La Petite éternité des vivants
152 pages
Français

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La Petite éternité des vivants

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Description

1918 & 1945. Deux années qui signent la fin des pires enfers que les hommes se sont donné à vivre au 20e siècle. Fernand a survécu à la « der des ders ». Avec ses camarades, écorchés pour les plus chanceux, détruits ou en devenir de l'être pour la plupart, il retrouve ce qu'il croit être sa vie d'avant. Mais plus rien, jamais, ne sera comme avant. Il ne sait pas encore que François, son fils, quelques années plus tard, aura à vivre les mêmes épreuves.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 14 janvier 2019
Nombre de lectures 0
EAN13 9782336861180
Langue Français
Poids de l'ouvrage 7 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Jean-Michel Lebas

Jean-Michel Lebas

La petite éternité des vivants

La petite éternité des vivants

Roman

La petite éternité des vivants
Écritures
Collection fondée par Maguy Albet et dirigée par Carole Martinez

Pommier (Pierre), Le silence d’en face , 2019. Moreau (Marie-Hélène), Tant de choses à se dire , 2018. Berkani (Derri), Cœur jumeau , 2018.
Fourquet (Michèle), Le Khantaaz mongol , 2018. Richard (Richard), Dans le vent de la Cité , 2018. Lagrange (Emanuèle), Dos au vent , 2018.
Rond (Bernard), En passant par les Andes , 2018.
Milan (Jean-Pierre), Tu feras ce qu’on te dira , 2018. Navarro (Franck), Les âmes serviles , 2018.
Méla (Vivienne), Femmes au café , 2018.
Findling (Véronique), Les mascarades , 2018.
Serceau (Michel), Amours, tours et détours suivi de Le temps de vivre , 2018.
Sadoul (Gérard), Le cahier d’Henriette , 2018.
Wallet (Jean-Marie), La lecture , 2018.
Francis (Raoul R.), Crâne , 2018.

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Ces quinze derniers titres de la collection sont classés par ordre
chronologique en commençant par le plus récent.
La liste complète des parutions, avec une courte présentation
du contenu des ouvrages, peut être consultée

sur le site www.editions-harmattan.fr
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© L’Harmattan, 2019
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.editions-harmattan.fr
ISBN : 978-2-343-16617-9
EAN : 9782343166179
On ne peut voir la lumière sans l’ombre, on ne peut percevoir le silence sans le bruit, on ne peut atteindre la sagesse sans la folie.

C.J. Jung

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La cible, une pièce de tissu de la taille d’une main, grossièrement découpée dans un drap de lin blanc, épinglée sur la veste de velours au centre de la poitrine, près d’un bouton de métal orné d’un écusson sculpté, à l’emplacement du cœur, encore à l’abri, enchâssé dans sa cage d’os, dérisoire protection. La vie est ici, qu’il leur faudra bientôt détruire. Quelques balles de K98 traverseront la cible, la veste, la chemise, la peau, le sternum et déchireront enfin chairs et muscles. Son histoire s’arrête là.
Une clairière, dans une forêt où des milliers de chênes qui n’ont jamais connu leur âge ordonnent un mur d’une épaisseur infinie entre ce qui se passe ici et cet ailleurs où tout était possible encore quelques minutes auparavant. Une dizaine de poteaux de bois solidement plantés, autant d’hommes y sont attachés, les mains dans le dos, debout sur leurs jambes tremblantes. Aucun ne s’écroulera avant le terme, demeurer debout dit ce qui leur reste de vie. Les muscles tendus leur maintiennent encore la tête à la hauteur des yeux de ceux qui vont bientôt les occire.
Un matin brumeux et frais de fin d’été. Cela aurait pu se passer un soir de printemps, alors que les pipistrelles rayent le ciel de leurs vols fous à la poursuite d’invisibles proies. Quelques jours avant la fin d’une guerre, pas de chance, les alliés venaient de débarquer en Normandie puis en Provence.
Ils se font face, vingt contre dix, échiquier de tricheurs où la couleur gagnante est connue dès le début
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de partie. Il s’agit d’éteindre la première ligne des cinq. Ce sera vite fait :

— En joue, feu.

La règle n’est pas dite. Qui tue qui ? Choisit-on sa cible ? Eux connaissent les modalités, ça fonctionne, sur un ordre aux résonnances définitives, les fusilleurs tirent, les fusillés tombent en des postures ridicules en d’autres circonstances, morts. L’ordre suivant ne tarde pas. Les cinq de la seconde ligne, marionnettes aux fils soudain rompus, s’effondrent, retenus à leurs poteaux par les poignets liés dans le dos. Au cœur de la clairière, poupées de chiffon atterrées dans de grotesques allures, suspendus par des cordes à leurs squelettes de bois. Les carreaux de lin blanc épinglés sur les poitrines s’imbibent de sang.
Les soldats ont posé à terre la crosse de leurs fusils, au garde-à-vous, le menton au ciel, défi aux Dieux. Ils le peuvent, eux qui ont donné la mort, au cœur de la clairière, presque divinités des forêts, pour un instant encore.
Le sous-officier en charge des opérations sort un pistolet de son étui de cuir et parcourt d’un œil suspicieux les rangées de cadavres, prêt à achever celui qui aurait échappé à son destin du jour. Presque déçu, il se tourne vers ses hommes et lance un ordre :
— Enterrez-les.
Se dirige vers sa voiture, le chauffeur démarre et s’engage sans attendre dans l’unique chemin qui sort de la clairière. Ces deux-là ont vite disparu.
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Ceux qui sont morts ici étaient camarades. Mot oublié, comme il en est aujourd’hui de certains légumes, désuet. Il eut sens, naguère, camarades d’école, de chambrée, de régiment, d’infortune. Chanté et exalté dans sa résonnance politique, maintenant vieux, suranné. Ainsi vont les mots qui meurent aussi tandis que d’autres naissent. Ne reste des défunts que le souvenir qui s’éteint doucement, de génération en génération, jusqu’à ce qu’il n’en subsiste presque rien, un souffle, une idée, la vague résurgence de quelque chose qui fût. Comme François et ses camarades, dans la petite clairière, un matin brumeux, tremblant, mais debout, un carré de lin blanc épinglé sur le cœur.
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L’homme promène, au bout d’un bâton, un cercle de fer, relié à une boite, attachée à sa ceinture, connectée à un fil, à l’extrémité duquel est branché un casque, grandes oreilles de plastique rouge. Celui-là écoute la terre, renifle le sol de sa machine d’un geste ample, empreint de nonchalance et de mécanique certitude, droite, gauche, droite, gauche. S’il y a là « quelque chose », il le trouvera. Avance d’un pas rapide, certain que rien de ce qui se cache ici ne lui échappera, la terre parlera, dira ce qui s’est passé là. Par moment, alerté par l’accélération soudaine des bips de sa machine, il s’arrête brusquement, pose son attirail et sort de son sac à dos une petite pelle pliable et creuse jusqu’à trouver la source métallique qui a fait siffler l’engin. Une cuillère, une pièce de monnaie, une boite de conserve, quelquefois un obus. Ici, c’est un bouton de vareuse en métal rouillé, orné d’un écusson sculpté, encore lié par quelques fils à un lambeau de ce qu’il reste d’un épais tissu de velours. Autour, quelques os, épars.
Il se relève, comprend sa découverte, sait où il se trouve. La petite clairière dans la grande forêt. Il y a des décennies, à la fin de la guerre, l’endroit fut nommé par les locaux « la cheminée des maquisards ». Probable référence au conduit circulaire ouvert vers les cieux dans la sombre forêt où tant d’âmes innocentes ont pris le chemin du ciel, invisible fumée. L’homme se relève, hésite, puis décide de remettre les choses « en l’état ». Remplit de terre le trou creusé, le recouvre de quelques feuilles mortes, se redresse et pose sur son épaule sa canne à pêcher les trésors, fusil sans fleur au canon et s’éloigne d’un pas lent. C’en est fini pour aujourd’hui, il sort de la clairière par ce qu’il reste d’un chemin utilisé
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naguère. Il tient, serré dans son poing enfoncé dans la poche de sa veste de chasse, un bouton de vareuse, pièce de métal rouillée, ornée d’un écusson sculpté. Sa machine est débranchée, il ne cherche plus de trésors, il a trouvé l’histoire, en serre une parcelle au creux de la main, qu’il conservera dans une boite, dérisoire magot, jusqu’à ce qu’il ne soit plus propriétaire de rien, à commencer par lui-même et que sa descendance, le temps venu, trouve l’objet et le jette avec le reste de souvenirs emboités, sans utilité désormais, dans un sac de déchets, masse de plastique bleu qui rejoindra bientôt l’Himalaya d’immondices, jetées chaque jour avec nonchalance derrière nos épaules.
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Une autre guerre, « la grande », quelques années plus tôt. Là, c’est Fernand, le père de celui dont il est question plus haut. Verdun, une balle mal placée, presque mort, on a fait venir Dieu à son chevet. On retrouvera cette lettre bien plus tard, après sa disparition, adressée à François, son fils. Il s’était promis de lui remettre un jour, ne l’a jamais fait. Mots oubliés :
Limanton le 10 octobre 1925 Mon très cher fils,
Voilà une date bien émouvante pour moi, chaque année, elle me rappelle que le 10 octobre 1917, j’étais en train de mourir à l’hôpital militaire de Saint-Mihiel près de Verdun. Je vois encore, s’approchant de mon lit, un militaire que je ne connaissais pas, suivi de l’infirmière de la croix rouge qui me soignait habituellement. Le médecin qui me veillait, assis sur mon lit, se leva et un jeune homme se pencha vers moi. « Je suis un prêtre mobilisé, voulez-vous recevoir l’extrême onction ? ».
Je lui fis « oui » d’un clignement d’œil. Ne pouvant plus parler, j’avais gardé une complète lucidité d’esprit. Le militaire sortit une étole et la passa sur sa capote. Toutes les petites croix qu’il me fit ! L’infirmière agenouillée au pied du lit, le major devant, au garde-à-vous.
C’est alors que cherchant un secours, instinctivement, naïvement, comme un enfant, je me suis rappelé que nous avions tous un ange gardien, je me suis donc adressé au mien.
« Tu es chargé de veiller sur moi, de me protéger, alors je t’en prie, défends-moi contre la mort, tu ne vas pas me laisser partir à 28 ans ! Non, tu es un ami ».
C’est ainsi que je m’adressais à mon ange gardien, je lui parle encore quelquefois, je crois qu’il m’a toujours protégé, n’oublie pas François de parler au tien, je suis convaincu qu’il te revaudra cela.
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C’est un solide qui survivra à l’aventure, rejoindra son village de la Nièvre, y retrouvera sa promise d’avant-guerre, Gabrielle, l’épousera, réintègrera son poste de rond de cuir à la mairie et se reproduira. Mini baby-boom, il restait peu de reproducteurs en ce tempslà. C’est ainsi que François naquit en 1919, à Limanton, Nièvre, Bourgogne, France.
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L’enfant grandit dans le petit village. Fernand garde de sa blessure un goût amer d’inachevé. Ce statut de « presque mort » lui confère auprès des villageois une aura particulière. Désormais muni des définitifs sacrements de l’Église, son passeport pour l’Après est tamponné d’un permanent visa. Non qu’il ait l’intention d’entreprendre le voyage prochainement, mais de cette porte ouverte vers un au-delà sans douaniers, il sent parfois sur sa nuque comme le souffle furtif d’un courant d’air glacé.
Il conserve dans une boite à biscuits ses deux plaques d’identité de métal gravé. Sur l’une d’elles, le nom, le prénom et la classe. C’est celle qui devait être enterrée avec le soldat. Sur l’autre, le bureau de recrutement et le matricule. Celle-ci restait dehors, archivée. Plus tard, lors du même conflit, puis pendant la Seconde Guerre, seconde signifiant qu’il n’y aura pas de troisième, fait montre d’un innocent optimisme, mais la qualifier de deuxième implique qu’elle sera suivie d’une autre. Nuance grammaticale, peu usitée, mais dans ce cas porteuse de définitives significations. À suivre donc, les générations futures corrigeront. Plus tard donc, les autorités ont sophistiqué la chose. Une seule plaque ovale, maintenue pas une épaisse chaîne de métal autour du poignet, percée au centre, en son axe le plus long, d’une ligne de trous afin d’en faciliter le découpage. Il suffit, si besoin, de tordre et de plier l’objet pour en séparer les deux parties. L’une reste avec le corps, l’autre est archivée. Chaque soldat se trouve ainsi muni d’un bracelet, cadeau de l’état, bijou de métal grossier sur lequel sa fin est envisagée, avec pragmatisme. Ils sont plus d’un, en situation d’y penser, à regarder leurs
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poignets, et cette ligne de pointillés, aiguille immobile d’une montre figée, possible d’une éventuelle et définitive fraction.
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1920 — François vit ses premières années dans la petite maison près de la mairie. Le père, Fernand est neurasthénique, aujourd’hui, on le dirait atteint d’un syndrome post-traumatique. Devenu taiseux à son retour de Verdun, seul employé au bureau de la mairie, il se contente de consigner avec soin et talent, de sa parfaite écriture, les rares actes d’état civil de la petite commune, naissance, mariage, décès…
Par contagion, par hérédité ou par simple fatigue, la mère, Gabrielle, a décidé que son lit est encore l’endroit le mieux adapté pour laisser couler le temps en ce triste monde. Aujourd’hui, elle souffrirait de dépression et les progrès de la pharmacopée lui apporteraient quelques soulagements. À l’époque et en ces lieux, c’est une malheureuse qui souffre des nerfs. Chaque jour, un peu plus épaisse, elle qui se nourrit de presque rien, semble fabriquer, du seul air qu’elle respire, un rempart adipeux qui la protège du monde.
L’atmosphère est peu propice à la saine évolution d’un enfant. Heureusement, il y a la chienne. Née peu avant l’enfant, indifférente aux tourments ambiants, Bola, la bâtarde (taille moyenne, longs poils noirs, museau pointu, œil jaune), fait montre d’une joie permanente, à peine entachée de moments de doutes, soudainement figée dans son élan, l’œil interrogatif, lorsque l’un des parents, lassé des permanents mouvements de l’animal ou peut-être simplement de sa présence qui leur rappelle trop que la vie, quelque part, existe, élève la voix en de soudaines et sévères remontrances. Cela ne dure pas, la vie a le dessus. Après quelques prudentes secondes d’interruption dans ses
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jeux, l’animal reprend sa course folle dans le jardin, à la poursuite de rien, plaisir de courir, d’être là, de se rouler dans l’herbe, de pousser un coup de gueule après une sauterelle ou un passant de l’autre côté du grillage.
L’enfant tire de cette source inépuisable d’énergie la force de grandir. Il rit si fort avec l’animal dans la triste maison. Deux contre deux. Un couple d’abîmés et une paire d’amis rigolards. Les parents regardent le spectacle de ce début de vie avec le peu qu’il leur reste de joie et d’élan vital. Parfois, on peut les voir, l’un ou l’autre, le front à la fenêtre, suivre les jeux incessants du chien et de l’enfant, un très léger sourire au coin de l’œil.
François suit les cours de l’école du village. C’est un bon élève, la parfaite écriture de son père, mandaté par la République pour inscrire les actes d’état civil de la mairie est un modèle encore inaccessible pour lui et il s’emploie, avec grand soin, à tenter de reproduire la perfection de ses traits, pleins et déliés, le seul modèle que l’ancien combattant sait lui donner. L’enfant voit dans cette unique preuve de rigueur, l’image du presque normal géniteur, qui tient là, au bout de sa plume, la preuve qu’il est quelqu’un de bien, adapté à la situation, un père, loin de l’homme taciturne et absent qu’il donne à voir au monde. Fernand sait écrire mieux que quiconque dans le village. Ses certificats de naissance sont des œuvres d’art, reconnues dans tout le canton et ce talent suffit pour l’enfant à faire de lui, celui qui sait, celui qui guide, modèle, presque père.
Gabrielle, elle, est anéantie d’une invisible souffrance aux origines inconnues. Freud est au fait de sa gloire en
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ce temps-là, mais la route entre Limanton et Vienne est bien longue. Elle évite le plus souvent de croiser son fils, le regarde du coin de l’œil, comme surprise de le trouver là. Lorsqu’elle le voit, face à elle, la chienne entre les jambes, le vague souvenir de ce que doit être une mère lui fait parfois fabriquer à l’attention de l’enfant, un triste sourire, puis elle retourne promptement à ses occupations domestiques, la soupe, le linge, la poussière sur les rares bibelots et surtout son lit pour dormir, dormir, dormir.
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Trois chambres au premier étage de la maison. Celle de gauche pour Fernand, celle du centre pour François, et la dernière pour Gabrielle. Il y eut une porte entre la chambre de François et celle de sa mère, depuis longtemps disparue, ne reste qu’une ouverture dans le mur. Chaque nuit, l’enfant est réveillé par les gémissements de Gabrielle qui, d’une faible voix, lance des appels déchirants à celle qui fut sa mère. Puis, le silence, et de nouvelles plaintes, des pleurs. François se rendort.
Fernand le réveille au matin. Deux coups de poing sur la porte et :
— Debout.
Ils descendent dans la cuisine, Fernand fait du café et découpe deux tranches de pain. Le petit déjeuner est vite avalé, sans un mot. De toilette, il n’y a pas vraiment, l’enfant monte à l’étage, se mouille le visage de quelques gouttes d’eau puis jette un œil dans la chambre de sa mère, qui immobile et abîmée sous sa couverture à carreaux roses et blancs semble enfin avoir trouvé la paix avec la venue du jour.
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1926 — François a sept ans, l’école est à quelques pas, la chienne l’accompagne toujours, comprend qu’il ne faut pas traverser la rue face à l’entrée, attend là, au bord du trottoir et le regarde saluer ses camarades. Elle reste jusqu’à ce qu’ils soient tous entrés dans la cour et s’en retourne enfin lorsque le portail se ferme. Elle rejoint la maison en trottinant, s’assoit devant la porte et attend que la mère se lève et vienne lui ouvrir. Ça peut être long. Lorsqu’enfin Gabrielle sort du lit, son premier repère au sortir des tristes limbes d’où le jour a fini par la tirer est d’ouvrir à la chienne qui attend. Ignorant encore l’humeur de sa maîtresse, elle a pour habitude de filer vers sa couverture et de s’y lover, le museau au sol, l’œil en mouvement, vigilante, non sans avoir tourné plusieurs fois sur elle même comme le faisaient ses ancêtres, au seuil des cavernes, pour s’assurer qu’aucun serpent n’était dans la place (on est jamais trop prudent).
À midi, l’écrivain et l’enfant rentrent pour une mince collation, vaguement mijotée par la fille de Morphée. Il y a là une soupe, quelques œufs, du pain, de rares légumes, une cruche d’eau et une bouteille de mauvais vin à qui l’employé de mairie a tôt fait de faire un sort, ce qui lui confère, au sortir de table, une démarche raide et prudente. Enfin, il met sa casquette à carreaux, sa vareuse et sort sans un mot.
La mère et l’enfant se retrouvent ainsi seuls, en silence. Elle finit par se lever dans un soupir et débarrasse la table, signe pour le gamin qu’il est temps de sortir jouer avec la chienne qui l’attend, des fourmis dans les coussinets depuis déjà longtemps. Ils se roulent

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