Le Prince Noir en Aquitaine (suivi de : La bataille de Poitiers)
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Description

Le Prince Noir, “noir” peut-être d’après la couleur de sa cuirasse, est le fils d’Edouard III, roi d’Angleterre et duc d’Aquitaine. Il démontre très jeune de solides qualités guerrières : à Crécy, puis à Poitiers où il fait prisonnier le roi de France !


Edouard III le nomme alors “lieutenant” en Aquitaine, puis érige, pour lui, le duché en principauté. Edouard de Woodstock – le Prince Noir – fera de sa cour d’Aquitaine, l’une des plus brillantes d’Europe. Pourtant l’aventureuse guerre de succession de Castille ruinera les finances et la santé de ce prince-chevalier fastueux qui, malade, mettra fin à la principauté d’Aquitaine. Ainsi disparaissait définitivement le rêve multiséculaire d’un royaume aquitain...


Restent la légende... et l’histoire de ce destin exceptionnel que retrace le présent ouvrage.


“La Bataille de Poitiers”, extrait d’un ouvrage de J.-M. Tourneur-Aumont nous fait découvrir pas à pas le déroulement de cette bataille — gagnée par les Anglo-Gascons du Prince Noir sur les Français —, et qui faillit bien changer le cours de l’Histoire de France.

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Publié par
Nombre de lectures 5
EAN13 9782824054964
Langue Français
Poids de l'ouvrage 10 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0075€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

isbn

Tous droits de traduction de reproduction et d’adaptation réservés pour tous les pays.
Conception, mise en page et maquette : © Eric Chaplain
Pour la présente édition : © edr/ EDITION S des régionalismes ™ — 2012/2013/2014/2020
Editions des Régionalismes : 48B, rue de Gâte-Grenier — 17160 cressé
ISBN 978.2.8240.0057.2 (papier)
ISBN 978.2.8240.5496.4 (numérique : pdf/epub)
Malgré le soin apporté à la correction de nos ouvrages, il peut arriver que nous laissions passer coquilles ou fautes — l’informatique, outil merveilleux, a parfois des ruses diaboliques... N’hésitez pas à nous en faire part : cela nous permettra d’améliorer les textes publiés lors de prochaines rééditions.



AUTEUR

JOSEPH MOISANT




TITRE

LE PRINCE NOIR EN AQUITAINE suivi de LA BATAILLE DE POITIERS (M. TOURNEUR-AUMONT)




INTRODUCTION
(à la première édition 1894)
R aconter la vie du Prince Noir d’une manière plus complète, à l’aide de documents nouveaux ; étudier ses faits et gestes en Aquitaine ; apprécier son rôle politique et déterminer son importance dans l’histoire du quatorzième siècle, — tel est le but de ce travail.
Le Prince Noir, fils aîné d’Edward III, roi d’Angleterre, a joué l’un des premiers rôles dans la guerre de Cent Ans. Adolescent en 1346, il mérite par son courage les honneurs de la journée de Crécy ; dix ans plus tard, à Poitiers, il met en déroute l’élite des barons français et compte le roi Jean parmi ses captifs ; en 1362, son père le prépose au gouvernement de l’Aquitaine érigée en principauté. Ses actes intéressent les contemporains et fixent l’attention de la postérité. Un témoin oculaire, le héraut d’armes de Jean Chandos, et Froissart, « clerc » favori de la reine d’Angleterre, Philippa de Hainaut, relatent ses exploits. Mais il était utile de compléter et même de rectifier çà et là leurs informations. Nous avons essayé de le faire en étudiant les vicissitudes historiques survenues à cette époque en Aquitaine, vaste province longtemps séparée de la France et toutefois nécessaire à son intégrité. Puisse notre étude contribuer pour sa modeste part à répandre quelques notions plus exactes sur une des périodes les plus critiques de notre moyen âge.



SOURCES
I. — DOCUMENTS DIPLOMATIQUES
Ce sont les Chartes, ordonnances, enquêtes, pièces de procédure, correspondances officielles et privées.
1. — ARCHIVES D’ANGLETERRE
Thomas Rymer, dans sa vaste collection des Fœdera, Conventiones, litteriœ, etc., a publié beaucoup de documents relatifs a l’histoire du Prince Noir. Il existe quatre éditions de ce recueil : la première (avec la continuation de Sanderson) en 20 volumes publiés de 1704 à 1735 ; la deuxième, surveillée par Holmes, reproduit seulement les 17 premiers volumes de l’édition primitive (1727-1729) ; la troisième, publiée à La Haye en 10 volumes, comprend tout Rymer, avec la continuation de Sanderson et les corrections de Holmes (1739-1745) ; la quatrième enfin, dirigée par l’ancienne Commission des archives, parut de 1816 à 1830 en 3 volumes formant six parties. Nous indiquerons nos références d’après celte dernière édition. M. Thomas Duffus-Hardy a publié dans les Rolls series, en 3 volumes (1869-l885), le Syllabus, in english, of Rymer’s Fædera.
Satutes of the Realm (tome I), printed by command of H. M. George III, in pursuance of an address of the House of Commons of Great Britain, vol. I-VI, 1810-1819. Vol. VI-XI (Rolls Series), 1819-1828.
Les Litteræ Cantuarienses (t. II) publiées par J.-B. Sheppard (Rolls Séries), les chroniques d’Adam de Murimuth et de Robert de Avesbury, contiennent entre autres documents diplomatiques relatifs à l’histoire du Prince Noir, plusieurs lettres missives.
a. — British Museum.
Additional mss. 6032, 6068.
Cotton : Caligula. D. III. fol. 82, 103. Cleopatra D. VII, fol. 179.
b. — Public Record Office.
Chapter House Books : A. 4/34, B 3/20, B 4/3, B 5/21.
Exchequer. Treasury of the Receipt. Miscellanea. Bundles 37/10, 38/15, 38/17, 38/18.
Queen’s Remembrancer, Miscellanea, Army, Bundles 49/52.
Queen’s Remembrancer, Realm of France, Bundles 468/14, 468/15.
Early Chancery Rolls, n os 954-967. Vascon Rolls, 31-43 Edw. III.
Ancient Correspondence (fonds non catalogué) : 19 lettres du Prince Noir (1356-1357).
c. — Cambridge.
Corpus Christi College’s Library, ms. n° 370.
d. — Archives du Chapitre de Canterbury.
Cartœ Antiquœ n° 145.
Registres B 2 fol. 46 ; F 8 fol. 83 ; H fol. 82 ; L fol. 89.
2. — ARCHIVES DE FRANCE
a. — Archives Nationales.
Série J. JJ. Trésor des Chartes.
b. — Bibliothèque nationale.
Fonds français : 2699, 2873, 23592, 5056, 5058, 15490, 17969 ; nouv. acq. fr. 6214.
Fonds latin : 10920, 10921, 6049, 18391, 28537.
Collection Doat, vol. 1.17, 119, 127, 147.
Collection de Brienne, vol. 35.
Collection Moreau-Bréquigny, vol. 654.
Collection de Clairambault, vol. 69, 77.
c. — Archives municipales du Midi.
Les archives municipales du Midi que nous avons consultées sont celles de Bordeaux, Périgueux, Poitiers, Dax, Figeac, Beaulieu (Corrèze), Gourdon et Millau.
II — CHRONIQUES
l. — CHRONIQUES ANGLAISES
Un contemporain du Prince Noir, héraut d’armes de Jean Chandos, composa vers 1380 une chronique rimée. Les renseignements qu’on y trouve ont une vraie valeur historique. (The Black Prince, by Chandos Herald, édité en 1842 par H. O. Coxe pour le Roxburgh Club. En 1883, M. Francisque Michel a publié une autre édition. Paris-Londres, J.-G. Fotheringham, in-4°, xx-392 pages. Cf. Bibliothèque de l’École des Chartes, t. XLIV, p. 508 ; Revue Historique, t. XXIII, p. 482.)
Les moines de l’abbaye de Saint-Alban écrivaient la chronique générale du royaume. Sous le règne d’Edward III, Thomas de Walsingham fut un des principaux rédacteurs. Puisant dans le fonds de notes recueilli par ses prédécesseurs, Mathieu de Paris, William Rishanger, Jean de Cella, Roger Wendower, Jean de Trokelowe, Henry de Blancforde, il composa son Historia Anglicana. La partie originale commence seulement à l’avènement de Richard II. L’Ypodigma Neustriæ est un résumé de l’ouvrage précédent. (Chronica monasterii S. Albani éditées par H. T. Riley (Rolls Séries), t. I. Thomæ Walsingham Historia Anglicana, 2 vol. ; t. VII, Ypodigma Neustriæ.)
L’auteur anonyme du Chronicon Angliœ a puisé la plus grande partie de ses informations dans les écrits de Th. de Walsingham. (Chronicon Angliæ ab anno Domini 1328, usque ad annum 1388, auctore monacho quodam Sancti Albani, ed. par Ed. Maunde Thompson, 1874.) (Rolls Séries).
Dans l’abbaye bénédictine de Saint-Werburgh à Chester, Ranulphe de Higden compila son Polychro-nicon. Jean de Trévise le traduisit en français vers la fin du quatorzième siècle. Le Polychronicon devient une œuvre personnelle quand l’auteur aborde l’histoire du quatorzième siècle. Le reste n’est qu’une compilation. (Polychronicon Ranulphi de Higden, édit. par C. Babington et J. R. Lumby, 9 vol. (Rolls Séries). Cf. Revue Historique, tome III, p. 483 ; Revue des Questions historiques, t. X, p. 612.)
Henry Knighton, chanoine de Leicester, rédigea pendant la seconde moitié du quatorzième siècle, une histoire d’Angleterre. Souvent, il se contenta d’abréger Ranulphe de Higden. Mais admis à consulter les archives privées de Henry, duc de Lancastre, et de Jean de Gand, il publia des renseignements que nul autre chroniqueur n’a pu transmettre. La chronique de Henry Knighton a été publiée en 1652 par Twysden dans : Historiæ Anglicanæ Scriptores decem. M. Jos. Rawson Lumby en donne une nouvelle édition dans la collection du Maître des rôles.
Adam de Murimuth et Robert de Avesbury, bibliothécaire de l’archevêché de Canterbury, sont deux historiographes éminents du quatorzième siècle. Eux aussi profitent des recherches de leurs devanciers. Mais ils enrichissent leurs œuvres de précieux documents diplomatiques. (Adami Murintuthensis Chronica sui temporis ; Roberti de Avesbury, de gestis mirabilibus regis Edwardi Tertii, éd. par E.-M. Thompson (Rolls Séries). Cf. Revue Historique, t. XLVII, p. 127.)
Un rapport de filiation rattache à la chronique d’Adam de Murimuth celle de Le Baker de Swyne-broke, un de ses compatriotes du comté d’Oxford. Mais Le Baker tenait de première main tous les renseignements sur la campagne de Crécy et l’expédition du prince en Languedoc. (Galfridi le Baker de Swynebroke, Chronicon Anglie, temporibus Edwardi II et Edwardi III, éd. par Ed. Maunde Thompson, Oxford [Clarendon Press], 1889. Cf. Revue Historique, t. XLVII, p. 129 ; English Historical Review, n° 20, t. V, p. 776 ; Blackwood’s Edinburgh Magazine, n° MCCCCVII, p. 652.)
Un Anonyme, contemporain du Prince Noir, composa sur l’expédition de 1346 une chronique encore inédite. L’auteur semble avoir été témoin des événements qu’il raconte. Son récit s’arrête brusquement, le matin de la bataille de Crécy. (Corpus Christi Collège (Cambridge), ms. 370, fol. 1-8.)
La Chronique de Londres (Chronicle of London from 1089 to 1483. With an Appendix containing Poems by Lydgate ; édit. par N. H. Nicolas, 1827) ; l’Eulogium Historiarum, par un moine de Malmesbury, complètent la liste des principales chroniques anglaises relatives à l’histoire du Prince Noir. (Eulogium Historiarum sive temporis : Chronicon ab orbe condito usque ad A. D. 1366. A monacho quodam Malmesburiensi exaratum. Accedunt continuationes duæ, etc. Ed. par F. S. Haydon. 3 vol. (Rolls Séries). Cf. Revue des Questions historiques, t. XXX, p. 252.)
2. — CHRONIQUES FRANÇAISES
a. — Chroniques du Nord.
Froissart occupe sans contredit le premier rang. Mais il est toujours prudent de contrôler ses assertions. Au cours de son existence aventureuse, à Londres, à Windsor, à Bordeaux, à Angoulême, à Orthez, en Écosse et en Flandre, Froissart entendit des témoignages divergents et subit des influences contraires. Il modifia trois fois son œuvre, au gré de ses hôtes et de ses nouveaux amis. Trop souvent, il a brodé de charmantes fantaisies sur une erreur historique. Voici dans quel ordre se succèdent les trois rédactions : la première a été composée de 1369 à 1373 ; cette rédaction, la plus favorable aux Anglais, fut la plus répandue : elle est reproduite dans une cinquantaine de manuscrits. La seconde est postérieure à 1376, car au début, Froissart mentionne la mort du Prince Noir ; l’auteur y montre plus de sympathie pour la France. La troisième rédaction s’arrête à la mort du roi Jean (1) .
Chronique des quatre premiers Valois (1327-1393), publ. par Siméon Luce (Soc. de l’Hist. de. France). Paris, 1861, in-8.
Chronique Normande du quatorzième siècle, 1298-1370. Publ. par Aug. et Em. Molinier (Société de l’Histoire de France), Paris, 1882, in-8.
Chroniques de Saint-Denys (édit. Paulin Paris, 1836-1838, 6 vol. in-8). t. VII, passim.
Jean de Venette, Continuatio posterior Guillelmi de Nangiaco ; 1340-1368. Publ. par Géraud (Société de l’Histoire de France), Paris, 1843. 2 vol. in-8 ; t. Il, passim. Cf. d’Achery, Spicilegium, édit. nov., t. III.
b. — Chroniques du Midi.
Chronique du petit Thalamus de Montpellier. (Publ. par la Société archéologique de Montpellier, 1836, in-4.)
3. — CHRONIQUES ESPAGNOLES
Don Pedro Lopez de Ayala. Cronica del rey Don Pedro. Madrid, 1779, in-4.
4. — CHRONIQUES ITALIENNES
Villani (Giovanni et Matteo). Istorie Fiorentine. (Muratori, Script, rer. Italic., t. XIV.)
III. — BIBLIOGRAPHIE
Alis, Histoire de la ville et de la Baronnie de Sainte-Bazeille (de l’ancien diocèse de Bazas). Agen, Michel et Médan, 1892, in-8.
— Notice sur le château, les anciens seigneurs et la paroisse de Mauvezin. Agen, Michel et Médan, 1887, in-8.
Allou (C. N.), Jean Chandos, dans « Revue Anglo-Française », t. III.
Ashmole, History of the order of the Garter. London, 1715, in-8.
Aumale (duc d’), Notes et documents relatifs à Jean, roi de France, et à sa captivité en Angleterre. Londres, 1856, in-4. (Extr. des « Miscellanies of the Philobiblion Society », 1855, t. II, sect. 6.)
Balasque et Dulaurens, Études historiques sur la ville de Bayonne. Bayonne, Lasserre, 1862-1875, 3 vol. in-8.
Bardonnet (A.), Procès-verbal de délivrance à Jean Chandos, commissaire du roi d’Angleterre, des places françaises abandonnées par le traité de Brétigny. Niort, 1867, in-8.
— Terrier du grand fief d’Aulnis, dans « Mémoires de la Société des Antiquaires de l’Ouest », 1874.
Barnes (J.), History of Edward III. Cambridge, 1688, fol.
Barrau (de), Documents historiques et généalogiques sur les familles et les hommes remarquables du Rouergue. Rodez, 1853-1860. 4 vol. in-8.
Beaurepaire (Ch. de), Publication et commentaire d’une complainte sur la bataille de Poitiers, dans « Bibliothèque de l’École des Chartes », 3 e série, t. II.
Beltz (G. T.), Memorials of the Order of the Gater. London, 1841, in-8.
Bertrabdy, Études sur les Chroniques de Froissart. Guerre de Guienne (1345-1346). Bordeaux. 1870, in-8.
Bicknell (Al.), History of Edward the Black Prince, with a short view of the reign of Edward I, II and III, and a summary account of the order of the Garter. London, 1777, in-8.
Bouchet (Jehan), Les Annales d’Acquitaine, faictz et gestes en sommaire des roys de France et d’Angleterre. Poitiers, 1644, in-fol.
Brissaud, Les Anglais en Guyenne. Paris, 1875, in-8.
Brutails, Documents des Archives de la Chambre des Comptes de Navarre (1196-1384). Bibliothèque de l’École des Hautes Études, 84 e fascicule. Paris, Emile Bouillon, 1890, in-8.
Caron, Itinéraire au champ de bataille de Crécy, lu a la Société des Sciences morales, le 2 déc. 1836. Versailles, in-8.
Carte (Thomas), Catalogue des Rôles Gascons, Normands et Français conservés dans les archives de la Tour de Londres, tiré d’après celui du garde desdites archives, et contenant le précis et le sommaire de tous les titres qui s’y trouvent concernant la Guienne, la Normandie et les autres provinces de la France sujettes autrefoys aux roys d’Angleterre. A Londres et se trouve aussi à Paris, chez Jacques Barrois fils, 1743, in-fol.
Champollion-Figeac, Lettres de rois, de reines et autres personnages des cours de France et d’Angleterre, tirées des archives de Londres, par Bréquigny. Paris, 1839-47 (Collection des Documents inédits). 2 vol. in-4.
Chauvelays (J. de la), Guerres des Français et des Anglais, du onzième au quinzième siècle. Paris, 1875, 2 vol. in-8.
Pierre Cochon, Chronique Normande. (De Beaurepaire, Société de l’Histoire de Normandie. Rouen, 1870, in-8.)
Collins (Arth.). Life and glorious actions of Edward prince of Wales, eldest son of King Edward, and of his royal brother John of Gaunt, King of Castile. London, 1740, in-8.
Cosneau (E.), Les grands traités de la guerre de Cent Ans. Paris, 1889 (Collection de textes pour servir à l’étude et à l’enseignement de l’histoire).
Creighton (Luise), Life of the Black Prince (Histor. biographies). London, 1876, in-12.
Delisle (Léopold), Mandements et actes de Charles V. Paris, 1873 (Collect. des Documents inédits), in-4.
— Histoire du château et des sires de Saint-Sauveur-le-Vicomte. Paris, 1869, in-8.
Delpit (Jules), Collection générales des documents français en Angleterre. Paris, 1847 (Collect. des Documents inédits), in-4.
Dessalles, Périgueux et les deux derniers comtes de Périgord. Périgueux.
Doyle (J. E.), The official Baronage of England showing the succession, dignities and offices of every peer, from 1066 to 1885. London, 1885 et seqq. 3 vol. in-4.
Ducom (André), La Commune d’Agen. Paris, Alphonse Picard, 1892, in-8.
Dugddale (Sir W.), Baronage of England. London, 1675-76, 2 vol. in-fol.
Fillon (Benj.), Jean Chandos, connétable d’Aquitaine et sénéchal de Poitou, dans « Rev. des provinces de l’Ouest » (1855), t. III ; puis publié à part à Fontenay, 1856, in-8 (100 exempl.).
Gallia Christiana. Paris, 1.715-1865, 16 vol, in-fol.
Gaujal (baron de), Études historiques sur le Rouergue. Paris, 1858-59, 4 vol. in-8.
Ciry, Les Établissements de Rouen (Biblioth. de l’École des Hautes Études, 59 e fasc.). Paris, Vieweg, 1883-85, 2 vol. in-8.
Grafton (R.), Chronicle of England. London, 1569. 2 vol. in-fol.
Guadet, Saint-Emilion, son histoire et ses monuments. Paris, 1841, in-8.
Guibal (G.), Histoire du sentiment national en France pendant la guerre de Cent Ans. Paris, 1875. in-8.
History (The) of Edward prince, of Wales commonly termed the Black Prince. London. 1776, in-8.
Holinshed (R.), Chronicles of England, Ireland, Scotland. Londres, 1587, 3 vol. in-fol.
Holt (Emily S.), Ye olden Time. London, 1891.
Hook (W. F.), Lives of the Archbishops of Canterbury. London, 1860-69, 8 vol. in-8.
Hume (D.), History of England. London, 1854-55, 18 vol. in-8.
Humphrey (H. Noël), A record of the Black Prince being a collection of such passages in his life, as have been most quaintly and strikingly narrated by chronicles of the period, embellished with the hightly wrought miniatures and borderings selected from various illuminated mss. London, 1849, in-4.
James (G. P. R.), A history of the life of Edward the Black Prince, London, 1839, 2 vol. in-8.
Lacabane (L.), Mémoire sur les deux prétendues délivrances de Condom en 1369 et 1374, dans « Bibliothèque de l’École des Chartes », 3 e série, t. III.
Leland (J.), De rebus Britannicis collectanea ; cum T. Hearnii præfatione. Editio altera. London. 1770, 6 vol. in-8.
Leymarie, Histoire du Limousin. Limoges. 1845, 2 vol. in-8.
Longman (W.), The history of the life and times of Edward III. London, 1869, 2 vol. in-8.
Louandre (F.-C.), Dissertation sur la bataille de Crécy ; dans « Revue Anglo-Française », t. III.
Luce (S.), Histoire de Bertrand du Guesclin. 1 ère partie : La Jeunesse de Bertrand. Paris, 1876, in-8.
— La France pendant la guerre de Cent Ans ; épisodes historiques et vie privée aux quatorzième et quinzième siècles. Paris, Hachette, 1890, in-16.
Martène et Durand, Thésaurus novus Anecdotorum. Paris, 1717, 5 vol. in-fol.
— Veterum scriptorum et monumentorum... amplissima Collectio. Paris, 1724-1733, 9 vol. in-fol.
Mérimée, Histoire de Don Pedre l er , roi de Castille. Paris, 1865, in-8.
Meyrick (Sam.), Jean Chandos, dans « Archæologia », t. XX.
Michel (Francisque), Histoire du Commerce et de la navigation à Bordeaux. 1867-1871, 2 vol. in-8.
Molinier (Emile), Étude sur la vie d’Arnoul d’Audrehem, maréchal de France (1300-1370), dans « Mémoires présentés par divers savants à l’Académie des inscriptions et belles-lettres », 2° série, t. VI, l re partie, 1883.
Monlezun, Histoire de la Gascogne. Auch, 1846-50, 7 vol. in-8.
Montagu-Burrows, The family of Brocas of Beaure-paire and Roche Court. Londres, 1886, in-8.
Mullinger (J. Bass.), The university of Cambridge from the earliest times to the royal injunctions of 1535. Cambridge, University press, 1873.
Ordonnances des rois de France de la troisième race. Paris, 1723-1847, 22 vol. in-fol.
Poitevin de la Croix (Le), Histoire des expéditions militaires d’Edward III et du Prince Noir, dans « Revue Anglo-Française », t. V.
Poey d’Avant (Faustin), Monnaies féodales de France. Paris. 1858-62, 3 vol. in-4.
Rédet, Extraits des comptes de dépenses de la ville de Poitiers aux quatorzième et quinzième siècles, dans « Mémoires de la Société des Antiquaires de l’Ouest ». t. VI, 1839. pp. 385-411. et t. VII, 1840. pp. 380-446.
Reports of the Royal Commission on Historical Manuscripts. London, 1870, etc. Les neuf premiers rapports (1870-85), dans série des « Blue books », format in-fol. à deux colonnes ; à partir du 10 e les rapports sont publiés en fascicules in-8.
Saint-Hypolite, Étude sur la bataille de Poitiers, dans « Spectateur militaire », t. XXXVI.
Samazeuilh (J.-F.), Histoire de l’Agenais, du Condomois et du Bazadais. Auch, 1846-47, 2 vol. in-8.
Sandford (F.), Genealogical history of the Kings and Queens of England. Continued by S. Stebbing. London, 1707, in-fol.
Schickler (F. de), L’Histoire de France dans les archives privées de la Grande-Bretagne. Paris, 1878, in-8.
Secousse, Mémoire relatif aux traités de Calais et de Brétigny. (Mémoire de l’Académie des Inscriptions, t. XVII, 1751, in-4.)
— Mémoire pour servir à l’histoire de Charles le Mauvais. Paris, 1758, in-4. — Preuves de l’histoire de Charles le Mauvais. Paris, 1758, in-4. — Mémoire sur les troubles qui suivirent la bataille de Poitiers. (Mémoire de l’Académie des Inscriptions. t. XVI, 1734, in-4).
Seymour de Constant, Mémoire sur le plan de la position des deux armées à la bataille de Crécy. Paris, Dumoulin, 1851, in-18.
Speed (J.), History of Great Britain. London, 1632, in-fol.
Stanley (Arthur), Historical Memorials of Canterbury. London, John Murray, 1887, in-12.
Stow (J.), Chronicle of England. Continued until 1614 by E. Howes. London, 1615, in-fol.
Stubbs (William), The Constitutional history of England in its origin and development. Oxford. Clarendon Press, 1875-1878, 3 vol. in-8.
— Registrum sacrum Anglicanum ; an attempt to exhibit the course of episcopal succession in England. Oxford, University press, 1858, in-8.
Tauzin, Les Sénéchaux Anglais en Guienne (1137-1453), dans « Revue de Gascogne », t. XXXII (avril, mai, juillet-août 1891).
Tholin, Ville libre et barons ; essai sur les limites de la juridiction d’Agen. Paris, A. Picard, 1886, in-8.
Vaissete (dom), Histoire générale du Languedoc. Toulouse, Privat, 1872-1890, 10 vol. in-4. (En cours de publication.)
Virac (D.-A.), Recherches historiques sur la ville de Saint-Macaire, l’une des filleules de Bordeaux. Paris, Lechevalier, 1890, in-8.
Vuitry, Études sur le régime financier de la France avant la Révolution de 1789. Paris, 1878-1883, 3 vol. in-8.
Wharton, Anglia sacra ; sive Collectio historiarum antiquitus scriptarum de Archiepiscopis et Episcopis Angliæ. Londres, 1691, 2 vol. in-fol.
Whright (Thomas), The political songs of England. Pub. pour la Camden Society. Londres, 1839, in-8.
Yanguas y Miranda (D. José), Diccionario de antiguedades del reino de Navarra. Pampelune, 1840-1843, 4 vol. in-4.


Nous nous sommes servi de l’édition de Froissart publiée par M. Siméon Luce (Société de l’Histoire de France). Paris, 1869-1887, 8 vol. in-8.


CHAPITRE PREMIER
Naissance et premières années du Prince Noir. — Son précepteur Walter Burley. — Son éducation à la cour d’Edward III. — Ses débuts militaires en 1346.
L e fils aîné d’Edward III naquit le 15 juin 1330, dans le château royal de Woodstock, près d’Oxford, d’où son nom : Edward de Woodstock (2) . Il fut plus tard surnommé le « Prince Noir ». La cause de cette ap-pellation a été très probablement la couleur de ses armes. Telle est du moins l’explication donnée par des historiens compétents, Hume (3) , Lingard (4) . Nous la préférons à celle de Speed (5) , Barnes (6) , Hook (7) , d’après lesquels cette épithète exprimerait la terreur inspirée aux Français par le vainqueur de Crécy et de Poitiers. Nous ignorons à partir de quelle époque le jeune prince fut ainsi qualifié. Aucun chroniqueur contemporain, aucun écrivain du quatorzième ni du quinzième siècle n’appelle Edward de Woodstock « Prince Noir ». Grafton, le premier, nous transmet ce surnom. Or Grafton écrivait en 1563, c’est-à-dire cent quatre vingt sept ans après la mort du prince (8) . Holinshed, vingt ans plus tard, en 1587 (9) , W. Shakespeare, en 1599, popularisent cette dénomination ; elle entre définitivement dans le langage courant au dix-septième siècle. Nous la retrouvons à cette époque dans les histoires de Speed et de Barnes.
Dès le 16 septembre 1330, Edward III constituait le budget de son fils : cinq cents marcs sur les revenus du comté de Chester (10) . Olivier de Ingham, justicier de Chester, versera cette somme en quatre échéances : à la Saint-Michel, à Noël, à Pâques, à la Saint-Jean-Baptiste. Six mois plus tard, une nouvelle ordonnance royale affecte la totalité des revenus de Chester à l’entretien du prince et à celui d’Eléonor, sœur du roi (11) .
Un changement s’opéra en 1330, dans l’attitude d’Edward III, tous les historiens sont unanimes à le constater. Depuis trois ans, le jeune monarque était dominé par la reine-mère Isabelle et par Roger de Mortimer (12) . Edward résolut enfin de se soustraire à une tutelle humiliante (13) . Roger de Mortimer, principal auteur de tous les maux, instigateur de la révolte des barons (14) , assassin d’Edward II (15) , négociateur d’une paix honteuse avec l’Écosse (16) , fera connaître par sa chute et par son châtiment que l’Angleterre change de maître. Le 19 octobre 1331, Edward III, accompagné de lord Montagu, de William Eland et de plusieurs autres seigneurs, arrête Roger de Mortimer dans le château de Nottingham, puis bientôt le fait comparaître devant le Parlement, juger, condamner, exécuter (17) .
Après ce premier acte d’autorité, le jeune roi ne prétendit point gouverner à sa fantaisie. Il demanda conseil au pape Jean XXII sur la meilleure manière d’administrer son royaume. Le Souverain Pontife insista sur la nécessité de rompre avec le déplorable et dangereux système du favoritisme, conseilla de ne plus suivre les avis intéressés de quelques individus, de gouverner en demandant conseil aux barons, prélats et chevaliers réunis en Parlement (18) .
Mais Edward III, brave et vigoureux soldat, amateur de la guerre, aventureux, fougueux, violent même, comme le sera plus tard son fils, sentait par-dessus toutes choses le besoin de l’action, la passion de la gloire militaire. Ces goûts belliqueux, ces vastes ambitions, s’accordaient mal avec l’existence tranquille et monotone d’un législateur, père de ses sujets, en bonne intelligence avec ses voisins. — Toutefois, en 1331, il n’était pas encore question de guerre entre la France et l’Angleterre.
Fiancer le prince royal, âgé de treize mois, à Jeanne, fille de Philippe VI, pouvait servir la politique anglaise ; Edward III le pensa. En juillet 1331, il envoya Jean Darcy et William Trussel négocier cette alliance (19) . L’année suivante, le 26 avril, W. Aymeri, évêque de Norwich et trésorier d’Angleterre, reçut mission de réitérer les mêmes propositions (20) . Edward III en prenait à cœur la réussite. En 1337, deux légats du pape étant venus traiter de la paix avec lui, il posa comme condition le mariage de son fils aîné avec la fille du roi de France (21) . Cependant, par ordre formel du roi, Edward de Woodstock accompagne sa mère dans les divers châteaux où elle séjourne (22) . Les voyages de la cour, à cette époque, étaient perpétuels (23) . Rarement elle s’arrêtait un mois entier au même endroit, plus souvent elle n’y demeurait pas même une semaine. En quinze jours, on la trouve fréquemment dans cinq ou six villes ou châteaux différents. Les résidences les plus fréquentées alors semblent avoir été Woodstock, Nottingham, Lincoln. Wallingford, Henley et surtout Windsor, lieu de naissance d’Edward III.
Dès que le Prince Noir fut en âge d’apprendre, on le remit aux soins d’un précepteur, Walter Burley. Homme de science, homme de piété, homme d’action au besoin, Walter Burley avait été chargé par le roi de plusieurs négociations à la cour pontificale (24) . A titre de commentateur d’Aristote, il tient un rang honorable dans l’histoire littéraire. Jusqu’à la réforme de Henri VIII, ses ouvrages sont restés classiques dans l’Université d’Oxford (25) . Entre tous ses contemporains, sans excepter Duns Scot, son maître, et William Ockam, son condisciple, il se distingua par la netteté des idées, la limpidité du langage ; de là son nom dans l’École : doctor planus et perspicuus (26) .
Edward eut pour compagnon de travail et de jeu Simon Burley, neveu de Walter (27) . Nous retrouvons ce Simon en Aquitaine.
Le docte précepteur transmit peut-être à son royal élève quelques-unes de ses connaissances ; mais on serait mal venu à prétendre qu’il forma un grand clerc, un amateur des belles-lettres, tel que le roi Charles V, par exemple. En revanche, l’enfant, qui n’avait pas le cœur « coward », profita des leçons de ses autres maîtres et excella dans tous les exercices de la chevalerie. Un de ses contemporains a dit que jamais homme « ne fut plus vaillant de son corps » (28) .

Le Prince Noir.
Le jeune prince eut pour gouverneurs les représentants d’une chevalerie qui penchait depuis environ cinquante ans vers son déclin. Pour eux, la guerre était un tournoi, la vie entière une suite de fêtes, dont le roi payait les frais. Rien n’était plus contraire au véritable esprit militaire que les exercices de parades chevaleresques, très en honneur au quatorzième siècle. Edward III voulut-il supprimer ces guerres théâtrales, où les chevaliers songeaient surtout à se donner en spectacle et à faire des prouesses ? Quelques historiens lui attribuent ce mérite (29) . L’éloge n’est peut-être pas suffisamment justifié.
Edward III renouvela souvent l’interdiction des joutes, des passes d’armes et des tournois. De 1330 à 1347, on compte jusqu’à onze ordonnances prohibitives ; plusieurs se succèdent à quelques mois d’intervalle (30) . Mais le texte de ces ordonnances porte l’interdiction de ces sortes de divertissements aux particuliers non munis d’une autorisation spéciale. Il ne s’agit pas de supprimer les tournois, mais seulement d’en réserver la police au roi. Le 11 avril 1331, une ordonnance adressée aux shériffs de Norfolk, de Suffolk, de Londres, leur réitère des ordres sévères contre tout particulier coupable d’organiser des joutes. Or, moins de quinze jours après, le roi célébrait à Dartford un superbe tournoi (31) . Cet exemple est significatif et donne le véritable sens des ordonnances.
Les tournois doivent rester un exercice noble, une école de haute éducation guerrière pour les jeunes Seigneurs et les chevaliers convoqués par le roi (32) . Les chroniqueurs attestent la fréquence de ces convocations pendant la jeunesse du Prince Noir. Somptueuse mise en scène, travestissements, bonne grâce des figurants choisis parmi les chevaliers les plus jeunes (33) , tout concourt à la splendeur de ces fêtes.

Le roi-duc Édouard III.
En 1337, meurt Jean de Heltham, comte de Cornouailles (34) , Edward de Woodstock hérite des domaines de son oncle, avec le titre de duc de Cornouailles (35) ; six ans plus tard, en 1343, il est créé prince de Galles (36) . A ces deux dates on célèbre en son honneur de splendides tournois.
Les principales fêtes de l’année, Noël, Pâques, la Pentecôte, l’Assomption ; d’autres circonstances, telles que l’arrivée d’ambassadeurs, la visite de seigneurs étrangers, la naissance d’un enfant royal, étaient l’occasion de joutes et de passes d’armes, où le roi convoquait toute la noblesse d’Angleterre (37) .

Tournoi, au XIV e siècle, présidé par le roi Édouard III.
Le Prince Noir grandit ainsi, dans la cour d’Edward III, la plus splendide de l’Europe, au milieu des parades, des entrées et des cavalcades. Trois fois gardien du royaume, en 1338, 1340 et 1342 (38) , il entendit parfois traiter, examiner, discuter et résoudre les affaires de l’Etat, et présida des séances du Parlement. C’est au nom du jeune prince, âgé de dix ans, qu’on fit en 1340 les proclamations traditionnelles avant l’ouverture des séances : Défense « de par le dit gardeyn », à tous les comtes et barons de se présenter devant lui armés de leurs épées ; défense aux enfants du voisinage de se rassembler en aucun endroit du palais de Westminster, pour y jouer « a bares ne a autres jues nient covenables, come a ouster chaperons des gents, ne a mettre mayn en eux, ne autre empechement faire par quoi chescun ne puisse peissiblement suir ses busoignes » (39) .
Très jeune, le prince contracta des goûts fastueux et dépensa son avoir. Poursuivi par ses créanciers, il exigeait de ses receveurs de Galles, de Cornouailles et de Chester une grande exactitude. De juillet 1346 à janvier 1348, il ne leur fit pas adresser moins de huit cent seize lettres relatives à la perception de ses revenus (40) .
En 1346, Edward de Woodstock fit sa première campagne. Le 12 juillet, dès qu’il eut pris terre sur la presqu’île du Cotentin, le roi, s’avançant sur un monticule proche du rivage, arma chevaliers son fils aîné, William de Montagu, Roger de Mortimer, William le Roos, Roger de la Ware et plusieurs autres (41) . Un mois plus tard, à Crécy (26 août), le Prince Noir fait preuve d’un courage et d’une présence d’esprit qui lui méritent les honneurs de la journée (42) . Un effet moral immense, sans un pouce de terrain gagné, tel était, pour les Anglais le résultat de la victoire. Edward III voulut obtenir un résultat plus positif. Il remonta de Crécy vers Calais. Occuper cette situation, c’était garantir la sécurité du commerce anglais et commander le passage du détroit. Le 4 septembre, Edward III bloqua la place par terre et par mer (43) . Le siège dura, comme on sait, plus de dix mois (44) .

Prise de Caen en 1346 par Édouard III.
Deux ans après la reddition de Calais, un des capitaines de la place, l’Italien Aimery de Pavie, gagné à prix d’argent, promit à Geoffroy de Charny d’ouvrir la ville aux Français (45) . Averti du complot, Edward III vient lui-même en arrêter l’exécution ; son fils aîné l’accompagne (46) . Une nuit de décembre 1349, tous deux veillaient aux portes de Calais. Simuler la trahison, accueillir Geoffroy de Charny et ses hommes, leur faire franchir les ponts-levis, puis les assaillir et les massacrer, telle était la consigne. On ignorait au camp la présence du roi et de son fils. A l’heure dite, Geoffroy de Charny arrive. Tous les ordres sont ponctuellement exécutés. Aucun des Français entrés ne revient en arrière. Ceux qui attendent hors de la ville soupçonnent un guet-apens et tournent bride. Edward III, suivi de trente hommes, sort de son embuscade, s’élance à la poursuite des fuyards, en tue un bon nombre. Mais son ardeur l’entraîne trop loin. Reconnaissant le petit nombre des assaillants, les Français font volte-face, ils luttent quatre-vingts contre trente. Les Anglais, étonnés de la riposte, se groupent ; une lutte acharnée commence. Pour exciter les courages, raconte un chroniqueur, Edward III dit aux siens : « Je suis Edward de Windsor ! » A ces mots, les archers anglais, tête et bras nus, poitrine découverte, pour être plus libres de leurs mouvements, s’appliquent à ne lancer leurs traits qu’à coup sûr. Cependant, la résistance devenait difficile, quand arriva à la rescousse le jeune prince de Galles, il dispersa les Français et sauva ainsi la vie de son père (47) .
Le 29 août 1350, nouveaux exploits du Prince Noir au combat naval de Winchelsea. Son bâtiment, accroché par l’ennemi, avarié, troué, faisant eau par plusieurs endroits, menace de sombrer. Le prince, à la tête de ses hommes, s’élance à l’abordage, s’empare du vaisseau espagnol, jette par-dessus bord tous les ennemis survivants. Au même instant, son propre navire disparaissait sous les flots (48) . — Aucun autre épisode de la vie du prince, jusqu’à son premier voyage en Aquitaine, ne nous a été conservé.

Bataille de Crécy où s’illustra le futur “Prince Noir”.


Eulogiun Historiarum , t. III, p. 200. Th. de Walsingham, Historia An glicana , t. I, p. 193 ; Ypodigma Neustriæ , p. 143. Chronicon Angliæ p. 2. Archæologia , t. XXII, p. 227. Barnes, History of Edward III, l. I, ch. III, p. 44.
Hume, History of England , t. II, p. 266.
Lingard, Histoire d’Angleterre (trad. franç., édit. 1841, t. I, p. 535).
Speed, History of Great Britain , p. 672.
Barnes, History of Edward III , l. I, ch. XII, p. 220.
W. F. Hook, Lives of the archbishops of Canterbury , t. IV, p. 245.
Grafton, Chronicle of England , p. 293.
R. Holinshed, Chronicles of England, Ireland, Scotland , t. III, p. 348.
Th. Rymer, t. II, P. II. p. 798.
Id. ibid. , p. 811.
Ad. de Munmuth, p. 60 ; Rob. de Avesbury, p. 284 ; Le Baker, p. 45 ; Th. de Walsingham, Historia Anglicana , t. I, p, 192 ; H. Knighton, p. 42.
Rob. de Avesbury, p. 285.
Le Baker, p. 45 ; Ad. de Munmuth, p. 46.
Th. de Walsingham, Historia Anglicana , t. I, p. 189 ; Ad. de Munmuth, p. 53 ; Chronicon Angliæ , p. 2.
Ad. de Munmuth, p. 56 ; Chronicon Angliæ , p. 2.
Th. Walsingham, Historia Anglicana , t. I, p. 123 ; Ypodigma Neustriæ , p. 270 ; Hemingford, p. 57 ; Rob. de Avesbury, p. 312 ; Rymer, t. I, P. II, p. 84 ; W. Stubbs, Constitutional History of England , t. II, p. 373.
Raynaldi, III, p. 430, « ut circonspectio regia non uni nec duobus communicaret regimen, nec unius nec duorum consilio regeretur, sed generali prelatorum, principum et aliorum nobilium et communitatum concilio congregato ».
Rymer, t. I, P. II, p. 822.
Id. ibid. , p. 838.
Ad. de Murimuth, p. 81 ; Rob. de Avesbury, p. 131 ; Le Baker, p. 60 ; Rymer, t. II, P. II, pp. 994, 1006, 1007, 1034.
Rymer, t. II, P. II, p. 880.
Pour une courte période de huit mois, d’avril à décembre 1330, voici les déplacements d’Edward III : du 28 mars au 8 juillet il est à Woodstock, du 8 au 12 juillet à Osney, le 25 juillet à Woodstock, le 2 août à Northampton. le 8 août a Clyve, le 10 à Stamford, le 26 à Lincoln, du 9 au 20 septembre a Nottingham ; il séjourne tout le mois de novembre à Woodstock et vient à Westminster au commencement de décembre. Cf. Rymer, t. II P. II, pp. 784-800. — Certains châteaux remarquables par leur salubrité, Hatfield et Langley surtout, étaient à cette époque le séjour habituel des enfants royaux, nursery palaces . Langley fut successivement appelé Chilterne ou Children’s Langley , dans les documents officiels on trouve Chilternelangley ou Kingeslangley . Cf. Patent Rolls , 9 Edw. IV, p. I. ; et Emily S. Holt, Ye olden Time , p. 57.
Rymer, t. I, P. II, pp. 735, 782.
Leland, Collectanea , t. III, p. 54 ; Dissertatio historica de ducentis celeberrimis Augustinianis scriptoribus, ex illix qui obierunt post magnam unionem ordinis eremitici usque ad finem Tridentini Concilii , auctore Fr. Antonio Gandolfo, Genuensi, Romæ typis Joannis Francisci Buagni, MDCCIV, p. 141 ; James Bass Mullinger, The University of Cambridge, from the earliesttimes to the Royal injonctions of 1535 , t. I, p. 175. Il avait à Paris des amis auxquels il dédia son traité sur la Physique d’Aristote ; cf. Coxe, Catalogue of All souls , p. 86.
B. Haureau, Histoire de la philosophie scolastique , 2 e partie, t. II, p. 444 : « il n’éprouve pas le besoin de faire de longs discours, et ses déclarations sont généralement très précises. C’est, en scolastique, un bon écrivain ».
Barnes, History of Edward III , l. I, ch. III, p. 15.
Poème du héraut Chandos , v. 104.
Siméon Luce, Histoire de Bertrand du Guesclin , p. 150.
Rymer, t. II, P. II, p. 794 (12 juillet 1330), p. 808 (14 fév. 1331), p. 815 (11 avril 1331), p. 824 (8 oct. 1331), p. 878 (13 fév. 1334), p. 915 (6 mars 1340).
Le Baker, p, 48 ; Annales Paulini , p. 352.
Rob. de Avesbury, p. 285 : « extunc (1331) dominus Edwardus tertius solium majestatis suæ tenuit et magnificus rex tenuit, et volens in armis se et suos exercitari, turneamenta et hastiludia frequentavit ».
Ad. de Munmuth, p. 123.
Jean de Eltham, frère cadet d’Edward III, né le 15 août 1315, créé comte de Cornouailles en 1328, mourut à Perth, en octobre 1337.
Le Baker, p. 59 ; Eulogium historiarum , t. III, p. 202 ; Ad. de Munmuth, p. 78 ; Chronicon Angliæ , p. 5 ; H. Knighton, p. 58 ; Holinshed, p. 900.
Cart. 17 Edward III, m. 24, n° 27 ; W. Longman, The history of the life and times of Edward III , t. I, p. 219 ; Barnes, History of England , l. I, ch. III, p. 45.
On rencontre souvent dans les chroniqueurs les expressions suivantes : « tenuit rex solempniter natale usque ad Epiphaniam,... rex celebravit festum nativitatis Christi,... rex tenuit festum Pentecosten... propter honorem nobilium de Vasconia quos ibidem cinxit ad ordinem militarem habuit solemnia hastiludia ».
Rymer, t. II, P. II, pp. 1042, 1125.
Rotuli Parliamenti , t. II, p. 117.
Public Record Office, Chapter House Books . B 1/18. Sur le premier feuillet du manuscrit on lit : Register of all letters of privy seal and letters patent and charters under the great seal [cette indication est fautive, les lettres émanant du prince de Galles portaient son sceau particulier et non pas le grand sceau] of Edward, prince of Wales, commonly called the Black Prince ; relative to land and tenements, revenues, and various transactions, in and concerning the principalty of Wales, the duchy of Cornwall, and the county palatine of Chester.
Th. Walsingham, Historia Anglicana , t. I, p. 267 ; Chronicon Angliæ p. 21 ; Eulogium historiarum , t. III, p, 206 ; Archæologia , t. XXXII, p. 83 ; Chronique des quatre premiers Valois , p. 14 ; Corpus Christi College’s Library (Cambridge), ms. 370.
Poème du Héraut Chandos , v. 236 et seqq. ; Rob. de Avesbury, p. 369 ; Le Baker, p. 79 ; Chronique des quatre premiers Valois , p. 16.
Rob. de Avesbury, p. 312 : Le Baker, p. 89 ; Poème du héraut Chandos , v. 372 ; Chronique des quatre premiers Valois , p. 17.
Rob. de Avesbury fixe la date de la reddition au 3 août 1347, le lendemain du départ de Philippe VI. Mais les pourparlers durèrent au moins un jour ; la date du 4 août, indiquée par H. Knighton, est donc plus probable. Elle est du reste officiellement établie par deux documents contemporains : « la prise de la dite ville de Calais qui fut le quart jour d’aoust, l’an mil ccc quarante et sept ». Arch. nat., JJ 77, n° 262 ; KK 6, fol. 45 r .
Aimery devait livrer la place à Geoffroy de Charny, capitaine de Saint-Omer, dans la nuit du 31 décembre 1349 au l er janvier 1350. Grandes Chroniques, t. V, p. 491,
Th. de Walsingham, Historia Anglicana , t. I, p. 273 ; Chronicon Angliæ , p. 27 ; Rob. de Avesbury, p. 408 ; Le Baker, p. 104.
Le Baker, p. 106 ; Rob. de Avesbury, p. 410.
Rob. de Avesbury, p. 412 ; Chroniron Angliæ , p. 28 : Le Baker, p. 110 ; Froissart, t. IV, p. 91.


CHAPITRE II
Lieutenance en Aquitaine (1355-1356). — Motifs de l’expédition dans les provinces du sud-ouest. — Campagne d’automne. — Entente avec quelques seigneurs. — Incursion dans le centre de la France. — La bataille de Poitiers. — Ses conséquences.
D eux causes principales déterminèrent l’envoi du prince de Galles dans le midi de la France en 1355 : on voulait détourner une partie des forces de Jean II, tandis qu’Edward III envahirait au nord la Normandie, et répondre à l’appel de plusieurs seigneurs gascons (49) . Ainsi les plans de campagne du roi d’Angleterre et les rancunes soulevées en Aquitaine par le comte d’Armagnac provoquèrent les fameuses campagnes de 1355 et de 1356.
Edward III avait proposé la paix, à condition d’exercer la suzeraineté sur ses provinces du continent. Le roi de France fit d’abord une réponse quasi affirmative, mais ses ambassadeurs envoyés à Avignon auprès d’Innocent VI opposèrent un refus formel (50) . Irrité de cet insuccès diplomatique, le roi d’Angleterre jura d’en tirer vengeance par une guerre sans merci.
Plusieurs députés gascons, les sires de Lesparre, de Mussidan, le captal de Buch, Jean de Grailly, fortifiaient Edward III dans sa résolution. Ils le priaient d’envoyer en Aquitaine le prince de Galles. Les agissements du comte d’Armagnac motivaient leur demande.
Jean, comte d’Armagnac, devenait lieutenant du roi de France en Languedoc, vers la fin de novembre 1352 (51) . Deux mois plus tard, il commençait les hostilités par le siège de Saint-Antonin (52) . Il parcourut l’Agenais, le Rouergue, le Quercy, reprit aux Anglais Clairac (53) , Fenayrols (54) , Monsempron-Libos (55) , Beauville (56) , Bonneville, Montfort (57) , Frespech (58) ; vers la fin de mai 1354, il campait sur la rive gauche du Lot, tout près d’Aiguillon, à vingt-sept lieues de Bordeaux (59) .

Saint-Antonin-Noble-Val.
Ces provocations du comte d’Armagnac pendant environ deux ans, expliquent l’inquiétude des seigneurs gascons, le ressentiment du prince anglais contre un adversaire acharné, et les rigueurs exercées en Armagnac, en Astarac et dans les provinces du Languedoc (60) .
Edward de Woodstock se proposait un double but : châtier le comte et ruiner des contrées opulentes, fournissant au roi de France d’abondantes ressources en argent et en hommes. Tarir ces sources, c’était affaiblir d’autant les forces de l’adversaire.
Dès les premiers mois de 1355, les préparatifs de guerre commencent en France et en Angleterre. L’ordre à tous les paysans toulousains de faire ample provision de vivres et de se retirer dans une ville ou un lieu fortifié, l’imposition du service militaire à tout homme âgé de plus de quatorze ans, l’obligation de porter sur son habit une croix blanche et d’être prêt à guerroyer pendant quarante jours à partir de la fête de la Pentecôte, la convocation de toute la noblesse à Toulouse, et la défense de sortir du pays, telles sont les principales ordonnances publiées par le comte d’Armagnac. Il fit venir un corps d’arbalétriers génois et lombards, et les obligea de se tenir toujours à la disposition de leurs capitaines. Les réfractaires étaient menacés d’avoir le pied droit coupé (61) .
En Angleterre, Edward III préparait avec une égale activité le départ du Prince Noir. Du 8 juin au 6 septembre, le roi distribua des sauf-conduits aux nombreux barons et chevaliers attachés au service de son fils (62) . Le 27 avril, il avait déjà promulgué des ordres pour l’équipement d’une flotte de transport (63) ; le 6 mai, il commandait pour le prince 2500 claies (64) . En date du 16 juillet, il enjoignait à R. William Sturey, gardien des îles de Jersey, Guernesey, Serk et Aurigny, à Jean de Brakelond, à Simon Siméon, à Thomas de la Rivère, de renvoyer à Plymouth ou à Southampton les navires bayonnais qui mouillaient dans leurs ports (65) .
Tous les préparatifs étant terminés, les navires réunis et équipés, les soldats enrôlés et armés, on se dirige vers Plymouth. Pendant quarante jours, les vents contraires empêchent l’embarquement. Enfin, le 9 septembre 1355, la flotte anglaise appareille (66) . Froissart prétend qu’elle arrive à Bordeaux vers la Saint-Michel, et Le Baker dans les premiers jours d’octobre, mais les documents officiels (67) attestent que le 20 septembre, au plus tard, le prince avait débarqué. Bordeaux lui fit un accueil enthousiaste. Le souvenir de Crécy hantait les mémoires et gagnait au nouveau venu la sympathie universelle.

Flotte de transports des troupes anglaises, au XIV e siècle.
Les lieutenants du roi d’Angleterre inauguraient toujours leur entrée en charge par la prestation des serments. Dès le 21 septembre, à trois heures de l’après-midi, dans la cathédrale de Saint-André, le Prince Noir présidait la cérémonie. A ses côtés, Thomas Roos, maire de Bordeaux, plusieurs jurés, les principaux notables de la ville, entendirent lecture des lettres royales. Edward III, pour réorganiser l’état intérieur et l’administration de son duché d’Aquitaine, pour recouvrer ses domaines et ses droits contre les rebelles, institue son fils lieutenant en Aquitaine. Il lui donne pleins pouvoirs et autorité spéciale, avec tous les droits de haute, moyenne et basse justice, pour défendre, gouverner et régir le duché suivant les coutumes locales et les usages, présenter aux bénéfices ecclésiastiques placés sous l’autorité royale des candidats choisis, réclamer et ressaisir les châteaux, les places fortes et les villes avec tous leurs droits et revenus, accorder des lettres de rémission aux rebelles revenus à résipiscence, concéder à perpétuité ou à terme certains domaines aux loyaux partisans de l’Angleterre, surveiller la conduite de tous les fonctionnaires, enfin veiller à ce que les revenus royaux ne passent pas frauduleusement à quelques seigneurs, mais servent aux dépenses d’intérêt général.
Après la lecture de ces lettres, vinrent les serments. D’abord celui du prince au maire. Jean de Streteley, connétable de Bordeaux, lut à haute voix la formule, puis Edward, la main posée sur les saints Évangiles et sur la croix, jura d’être bon et loyal seigneur, de respecter et sauvegarder les droits, franchises, libertés, coutumes et privilèges légués par ses ancêtres, les rois Henry et Edward. Ensuite, le maire et chacun des jurats, la main posée sur le livre des Évangiles et sur la croix, pendant que les bourgeois tiennent seulement la main levée, jurent au prince d’être bons et loyaux sujets, de l’aider à maintenir, défendre et reconquérir ses droits contre quiconque les attaquerait.
Le Prince Noir voulait agir sans retard. La dernière semaine de septembre, il convoqua les sires d’Albret, de Langoiran, Jean de Grailly, captal de Buch, et leur proposa de faire campagne avant les grands froids. Avides de représailles, les seigneurs gascons applaudirent à ce projet. C’est d’après leurs conseils et leurs indications que le prince axa son itinéraire (68) .

Les armoiries de Bordeaux, sous les ducs-rois d’Angleterre.
Le lundi 5 octobre, au point du jour, l’armée anglo-gasconne se mit en mouvement (69) . Elle n’inclina pas à gauche dans la direction de l’est, comme on le croit généralement (70) . Elle, descendit droit au sud, à travers le pays de Juliac, par Villenave d’Ornon, Langon, Castets-en-Dorthe, Bazas et Castelnau, jusque dans le comté d’Armagnac. Le 11 octobre, au campement devant Arouille, les troupes se divisent en trois colonnes : la première, de 3.000 hommes, sous le comte de Warwick, le duc de Sommerset, Clifford et Thomas de Hampton ; la seconde, de 7.000 hommes, commandée par le Prince en personne, par Jean de l’Isle, Barthélemy Burghersh et Maurice Berkeley ; la troisième, sous les comtes de Suffolk et de Salisbury, forte de 4.000 hommes.
Brûler, piller, détruire, tel est le mot d’ordre donné aux troupes. Avertis par leurs chefs que sur le territoire des ennemis tout sera de bonne prise, les soldats saccagent et désolent les pays qu’ils traversent (71) .
D’Arouille et de trois autres localités voisines, il ne reste plus, le 12 octobre, que des ruines. Le mardi 13, Montclar et les environs sont ravagés. Nogaro n’échappe au même sort qu’après trois jours d’assauts infructueux. Arrivés à Plaisance, dans la fertile plaine de l’Arros, les Anglais trouvent la ville déserte, se chargent de butin et allument l’incendie (72) . Entre la vallée de l’Arros et la vallée de la Bayse, s’étend un plateau accidenté, coupé de distance en distance par les vallées de la Gimone, de la Baradée, de l’Osse et du Lys. Le prince avance dans cette direction ; laissant à droite Beaumarchez, il épargne Bassoues, résidence des archevêques d’Auch (73) traverse Montesquieu, et le 21 octobre arrive devant Mirande. Il s’établit dans le vaste couvent cistercien de Bertoues. L’armée quitte ensuite le beau pays d’Armagnac pour entrer en Astarac, contrée montagneuse, aux chemins mal tracés et rocailleux (74) . Depuis Scissan, sur les bords du Cédon, jusqu’à Simorre, sur la Gimone, et Samatan, ville aussi considérable alors que Norwich (75) , tout le pays est dévasté. Enfin, par les riches et larges plaines où sont bâties les villes de Sainte-Foy et de Saint-Lys, les Anglais arrivent le 27 octobre sur les bords de la Garonne. Ils franchissent, à une lieue en amont de Toulouse, la Garonne et l’Ariège. La nuit suivante, ils s’établissent dans les vignes, à la Croix Falgarde, devant Toulouse (76) . Leurs coureurs s’aventurent jusqu’aux barrières de la ville et engagent quelques escarmouches. Puis ils rentrent dans leurs quartiers, satisfaits pour ce jour-là des prisonniers capturés et du butin saisi.

Sceau du comte d’Armagnac.
Grand fut l’effroi des Toulousains, à la vue des Anglais. Ils ne s’étaient pas imaginés que l’ennemi osât franchir la Garonne (77) . Cependant, le comte d’Armagnac, enfermé dans la place avec le maréchal de Clermont, rendit confiance aux habitants et leur recommanda de se tenir sur la défensive. Ce n’était pas l’intention du Prince Noir d’assiéger la place ; sans faire aucune démonstration hostile, il longea les remparts et passa outre.
Depuis Toulouse jusqu’à Carcassonne, par Montgiscard, Villefranche, Avignonnet (78) , Monç-en-Puelles (79) , Castelnaudary (80) , Saint-Martin-Lalande et Villepinte, la fumée des incendies et le vol des corbeaux s’abattant sur les cadavres indiquaient la route suivie par les Anglo-Gascons. De combats, peu ou pas. Forcer l’entrée des villes et des châteaux forts, s’emparer du mobilier, surtout brûler les moulins, piller les provisions de grains, voilà les événements ordinaires de chaque jour (81) . Il y aurait excès à les nommer des faits d’armes.
Enfin, le mardi 3 novembre, le prince campait sous les murs de Carcassonne, ville plus belle et plus puissante qu’York, écrit Jean de Wingfield (82) , plus vaste que Londres, dit Le Baker (83) . Carcassonne comprenait deux quartiers séparés par l’Aude : le bourg et la cité. Le bourg, ou ville basse, s’étend dans une plaine fertile ; au-dessus, la cité s’étage sur des hauteurs. Les femmes, les enfants, les objets les plus précieux mis à l’abri dans la cité, tous les hommes en âge de porter les armes se groupèrent dans la ville basse, que ne défendait encore aucune fortification. Le sénéchal Thibaud de Barbazan les fit commencer l’année suivante (84) . Pour y suppléer, les habitants imaginèrent un stratagème : barrer les rues, tendre dans chacune dix ou douze chaînes. Arrêtés par cet obstacle, les cavaliers ennemis reculent en désordre, leurs chevaux se cabrent et refusent de passer outre. On peut croire pendant quelque temps que la ville sera sauvée. Mais le prince excite ses hommes ; de jeunes chevaliers ardents à se signaler franchissent les chaînes, se répandent dans les rues, bousculent les assiégés.

Scène de pillage ordinaire.
Ceux-ci repassent l’Aude et s’enferment dans la cité. Trois jours durant, la ville basse fut mise à sac, les celliers remplis de muscat, pillés, quelques riches habitants capturés et rançonnés (85) . Le mercredi 4 et le jeudi 5, les habitants proposent des accommodements et promettent 250.000 écus d’or. Implacable, le prince refuse, disant qu’il n’est pas venu ramasser de l’or, mais faire justice, ni marchander les villes, mais les prendre (86) . Le vendredi 6, un dais de fumée s’étendait au-dessus des maisons en feu.
Poussant toujours leur pointe à l’est, les Anglais laissent à droite le château de Bouillonnac, atteignent les plaines dénudées avoisinant Rustiques, chevauchent sur un terrain sec et balayé par un vent violent, à travers une succession monotone de longues ondulations. Le samedi 7, ils côtoient un étang de vingt lieues de tour environ, alimenté seulement par les eaux pluviales et par quelques infiltrations. C’est aujourd’hui l’étang de Marseillette, appelé au quatorzième siècle l’étang d’Esebon (87) . Lezignan, Canet n’arrêtent pas le prince, il franchit l’Orbieu sur deux points, au gué de Chastel-de-Terre et sur un pont tout neuf, encore inachevé. Le lendemain, il engage ses hommes dans les montagnes, sur des sentiers en corniche, étroits, glissants, à pente rapide. Dans la soirée du dimanche on arrive en face d’une plaine largement ouverte, bordée au nord par la chaîne des Cévennes, au sud par celle des Corbières, et dominée par les cimes du Canigou. Au milieu de la plaine se dresse la ville de Narbonne (88) .
Il y avait à Narbonne, comme à Carcassonne, deux quartiers, le bourg et la cité. Aujourd’hui, le canal de la Bobine les sépare. Le bourg, mieux bâti pourtant que celui de Carcassonne, au rapport de Le Baker (89) , fut occupé presque sans coup férir. La cité, garantie par ses remparts et ses tours, résista. Aimery, vicomte de Narbonne, y était enfermé avec environ cinq cents hommes d’armes (90) . La nuit du lundi au mardi, toute la journée du mardi, les balistes et les autres machines de guerre firent de nombreuses victimes des deux côtés. Le mercredi, Edward se désista ; à regret sans doute. Il s’attendait à trouver dans la place un abondant butin, des joyaux et des trésors, de quoi rendre riche le plus pauvre de ses soudards. Cependant il ne rebroussa pas chemin. Peut-être hésitait-il sur le parti à prendre, peut-être attendait-il, comme le prétend Froissart, la reddition de quelques localités voisines. Quoi qu’il en soit, pendant quelques jours les Anglais campés sur les bords de l’Aude purent marauder et s’enivrer à l’aise. Le 10 novembre, ils allumèrent le feu en plus de cinq endroits ; c’était leur adieu à Narbonne. Partis au nord, dans la direction de Béziers, ils atteignirent Aubian, petite localité sur la rive sud-ouest de l’étang de Capestang.
Un chroniqueur anglais rapporte que la panique se répandit alors dans plusieurs villes, surtout à Montpellier (91) . On rasa les faubourgs, on démolit tous les édifices construits en dehors des fortifications, on transporta tout le bois dans l’intérieur de la ville. Les étudiants de l’Université, des religieux et des habitants en grand nombre, se réfugièrent à Avignon. Dans cette ville même, le pape ne se crut pas en sûreté et ordonna de fortifier son palais.

Narbonne, tour des remparts.
Au camp devant Narbonne, ou plus probablement à Aubian, sur les bords de l’étang de Capestang, se présenta un officier pontifical. Il demandait au prince un sauf-conduit pour deux évêques envoyés en ambassade par le Souverain Pontife. Les prélats attendaient à sept lieues des Anglais.
Le prince, pendant deux jours, refusa audience au messager ; il n’ouvrit pas même les lettres à son adresse. Enfin, les ayant lues, il répondit aux deux évêques qu’il ne voulait assumer la responsabilité d’aucune négociation. Le roi d’Angleterre est débarqué récemment en France, qu’on s’adresse à lui pour traiter de la paix. Le prince réglera sa conduite sur les ordres de son père. Sans insister davantage, les deux envoyés retournèrent à Avignon (92) .
Cependant le prince, résolu à ne pas pousser plus loin, restait indécis sur le choix d’un itinéraire. Il tint conseil. On adopta la route à travers les montagnes, dans la direction de Limoux, Fanjeaux, Pamiers, Auterive, Rieux et Carbone (93) . Deux motifs déterminèrent ce choix : le désir de rencontrer les troupes du comte d’Armagnac, et surtout la crainte de ne plus trouver de quoi se nourrir dans tout le pays dévasté entre Narbonne et Toulouse.
Le 11 novembre, le Prince Noir cessant de monter vers le nord, rebroussa chemin vers l’ouest. Des prisonniers l’avaient averti que le comte d’Armagnac venait de ce côté. La première étape jusqu’à Homps, à travers le canton de Ginestas, pays maigre et desséché, avec quelques flaques d’eau saumâtre dispersées çà et là, fatigua beaucoup les hommes et les chevaux. Ces derniers burent du vin à défaut d’eau. Le vin servit encore, dans l’alimentation des hommes, aux usages ordinaires de l’eau (94) . Homps, bâti sur un sol plus fertile, était une riche localité. Le prince et ses gens trouvèrent dans un couvent de frères Mineurs, une grande provision d’excellent muscat, destiné à la comtesse de l’Isle (95) . Les bourgeois ayant demandé à parlementer, convinrent avec le sire d’Albret de payer 12.000 écus.
Cependant les Français n’étaient pas loin, car le comte d’Armagnac avait couché la nuit précédente à Homps. Il voulait cerner le prince, mais son mouvement fut trop lent. Au surplus, l’ennemi connaissait exactement tous ses projets. Beaucoup de gens du pays avaient servi de guides aux Français ; pris au retour par les Anglais, ils furent interrogés et donnèrent des renseignements.

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