Remember Charles
32 pages
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Remember Charles , livre ebook

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Description

Mais que n’aura-t-on allégué au sujet de « ceux de 40 » ? Que se furent des pétochards, des pleutres qui avaient honteusement perdu la guerre. Quel épais silence n’a-t-il pas recouvert, tel un linceul, l’éclat de leurs faits d’armes ? Dans quel marbre, la geste exemplaire de ces soldats noirs venus des lointains, s’ouvrir les tripes pour une guerre qui n’était pas la leur, fut-elle gravée ? Combien de monuments funéraires ou littéraires, de rues ou de places, pour faire retentir leur souvenir ? C’est alors que monte cette lamentation de Senghor : « On fleurit les tombes, on réchauffe le Soldat Inconnu. Vous mes frères obscurs, personne ne vous nomme ». Dans ce roman à forte teneur historique, l’auteur relate un épisode particulièrement tragique des combats de la Somme en juin 1940, d’où émerge la figure héroïque d’un officier français d’origine gabonaise, le Capitaine Charles-Borromée Messani-Y-N’Tchoréré, commandant de la 7e compagnie du 53e RICMS à Airaines en Picardie. Steeve Robert Renombo est titulaire d’un doctorat nouveau régime de l’université de Paris-IV Sorbonne en littérature générale et comparée. Il est maître de conférences à l’université de Libreville au Gabon. Remember Charles est son premier roman.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 12 juin 2019
Nombre de lectures 19
EAN13 9782850710346
Langue Français
Poids de l'ouvrage 5 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0750€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Photos

Dans l’ouvrage :
collection personelle de Francois Rouillard si non précisé.
En quatrième de couverture :
À droite, le lieutenant Charles N’Tchoréré. Assis au milieu, son fils Jean-Baptiste tombé au champ d’honneur en juin 1940 dans le village de Remiencourt. À gauche, Louis Bigmann, ancien condisciple de Charles N’Tchoréré, aux côtés duquel il s’engagea volontairement dès 1916, dans le cadre de la première guerre mondiale, et qui devint le premier président de l’Assemblée nationale au Gabon.

© Cent Mille Milliards et Descartes & Cie, 2019

En application de la loi du 11 mars 1957, il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement le présent ouvrage sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie (CFC), 20, rue des Grands-Augustins, 75006 Paris.


À Dieu le Père, pour la circoncision de l’esprit
À Ngouato Rassindina Marianne, ma mère, pour la noblesse du cœur À la fratrie des Renombo ; à Robert, le père, et à Didier, le frère, trop tôt partis À mon épouse, Sandrine Adiza pour l’amour persévérant À mes enfants, Ogweli, Ambia, Ibékélya, Elijah-Tondini et Seal-Elysée ; à mes étudiants et à la jeunesse de tout pays, pour regarder aujourd’hui avec les yeux d’hier

Le sang du patrio te est une semence d u patriotisme.
Pierre-Claver Akendengue
Dul ce et decorum est pr o patria mori.
Horace
Au so ir du 7 juin, que re stait-il du prestigi eux régiment ? Décim é ? Le 53 e avait per du la presque totali té de son effectif, mais la mission qu’o n lui avait assignée était remplie. Il s ’était battu jusqu’a u dernier homme et j usqu’à la dernière c artouche. Aujourd’hu i, avec le recul du temps, nous compreno ns qu’il avait accom pli une autre missio n, encore plus noble et plus belle, en s cellant librement pa r ce commun sacrific e l’union de la Fran ce et de l’Afrique n oire. En cette cité, le nom du capitaine N’Tchoréré sera tou jours vénéré. Les en fants l’apprendront sur les bancs de l’é cole. Officier admir able dont la mort hé roïque a été tant de fois décrite, il sy mbolise à nos yeux l a libération de l’ho mme de couleur face à la violence racist e et il témoigne de la fraternité d’arme s entre les combatta nts d’un même idéal.
Préfet Henri Larrieu
I Les tam-tams se sont tus
L’âme cultivée est celle où le va carme des vivants n’ étouffe pas la musiq ue des morts.
Nicolás Gómez Dávila

Les rideaux de la chambre sont de larges pièces rectangulaires de lin sombre, dont les coutures latérales dessinent un liseré doré. Mal ajustés par endroits et régulièrement soulevés par l’air pulsé du climatiseur, ils dévoilent des interstices par lesquels s’infiltre la lumière crue du jour naissant, par faisceaux perforant l’opacité de la pièce, comme si des sabres de lumière taillaient une matière obscure. Recroquevillé sur le lit et engoncé dans les couvertures, j’écarquille mes yeux qui s’efforcent au jour, dans cette atmosphère irréelle baignée de clair-obscur. Dans les sombres tranchées de la Grande Guerre, c’est à travers des meurtrières que la lumière fusait par rafales, pour arriver jusqu’aux visages hâves et boueux des soldats. Elle était l’aubade des cieux, dont la lumineuse clémence venait compenser la cruauté de la Terre des hommes . De mémoire de soldat, la nuit, toujours, fut redoutée parce que froide et angoissante ; favorable aux machinations de l’ennemi, à sa prolifération spectrale et sanguinaire qui pouvait s’abattre sur vous, semant la mort au long cours, comme l’expriment bien ces vers de Guillaume Apollinaire :
La nuit descend
On y pressent
Un long un long destin de sang
En revanche, le retour du jour était unanimement espéré, puis célébré ; non qu’il ait jamais eu pouvoir d’arrêter le char infernal du mal mais, tout au moins, rendait-il possible, si diffusément que ce fût, son dévoilement. La lumière procède aussi d’un art de la guerre.
Je chasse ces idées macabres de guerre qui depuis mon enfance peuplent mon esprit et infusent mon imagination. J’ai toujours aimé tout ce qui touche aux travaux de Mars ; films, récits, expositions, publications scientifiques, rien n’échappe à ma soif de lecture. Ma thèse de doctorat en histoire de l’art portait très largement sur le Guernica de Picasso et La Guerre d’Otto Dix. Une petite salle de mon appartement me tient même lieu de sanctuaire, toutes les maquettes d’engins de guerre que j’ai patiemment construites y sont entreposées. Nul visiteur n’en profane jamais l’espace. Je crois même que, par la pensée, je passe bien plus de temps sur les champs de bataille que sur les sentiers de mon présent. Que cherché-je sans répit dans ces gestes héroïques, ces confrontations violentes des corps ? Pourquoi cette passion morbide pour tous ceux que Paul Eluard nomme si magnifiquement « les bâtisseurs de ruines », moi qui suis par ailleurs homme délesté de toute bravoure voire de toute autorité ?
J’éprouve des difficultés à m’extraire de mon lit, mes membres sont encore engourdis par une semaine de claustration forcée passée à picoler, à vider, lampée après lampée des bouteilles de mon whisky préféré, le Jack Daniel’s.
De loin, le son de la radio me parvient, semblable à une rumeur. Le trajet du son, comme celui de la lumière, est affaire de frayage. Surgies du poste radio, les ondes électromagnétiques se sont propagées selon des trajectoires irrégulières, puisqu’elles ont dû franchir les cloisons de claustras du salon et du couloir, pour s’épuiser dans le creux de mes oreilles en faisant vibrer mes tympans, presque comme un chatouillement. Le son issu de la déflagration répétée des bombes sur les champs de bataille était moins affiné, un son insupportable pour l’oreille humaine, qui écrasait les tympans des soldats, les vouant à une semi-surdité puisqu’ils n’entendaient plus qu’une espèce de sifflement d’autant plus douloureux qu’il était aigu.
Graduellement, le son devient plus précis et l’information plus audible : c’est le bulletin d’information de sept heures sur Radio France international :
« À Libreville, au Gabon, la situation reste préoccupante, trois jours après les violences postélectorales du 31 août 2016. Les rues sont résolument désertes, hormis quelques passants. Administrations et commerces sont fermés et la pénurie en matière de produits de base, carburant, électricité, eau, commence à se faire ressentir.
Devant les rares boulangeries et magasins ouverts, on observe des files d’attente atteignant des longueurs qui ne sont pas sans rappeler des scènes de pays en guerre. Ce décor de guerre se trouve davantage mis en relief par les nombreuses patrouilles des forces de l’ordre, le retentissement des sirènes et, surtout, le spectacle de destruction massive de nombreux édifices publics et de véhicules, avec comme point culminant, l’incendie partiel mais non moins spectaculaire du palais Léon Mba. Toutefois, à Libreville comme dans l’hinterland, l’on n’enregistre quasiment plus de manifestations de ­violences populaires ».
Que l’auguste dieu des Gaulois, du haut de son ciel, daigne bénir bien bas RFI !
Non qu’après les temps glorieux où nous communiquions par la rythmique du tam-tam, nous ne nous soyons toujours pas dotés de médias modernes, mais simplement parce que sous nos tropiques, en période électorale, les médias se calfeutrent toujours dans le black-out. Et si la nature a horreur du vide, les événements, eux, s’accommodent très mal du silence. Cela explique la bonne fortune de la rumeur et des fort beaux jours qu’elle a encore devant elle, par son obstination patriotique à mettre des mots, fussent-ils invraisemblables, sur des choses du pays, elles, bien réelles.
Mais d’une rumeur à une autre, n’allez surtout pas croire que la bonne parole diffusée par RFI permet de dire la vérité des événements, n’allez surtout pas croire que cet évangile médiatique, charitablement libéré pour le salut politique des Damnés de la terre d’Afrique, est « la voix de ceux qui n’ont point de voix et la bouche de celles qui s’affaissent au cachot du désespoir ». Il y a des rumeurs d’en bas, larvées et subalternes et des rumeurs d’en haut, plus dominantes : RFI n’est qu’une canalisation de la rumeur du monde, une résonance de la voix de la France dans le tumulte assourdissant des palabres démocratiques africaines. Elle peut, en fonction des conjonctures politiques de l’Empire, porter aux nues aujourd’hui des dictateurs qu’elle a honnis hier ; contribuer à l’amplification du bruit et des fureurs populaires ou, inversement, les discréditer. Mais peut-être ne faut-il pas blâmer la radio mondiale de s’adonner à pareille élasticité car c’

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