6 degrés de séparation
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Description

Selon une théorie née en 1929 et reprise par le psychologue américain Stanley Milgram dans les années 60, chacun d’entre nous est lié à n’importe autre quel individu dans le monde par une chaîne de 6 maillons maximum, 6 degrés de séparation.
Paris, 28 mars 2017. Le président français est grièvement blessé sous les balles d’un sniper. Attentat terroriste ? Acte isolé ? Complot ?
Deux jours plus tôt, une adolescente de treize ans disparaît, victime d’un crime odieux sur l’île d’Hoedic, ressemblant de prime abord à l’acte dément d’un psychopathe.
Commissaire au 36, Alessandro Calderon est englué dans un Paris déshumanisé entre terrorisme et secrets d’état. Avec Alec Ferréol, lieutenant vannais coupé du monde dans un huis clos insulaire dont il n’a pas les codes, ils vont devoir trouver des réponses.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 25 mai 2016
Nombre de lectures 26
EAN13 9782359628302
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0030€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

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Résumé

 

Selon une théorie née en 1929 et reprise par le psychologue américain Stanley Milgram dans les années 60, chacun d’entre nous est lié à n’importe autre quel individu dans le monde par une chaîne de 6 maillons maximum, 6 degrés de séparation.

 

Paris, 28 mars 2017. Le président français est grièvement blessé sous les balles d’un sniper. Attentat terroriste ? Acte isolé ? Complot ?

Deux jours plus tôt, une adolescente de treize ans disparaît, victime d’un crime odieux sur l’île d’Hoedic, ressemblant de prime abord à l’acte dément d’un psychopathe.

Commissaire au 36, Alessandro Calderon est englué dans un Paris déshumanisé entre terrorisme et secrets d’état. Avec Alec Ferréol, lieutenant vannais coupé du monde dans un huis clos insulaire dont il n’a pas les codes, ils vont devoir trouver des réponses.

 

L’auteur nous entraîne dès les premières lignes dans les pas de ces 2 enquêteurs tourmentés, aux prises avec deux affaires complexes, anxiogènes, que rien ne semble lier… Sauf, peut-être, les 6 maillons d’une chaîne improbable.

 

Catherine Daucourt

 

 

Frédéric Coudron a un profil atypique. Scientifique de formation, venu sur le tard à l'écriture, il est l'auteur d'une série de romans : Les Chroniques d'Alessandro Calderon (L'Affaire du Croisé-Laroche, Stabat Mater, Requiems, R.I.P, 616, Le Masque de Janus, N'ouvre à personne !, Le Crime est servi), qui met en scène des personnages récurrents et traite de sujets très documentés et alimentés par son parcours professionnel (Complots politiques, scandales environnementaux, cercles d'influences, nouvelles technologies, paradoxe de Milgram, parthénogenèse). Il est également l'auteur de Cavale, Ihesean Ibili.

 

 

 

 

 

 

 

 

Frédéric Coudron

 

6 degrés de séparation

Les Chroniques D’Alessandro Calderon

 

Policier

 

 

ISBN : 978-2-35962-830-2

 

Collection Rouge

ISSN : 2108-6273

 

 

Dépôt légal avril 2016

 

©Ex Aequo

©2016 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays. Toute modification interdite.

 

 

Éditions Ex Aequo

6 rue des Sybilles

88370 Plombières les bains

 

www.editions-exaequo.fr

 

 

 

 

 

 

 

 

 

À mon épouse, Mallory

À mon fils, Matteo

À François Aramburu

À Franck Ollivier

 

 

 

 

 

Préambule

 

 

« Un jeu fascinant naquit de cette discussion. L’un de nous suggéra de préparer l’expérience suivante afin de prouver que la population de la planète est plus proche ensemble maintenant qu’elle ne l’a jamais été dans le passé. Nous devrions sélectionner n’importe quelle personne des 7,2 milliards d’habitants de la planète, n’importe qui, n’importe où. Il paraît que, n’utilisant pas plus de cinq individus, l’un d’entre eux étant une connaissance personnelle, il pourrait contacter les individus choisis en n’utilisant rien d’autre que le réseau des connaissances personnelles. »

 

Cette réflexion de Frigyes Karinthy en 1929 allait donner naissance à la théorie des 6 degrés de séparation reprise par Milgram. Selon ce concept, nous sommes, VOUS ÊTES liés à n’importe quelle autre personne dans le monde, au travers d’une chaîne de relations individuelles comprenant au plus six maillons, par le jeu de vos connaissances. Avec le développement des technologies de l’information et de la communication, le degré de séparation a même été mesuré de 4,74 sur le réseau social Facebook. Lorsque j’ai découvert ce principe, j’ai évidemment voulu le tester sur ma propre personne. Il me fallait alors choisir un individu à contacter. Et qui d’autre de mieux qu’une personnalité paraissant totalement inaccessible : Le Président des États-Unis, Barack Obama. Impossible? Farfelu? Pas du tout. Je compte, en effet, parmi mes amis, le producteur François Aramburu qui, lui-même, est proche de l’acteur Philippe Lelouch. Ce dernier appartient au cercle d’intimes de Jean Dujardin; lequel est très lié avec Georges Clonney, soutien des premières heures d’Obama. CQFD. 5 maillons! À l’extrême, je pourrais donc, en toute confiance, faire transmettre, en main propre, un courrier ou une boîte de chocolat, à l’homme le plus puissant du monde. Gentillet. Mais qu’adviendrait-il, si un esprit retors, un psychopathe utilisait ce concept pour répandre le mal? Tout le monde serait vulnérable, personne ne serait à l’abri…

 

 

 

 

 

Remerciements

 

 

Avec ce dixième roman publié aux Éditions Ex Aequo, je ne pouvais pas ne pas remercier mon éditrice, Madame Laurence Schwalm. C’est basique, trivial, mais sans éditeur, il n’y a pas de livre et sans livre, pas d’auteur. En 2012, lorsque j’ai envoyé le manuscrit de Stabat Mater à différentes maisons, elle a été la première à me faire confiance. Depuis, cette confiance n’a pas failli, dans les bons comme dans les mauvais moments. Je me suis enrichi de cette relation, j’ai grandi. Merci, Laurence.

 

 

 

 

***

1
 
28 mars 2017

 

 

Alessandro Calderon venait de se lever. Pas besoin de réveil; son horloge biologique veillait en permanence. Elle lui ordonnait d’ouvrir les yeux à 5 h 45, chaque matin. Sans faire un bruit, il se dirigea vers la cuisine de son appartement de la rue Campo-Formio, dans le treizième arrondissement. Chacun de ses gestes était calculé, ouaté, pour ne pas réveiller son épouse, Mallory et sa fille, Lola. Désormais, la petite allait à l’école, mais la proximité de la maternelle lui permettait de dormir jusqu’à 7 h 30. Le flic enfila un gilet qui trainait sur une chaise haute et ouvrit la baie vitrée qui donnait accès à un petit balcon. Il s’installa dans le salon de jardin en imitation bois exotique. Un paquet de Marlboro l’attendait sur la petite table basse. Il en sortit une cigarette qu’il alluma, machinalement. Chaque jour, fumer était la toute première chose qu’il faisait. Pas par plaisir; juste parce qu’il en avait besoin. La nocive amie lui arracha une toux rauque qu’il essayât de contenir, en vain. Il était l’esclave du tabac. Il le savait. Souvent, il avait essayé d’arrêter. Mais l’appel de la nicotine avait toujours été le plus fort. Il tira une nouvelle latte et son regard se perdit sur la terrasse. À droite, un palmier nain. À gauche, un pot bleu de grande dimension dans lequel avaient fleuri quelques narcisses et pensées multicolores. Au milieu, un jardin zen fait maison, constitué de sable, de morceaux de bois rongés par l’océan et de quelques galets, souvenirs trouvés sur la plage d’Hossegor, lors des dernières vacances. Calderon essayait de rester concentré sur cet espace confiné, presque religieusement, pour trouver la sérénité, se rattacher à des objets rassurants. Pourtant, au fur et à mesure que sa blonde se consumait, il sentait une boule d’angoisse monter en lui, jusqu’à lui comprimer la poitrine. Comme d’habitude. Irrémédiablement. Le brise-vue posé sur la rambarde ne suffisait pas à lui faire oublier ce qui l’attendait en bas. Paris. Grouillante, stressante, terrifiante. Ogresse. Lorsqu’il avait été muté au 36 en tant que commissaire, il avait cru que cette peur, cette haine de la Capitale se calmerait. Il avait pensé qu’avec le temps, il parviendrait à rejoindre la horde de robots déshumanisés qui en hantait les rues. « On se fait à tout », s’était-il dit. Mais les mois avaient passé et le dégoût était resté. Sournois, perfide, il rongeait Aless, semaine après semaine. Lui-même ne parvenait pas à expliquer cette angoisse et n’osait même plus en parler à ses proches, de peur de passer pour un pleutre. Le ciel était gris, ce matin-là. Plombé. La veille, une alerte pollution avait été déclenchée; ce qui arrivait de plus en plus fréquemment. Le flic écrasa son mégot dans le cendrier en albâtre ramené d’Espagne et rentra pour boire son rituel café. Vite avalé. Puis, il s’orienta vers la salle de bain dont il sortit un quart d’heure plus tard, douché et habillé. Jean slim, chemise blanche, chaussures italiennes vernies, veste trois-quarts en cuir noir. Son uniforme, depuis des années. À pas de loup, il quitta l’appartement. Une fois sur le palier, il ferma les yeux et prit une large inspiration, comme s’il s’apprêtait à plonger en apnée. Et, finalement, c’était exactement ce qu’il allait faire : passer une journée de plus à étouffer dans cette ville tentaculaire. L’ascenseur étant bloqué, il emprunta l’escalier pour rejoindre le parking souterrain de l’immeuble. Sa DS4 de fonction l’attendait. Il s’installa au volant et tourna la clé dans le contacteur. Immédiatement, il inséra un CD de Bashung, dans l’autoradio. Naïvement, il pensait que le défunt poète pouvait l’aider à surmonter ses peurs. Et bizarrement, cela fonctionnait, parfois. Le flic entretenait ainsi une relation particulière avec quelques chanteurs disparus. Il leur parlait, souvent. Comme s’ils étaient toujours là, bien vivants, à l’observer. L’interprète de Gaby allait entamer l’un de ses bijoux, une reprise de Bruxelles de Dick Annegarn, lorsque le disque laser sembla s’enrayer. Calderon appuya sur le bouton eject, souffla sur la galette argentée pour la nettoyer d’une éventuelle poussière et la réinséra dans le lecteur. Sans succès. Tout en roulant, il réitéra l’opération à plusieurs reprises, nerveusement. Son attention étant happée par ce fichu CD, il faillit renverser un cycliste; ce qui le fit renoncer à communier avec le bel Alain, comme il l’appelait. Le commissaire se résigna à mettre la radio, en sourdine. Il entrouvrit sa fenêtre et alluma une nouvelle Marlboro. Il lui arrivait d’en fumer quatre, parfois cinq, sur la route qui le menait vers la Tour Pointue. Par pur réflexe. Par habitude. Le trafic était relativement fluide, à cette heure matinale. Il monta un peu le son. La fréquence qu’il avait sélectionnée était exclusivement musicale. Elle diffusait habituellement du jazz et de la soul en continu, sans pub ni flash info. Pourtant, ce jour-là, un journaliste occupait les ondes. Et, la teneur de ses propos figea le visage d’Alessandro dans une expression de stupeur et d’incrédulité.

Je vous rappelle l’information principale de la journée. Le Président se trouve entre la vie et la mort. Il a été admis en urgence, cette nuit, à la Pitié Salpêtrière. Ce qui n’était qu’une hypothèse lors de notre dernier flash info a été confirmé. Le Président a bien été la cible d’un sniper, alors qu’il sortait de l’Hôtel Matignon, à l’issue d’un rendez-vous avec le Premier ministre, très tôt ce matin…

Calderon changea de station. Il sélectionna la fréquence de France Info. Dans la précipitation, il lâcha sa cigarette allumée sur son tapis de sol. Il l’écrasa nerveusement avec le pied et en alluma une nouvelle. Il augmenta le volume de l’autoradio.

Attentat ou acte isolé d’un déséquilibré? Les hypothèses vont bon train. Projets de Loi, grèves, manifestations. Les dernières semaines avaient été très animées pour le Président. On se souvient de la violence des échanges, lors de son intervention à l’Assemblée nationale. La piste islamiste n’est évidemment pas écartée. Le Président, par l’intermédiaire de son Premier ministre, venait d’ordonner le renforcement des positions françaises en Syrie. La France entière est sous le choc. Les chefs d’État étrangers se sont tous exprimés, pour dénoncer cet acte ignoble.

Anne-Claire, avons-nous des nouvelles sur l’état de santé du Président?

Pas pour le moment. Le dernier communiqué du porte-parole du Gouvernement faisait état d’un pronostic vital engagé. Je répète « pronostic vital engagé ».

Merci, Anne-Claire. Nous reviendrons vers vous, dans quelques minutes…

 

Calderon entra dans la cour du 36 et se gara. En pénétrant dans les locaux de la Tour Pointue, il constata un calme inhabituel. Personne, dans l’escalier. Personne, dans les couloirs. Tous ses collègues avaient adopté la même attitude. Enfermés dans leurs bureaux, seuls ou en groupe, connectés à internet, ils suivaient l’actualité en direct. Le choc n’était pas grand qu’en France. La planète entière était émue. C’était à un symbole du « Monde Libre » que l’on venait de s’attaquer.

 

 

 

***

2
 
Quelques heures plus tôt, sur l’île d’Hoëdic.

 

 

Hoëdic était comme une fleur. Naturelle et délicate. Fragile et vivante. Sauvage et raffinée. Expressive et inspirante. Comme le lys maritime qui poussait sur ses dunes grises, la centaurée qui colorait ses pelouses littorales et les roses trémières qui enchantaient ses jardins. L’île semblait avoir été créée par un poète. Hoëdic était couleurs, Hoëdic était senteurs et aussi douceur. Celle de ses plages de sable blanc qu’on foulait pieds nus, de ses galets polis par l’océan, de son soleil caressant et de ses températures clémentes. Celle aussi d’une vie insulaire joviale et généreuse, qui se partageait autour d’un café à la Trinquette de Jeannette, « Chez Jean-Paul » qui était à la fois restaurateur et libraire, au Café du Nord ou au Café du Repos qui portait si bien son nom. Tout n’était que bonheur et délice. En temps normal. Mais pas ce jour-là.

10 h du matin. Le lieutenant Alec Ferréol venait de poser le pied sur l’île. Dans la tourmente des pales de l’hélicoptère qui redécollait, il remonta le col de son imperméable et se protégea le visage. Une tempête dévastait les îles bretonnes, depuis quarante-huit heures. Les bateaux qui assuraient la traversée depuis Quiberon avec escale à Houat étaient restés à quai. Les touristes étaient tous repartis à temps. Même les liaisons aériennes avaient été interrompues et il avait fallu beaucoup de courage au flic de la brigade criminelle de Vannes, pour monter dans l’Écureuil mis à sa disposition par la gendarmerie. Le vol avait été très mouvementé. Un véritable enfer. Cet homme d’une quarantaine d’années était grand et mince. Son corps, vouté. Jamais, il n’était parvenu à se tenir parfaitement droit, malgré les injonctions de ses parents puis de ses ex-épouses. Ses cheveux, d’un blond vénitien, étaient fins et discrets, sagement rabattus sur le côté et laqués. Si bien que le vent qui soufflait à plus de 150 km/h ne parvenait pas à le décoiffer. Une barbe naissante et diffuse recouvrait la partie basse de son visage émacié d’une pâleur inquiétante. Des cernes bleutés servaient de nid à ses yeux noirs fatigués. Il ne paraissait pas en bonne santé. Alors qu’il se dirigeait vers le Bourg, son pantalon de ville trop large flottait comme une voile, sous l’effet des bourrasques. Percée par la pluie battante, il força le pas pour arriver au café du repos où l’attendaient le Maire et deux policiers municipaux. Le lieutenant poussa la porte de l’établissement. Il fut littéralement projeté vers l’intérieur par les éléments hostiles.

— Lieutenant Ferréol, vous voilà enfin! J’avais peur que la tempête ne vous permette pas de venir!

Jean-Luc Pottel, le maire de Hoëdic, était un homme robuste dont le visage carré semblait avoir été taillé à grands coups de serpe. De taille moyenne, sa large carrure n’avait pas quitté l’île depuis sa naissance, soixante-deux ans plus tôt. Pas une fois, il n’avait foulé le continent de ses pas. Le flic se frotta le visage ruisselant, avant de répondre.

— Je suis là, Monsieur le Maire. Une équipe de la gendarmerie et de pompiers devrait arriver, dans la journée.

— Ils ne seront pas de trop. Installez-vous! Je vous prie de m’excuser de ne pas vous recevoir en mairie. Le toit de l’Hôtel de Ville a été soufflé.

Le lieutenant ôta son imperméable et le posa sur une chaise. Depuis l’étoffe, de l’eau coula sur le sol en grande quantité. Un chien énorme, très grand, le poil frisé et d’un gris sans âge, s’approcha de Ferréol qui fit un pas en arrière. La patronne du bar intervint.

— Ne vous inquiétez pas, il est impressionnant, mais il ne mord pas. C’est un Irish Wolfhound.

Le lieutenant avait déjà entendu parler de ce chien, le lévrier irlandais, jadis utilisé pour la chasse au loup et à l’ours, mais il n’en avait jamais vu. Craignant les canidés, il resta sur ses gardes en tirant sur le dossier de sa chaise pour s’asseoir. Il appuya ses coudes sur la table et se pencha vers le Maire.

— Vous avez du nouveau?

— Non.

L’élu se tourna vers les deux policiers municipaux, avant de poursuivre.

— Jeff et Patrice ont fouillé, une nouvelle fois, tout le sud de l’île…

Jeff était un homme de petite taille, brun, l’œil vif, plutôt svelte. Il avait une allure sportive. Son collègue était son opposé. Rond, dégarni, l’air ahuri, la soixantaine bien pesée.

— … Ils n’ont rien trouvé. Les hommes de l’île organisent des battues en continu, malgré le temps.

— Où sont les parents?

— Chez eux, dans le cas où elle reviendrait. Je reste persuadé qu’il peut s’agir d’une fugue.

— Une fugue? Sur une île? Pour aller où?

— Le père l’a punie parce qu’elle n’avait pas respecté le couvre-feu après une fête. Elle peut avoir fait ça pour se venger ou contester. Ou alors, un accident, avec cette tempête.

— Plus plausible. Elle a pu tomber à l’eau.

— Ça serait dramatique. Par où voulez-vous commencer?

— Les parents. Je dois les interroger. Quelqu’un peut m’accompagner chez eux? En attendant, personne ne quitte l’île.

Pottel acquiesça et se tourna, de nouveau, vers les deux flics.

— Patrice et Jeff, vous accompagnez le Lieutenant?

Les deux autres répondirent positivement, d’un mouvement de tête. Ferréol enfila son imperméable et se releva, en prenant soin de garder sa chaise entre lui et l’Irish Wolfhound qui semblait sentir sa peur. Il sortit son téléphone portable de sa poche et constata qu’il n’avait toujours pas de réseau. La patronne du café qui l’avait vu faire intervint.

— Ça ne capte pas beaucoup sur l’île. Avec Orange, parfois, suivant l’endroit où on se trouve. Vous êtes sur Orange?

— Non, SFR.

— Alors, vous n’avez aucune chance.

Le maire ajouta :

— Même avec Orange ça ne capte pas bien. Alors, avec la tempête! On n’a même plus la télé. Plus rien ne fonctionne. Une chance qu’on vous ait prévenu avant les coupures. C’est pour ça qu’on communique avec des talkies-walkies pour les recherches. Si vous devez joindre le continent, vous pouvez venir ici ou aller à la cabine publique, face à la mairie. Mais il faudra attendre que ça se calme. Là, tout est H.S.

Ferréol remercia le maire. Puis, les trois flics sortirent du bar. Le vent et la pluie n’avaient pas faibli. La maison des parents d’Alyzée était distante de trois cents mètres environ. Dans la rue, le danger était réel. Il fallait éviter de se prendre une tuile ou tout autre objet arraché par la tempête sur la tête. Les poubelles avaient été renversées et leur contenu roulait sur la chaussée. Les trois silhouettes courbées par les bourrasques arrivèrent péniblement face à une jolie maison blanche dont les volets étaient peints en bleu lavande. Jeff frappa à la porte qu’une femme très séduisante ouvrit. La quarantaine, la trentaine d’apparence, brune, le nez retroussé, les yeux clairs, vêtue d’un jean et d’un chandail aux larges mailles, elle invita les policiers à entrer. Elle transpirait le stress et la tristesse. Dans le salon où elle se rendit, un homme était avachi dans le canapé. Cinquante ans à vue d’œil, séduisant, le corps solide et bien entretenu, les tempes grisonnantes et le visage dur de ceux qui décident. Le père. Le lieutenant Ferréol avait appris qu’il était à la tête de plusieurs entreprises sur le continent. Le flic rompit le silence pesant.

— Je suis le Lieutenant Ferréol.

Se redressant, le père répondit; la mère n’en semblait pas capable.

— Le maire nous avait prévenus de votre arrivée. Vous venez de Vannes?

— C’est exact, Monsieur Quelennec.

— Vous venez seul?

— Des gendarmes doivent me rejoindre.

— Avec la tempête, ça m’étonnerait qu’ils arrivent rapidement.

— On m’a promis des renforts dans la journée. Je dois vous poser quelques questions.

Le père désigna les deux policiers municipaux, d’un regard méprisant.

— Ces deux-là nous ont déjà posé un tas de questions. Mais, allez-y; on n’est plus à ça près!

— Quand avez-vous vu Alyzée pour la dernière fois?

— Avant-hier soir, quand elle est allée au lit. Le lendemain, je me suis levé vers 7 h. Ma femme est descendue à 8 h. On a pris le petit-déjeuner. On pensait qu’Alyzée dormait à l’étage. Elle était rentrée tard. À midi, je suis monté pour la réveiller. La chambre était vide.

— Vous ne vous êtes pas inquiétés avant?

— Elle était rentrée à presque minuit. Elle s’était rendue à l’anniversaire d’une copine. Et ça lui arrive souvent de dormir très longtemps.

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