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Une prostestante au temps des dragonnades , livre ebook

85

pages

Français

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2019

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Ce roman ouvre les portes d'une période sombre de l'histoire du Poitou et de la France. Ce récit se fonde sur des faits historiques qui en constituent la trame. Il relate les persécutions dont fut victime la communauté protestante du Poitou lors de la révocation de l'Édit de Nantes. S'appuyant sur une recherche généalogique méticuleuse, l'auteure emprunte la voix de son ancêtre et nous révèle la dimension tragique de cette part d'histoire souvent méconnue. En 1681, Louis XIV abolit l'Édit de Nantes. Anne de Chaufepied, fille, petite-fille et sœur de pasteurs poitevins, voit ses frères chassés de France. Pendant quatre ans, elle va essayer de fuir le royaume. Trahie par son passeur, emprisonnée à la Citadelle de Ré puis dans des couvents, elle sera finalement expulsée vers la Hollande, l'un des pays du Refuge. Françoise Winter rejoint dans un élan teinté de délicate pudeur les aspirations profondes de ses personnages pour témoigner ici des valeurs fondamentales du protestantisme. Le destin d'Anne, Samuel ou Second de Chaufepied nous attache d'autant plus qu'il entre en résonance avec celui de tous ceux qui, aujourd'hui encore, sont contraints de choisir l'exil. Suivez la fuite, la résistance, les espoirs et les déconvenues d'Anne de Chaufepied, une jeune protestante du Poitou, dans ce roman historique tumultueux !
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Publié par

Date de parution

04 octobre 2019

EAN13

9791035305864

Langue

Français

Une protestante au temps des dragonnades Anne de Chaufepied
www.gesteditions.com
© La Geste – 79260 La Crèche
Tous droits réservés pour tous pays


Françoise WINTER Une protestante au temps des dragonnades Anne de Chaufepied








À Ida de Chaufepié,
enterrée au cimetière protestant de Bordeaux
« Le roman devine la vérité et ne peut se tromper.
J’ai inventé des choses qui étaient vraies »
Catherine Clément
Entretien entendu sur France Inter

Mes yeux se sont ouverts, une fois encore, ce matin. Mes vieux yeux vitreux qui ne m’offrent plus qu’un regard brumeux sur ce qui m’entoure et devant lesquels dansent des étoiles dorées. Elles scintillent comme scintillaient autrefois les myriades de pétales d’or du séneçon jacobée qui, l’été venu, bordaient les chemins, là-bas en Poitou.

Je m’appelle Anne, Anne de Chaufepied, j’ai eu 90 ans le 20 février de cette année 1730, ici à Leuwarden, en Frise.
Mais, curieusement, depuis quelques semaines, je me réveille chez nous, là-bas, dans la demeure que nous possédions au cœur du gros bourg de Champdeniers ou aux Aubiers, le logis d’une de mes sœurs.
Dieu a voulu que j’arrive à cet âge avancé et j’attends chaque soir d’être rappelée à lui. Je ne sais pourquoi il a voulu que chaque année passée en France soit doublée d’une année passée ici en Hollande ? J’ai longtemps cru qu’il me permettrait ainsi de revenir en mon cher Poitou, de revoir les petits chemins creux bordés de haies, de respirer l’air humide des taillis, d’entendre le chant de la huppe qui annonce la pluie et surtout, surtout de revoir ceux dont le souvenir n’a pu s’effacer de ma mémoire. Je sais, hélas, que ce ne sera pas dans ce monde et je suis impatiente aujourd’hui de m’éteindre pour les retrouver. Dans cette attente, mes yeux se referment et mon esprit repart là-bas…
— Ma chère tante Anne, par pitié… Rouvrez les yeux !
Je ne sais où je suis ni qui me commande. Je sens de la consternation autour de moi. Un silence bruissant de pas mesurés, de paroles chuchotées, de froissements d’étoffes.
— Tante Anne…
Une main caresse mes cheveux tandis qu’une tête s’appesantit sur ma poitrine.
— Elle s’éteint doucement…


Chapitre I
1672, c’est le mois d’août. Je quitte la fraîcheur de la grande pièce en entendant les cris joyeux de ma jeune sœur Marie.

— Père, père, le voici, il arrive… Nathan, notre laboureur de Villeneuve l’a vu ce matin !
— Mais qui arrive, mon enfant ?
— Le colporteur, Jonas, le colporteur… Oh ! J’espère qu’il a mon ruban !
— Ton ruban, quel ruban ?
— Mon ruban bleu, oh, père, dites oui… Est-ce que je pourrais m’acheter ce ruban bleu ? J’espère qu’il sera exactement de la couleur des scilles des fossés au printemps. Je le lui ai demandé et Anna a dit qu’elle me l’accrocherait sur ma grande barrette et qu’avec mes yeux bleus et mes cheveux blonds, ce sera du meilleur effet et…
— Holà, ma fille, que d’emportements pour un ruban !
Mon père, Second, aurait voulu ramener sa benjamine au calme et à la raison, mais elle était tel un tourbillon enchanté.
Marie-Claude était née en 1657. Cinq ans après sa naissance, notre mère, Claude de La Forest s’éteignait. Marie-Claude que nous appelions le plus souvent Marie était le portrait de notre mère défunte : des yeux clairs comme l’eau des sources au printemps reflétant le bleu nouveau du ciel, des cheveux blond vénitien, vaporeux, fins et bouclés, impossibles à coiffer, qu’elle laissait toujours libres, rechignant à porter le bonnet qui les aurait maintenus.
Mais surtout, de notre mère, elle avait hérité d’un optimisme à toute épreuve et du don de porter un regard bienveillant sur tout et sur tous. De sa voix douce et chaude qui avait le même timbre que celui de notre pauvre mère, elle égayait notre demeure.
Mon père regarda sa fille de quinze ans qui, déjà, repartait en courant soutenant sa jupe à pleines mains pour sauter par-dessus les flaques de la cour. Dix ans, dix ans s’étaient écoulés depuis que sa très chère femme Claude avait rejoint Abraham, Moïse et Jacob. Claude était morte le 16 décembre 1662, après avoir souffert d’une méchante fièvre pendant quinze jours. Depuis dix ans, pas un jour ne se passait sans qu’il ait une pensée pour elle. Ses conseils avisés, son espérance tenace dans les pires années, sa beauté et sa bonté d’âme lui manquaient.
Le chaud soleil de ce mois d’août 1672 ressuyait la terre des dernières pluies d’orages. Second porta son regard sur le chemin bordé de haies qui s’enfonçait dans la campagne poitevine. Ainsi le colporteur Jonas était de retour. Chacun l’attendait en espérant que sa hotte contiendrait l’objet commandé lors de son dernier passage.
Mon père, Second de Chaufepied, pasteur du gros village de Champdeniers, puis de Saint Christophe sur Roc près de Cherveux se faisait âgé. Le 11 avril dernier il avait eu 62 ans et Jonas avait promis de lui procurer une nouvelle paire de lunettes pour lire de près.
Celui-ci venait du Dauphiné, d’une vallée au cœur des montagnes, traversait la France de part en part, passant par les Cévennes au nord du Languedoc, le Limousin, le Périgord pour arriver en Saintonge puis en Poitou et jusqu’à La Rochelle, en Aunis, où l’Océan l’arrêtait. Toujours le même voyage, s’arrêtant de maison huguenote en maison huguenote. Depuis de nombreuses années, Second ne se souvenait plus de la première fois, l’été le voyait revenir, avec toujours plus de merveilles dans ses bagages.
Si Nathan l’avait vu ce matin à Villeneuve, il serait là ce soir. Comme mon père se retournait vers notre demeure, il aperçut Nathan qui était là, à la porte des cuisines, le chapeau à la main.
Nathan Morin était un bel homme, de grande stature, dont le teint mat, le nez fin et aquilin, les yeux foncés, les cheveux très bouclés et du même noir que le plumage des corneilles trahissaient son ascendance maure. Le nom de famille d’ailleurs leur venait de là : Morin.
Morin, Moreau, Morel, tous des descendants de ces Sarrasins arrêtés à Poitiers par Charles Martel, et qui, venus là armés pour la guerre mais aussi accompagnés de leurs femmes, enfants, gens et bêtes, s’étaient installés, apportant au Poitou leur force de travail ainsi que nombre de pratiques de culture : grâce à eux, les sols orientés au sud avaient vu fleurir les amandiers et les grenadiers. Avec le lait de leurs chèvres, ils avaient imposé le chabichou, délicieux petit fromage.
Nathan était né l’année de la prise de fonction de mon père en son ministère de Champdeniers. Celui-ci se souvenait de ce jour du mois de décembre 1634 où les Morin lui avaient amené le bébé à baptiser, parcourant trois lieues à pied par un temps glacial et sur un mauvais chemin verglacé rempli de fondrières dangereuses, préférant les frimas plutôt que la venue du curé dans leur humble demeure.
Bientôt quarante ans ! Les yeux de Second s’embuèrent : que de temps et d’épreuves ! Je l’entendis soupirer mais il se ressaisit : trop de charges lui incombaient pour qu’il s’attendrisse sur son sort. Et tant d’autres souffraient qu’il avait à cœur de ne jamais se plaindre.
Nathan s’approchait :
— Le bonjour, Monsieur Second, comment vous portez-vous ?
— Le bonjour à toi aussi Nathan, et chez toi… tous se portent bien ?
— Tous et toutes vous transmettent le bonjour ainsi qu’à Mademoiselle Anne.
Mon père se tourna vers moi, plissant les yeux dans la lumière aveuglante :
— Anne, nous t’attendions, tu es plus au fait des affaires de Villeneuve 1 que moi.
Il y avait vingt-cinq ans de cela, lorsque la métairie de Villeneuve avait été à vendre, mes parents l’avaient achetée pour moi, leur fille aînée afin de me constituer une source de revenus et éventuellement une dot conséquente. Le domaine comprenait une vieille mais belle et solide demeure que j’avais cédée depuis aux Morin, des terres à céréales, des vignes, des noyers et quelques bois, tout cela de bon rapport. Et quand les anciens métayers étaient décédés, tout naturellement, nous avions proposé le fermage aux Morin.
Second, mon père, avait vu grandir Nathan, l’avait vu s’unir à Coline et baptisé leurs six enfants. Il avait besoin de lui à ses côtés, de sa force tranquille, de sa grande droiture et de sa franchise surtout. Nathan ne s’en laissait pas compter et rien n’avait pu lui faire abjurer la religion huguenote. Il avait appris à lire comme de nombreux protestants, tenait les comptes de la métairie et était devenu laboureur, un statut enviable dans ce coin du Poitou où beaucoup étaient encore bordiers ou journaliers. Son fils Matthieu était également laboureur. Riches de deux attelages de beaux bœufs, indispensables pour tirer les charrues dans nos terres argileuses et lourdes, ils labouraient mes terres et les leurs à deux charrues.
De six ans mon aîné, Nathan m’avait toujours paru être le grand frère qui me manquait.
— Resteras-tu avec nous à la veillée avec le colporteur ?
— Oui, Coline a promis à sa sœur d’aller la voir à Vuzé, son petit est prêt à naître. Notre aîné ira avec elle, après la traite des bêtes. Ce n’est pas loin, mais je préfère la savoir accompagnée.
— Tu as raison Nathan, les chemins sont bien plus sûrs en ces temps-ci mais il vaut mieux ne provoquer ni ne tenter personne.
Nous nous avançâmes vers l’entrée principale. Mes sœurs et moi aimions tout particulièrement cette demeure. Mon père avait acquis ce logis des Aubiers 2 pour notre petite sœur Marie-Claude et nous y séjournions de plus en plus. C’était une grosse bâtisse à un étage au toit de tuiles de la tuilerie de Saint Denis. De chaque côté de la porte se répartissaient symétriquement quatre fenêtres. Mon père avait fait construire deux ailes en U, encadrant une grande cour où Catharine, avait planté un pin pinier. La graine de ce pin parasol lui avait été offerte par le colporteur il y a

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