Le V. P. Bernard-François de Hoyos, S. J. - Premier apôtre du Sacré-Cœur en Espagne
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Le V. P. Bernard-François de Hoyos, S. J. - Premier apôtre du Sacré-Cœur en Espagne , livre ebook

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Description

Torrelobaton, petite ville groupée autour d’un château-fort et de quelques belles églises, dans une vallée aimée du soleil, à quatre lieues et demie de Valladolid, vit naître en 1711 Bernard François de Hoyos.Ses parents, Don Manuel de Hoyos-Bravo, originaire de Toro, et Doña Françoise de Seña-Juica, d’une des meilleures familles de Medina del Campo, avaient de la noblesse et de la fortune, une réputation sans tache et surtout des sentiments très religieux ; mais leur meilleure gloire est d’avoir eu et bien élevé un fils tel que notre Bernard.Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

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EAN13 9782346117697
Langue Français

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À propos de Collection XIX
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Le Vén. Père BERNARD-FRANÇOIS DE HOYOS de la Compagnie de Jésus.
J.-B. Couderc
Le V. P. Bernard-François de Hoyos, S. J.
Premier apôtre du Sacré-Cœur en Espagne
AVEC LA PERMISSION DES SUPÉRIEURS.
Frequens Jesu visitatio cum homine interno, dulcis sermocinatio, grata consolatio, multa pax, familiaritas stupenda nimis.
 
Jésus visite fréquemment l’homme intérieur, s’entretient tendrement avec lui, lui donne de douces consolations et toutes les joies de la paix. Il le traite avec une familiarité grandement étonnante.
 
(Imit., 1. II, c. 1.)
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AU LECTEUR
§ 1. —  Courte préface
En révélant les divins trésors de son Cœur à la Bienheureuse Marguerite-Marie, Notre-Seigneur donnait à la France le reméde le plus efficace aux blessures que lui avaient faites, ou se préparaient à lui faire dans la suite, le protestantisme au cœur glacial, le jansénisme au cœur rétréci et servile, le philosophisme au cœur abaissé, et la révolution, au cœur ingrat et révolté.
Et parce que tous ces fléaux, par suite de notre naturel prosélytisme et du souffle mauvais dont ils étaient nés, avaient franchi ou devaient franchir un jour nos frontières, parce que, du reste, le divin Cœur voulait attirer à lui tous les cœurs, il fallait que son culte réparateur et bienfaisant se répandit aussi au delà des limites de la France et envahit toutes les nations, et, avant d’autres, la très catholique Espagne.
Philippe V, dès l’aurore du 18 e siècle, lui en avait apporté sans doute les premiers germes, recueillis à la cour de son aïeul ; mais ce n’était pas d’un roi que Jésus voulait se servir pour faire connaître et adorer son Cœur.
L’Espagne avait alors, comme toujours, et dans ses cloîtres, et dans ses chaires, et dans ses cathédrales, des hommes de haute vertu, de grande éloquence, d’immense savoir ; Jésus ne choisit aucun d’eux pour faire connaître et adorer son Cœur.
Selon sa divine coutume, il jeta les yeux sur un faible instrument, sur un jeune inconnu, blanche fleur de pureté que peu de contemporains purent admirer, tant elle était cachée, et tant les anges se hâtèrent de la cueillir !
C’était un extatique religieux de la Compagnie de Jésus, Bernard-François de Hoyos, qui devait quitter ce monde à 24 ans.
Des documents officiels nous le présentent comme un « jeune religieux d’une haute valeur, d’un grand amour pour Dieu, d’une contemplation sublime. Il eut une ardente dévotion pour le Cœur sacré de Jésus-Christ, et c’est surtout par son zèle et son ingénieuse activité que l’on a vu son culte se répandre heureusement dans toute l’Espagne 1 . »
Si nous ajoutons que sa cause de béatification est en bonne voie, qu’un grand nombre de fidèles ont eu à se féliciter d’avoir réclamé son intercession, nous en aurons dit assez pour recommander sa vie à la bienveillante attention des amis du divin Cœur de Jésus. Elle leur fera connaître un digne émule du V.P. Claude de la Colombière et de la Bienheureuse Marguerite-Marie.

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§ 2. —  Documents qui ont servi à composer cette vie
La vie du P. de Hoyos fut d’abord écrite, sur l’ordre du P. François de Miranda, Provincial de Castille, par le P. Jean de Loyola, qui avait été longtemps le directeur du jeune religieux et possédait ses nombreux écrits.
La grande réputation de vertu du P. de Loyola ne permet pas de mettre en doute sa parfaite sincérité, sincérité contrôlée du reste par la plus sévère révision.
Terminé en 1740, son travail ne fut approuvé qu’en 1755. Et même, soit par égard pour le P. Pierre Calatayud dont il parlait en termes très élogieux et qui était encore vivant, soit parce que les Supérieurs, voyant déjà grandir en puissance et en audace les ennemis de la Compagnie de Jésus et les adversaires du culte du Sacré Cœur, ne crurent pas bon de leur donner à lire une si étonnante série de dons extraordinaires, il ne fut pas imprimé.
Un siècle et demi s’écoula.
Cependant, l’Espagne qui, avant le P. de Hoyos, ne connaissait pour ainsi dire pas les trésors cachés dans le culte du divin Cœur, commença à les découvrir, grâce à ce saint jeune homme, et depuis lors elle y puise à pleines mains.
Aussi les Frères du P. de Hoyos, et, à leur tête, le P. Eugène de Uriarte, dignes héritiers de son zèle pour le culte du Sacré-Cœur, ont-ils eu raison d’attirer l’attention de leur illustre patrie sur les origines de ce culte béni, en publiant la vie de son premier propagateur.
Or, cette histoire unit au nom du P. Bernard-François de Hoyos, celui de son directeur, biographe et collaborateur, le P. Jean de Loyola et ceux d’autres zélés auxiliaires parmi lesquels une belle place d’honneur doit être réservée au P. Pierre Calatayud, le célèbre missionnaire, et surtout au P. Augustin Cardavéraz, favorisé, lui aussi, de grâces de choix et qu’on a pu justement surnommer le précurseur, l’auxiliaire et le continuateur de Bernard de Hoyos.
§ 3. —  Un mot sur les trois principaux amis et collaborateurs du P. de Hoyos
Le P. Jean de Loyola, s’appelait Jean Garrido de Rojas y Loyola. Il aima mieux garder le nom de Loyola qui était celui de sa mère. — Né le 21 octobre 1686, à Valverde, province de Léon, il entra dans la Compagnie de Jésus le 6 juin 1704, fut successivement professeur de philosophie et de théologie, compagnon du Maître des Novices, Supérieur et enfin Instructeur des Pères de la troisième année de probation, toujours considéré comme un maître expérimenté et un fidèle serviteur de Dieu. Il mourut Je 16 mars 1762, à Valladolid. Il a laissé plusieurs ouvrages estimés, retraites, biographies et traités ascétiques.
 
Le P. Augustin Cardavéraz, naquit à Hernani, non loin de Saint-Sébastien, le 28 décembre 1703, et fut admis au noviciat de la Compagnie de Jésus, à Villagarcia, le 20 août 1721. Après avoir terminé ses études, très jeune encore, mais expérimenté déjà et comblé de faveurs extraordinaires du Ciel, il fut appelé à évangéliser les provinces basques. Son apostolat dura près de vingt ans, et, grâce à une protection spéciale du Cœur de Jésus qu’il était heureux de faire connaître à ces chrétiennes contrées, grâce aussi à son dévouement infatigable et à sa haute sainteté, il fut extraordinairement béni. A bout de forces, il se retira à Loyola d’où, après douze ans, en 1767, il fut chassé par l’orage qui dispersa ses Frères en religion et les jeta sur les chemins de l’exil. Il mourut, en Italie, à Castel San-Giovanni, le 18 octobre 1770, en odeur de sainteté.
Le P. Pierre Calatayud, naquit le 1 er août 1689 à Tafalla, petite ville de Navarre. Entré dans la Compagnie de Jésus, province de Castille, le 31 octobre 1710, il suivit le cours ordinaire des études, fut professeur pendant quelques années, et enfin, depuis 1727 jusqu’en 1767, c’est-à-dire pendant quarante ans, ardent missionnaire dans presque tous les diocèses espagnols et même portugais. Il était très cher au Cœur du divin Maître, comme on le verra plus loin, et son apostolat eut des succès prodigieux.
Victime lui aussi, de la mortelle persécution de 1767, il alla mourir en exil, à Bologne, le 27 février 1773.

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§4. —  Ce que pensaient du P. Bernard de Hoyos, les plus graves religieux qui le connurent
Comme le P. de Hoyos reçut pendant sa courte vie des grâces extraordinaires, dont le nombre et les détails jettent le lecteur dans l’étonnement, il semble bon de relater ici ce que pensaient de ce voyant les plus graves religieux qui le connurent à fond comme directeurs de sa conscience.
 
Le P. Manuel de Prado, maître des novices, Recteur, Provincial du P. de Hoyos, et qui assista à sa mort au collège de Saint-Ignace à Valladolid, déclare que « la parfaite obéissance de notre jeune religieux, son humilité sincère, ses craintes d’être trompé et d’induire les autres en erreur, son zèle enflammé pour le salut des âmes, son ardente soir d’aimer et de faire aimer Dieu, ses vertus solides, sont un motif suffisant de croire qu’il n’a pas été dans l’illusion, ni trompé par le démon » 2 .
Dans un autre document, le même Père ajoute :
« Je n’ai pas de peine à me persuader que les nombreuses faveurs qu’il reçut de Dieu furent en général 3 véritables... En général, ai-je dit, parce qu’il put bien arriver quelquefois que le P. Bernard fut victime de quelque erreur 4 à cause de sa vive imagination et sans y faire assez d’attention. »
Et le sage Père remarque, à ce propos, avec saint Grégoire, que souvent les esprits accoutumés à recevoir les inspirations divines en créent de semblables, ce qui est même arrivé aux anciens prophètes.
 
Le P. Diego de Tobar, successivement maître des Novices, Recteur, Provincial, Instructeur du troisième an au moment où le P. de Hoyos mourut, reconnaît que ceux qui vécurent avec le P. Bernard le trouvaient très régulier, affable, dévoué, mais « jamais, dit-il, ils ne soupçonnèrent qu’il fut parvenu à une si haute vertu, tant il était humble !... Il n’est pas étonnant que sur un fondement de vertus si solides, Dieu ait voulu élever le bel édifice des grandes grâces qu’il reçut. »
 
Le P. Fernand de Moralès, vicaire-général de Valladolid avant de se faire jésuite, puis professeur et directeur du P. de Hoyos pendant quatre ans, donne ainsi son avis : son disciple a été sous l’influence du bon Esprit ; il en a reçu des faveurs extraordinaires et il les a racontées avec sincérité.
Ces faveurs, d’après lui, furent en général réelles. Le contraire lui parait inconciliable avec une vie si réglée, si détachée, si vertueuse.
 
Le célèbre P. Pierre Calalayud est sûr 5 que Bernard fut «  Spiritu sancto afflatus, inspiratus et actus,  » poussé, inspiré, conduit par le Saint-Esprit.
Inutile de dire ici quelle haute idée avaient des vertus du P. de Hoyos, ses deux grands confidents, les Pères Jean de Loyola et Augustin Cardavéraz. Leurs témoignages remplissent en quelque sorte cette histoire.
Trois compagnons de noviciat et d’études du P. de Hoyos lui survécurent et attestèrent par écrit que sa vie les avait profondément édifiés par sa parfaite régularité. Ils avaient remarqué son habileté à cacher le bien qu’il faisait, sa très aimable charité fraternelle et son angélique piété.
Ce sont les Pères Ignace Ossorio, Jean O’Brien, François Mucientes.
 
Le P.Joseph de Gallifet, assistant de France, écrivait après avoir lu la lettre édifiante sur la mort du P. de Hoyos :
« Je l’ai lue avec une très douce consolation de mon âme et j’ai admiré l’innocence et la candeur et les éminentes vertus de ce jeune et angélique jésuite. »
 
Dans les Informations, ou pièces officielles envoyées aux supérieurs de la Compagnie de Jésus à Rome, à propos de Bernard de Hoyos, de son vivant, on trouve ces lignes significatives :
Extraits 1° En 1730, lorsque le Fr. de Hoyos était âgé de 19 ans.
Prudentia, quæ in juvene esse polest, miranda quidem in ipso.
Il a la prudence que peut avoir un jeune homme, et il l’a à un degré étonnant.
Il est docile, aimable, et il semble qu’il aura beaucoup d’aptitude pour n’importe quel ministère. 2° Quatre ans plus tard, en 1734.
Judicium maturum, prudentia similis... talentum ad conciones.
Son jugement est mûr, sa prudence aussi. Il a du talent pour la prédication.

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Le P. René de Maumigny, dans son beau travail sur l’oraison. énumère les sept conditions qui peuvent rassurer les Directeurs des âmes favorisées de grâces extraordinaires : 1) l’humilité, 2) l’obéissance, 3) l’amour des règles et de la vie commune, 4) la paix de l’âme, 5) la pureté dans les actes et dans les affections, 6) la dignité des personnages vus, dans la tenue et les paroles, 7)la joie du voyant au milieu des épreuves et des souffrances.
Nous croyons qu’on trouve toutes ces conditions largement réalisées dans le P. Bernard de Hoyos. Et c’est le point le plus important, car le mérite et la sainteté ne consistent pas dans les visions, mais dans les vertus solides.

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Sources bibliographiques. 1) Avant tout la vie très complète, composée par le P. Jean de Loyola, remaniée et complétée par le P. Eugène de Uriarte
Ainsi désignée dans les citations : Vida. 2) Documents publiés à l’usage des témoins dans le procès de béatification, en 1894. 3) Principios, etc. Commencements ou origines du règne du Cœur de Jésus en Espagne, par le P. Eugène de Uriarte, 1880. 4) Tesoro escondido... Le trésor caché, ou le Sacré Cœur de Jésus découvert à notre Espagne. 5) Dos cartas... Deux lettres d’édification sur la mort et les vertus du P. de Hoyos. 6) Vie abrégée du P. de Hoyos, par le P. Vincent Agustí, S.J. 1896.

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DÉCLARATION.
 
L’auteur déclare se soumettre pleinement au décret bien connu du Pape Urbain VIII et au jugement de l’Église sur le P. Bernard de Hoyos.

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1 Lettres annuelles de la Province de Castille ; premier fascicule publié après la mort du P. de Hoyos, 1735.
2 Fin de la seconde lettre d’édification envoyée à toutes les maisons de la Province, après la mort du P. de Hoyos.
3 Por lo común.
4 Padeciese algun engaño.
5 Esloy cierlo.
C.I. — Du berceau au noviciat
§ 1. —  Premières années. Torrelobaton, 1711-1721.
Torrelobaton, petite ville groupée autour d’un château-fort et de quelques belles églises, dans une vallée aimée du soleil, à quatre lieues et demie de Valladolid, vit naître en 1711 Bernard François de Hoyos.
Ses parents, Don Manuel de Hoyos-Bravo, originaire de Toro, et Doña Françoise de Seña-Juica, d’une des meilleures familles de Medina del Campo, avaient de la noblesse et de la fortune, une réputation sans tache et surtout des sentiments très religieux ; mais leur meilleure gloire est d’avoir eu et bien élevé un fils tel que notre Bernard.
Il vint au monde en 1811, le vendredi 21 août, jour déjà sanctifié par la naissance de saint François de Sales dont il fut le servent disciple, et par l’octave de l’Assomption de la très Sainte Vierge de qui ce fidèle serviteur devait recevoir tant de bienfaits.
On ne sait pour quel motif le baptême de Bernard fut retardé plus que de raison. Il ne le reçut que quinze jours après sa naissance, dans l’église paroissiale de Sainte-Marie.
Ses noms de Baptême
On lui donna d’abord le nom de Bernard, parce qu’il était né la veille de la fête de l’Abbé de Clairvaux. Il fut aussi nommé François par le prêtre qui le baptisa et qui voulut le mettre sous le patronage du glorieux apôtre des Indes. Choix de noms vraiment providentiel comme le montrera la vie de ce dévot serviteur de saint Bernard et de saint François-Xavier.
Notre jeune prédestiné fut élevé par ses parents avec une sollicitude toute particulière et même avec une sorte de vénération ; sa mère, en effet, disait quelquefois : je me ferais un grand scrupule de négliger le moins du monde son éducation, car Dieu me fait comprendre que si, par ma faute, cet enfant venait à s’égarer, je lui ferais perdre un grand saint.
Doña Francisca avait peut-être reçu à ce sujet un avertissement surnaturel, car elle était très pieuse. Elle avait pu aussi avoir naturellement cette pensée à la suite d’un fait qui lui parut miraculeux : Ne prévoyant nullement sa prochaine délivrance, elle avait permis aux médecins de lui faire subir des traitements qui, sans la protection du Ciel, auraient été mortels pour la mère et pour l’enfant. L’effet n’en fut pas si triste, mais l’un et l’autre s’en ressentirent longtemps. L’enfant en particulier était si faible, que ses parents se demandaient s’il pourrait vivre ou du moins développer pleinement ses facultés.
Dieu leur épargna l’épreuve qu’ils redoutaient : Après de si chétifs débuts dans la vie, les forces du petit Bernard se développèrent, surtout celles de son âme, car son corps resta toujours frêle.
Belles qualités de Bernard
Ses belles qualités morales en ressortaient avec plus d’éclat : il était décidé et entreprenant sans être effronté ni téméraire ; empressé à rendre service ou à se montrer reconnaissant sans tomber dans la flatterie ; d’humeur joyeuse sans être dissipé ; complaisant sans imprudentes faiblesses ; obéissant et réglé sans étroitesse d’esprit. Il portait en vérité dans son petit corps fragile un trésor charmant de grâce enfantine et de sérieux, de force et de délicatesse, de tendre et déjà austère piété !
On a conservé quelques traits édifiants de sa pieuse enfance.
Un petit prédicateur de sept ans
A l’âge de sept ans, un jour qu’il se trouvait avec d’autres enfants devant la porte de l’église, il monta sur une chaire portative qui se trouvait là, et il se mit à prêcher, débitant avec un entrain captivant ce qu’il avait entendu au prône et y ajoutant même quelques conseils inspirés par son zèle naissant.
Enfant ennemi des bals
Une autre fois, il y avait réunion à la maison paternelle et même bal pour la jeunesse. Sous les regards d’une famille si chrétienne, rien d’inconvenant n’était à craindre ; cependant ce divertissement est rarement sans danger. Ce fut du moins l’avis de notre petit casuiste de sept ans : le bal était dans toute son animation lorsque, tout à coup, il fait irruption dans la salle, un livre ouvert à la main. Il grimpe sur un tabouret et, prédicateur aussi zélé que précoce, il commence à déclamer un passage tonnant contre les bals. Comment l’enfant s’était-il procuré ce livre ? Comment avait-il trouvé la sortie de l’auteur contre la danse ? On ne sait. Ce qu’on croit savoir, c’est que ce zèle naïf eut le résultat qu’aurait pu obtenir un imposant missionnaire. Le bal prit fin, comme l’affirme un témoin oculaire.
Un autre témoin, le P. Manuel de Prado, raconte un trait semblable, ou peut-être le même trait avec un détail de plus : Au moment de la plus dangereuse effervescence, Bernard s’en vint interpeller cette voltigeante jeunesse en criant : la colère de Dieu va tomber sur cette maison !

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§ 2. —  Jeunesse 1721-1725. Medina, Villagarcia.
Après ses premières études dans son pays natal, Bernard-François fut envoyé à Médina del Campo.
Écolier modèle
Accueilli avec bonheur par une de ses tantes qui habitait cette ville, il suivit les cours du Collège des Jésuites et ne cessa de se montrer, malgré un naturel ardent qui contrastait étrangement avec la débilité de son corps, toujours doux et docile, pieux, ami du travail, ennemi au contraire des querelles, des violences et de tant de petites passions auxquelles d’autres se livrent trop volontiers.
Sa tante remarqua qu’il partait pour le Collège, le matin, sans avoir pris aucune nourriture. Et comme elle lui en fit des reproches en lui rappelant la faiblesse de son tempérament : Eh ! c’est justement parce que je suis d’une constitution peu robuste qu’un rien me suffit, répondit-il, je ne sens pas que mon estomac réclame des aliments de si grand matin, je doute même qu’il soit d’humeur à les supporter. — Réponse bien naturelle, dirait-on, mais qui avait sans doute pour but de voiler un précoce esprit de mortification.
Modèle de piété
Bernard-François était très assidu aux exercices de piété en usage dans les Collèges des Pères de la Compagnie de Jésus. C’était en particulier une grande joie pour lui de s’approcher fréquemment du tribunal de la pénitence et de la Table sainte, et s’il fut constamment un modèle d’application à l’étude, il le fut encore plus de solide et tendre piété.
Quelques jours à Madrid
Après quelques années d’études à Médina, notre jeune écolier, désireux de s’instruire davantage entreprend un beau jour le long voyage de Médina à Madrid. On crut d’abord à une escapade juvénile, car il était parti sans prévenir personne et monté sur une ânesse. On sut plus tard qu’il avait été conseillé ou du moins approuvé par un de ses parents.
Il avait dans la capitale un oncle assez à l’aise qui lui fit bon accueil, charmé par ses belles qualités ; mais bientôt, comme le jeune étudiant ne trouvait pas à Madrid les avantages qu’il avait rêvés, il décida ou accepta de rentrer dans sa famille, qui résolut de l’envoyer à Villagarcia.
A Villagarcia
Cette ville, aujourd’hui déchue de sa grandeur passée, avait autrefois un noviciat de la Compagnie de Jésus et à côté un florissant séminaire 1 . C’est là que Bernard, débile enfant de onze ans, va se livrer avec une ardeur toute nouvelle, à l’étude et plus encore à la piété. Son aménité, son désir de rendre service, son zèle ardent mais toujours discret, le firent aimer de tous ses condisciples.
Ce qui excita surtout leur admiration, ce furent ses austérités et son généreux amour pour les pauvres qu’il visitait et à qui il distribuait l’argent envoyé par sa famille. Ses maîtres, son confesseur surtout, remarquaient en lui une grande candeur, beaucoup de franchise et de docilité, et une générosité peu ordinaire au service de Dieu. Un étudiant de Villagarcia, devenu plus tard religieux, parle des austérités de son compagnon d’études et de logement. Il rappelle que déjà, à cet âge encore faible, il usait d’une discipline en fils de fer, qui, après quelques coups, faisait jaillir le sang. Aussi, peut-il assurer, et son témoignage est fortifié par celui d’autres condisciples, qu’on ne surprit jamais, chez Bernard, quoi que ce soit de contraire à la plus angélique modestie.
Le P. Jean de Loyola déclare à son tour « pour la gloire de Dieu et comme preuve de la vertu de ce saint jeune homme que, l’ayant connu très intimement pendant son noviciat, il ne se souvient pas d’avoir rien remarqué en lui qui eût terni son innocence. »

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§ 3. —  Vocation. — Villagarcia. 1726
Témoin de la ferveur des novices de la Compagnie de Jésus, Bernard se sentit bientôt attiré vers eux et il se mit à demander avec instance dans ses prières la grâce de partager leur bonheur. Ne crains rien, lui dit une voix intérieure, tu les rejoindras un jour.
Vocation naissante
Ne sachant pas distinguer si cette parole était une invitation divine ou peut-être une illusion, Bernard dont l’âme aimait à s’ouvrir, s’empresse de consulter un de ses maîtres ; celui-ci le rassure et l’encourage ; mais, ajoute-t-il, la Compagnie ne peut vous recevoir qu’avec l’autorisation expresse de vos parents. Allez donc les revoir et faites-leur part de vos désirs.
Vocation mise à l’épreuve
Il ne lui fut pas facile de triompher de leurs tendres résistances. Interrogé, sollicité, soumis à des objections, à des examens, à des épreuves sans fin, il fut inébranlable. Aussi ses parents commencèrent à comprendre que sa vocation venait de Dieu. Sa mère, femme croyante et forte, fut la première à se rendre. Contre les efforts ingénieux de l’amour paternel aux abois, la lutte fut de plus longue durée ; mais, à la fin, le bon chrétien qu’était Don Manuel dut s’avouer vaincu. Père et mère dirent donc, en employant bien à tort le langage courant du monde : il faut se résigner à perdre notre enfant bien-aimé. Ils ne savaient pas qu’un fils n’est jamais plus en sûreté que lorsqu’il se donne à Dieu.
Refusé une première fois au noviciat
De retour à Villagarcia, et présenté aux supérieurs par le maître auquel il avait ouvert son âme, Bernard eut la douleur bien imprévue de s’entendre refuser l’entrée du noviciat. — Vous avez à peine la taille d’un enfant de dix ans, lui dit-on, et puis, une santé si faible ! — Réponse pénible, s’il en fut ; pénible pour les Supérieurs qui ne pouvaient ignorer quels trésors étaient cachés dans ce corps chétif ; pénible plus encore sans doute pour l’aimable postulant qui, sûr d’être appelé par le divin Roi, ne s’attendait pas à être rebuté par ses représentants.
La vocation de saint Antonin, petit de taille lui aussi, avait éprouvé les mêmes difficultés lorsqu’il avait voulu entrer dans l’ordre illustre des Frères-Prêcheurs. Dieu est en vérité admirable dans les plans de sa Providence et nul ne peut sonder les secrets de son éternelle sagesse dans la conduite de ses élus.
Bernard l’adorait avec humilité ; cependant, tout soumis qu’il était à ses desseins, il ne laissait pas pour cela de mettre en œuvre de son côté les moyens d’obtenir au plus tôt l’objet de ses désirs.
Instances nouvelles dans la prière, nouveaux intercesseurs importunés, tendres requêtes surtout à Marie, reine de la Compagnie de Jésus, il n’épargna rien pour faire violence au Ciel et obtenir enfin de pouvoir répondre à son appel.
Il recourut aussi à l’intervention des hommes, et se présenta résolument à un religieux qu’il apprit, on ne sait comment, être en mesure de seconder son désir : c’était le P. Félix de Vargas, dont la vieillesse édifiait le noviciat de Villagarcia. Il promit son concours ; et ce fut un concours si efficace, que, peu de jours après, le P. Diego Ventura-Nuñez, alors Provincial de Castille, admit Bernard dans la Compagnie de Jésus.
Le P. Manuel de Prado, maître des novices et Recteur du Collège, qui le reçut le 11 juillet 1726, dit souvent depuis : « Aux instances du F. Bernard de Hoyos et à son admission dans la Compagnie de Jésus, Dieu eut plus de part que les hommes. »

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§ 4. —  Noviciat.  —  1726-1728. Villagarcia
Au noviciat, le F. Bernard fut un autre saint Jean Berchmans. Dès les premiers jours, il avait demandé au Père Maître une image du saint jeune homme et lui avait donné une place d’honneur sur sa modeste table de travail, se promettant de le prendre en tout pour modèle. Il fut l’imitateur parfait, en particulier, de sa pureté virginale, de son inviolable amour de la règle, de son goût pour la mortification, malgré son peu de vigueur corporelle, de sa parfaite limpidité dans la manifestation de son âme, enfin de sa tendre dévotion pour Marie.
Comme saint Jean Berchmans, le F. Bernard était d’une charité délicate et généreuse. Un jour qu’il conversait avec ses frères, un mot un peu vif lui échappa. Le disciple de l’aimable Berchmans ne put se le pardonner : il courut se jeter aux pieds du Père Maître et lui demander une pénitence, et depuis ce jour, on ne le vit plus commettre de fautes contre la douceur.
Un nouveau saint Jean Berchmans
A quoi bon ajouter d’autres détails sur les vertus du saint novice ? Il suffit de dire qu’il était l’édification incontestée de tous ses Frères et l’espoir de ses supérieurs qui bénissaient Dieu d’avoir donné à l’Ordre un enfant si pur, si ouvert et si digne d’accomplir un jour de grandes choses pour la plus grande gloire de Dieu.
Donnons cependant un détail important, important surtout dans une vie où l’on verra abonder, comme flocons de neige en hiver, les grâces extraordinaires : Bernard donnait à son Directeur une incroyable facilité de lire, presque à toute heure, dans sa conscience comme dans un livre toujours ouvert. Il agissait ainsi pour se conformer aux avis de son cher Père, saint Ignace, et aussi pour se préserver de toute illusion.
Il se montra si délicat sur ce point, que, tous les jours, plusieurs fois par jour même, à l’époque des grandes visites du Ciel, il rendait compte de ses moindres pensées, de ses plus simples affections, de ses plus légères inquiétudes. Comme il était humble, il reconnaissait qu’il n’avait aucune expérience et il avait peur de prendre l’ennemi pour un ange de lumière. Sa conscience transparente et expansive n’avait rien de caché. Ajoutez à cela une simplicité charmante pour reconnaître ses défauts, s’en laisser reprendre, en demander pardon et travailler à les vaincre. N’était-ce pas assez pour expliquer le beau surnom qui lui fut donné de nouveau Jean Berchmans.

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