disparaît au détour d’un couloir, entrant dans une salle où elle pénètre en répétant la même inflexion de son buste, les mains jointes dressées devant elle. Son dos ne se courbe pas une seule fois.
Quelques instants plus tard, on entend le bruit d’un tambour rond et profond, au rythme lent, propageant une onde apaisante. Puis, des coups d’une petite cloche, un homme entre dans la salle à son tour et un grand silence prend place. Un interminable silence, un temps arrêté s’installe au sein de cette salle, imprégnant tout aux alentours d’un calme sourd. Le temps n’a plus d’importance. Puis viennent les paroles, d’un homme, s’adressant aux personnes présentes. Les questions fusent et ce sont comme des joutes verbales sur le sens des mots. Mais nulle voix féminine ne se fait entendre, seuls des hommes s’expriment. Cette succession d’affirmations et de questions remplit l’espace de cette pièce au plancher sec.
À nouveau, le tambour profond se fait entendre, ainsi que la clochette qui précède ce même homme qui était rentré le dernier. Derrière lui, les hommes et les femmes, arborant tous une tenue similaire, sortent à leur tour, en silence. Seul le premier homme dispose d’une tenue dont le drap possède des couleurs plus chatoyantes. Elle, elle fait partie des derniers à sortir. Elle suit le mouvement et va à la salle à manger, où un bol de gruau de riz leur est servi, le tout accompagné de chants lents et harmonieux de toute cette communauté.
Une fois le repas du matin terminé, chacun retourne à ses occupations. Elle reprend le chemin du porche, rechausse ses getas, et se redirige vers l’endroit précis où elle s’était arrêtée, au milieu des plantations de soja. Elle s’incline à nouveau et se remet à genoux, reprenant son travail. Le Soleil est maintenant en milieu de matinée. Malgré la chaleur de ce mois d’octobre et ses gestes rapides et précis, elle ne marque aucune sueur sur son front. Elle reste ainsi au travail, profondément silencieuse et concentrée sur ses mouvements et le soin apporté aux plantes si précieuses pour améliorer l’ordinaire de la nourriture sobre de sa communauté.
Elle est tellement absorbée qu’elle ne prête pas attention à l’homme qui arrive par le chemin de terre menant à ce lieu depuis la rivière Kamo. Pourquoi le ferait-elle ? Il y a tant de personnes qui passent ici et repartent très souvent aussi vite qu’ils sont arrivés. Mais celui-ci reste derrière elle, à une dizaine de mètres, et l’observe sans bouger. Elle sent le regard de cet individu. Elle se redresse avec la même prestance, saluant à nouveau le travail qu’elle interrompt et se retourne vers l’homme, sans présenter le moindre sourire. C’est un homme jeune, environ trente ans, qui se tient debout devant elle, lui aussi portant une tenue similaire à la sienne, hormis qu’il est couvert de poussière, sans doute dû à un long voyage. Les regards se croisent, sans se toiser, juste plongeant l’un dans l’autre, sans mot dire.
Elle ne bouge pas quand celui-ci lui demande de l’annoncer à Myozen, cet homme qui était entré le dernier dans la salle au plancher sec et au vêtement plus coloré. Il lui répète sa demande en parlant plus fort.
— J’ai très bien entendu votre requête. Nul n’est beso

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