Les Trois des Rotours
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Les Trois des Rotours

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Description

LA FAMILLE DES ROTOURS. — SON ORIGINE. — SES NOMBREUSES SEIGNEURIES. — SES ALLIANCES. — LES SERVICES QU’ELLE A RENDUS A LA FRANCE ET A L’ÉGLISE. — LES HOMMES REMARQUABLES QU’ELLE A PRODUITS. — GABRIEL-FRANÇOIS DES ROTOURS.La maison des Rotours dont le nom s’est écrit quelquefois des Rotors, des Roturs, des Routtours et des Rottours est de chevalerie ancienne de la province de Normandie.Il existe dans le département de l’Orne, une commune du même nom, les Rotours, qui fait partie du canton de Putanges.Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

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EAN13 9782346095759
Langue Français

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À propos de Collection XIX
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Henri Desmarchelier
Les Trois des Rotours
PRÉFACE
On a quelquefois reproché à notre époque, non sans raison peut-être, de se montrer trop prodigue de biographies, de statues ou de couronnes. Nous ne croyons pas tomber dans cet excès en consacrant une biographie particulière à MM. Antonin, Eugène et Raoul des Rotours. Leur nom a tellement brillé dans nos annales départementales, nous dirons même nationales ; leur action sur notre pays a été si étendue ; le bien qu’ils ont fait à l’Église et à la Patrie si grand, que nous sommes persuadé que la postérité ratifiera ce que nous allons en dire.
Pourquoi ne l’avouerions-nous pas ? nous avons aussi répondu à une impulsion de notre cœur en écrivant ces pages. Quelle solitude pénible et délicieuse à la fois que celle où le souvenir de nos trois héros nous tenait seul compagnie. Quels tristes et pourtant quels heureux moments que ceux où nous nous efforcions de fixer sur le papier les principaux traits de leur existence si bien remplie et surtout le souvenir du bien-aimé Raoul des Rotours ! Et cette douleur qui nous déchirait, notre cœur aspirait à la raviver sans cesse, et, ces larmes que nous versions, nous en voulions savourer toujours la bienfaisante amertume.
Il est une autre peine que nous avons encore souvent ressentie, celle-là sans compensation. Nous avons souvent gémi sur notre impuissance à remplir, comme il convenait, la tâche que nous nous étions imposée. L’âme de nos héros était plus belle que nous ne la faisions. Nous aurions voulu plus de cœur pour faire aimer davantage des hommes si aimants et si aimables, plus de talent pour reproduire plus fidèlement les traits de ces figures si intéressantes et si chères ! Plus d’une fois, mécontent de nous-même et de notre œuvre, nous avons laissé tomber notre plume ; mais nous reprenions courage en pensant que nous leur devions ce dernier gage d’affection et de reconnaissance. On regrettera l’imperfection de l’œuvre, mais, nous en sommes assuré, on sera indulgent pour la bonne volonté de l’ouvrier.
Je ne crois pas avoir d’ennemis ; je demande pardon à ceux auxquels j’aurais fait de la peine et je prie Dieu de me pardonner de même.

Paroles de M. Antonin des Retours mourant.
MONSIEUR LE BARON ALEXANDRE-ANTONIN DES ROTOURS,
 
Chevalier de la Légion d’honneur, député du Nord, Conseiller général et Maire d’Avelin.
ANTONIN-ALEXANDRE DES ROTOURS
CHAPITRE PREMIER

LA FAMILLE DES ROTOURS. — SON ORIGINE. — SES NOMBREUSES SEIGNEURIES. — SES ALLIANCES. — LES SERVICES QU’ELLE A RENDUS A LA FRANCE ET A L’ÉGLISE. — LES HOMMES REMARQUABLES QU’ELLE A PRODUITS. — GABRIEL-FRANÇOIS DES ROTOURS.
La maison des Rotours dont le nom s’est écrit quelquefois des Rotors, des Roturs, des Routtours et des Rottours est de chevalerie ancienne de la province de Normandie 1 .
Il existe dans le département de l’Orne, une commune du même nom, les Rotours, qui fait partie du canton de Putanges 2 . Cette commune, qui compte 312 habitants, est située sur la rive droite de l’Orne et forme une paroisse dépendante de l’évêché de Séez, de l’archiprêtré d’Argentan 3 , et du doyenné de Putanges.
Elle contenait, avant 1789, deux fiefs dont l’un, le fief de Notre-Dame des Rotours, relevait du Roi ; c’est ce que prouvent un arrêt de la Cour des Comptes du 14 avril 1573, accordant à Nicole de Vassy. veuve de Julien des Rotours, la remise de la garde noble de ses enfants et les aveux que rendirent au Roi, Jean 4 et François 5 des Rotours, du fief de Notre-Dame des Rotours, comme d’un quart de fief de haubert.
La famille des Rotours, par ses alliances, par ses services et par son ancienneté, n’a pas cessé depuis le douzième siècle de tenir un rang honorable dans la noblesse de Normandie.
Guillaume des Rotours était au nombre des Chevaliers normands, qui prirent part à la troisième Croisade, ainsi que le constate une charte d’Aire de l’année 1191, citée par M.L. Roger 6 .
Guillaume des Rotours (Willelmes des Rotors), probablement le même que le précédent, fut présent comme témoin, à la fin de l’année 1191, à une charte 7 passée à Jaffa, ou près de Jaffa, dans l’armée du roi (apud Joppe in exercitu domini regis) par Guillaume du Doigt (de Ducto) au bénéfice de Nicolas du Vivier (du Vivers).
On voit dans les rôles de l’Échiquier de Normandie que Goulques des Rotours (Gulco de Rotors) paya en 1180 à Gilbert Malesmains, et, en 1198, à Robert Reinnard, six sous 8 pour une maison qu’il possédait à Falaise.
Hugues des Rotours écuyer, vivait en 1212, suivant le catalogue par ordre alphabétique des antiques familles illustres de la Normandie, que Gabriel du Moulin a donné dans son histoire » des Conquestes et des trophées des Normands Français aux royaumes de Naples et de Sicile » 9 .
Payen (Paganus) dés Rotours concéda dans la première moitié du XIII e siècle à Philippe de Noyers ou de Ners (de Nuers), à charge de service et d’hommage (pro suo servicio et homagio suo), le tènement 10 de la Ramée (de Rameïa), par une charte que le dit Philippe avait dans les mains en 1253.
Raoul des Rotours (Radulfus des Rotors) donna de nouveau au mois d’août 1253 et confirma à Philippe de Noyers ou de Ners, le tènement de la Ramée, qui lui avait été accordé par Payen, son père 11 .
L’ordre des temps et l’identité du nom et des armes autorisent à juger que François des Rotours était fils de Raoul des Rotours et petit-fils de Payen. On pourrait donc, selon l’usage admis en cette matière, faire remonter la filiation de deux degrés en la commençant avec Payen des Rotours, cette filiation arrivant sans lacune et sans interruption jusqu’à nos jours, constamment établie sur des titres, des actes et des documents authentiques.
Sans doute, il serait très intéressant de suivre la famille des Rotours dans sa généalogie, si une grande modestie, que nous n’osons blâmer sans pourtant l’approuver, ne nous en empêchait.
Disons seulement que les des Rottours 12 furent seigneurs du Pointel 13 , du Sacq 14 , de Fumeçon 15 , de Monceaux, de Méguillaume 16 , de la Chauvière, de l’Eveillerie, de la Roque 17 , de Chaulieu, de Sainte-Croix, de Fongy, de la Chaux, du Coudray, de Conneray, de Launay 18 , de la Couture, baron de Chaulieu, seigneur de la Cour du Bois, de la Motte sous Rouvre, de Saint-André de Briouze 19 , de Cigné 20 , de Quatrepuits 21 , de la Lande-Vaulmont 22 , de Saint-Martin de Chaulieu, de Saint-Sauveur de Chaulieu, de la Chesnay 23 , etc.
La bravoure, la fidélité au Roi et à la France furent une tradition de famille chez les des Rotours. Non seulement ils prirent part aux Croisades, mais en 1418, Jean des Rotours, ayant été du nombre des gentilshommes qui refusèrent de comparaître en armes pour le service de Henry V, roi d’Angleterre, ce prince, après s’être emparé de Falaise, confisqua le fief des Rotours qu’il donna à Robert Schling. Mais, Jean des Rotours rentra en possession du fief, dont il avait été dépouillé, immédiatement après l’expulsion des Anglais.
Cette noble famille donna à l’Eglise des religieuses : Claire, Françoise et Thomasse des Rotours, et des prêtres : Samson des Rotours, curé de Champérier ; Charles des Rotours, qui fut curé du Sacq, et Guillaume des Rotours, élu prieur de l’Abbaye de St-Etienne de Caen en et qui eut une part très active au grand mouvement populaire de la ligue pour la conservation de la foi catholique.
François des Rotours, qui avait suivi le Roi en qualité de volontaire dans la cavalerie, pendant les campagnes de 1630. 1635 et 1636, vendit en 1682, le 3 novembre, à M. le Marquis de Vassy-le-Forest, les terres et seigneuries des Rotours, que sa famille possédait depuis 1309. Le château, le fief et la terre des Rotours devinrent plus tard la propriété de M. Angot, qui en prit le titre et se fit appeler depuis Angot des Rotours, comme on le voit dans le procès-verbal de l’ordre de la noblesse du Grand Baillage de Caen 24 .
Un Louis des Rotours servit en qualité de guidon dans la compagnie d’ordonnance de M. le comte de Ludre.
Un autre Louis des Rotours, homme d’armes des ordonnances du Roi, blessé au siège de Carignan, en Piémont, mourut des suites de ses blessures, le 23 décembre 15 et fut inhumé dans l’église des Augustins de cette ville.
Un Pierre des Rotours consacra sa vie au service de son roi et de sa patrie et signala particulièrement son zèle et sa fidélité dans les guerres qui précédèrent et suivirent l’avénement de Henry IV au trône de France.
Un Jacques des Rotours servit successivement dans la Compagnie des deux cents gentilshommes entretenus par le Roi en Normandie et dans la deuxième compagnie des Mousquetaires du Roi. Il assista aux sièges de Fribourg et de Landau en 1712.
Un Alexandre-Philippe des Rotours mourut à l’hôpital ambulant de l’église des Luthériens à Thorn, le 28 mai 1807, des suites d’un coup de feu, reçu à Eylau, le 8 février précédent. Augustin, son frère, était mort au même hôpital, le 6 mars, après avoir été blessé dans le même combat ; les deux frères servaient comme engagés volontaires dans le 43 e régiment d’infanterie de ligne qui est aujourd’hui à Lille.
Un autre Jacques-Augustin des Rotours, avait été reçu maître-és-arts, à la Faculté de Paris, le 14 août 1761, et était entré ensuite dans les chevaulégers de la garde du Roi, le 27 juillet 1763. Il devint titulaire et seigneur de la baronnie de Chaulieu, par acte du 1 er mai 1784. Il eut de nombreux enfants, dont deux fils, Louis-Jules-Auguste et Gabriel-François.
Louis-Jules-Auguste des Rotours, baron de Chaulieu, capitaine, eut le bras fracassé d’un coup de feu, à la tête de sa compagnie, en février 1799, Plus tard, nommé commandant des gardes d’honneur, il fit, en cette qualité, le service auprès de l’Empereur, en son séjour à Cherbourg. Il fut, enfin, nommé auditeur au Conseil d’Etat, dont il porta le portefeuille au quartier-général de la Grande-Armée, fut préfet du Finistère, puis de la Loire, maître des requêtes et mourut officier de la Légion d’honneur. Il avait épousé M lle Adélaïde-Antoinette du Buisson de Courson, qui lui laissa quatre enfants,
Gabriel-François, le second fils de Jacques-Augustin des Rotours, baron de Chaulieu, naquit au château de Chaulieu le 2 août 1782. Il fut le père de M. Antonin des Rotours, le premier des trois dont nous allons nous occuper plus spécialement.
M. Gabriel des Rotours eut le malheur de perdre sa mère très peu de temps après sa naissance et il n’avait que treize ans et quelques mois à la mort de son père.
Il reçut dans son enfance la qualification de chevalier de Chaulieu, sous laquelle il a été longtemps désigné depuis 1814. quoiqu’il pût dès lors s’attribuer l’un des titres de baron, existant dans sa famille au moment de la publication de la Charte. Encore adolescent, il avait été à même de rendre à la cause de la maison de Bourbon des services en raison desquels Louis XVIII lui en fit adresser un brevet en parchemin, signé de sa main 25 , et contresigné par son Excellence le marquis de Latour-Maubourg, ministre de la guerre 26 ,
M. Gabriel des Rotours avait épousé le 28 messidor an IX (17 août 1801) à La Graverie 27 , M lle Joséphine du Buisson de Courson, fille de feu Jean Louis-Antoine du Buisson de Courson et de Madame Anne-Jeanne-Charlotte-Antoinette de Sarcilly, son épouse. Quoiqu’il n’eût alors que dix-neuf ans, il sentit tout à la fois le besoin de se créer des occupations sédentaires, sérieuses, analogues à sa position nouvelle, et la nécessité de réparer le dommage fait à son éducation intellectuelle et morale par une interruption de cinq années livrées à la dissipation ou consacrées à des intrigues politiques. Il s’appliqua dès lors, et près de quinze ans, avec une ardeur et une opiniâtreté bien rares, à l’étude des classiques latins et français ; il s’attacha plus particulièrement à l’étude de la philosophie et de l’histoire du XVII e et du XVIII e siècle. Il fut encouragé et utilement secondé dans cette généreuse entreprise par M. l’abbé Renaud, son ancien précepteur, docteur en médecine de la Faculté d’Edimbourg et de la Faculté de Paris.
M. des Rotours fut admis en 1809 au nombre des membres de la société d’agriculture et de commerce de Caen, et, peu de temps après, il fut élu membre de la société d’Emulation de la ville de Vire : elle comptait alors parmi ses membres, M. Asselin, sous-préfet de l’arrondissement de Vire, qui en était le fondateur, M. de Chêne Dolé, M. du Bosc de la Robertière, M. de la Renaudière, et d’autres personnages remarquables.
En 1811, il fut l’un des souscripteurs de l’arrondissement de Vire, au nombre de dix, par les soins et aux frais desquels fut publiée une édition nouvelle des Vaux de Vire d’Olivier Basselin. Il concourut même à la rédaction des notes qui accompagnent cet ouvrage.
M. des Rotours, que ses études philosophiques et littéraires n’avaient pas rendu totalement étranger au mouvement des affaires politiques, avait été nommé par décret impérial du 11 Juin 1811, président des assemblées électorales du canton de Beny-Bocage.
Vers la même époque, il fut nommé sous-lieutenant, puis lieutenant de la deuxième compagnie des gardes d’honneur à cheval, désignées parmi les membres des familles les plus illustres et les plus riches du département du Calvados, pour accompagner l’empereur Napoléon 1 er et l’impératrice Marie-Louise, pendant leur séjour dans ce département.
M. des Retours fut appelé en 1815, le 26 septembre, à faire partie du Conseil de préfecture de la Manche. Portant dans ce corps son zèle pour le travail, son amour de l’étude, l’habitude et la connaissance des affaires qu’il avait acquises par l’exercice des fonctions municipales, il s’y fit remarquer par plusieurs travaux administratifs importants.
Ce fut lui qui fut chargé de diriger l’opération si délicate et si compliquée de la liquidation des dépenses de l’occupation militaire étrangère dans le département de la Manche, et de rédiger le projet d’ordonnance royale qui devait procurer les ressources nécessaires pour acquitter les dépenses de cette occupation.
M. le baron de Vanssay avait grandement servi ses administrés en imposant en général aux habitants qui logeaient les troupes étrangères l’obligation de leur faire, à des prix déterminés, les diverses fournitures auxquelles elles avaient droit, sauf au département à les rembourser de leurs avances. M. des Rotours rendit aussi un important service aux contribuables en insérant dans le projet d’ordonnance, qui établissait une contribution extraordinaire pour couvrir les dépenses de l’occupation, une disposition autorisant à compenser, jusqu’à concurrence du montant des créances liquidées. les sommes par lesquelles les habitants fournisseurs seraient compris au rôle de cette contribution. Les redevables, dispensés d’avancer des sommes qui, plus tard, leur auraient été rendues, reçurent de l’application de cette mesure, adoptée par le gouvernement, un grand allègement à leurs charges.
Au mois d’octobre 1816, le gouvernement confia à M. des Rotours la présidence du collège électoral de Mortain.
L’année suivante, M. Lainé, ministre de l’Intérieur, ayant demandé aux préfets de lui communiquer leur opinion sur une proposition faite à la Chambre des députés, par M. de Cotton, sur les chemins vicinaux, M. des Rotours qui, alors comme de coutume, remplaçait par délégation M. le baron de Vanssay, absent, adressa à son Excellence un travail étendu sur ces chemins, sur leur classement, leur confection, leur entretien, leur administration et sur la répression des délits et contraventions dont ils peuvent être l’objet. Ce mémoire, dont les vues furent réalisées, fut apprécié par le ministre et ne fut pas étranger à la nomination de M. des Rotours à la sous-préfecture de Dreux. Cette nomination eut lieu le 10 Juin 1818.
M. des Rotours remplit ces fonctions jusqu’au 9 septembre 1830. Il avait été décoré de la Légion d’Honneur le 1 er mai 1821.
Rejeté dans la vie privée en 1830, il trouva dans son goût pour l’étude et le travail de cabinet, les moyens d’adoucir les loisirs d’une vie inoccupée, souvent si pénibles aux hommes qui ont longtemps exercé des fonctions publiques.
M. des Rotours publia en 1837, dans l’Annuaire de l’Association normande, un mémoire sur la nécessité de dresser des plans d’alignement dans les bourgs et villages d’une certaine importance. En 1839, il fournit au même recueil un autre mémoire sur divers abus existants dans l’arrondissement de Vire dans le mode d’user des eaux des ruisseaux et des petites rivières et sur les moyens d’y porter remède.
Plus tard, en 1841, il fit insérer dans le même ouvrage (t. 7) des considérations sur le projet de loi concernant le travail des enfants dans les manufactures.
Le 23 novembre 1839, M. des Rotours fut élu membre du Conseil général du Calvados par l’assemblée électorale du canton de Beny. Nommé en cette qualité par M. le préfet du Calvados, membre de la commission chargée de donner son avis sur l’utilité du projet de canalisation de la Haute-Vire, entre Saint-Lô et Vire, il fut choisi pour en être le rapporteur. Son travail sur la grande importance de cette canalisation, au triple point de vue de l’agriculture, du commerce et de l’industrie, adopté à l’unanimité par la commission d’enquête et approuvé dans une réunion nombreuse de propriétaires après une discussion publique et approfondie, fut cité par M. le ministre des Travaux publics dans l’exposé des motifs du projet de loi, concernant la navigation intérieure.
Appelé en 1846 à présider une autre commission d’enquête créée pour étudier le projet d’un chemin de fer de Falaise à Granville, M. des Rotours, à l’ouverture de la séance de cette commission, prononça, sur l’ensemble et sur les détails du projet, un discours dont la commission vota l’annexion à son procès-verbal.
M. des Rotours eut toujours pour principe qu’après le devoir qui domine tout, rien n’importe plus à l’homme que de s’attacher à être ce qu’il est, c’est-à-dire de savoir mettre sa personne et ses actes en accord avec sa position. Toujours il pensa que l’observation des convenances en toutes choses était une condition essentielle pour la douceur et l’agrément de la vie.
Quant à sa position personnelle, il aimait à la caractériser en s’appliquant ce passage d’une épître d’Horace :

Non agimur tumidis velis, aquilone secundo, Non tamen adversis œtatem ducimius austris ; Viribus, ingenio, specie, virtute, loco, re, Extremi primorum, extremis usque priores.
Hor., Epist. 2 â , libro 11°, versus 202 et seq.
« Je ne navigue point à pleines voiles, secondé par le vent du Nord, mais je ne suis pas sans cesse occupé à combattre contre le vent du Midi. En fait de santé, d’esprit, de beauté, de vertu, de naissance et de fortune, si je suis après les premiers, je marche en tête des derniers. »
Nous allons voir les descendants de M. Gabriel des Rotours s’efforcer de réaliser dans leur conduite ces principes de haute sagesse, pour le plus grand bien de leur famille et de notre pays.
1 On distingue dans le royaume, dit M. d’Hozier (Préface de l’Armorial général, I er registre, p. V, note 3, de l’édition de 1814, in-4°), trois sortes de noblesses : la première est celle de chevalerie ancienne, dont l’origine est si reculée, qu’elle n’est pas connue ; la seconde est celle qui est déjà ancienne, mais dont on connaît le principe ; la troisième est la nouvelle noblesse, qui n’a point fait souche à la troisième génération.
2 Annuaire du département de l’Orne pour 1854, Alençon, I vol. in-8°, p. 31.
3 Idem, p.145.
4 Le 15 juin 1606.
5 Le 17 août 1667.
6 Dans son ouvrage : « La Noblesse de France aux Croisades » (Paris, 1845, in-4°, p. 215).
7 . L’original de cette charte existe au dépôt des Archives du département de la Manche.
8 C’était le sou d’argent, vingtième de l’ancienne livre d’argent.
9 Rouen, 1658, in-folio, p. 485, lettre R.
10 On appelait tènement au moyen-âge, l’occupation d’une métairie, dépendante d’une seigneurie.
11 La charte de cette confirmation fut passée dans la paroisse du Mesnil (coram parochiâ de Mesnillâ). Elle se trouve aux Archives du département de la Manche, revêtue d’un sceau en cire verte, au milieu duquel se voit un écusson portant trois tourteaux ou besants. La légende un peu endommagée est ✠ S. RAAL DES ROTOVRS.
12 Ils firent alliance avec les familles d’Econché, de Monceaux, de la Meslière, de Harcourt, de Garnetat, de Mathan, de Corday, de Belleville, de Mélanger, du Fay, de Fallays, Dusseys, Le Sueur, du Mesnil, Bérard de la Chaise, de l’Aumôsne, de Brassard, Le Roy, Le Goullu, de la Roë, d’Aunières, du Bellay, de Montesson, de Riblley, de Charnacé, des Guetz, de Vassy, de Marguerit, seigneur du Bu, Brochard, d’Anisy, de Séran, de Viencourt, de Frequin, de la Haye, de Vauquelin de Sacy, du Breuil, Tonvois, Besnard, de Chennevières, de Marguerit, Le Donlat de Pontécoulant, de Cairon, de Percy, de Banville, de Sainte-Marie, Larcher de Courperon, Drude, de Vigneral, de Thoury, Bauquet de Grandval, Noël, des Monts, Poulain des Chateaux, Bérouet de Boisbitaine, Le Court de Sainte-Marie, de Labbey, Fortin de Marcenne, Hue de Montaigu, du Buisson de Courson, de Sarcilly, Lambert de Chamerolles, Gaupuceau, Payen de Chavoise, Marquier de Dompierre, Plichon, Besnard, du Moulinet de la Mariouze, Lionet de Chênedollé, de Morant, Dupont, Turgot, Le Jeanne, Osmond, du Merle du Bois, Busnel, du Bois du Bois Tesselin, de Guerpel, de Rupiéres, Lambert, de Sauvigny, Gauetier de Saint-Lambert, de Brosset, de Montreuil, de Bignon, Le Prouvost, de Chambray, de la Porte, Petiot de Taillac, Van den Hecke de Lambecke, d’Haubersart, d’Hagerue.
13 Pointel (Pointellum), commune du canton de Briouze, arrondissement d’Argentan (Orne), compte 547 habitants. Le curé était à la nomination du Prieur de Briouze.
14 Le Sacq ou le Sac (Sacens) village de 12 feux, diocèse de Seez, à 4 lieues de Falaise. L’église était sous le vocable de St-Pierre ; le seigneur du Sacq était présentateur.
15 Le fief et la terre de Fumeçon ou Fumechon, très rapprochés du château des Rotours, étaient entrés dans cette famille, par échange, contre le fief et la terre du bourg St-Léonard, qu’y avait apportés Alin de Monceaux, et y sont restés jusqu’en 1717 ; ils furent vendus par M. Julien des Rotours à M. de Mantineau.
16 Méguillaume (Mesnillum Guillelmi), paroisse de 27 feux, à 4 kilomètres de Falaise, (arrondissement d’Argentan), n’existe plus. L’Abbé de Saint-André en Goussern présentait à la cure en 1505.
17 La Roque, paroisse de 31 feux, à 3 lieues de Vire.
18 Launay, bourg de 25 feux, à 4 lieues N.-O. de Laval.
19 Saint-André de Briouze, paroisse de 120 feux, canton de Briouze.
20 Cigné, bourg de 183 feux, situé sur la Mayenne, à 2 lieues et demie de Mayenne.
21 Quatrepuits, paroisse de 13 feux, située à 5 lieues de Falaise et à la même distance de Caen, aujourd’hui réunie à Vieux-Furnes.
22 La Lande-Vaulmont, paroisse de la rive gauche de la Vire, à 5/4 de lieue de Vire, 44 feux.
23 Le Chesnay ou Chesney, commune de 52 feux, à 1 lieue d’Alençon, département de la Sarthe.
24 Page 3, de la nomenclature des Gentilshommes, possédant fief du baillage de Falaise.
25 Le 1 er juillet 1817.
26 Le 3 février 1821.
27 Canton de Beny-Bocage, arrondissement de Vire (Calvados),
CHAPITRE DEUXIÈME

ANTONIN DES ROTOURS. — SA NAISSANCE. — SA JEUNESSE. — SOLDAT. — AGRICULTEUR. — MAIRE D’AVELIN. — CONSEILLER D’ARRONDISSEMENT. — CHEVALIER DE LA LÉGION D’HONNEUR.
Alexandre-Antonin des Rotours naquit au château de la Graverie, de Gabriel-François des Rotours et de dame Joséphine du Buisson de Courson, le 22 mai 1806.
Il fit sans doute ses études au collège de Vire et ensuite au collège de Dreux où son père était sous-préfet.
En 1824, il fut admis à l’école spéciale militaire de Saint-Cyr, d’où il passa comme sous-lieutenant-élève à l’école royale de cavalerie de Saumur, le 1 er octobre 1826, puis comme sous-lieutenant au 4 e régiment de hussards et lieutenant au 14 e régiment de chasseurs à cheval le 1 er octobre 1830.
M. des Rotours était un cavalier émérite : il étonnait parfois ses camarades par son audace et son habileté. Un jour, il paria de traverser le pont de la Loire à Saumur en faisant marcher son cheval sur le rebord du pont de ce fleuve. Il y réussit au grand effroi des spectateurs qui, après ce hardi tour de force, ne lui ménagèrent point leurs applaudissements. Il fit une grande partie de ses études militaires avec le futur maréchal de Mac-Mahon, dont il fut, toute la vie, l’ami intime.
Il donna sa démission en 1832 et se maria, le 10 décembre de la même année, avec Mademoiselle Séraphique-Eugénie Plichon, fille de M. Charles Plichon, propriétaire, et de Madame Catherine-Félicité des Moutiers. Le contrat de mariage fut passé le 8 décembre 1832, devant maître Bouchez, notaire à la résidence de Bouchain.
Le mariage fut célébré et béni à Abscon. Les jeunes époux allèrent habiter le château d’Aniche où naquit leur fils unique, Robert-Eugène des Rotours, le 23 octobre 1833.
Antonin des Rotours, après avoir consacré sa première jeunesse au service de la France, s’occupa d’agriculture et d’industrie. Noble de naissance, il voulut se mettre à la tête de l’aristocratie du commerce. Il construisit à Aniche une immense distillerie et acquit une situation considérable dans le monde de l’Industrie.
Un arrêté préfectoral du 15 mars 1833, l’autorisa, lui et son beau-père, M. Plichon, à construire une fabrique de sucre indigène à Abscon. Il était en même temps un des plus grands agriculteurs du département.
Au début de la fabrication, l’emploi des machines à vapeur était inconnu ; il la faisait marcher avec des bœufs. Vers 1849, il vendit sa belle exploitation à MM. Cauvez, frères, 1 et, aussitôt après, il alla demeurer à Aniche au château de M. Patoux.
Les propriétaires du château d’Avelin étant morts inopinément en 1844 et les héritiers, l’ayant mis en vente, M. des Rotours l’acheta en 1845 et vint s’y établir.
Aux élections municipales qui eurent lieu à la fin de 1846, M. des Rotours fut élu conseiller municipal et maire d’Avelin, charge qu’il conserva jusqu’à sa mort. Il succédait à M. Jacquart, qui avait lui-même proposé de démissionner pour devenir son adjoint.
Quand éclata la Révolution de 1848, M. Antonin des Rotours était donc maire d’Avelin. A cette époque, M. Delescluse, nommé à là préfecture du Nord par le gouvernement provisoire, révoqua tous les maires dont les idées n’étaient pas conformes aux siennes. Seul de tous les maires des environs, M. des Rotours conserva son titre.

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