Blood-sex #1
65 pages
Français

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Description

Un conducteur verni, qui ramasse deux auto-stoppeuses peu farouches, et les emmène se baigner un bel après-midi d’été...

Un simple d’esprit dégénéré, mené à la baguette par un frère pervers, laissant derrière lui des cadavres ressemblant plus à des tripes qu’à des êtres humains.

Et derrière cette horreur, l’imagination fertile d’un écrivain maniant aussi bien le rasoir que la plume, mutilant prostituées et jeunes héritiers pour trouver l’inspiration et terminer son dernier livre : Blood Sex.


Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 25 juin 2014
Nombre de lectures 2
EAN13 9791025101629
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0250€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Nécrorian
Blood-sex
French Pulp éditions

Angoisse



© French Pulp éditions, 2016
49 rue du moulin de la pointe
75013 Paris
Tél. : 09 86 09 73 80
Contact : contact@frenchpulpeditions.fr
www.frenchpulpeditions.fr
ISBN : 9791025101629
Dépôt légal : juillet 2014
Couverture : © Véronique Podevin
Le Code de la propriété intellectuelle et artistique interdit toute copie ou reproduction destinée à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait une contrefaçon sanctionnée par les articles L. 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.


1
Il faisait chaud, terriblement chaud. Tout n’était que chaleur. Le soleil, une boule de feu suspendue à la verticale du cañon.
Paul se dressa sur un coude. Il était étendu sur un rocher plat. À cet endroit, la rivière devenait sage, s’étalait dans de petits bassins aux eaux claires entourés de rocs usés par des millénaires de brusques fureurs. De son surplomb, Paul pouvait discerner le fond du bassin. Plusieurs fois déjà, il avait surpris l’éclat argenté d’un poisson. « Un coin à truites », pensa-t-il.
— Viens…
Il sourit, regarda les deux filles nues qui faisaient la planche en agitant les bras pour l’inciter à les rejoindre.
— Viens… Elle est bonne !
Il se leva, les contempla encore quelques secondes puis il dégrafa sa ceinture et baissa son jean. Il plongea dans l’eau cristalline, fut surpris par sa fraîcheur, en suffoqua presque. Il nagea rapidement pour remuer, pour rétablir la circulation sanguine dans ses muscles tétanisés par le brusque changement de température. Alors, il se sentit bien, débarrassé de cette chaleur moite qui lui collait à la peau.
Il se retourna vers les filles qui le regardaient en gloussant. Il ne se souvenait même plus de leurs noms…

Sue et Linda, deux auto-stoppeuses qu’il avait chargées juste après son passage à la station-service. Elles allaient dans la même direction que lui, en admettant qu’elles aient vraiment une direction précise. Deux filles en vacances, sans but, sinon la recherche du soleil car elles venaient d’un État du nord.
— Vous avez de la place ?
Il était seul dans sa Cherokee débarrassée de son hard-top. Difficile de refuser, d’autant que les deux filles n’étaient pas si mal ; deux brunes aux formes avantageuses mises en relief par des tenues vestimentaires certainement choisies pour capter l’attention des chauffeurs : shorts courts qui leur rentraient dans la raie des fesses et débardeurs singulièrement échancrés sous les bras, laissant apprécier les seins bronzés.
Elles jetèrent leurs sacs sur la banquette arrière et s’installèrent toutes les deux à l’avant, à côté de lui. Laquelle était Sue et laquelle était Linda ? Il ne le savait déjà plus et il s’en moquait… Un moment, il se demanda s’il ne devait pas les présenter à Fred. Elles feraient sensation dans son truck-stop , surtout le samedi soir, quand les ploucs des environs venaient s’y shooter à la bière avec l’espoir de se dégoter une petite chatte bien chaude pour y déverser leur semaine de travail.
— Quelle chaleur !
Brusquement, la fille la plus proche de lui ôta son débardeur et respira profondément en se caressant les seins, s’attardant sur les pointes brunes qui se gonflèrent et doublèrent presque de volume, devinrent grumeleuses.
— Quelle chaleur, répéta-t-elle sans cesser de s’agacer toute seule du bout des ongles.
Paul se concentra sur la conduite, méfiant. Peut-être des allumeuses capables d’alerter les flics s’il leur posait seulement la main sur les cuisses. Ce genre de filles existaient. Lui n’en avait jamais rencontré mais il en avait entendu parler, et il se méfiait.
La route surplombait maintenant le cañon au fond duquel coulait la rivière. La fille se redressa, se pencha vers la banquette arrière, fouilla dans son sac et en sortit une bombe de mousse solaire. Elle s’en aspergea les seins, les massa en gémissant. Paul sentit une tension dans son jean ajusté.
— Tu connais pas un endroit pour se baigner ? demanda la fille qui était appuyée à la portière, le visage au vent.
— Faudrait descendre au fond du cañon…
— On y va ?
— On trouvera un chemin dans trois miles.
— Ça nous fera du bien, ajouta celle qui tenait la bombe de mousse solaire.
Paul jeta un œil vers la montre du tableau de bord. Il était en avance. Avec cette chaleur, une baignade ne se refusait pas. Et puis les deux filles devaient avoir une idée derrière la tête, peut-être la même que lui. Ça risquait alors de devenir intéressant.

— Tu nous attrapes ! cria l’une des filles. Il sourit et nagea dans leur direction. Arrivé à quelques mètres, il plongea et avança alors entre deux eaux. Il distingua leurs jambes qui ne cessaient de bouger pour les maintenir en surface. Il s’en approcha à les toucher, effleura leurs cuisses, leurs fesses avant de jaillir.
Les deux filles hurlèrent de fausse peur. Elles l’aspergèrent en frappant la surface de l’eau de leurs mains tendues. Il plongea à nouveau, nagea vers la plus proche, l’agrippa par les épaules mais ses mains glissèrent, trouvèrent les seins, effleurèrent les pointes durcies par l’eau froide. La fille souriait, sans chercher à fuir plus loin. Il roula alors les pointes entre ses doigts. Elle se laissa aller contre lui.
— Laquelle es-tu ? demanda-t-il.
— Linda…
Il sentit la main de la fille entre ses propres jambes. Elle évalua le volume de ses testicules puis ses doigts se refermèrent sur le sexe qui banda instantanément. La fille le regardait toujours calmement en souriant.
— T’as une grosse queue…
Il ne répondit pas, sans cesser de la fixer. Elle commença à le masturber, ses ongles courts griffant le gland chaque fois qu’il émergeait du prépuce.
— J’ai envie de baiser, chuchota-t-elle dans son oreille.
Il prit sa respiration et se laissa glisser, les lèvres collées au corps de la fille, arrivant à son pubis, plongeant la langue dans la toison du sexe. Ses poumons éclataient. Il remonta en surface.
La fille lâcha prise et s’éloigna vers la rive. Il reprit difficilement sa respiration et se lança à sa poursuite. Elle sortit de l’eau en criant… Il la suivit, le sexe encore raide qui se balançait.
La fille trébucha sur une souche, se rétablit de justesse, parvint quand même à reprendre son équilibre mais Paul l’avait rattrapée, lui enserrant la taille, la plaquant sur le sable. Elle résistait. Ils luttèrent en roulant l’un sur l’autre sur le sol puis il parvint à lui saisir les poignets, à la plaquer sur le dos. Elle haletait. Il se pencha et lui mordit le sein.
— Cette fois, je te tiens…
Il se pencha à nouveau, suçota les pointes brunes. Linda cessa de se défendre. Lui aussi chercha à reprendre sa respiration… Il sursauta au contact humide, tiède… Il tourna le visage… L’autre fille les avait rejoints et elle s’était glissée entre eux pour mieux lui lécher les testicules. « Deux bonnes salopes », pensa-t-il.
Ses lèvres trouvèrent celles de Linda qui fit mine de résister avant d’enrouler sa langue autour de la sienne. La bouche de l’autre fille remonta le long de la tige du sexe sans cesser de le mordiller. Elle avança la main, tira doucement sur le prépuce pour le décalotter, dégageant le gland qui parut se gonfler encore plus… Paul avait mal… La fille souffla son haleine brûlante puis elle le couvrit de salive… Il voulait s’arracher à cette caresse presque douloureuse… Elle le devina et l’engloutit dans la tiédeur humide de sa bouche. Sa langue s’enroula autour du gland en même temps que ses joues se creusaient chaque fois qu’elle l’aspirait d’un mouvement régulier.
Paul laissa échapper un gémissement en s’affaissant sur Linda qui le repoussa, se redressa et découvrit son amie occupée entre les jambes de l’homme. Elle sourit quand même.
Cette salope m’a toujours doublée…
Paul sentait qu’il ne pourrait résister encore bien longtemps. La fille aussi le devina car elle abandonna sa caresse, se redressa à temps pour recevoir de longs jets de sperme tiède sur le visage. Elle souriait, les lèvres humides encore reliées au gland par un épais filet de salive. Linda se retourna pour aller rejoindre son amie et lui disputer la semence qui s’écoulait le long de la tige du sexe. Elles la nettoyèrent à grands coups de langues, comme des chattes qui feraient la toilette à leurs petits, puis Linda lécha le visage de son amie… Elles riaient.
Paul se laissa aller sur le dos, les bras en croix, les yeux clos, le souffle encore court. Il sentait son sexe se gonfler à nouveau.
— ET NOUS ?
Ils émergèrent tous les trois du plaisir, retrouvèrent brusquement le décor accablé de soleil, les rochers blancs, la rivière qui s’évasait en bassins. Paul se redressa sur ses avant-bras, clignant des paupières. Les deux filles s’étaient reculées, les lèvres encore luisantes, surprises, inquiètes.
Les deux arrivants se tenaient à une vingtaine de mètres. Ils étaient de taille moyenne, vêtus comme des ploucs, jean et chemise de coton ouverte sur la poitrine, marquée de larges auréoles de sueur sous les bras. Le plus âgé portait des moustaches épaisses et il avait sur le crâne une casquette de base-ball dont l’ombre lui cachait la figure. Il tenait une barre à mine dans sa main droite… L’autre, plus jeune, plus trapu, portait une hache de bûcheron. Il regardait le groupe en souriant.
— Et nous ? répéta le plus âgé.
— C’est vrai ça, les filles, vous avez peut-être encore soif, ajouta le plus jeune en faisant glisser la fermeture Éclair de sa braguette pour en sortir un sexe épais qui prenait déjà du volume.
Dégrisées, les deux filles se redressèrent. Linda, brusquement pudique, posa sa main aux doigts écartés sur son pubis. Elle paraissait mal à l’aise.
— Laissez-nous tranquilles, balbutia-t-elle.
Le plus âgé des deux hommes, celui qui portait moustache, eut un petit rire.
— Pourquoi, la queue du frangin te plaît pas ?
— Laissez-nous tranquilles, répéta-t-elle.
Paul se leva à son tour. Il évalua ses chances. Les deux autres paraissaient costauds mais lui avait l’habitude des bagarres. Seulement il était nu, donc plus vulnérable, et les deux autres portaient ces outils qui pouvaient devenir des armes. Il valait mieux négocier.
— Écoutez, les gars, dit-il. Vous vous êtes rincé l’œil et c’est déjà pas mal. Alors, maintenant, on repart de notre côté et vous du vôtre… plus jeune posa sa hache pour mieux se caresser en regardant les filles.
— Je veux qu’elles me sucent, dit-il soudain en tapant du pied comme un gosse.
— Mon frangin est comme ça, ajouta le moustachu. Il se met parfois de drôles d’idées dans la tête, et quand il veut quelque chose, faut le lui donner sinon il pique sa crise.
Les deux filles ne bougèrent pas. Le plus jeune des deux hommes éclata d’un rire incontrôlé sans cesser de se masturber… Un dingue, un simple d’esprit, le genre de mec qui ne devait vivre que d’instincts. Linda s’avança pour se placer à côté de Paul.
— S’il faut sucer ce dégénéré pour repartir, c’est quand même pas la mort…
— Non, la coupa Paul. De toute manière, après, ils nous laisseront pas repartir.
— Bien sûr qu’on vous laissera partir dès qu’elle aura sucé Willie, dit le moustachu.
— Et toi ?
— Moi, j’en ai rien à glander de leur sac à foutre !
Paul repoussa presque brutalement la fille et fit deux pas en avant, se sentant un peu ridicule avec sa queue qui devait se balancer mollement entre ses jambes.
— Pas question. Nous, on reprend nos frusques, on remonte dans notre tire et on se casse… Si ton frangin veut se branler en zieutant le cul des nanas, personne l’en empêche.
Il fit un pas, puis un autre en direction de la Cherokee. Il avait toujours un Colt de calibre .38 dans son coffre à gants, question de sécurité personnelle depuis qu’il vivait d’arnaques. Il n’avait pas que des amis dans les alentours et il avait appris à se méfier. Fallait qu’il y arrive parce qu’il ne voulait pas que les deux filles se fassent sauter par ces ploucs. Il se fichait bien de leurs culs mais il en faisait une question de principe, une affaire personnelle.
Il avança encore d’un pas.
Le plus jeune des deux frères poussa un cri d’animal en serrant plus fort encore son sexe, éjaculant à gros jets épais, regardant sa semence se perdre dans le sable.
— Tu as vu, Sam ! hurla-t-il. Tu as vu !
Paul comprit que c’était le moment de saisir une chance peut-être unique de retourner la situation. Il fonça vers la Cherokee, s’écorchant la plante des pieds sur les cailloux aigus, insensible à la douleur.
Il plongea presque dans la voiture, ouvrit le coffre à gants, referma ses doigts sur la crosse du .38… Il hurla… Rapide comme un animal sauvage, le moustachu l’avait déjà rejoint, abattant de toutes ses forces sa barre à mine vers son crâne. Dans un sursaut, Paul évita le coup qui porta sur son épaule gauche, fracassant la clavicule. Il sentit les os se briser sous le choc et l’un d’eux perça la peau, faisant gicler le sang.
Malgré la douleur fulgurante, il parvint quand même à éviter le deuxième coup, à se reculer d’un pas, à lever son arme, mais son pouce dérapa sur le chien.
— Ce salaud a un flingue !
La barre à mine le percuta cette fois au menton, arrachant la lèvre inférieure en même temps qu’une partie de la mâchoire, brisant les dents qui éclatèrent comme de la porcelaine. Le coup projeta Paul en arrière, contre la carrosserie de la Cherokee. Les filles hurlaient, paralysées de terreur, ne cherchant même pas à fuir.
Le moustachu ramassa le .38, cracha sur sa victime.
— Salopard… Il nous aurait tiré dessus.
Il se tourna vers son frère.
— Finis-le.
Le simple d’esprit éclata de rire, sauta d’un pied sur l’autre pour manifester sa joie puis il ramassa sa hache et se dirigea vers Paul qui avait glissé à terre, assis sur le sol, le dos appuyé à la carrosserie. Il gémissait en essayant de respirer à travers le magma sanglant de ses blessures à la face. Sa mâchoire fracturée pendait sur sa poitrine souillée de sang et d’éclats d’os.
— Vous, les putes, prenez vos frusques et habillez-vous, ordonna le moustachu en brandissant le Colt .38.
Les deux filles avancèrent lentement vers leurs vêtements en jetant de furtifs coups d’œil vers le blessé.
— Pressez-vous.
Elles enfilèrent leurs shorts.
Linda se retourna, attirée par les ricanements mal contrôlés du simple d’esprit. Celui-ci se tenait devant Paul, sa hache levée au-dessus de sa tête, grotesque avec son sexe flasque qui pendait encore de sa braguette ouverte. Dans un sursaut, Paul leva sa main droite pour se protéger, rencontrant par ce geste la lame qui fit éclater son bras. Le choc sourd fut couvert par le hurlement. Le simple d’esprit s’acharna, excité par les cris de douleur qui le faisaient bander à nouveau. Il détacha le bras à grands coups, soufflant comme un bûcheron devant un chêne. Le sang jaillit plus fort quand la lame glissa sur l’omoplate et entama la carotide, éclaboussant le tueur.
Linda ne pouvait faire un seul mouvement, fascinée, tremblante, les jambes soudainement molles. Elle hoqueta, se pencha, vomit sans pouvoir détacher son regard de la forme humaine qui ne voulait pas mourir et que le simple d’esprit s’acharnait à plaquer sur le sol à grands coups de hache. Il atteignit enfin le crâne qui éclata comme un fruit mûr, une pastèque, en répandant sur le sol une matière grisâtre, sale.
— Vous êtes pas prêtes à lui refaire des pipes à votre copain, constata le moustachu en ricanant.
Il leva brusquement la main gauche pour demander le silence, attentif, croyant avoir entendu un bruit de moteur… Une autre voiture.
— Willie, faut se tirer.
Il se tourna vers les deux filles paralysées de terreur, à demi vêtues, tremblantes, qui n’arrivaient même plus à crier.
— On se tire…
Le simple d’esprit regarda sa hache comme si c’était la première fois qu’il la voyait, puis ce qui avait été un homme, une carcasse dépecée à grands coups. On ne distinguait plus rien, seulement un mollet et un pied encore intacts. Le reste n’était plus que de la chair arrachée, de la viande et des débris d’ossements qui baignaient dans du sable rendu spongieux à force de boire du sang. Un coup, frappé au hasard, avait accroché l’abdomen, déchirant la peau, libérant les viscères qui s’étaient répandus en exhalant une odeur forte d’excréments.
— Elle pue, la charogne de ce salopard, commenta le moustachu en montrant aux deux filles le sentier qui grimpait à flanc de cañon, se perdant un peu plus loin dans les rochers et les massifs d’épineux. Avancez.
— Où nous menez-vous ? parvint à balbutier Linda.
— Tu verras… Si vous criez encore, je vous tue.
Il se rua sur elle, lui plaqua le canon du .38 sur la joue, l’enfonça presque dans la chair.
— Tu vas obéir bien sagement sinon je te fais sauter la tête, comme lui !
Il retira l’arme d’un geste brusque, lui blessant le visage avec la mire qui déchira la peau de sa joue. Linda porta la main à sa blessure, regarda ses doigts maculés.
— Alors, vous y allez ?
Les deux filles avancèrent sur le sentier… Plus bas, sur la grève, le simple d’esprit lavait sa hache dans l’eau claire.
— Arrive, cria le frère aîné.
— Le sang… Le sang !
Il entra dans l’eau sans même se déshabiller, donnant de grandes tapes sur la surface, riant comme un gosse.
— Arrive, fils de pute… On va se faire piéger si on reste ici.
Le simple d’esprit resta immobile, fixant son frère d’un air étonné… Il répéta : « Fils de pute » plusieurs fois avant de sortir de l’eau et de prendre lui aussi le chemin qui grimpait dans les rochers.
Il renifla pour cacher ses larmes. Il n’était pas un fils de pute. Pour ça, non… Il pensa que son frère ne devait pas l’appeler de cette manière. Ça lui donnait chaque fois envie de pleurer. Et puis, il recommençait à avoir mal dans sa tête… Sans cesser de marcher, il posa délicatement ses doigts sur sa croûte, pour essayer de chasser le mal, comme le faisait parfois sa mère quand elle était encore vivante.
2
Stephen Murderren ôta le feuillet de la machine. Il relut attentivement les dernières phrases en hochant la tête puis il se retourna et découvrit le regard de Vanessa.
La jeune femme était assise sur le bord du divan. Vêtue d’une robe de mousseline transparente portée à même la peau, elle se trouvait encore plus nue qu’à l’ordinaire. Rien, sinon ce cache-sexe de satin noir qui retraçait en les accentuant les limites de sa toison pubienne.
Elle tendit la main et l’écrivain lui tendit le dernier feuillet. Sa main tremblait un peu. Elle se passa plusieurs fois la langue sur les lèvres pour les humecter de salive avant de lire.
— J’aime, conclut-elle d’une voix un peu rauque. C’est vraiment très bandant…
— Ça t’excite ? demanda Stephen en se levant pour s’approcher de la jeune femme.
Elle posa le feuillet sur le dessus de la pile qui se trouvait sur la table basse puis elle leva le regard.
— Très bandant.
Il y eut une lueur dans son regard.
— Maintenant, que va-t-il arriver à ces deux filles ?
— Tu aimerais le savoir ?
— Et toi, le sais-tu ?
Elle avança la main, dessina du bout de l’ongle la forme du sexe qui tendait le pantalon.
— Lui aussi aimerait certainement connaître la suite, chuchota-t-elle sans cesser de l’énerver.
L’écrivain se recula.
— Va te préparer, ordonna-t-il. Nous allons sortir.
— Ce soir…
Le regard de la jeune femme se voila. Elle parut brusquement dégrisée.
— Nous sommes déjà sortis avant-hier.
— J’ai envie de dîner dehors…
Il lui sourit, tourna les talons et sortit de la pièce. La jeune femme prit une cigarette dans le coffret de bois qui se trouvait sur la table basse à côté du manuscrit. Elle l’alluma, tira de longues bouffées de tabac blond avant de reprendre les derniers feuillets qu’elle reclassa et relut attentivement.
Elle écrasa la cigarette dans le cendrier, regarda encore le manuscrit avant de se lever pour aller prendre un crayon feutre sur la table de travail de l’écrivain. Elle revint alors s’asseoir et prit le manuscrit sur ses genoux pour numéroter les pages du chapitre que Stephen avait terminé aujourd’hui. 396… 397… 398… 399… 400. Elle écrivit ensuite : « Fin de la IV partie. » Elle égalisa les pages en les taquant sur la table, pour en faire un bloc bien compact qu’elle serra dans une chemise à sangle sur laquelle elle écrivit avec un marqueur plus épais :
BLOOD-SEX
suivi de « IV ».

Le maître d’hôtel servit le champagne. Il n’en restait qu’une demi flûte par convive.
— je vous en fais porter une autre bouteille, monsieur Murderren ?
— Ça suffira pour ce soir.
Ils terminaient de dîner au Royal Century, un restaurant de luxe situé au sommet de l’une des tours les plus récentes de la ville. La clientèle était soigneusement triée par un service de réservation qui possédait le fichier des deux ou trois mille clients potentiels de l’établissement. On ne retient pas des tables à trois cents dollars par tête sans prendre certaines garanties.
Le maître d’hôtel s’éloigna.
— Veux-tu du café ? demanda Stephen à la jeune femme.
— Je préfère rester sur le champagne.
— Moi aussi.
L’écrivain sortit son étui à cigarettes, un objet en or massif marqué à ses initiales.
— Tu veux fumer ?
Vanessa prit une cigarette, attendit que l’écrivain lui tende du feu. Elle jeta un coup d’œil sur la salle. Ils occupaient une situation privilégiée. Leur table se trouvait sur une petite loggia, en aplomb de la salle, près de la baie vitrée qui donnait sur les lumières de la ville.
— Des connaissances ? demanda Stephen.
— Seulement un couple que nous avons rencontré à ce vernissage. Tu te souviens, chez Tieffen’s.
— Nous avons rencontré tellement de gens chez Tieffen’s.
— Ceux-là étaient insignifiants… Des nouveaux riches qui jouent aux intellectuels dans le coup.
L’écrivain sourit. Il regarda la ville puis son regard revint se poser sur la jeune femme. Vanessa avait passé une robe courte, très décolletée, et elle ne portait qu’un unique bijou, un rubis de cinquante carats dont la couleur sombre s’avivait sur sa peau mate. Elle s’était très peu maquillée, une touche de fond de teint et surtout les yeux, tellement clairs.
— Aujourd’hui, nous avons terminé la quatrième partie, dit-elle.
L’écrivain sourit.
— Nous avançons comme des explorateurs, chaque jour un peu plus loin…
— Bientôt, nous aurons terminé.
— Sans doute, Vanessa, sans doute…
Le visage de l’écrivain fut assombri par un pli douloureux.
— Mais je me sens encore si loin du but…
Il avança la main, la posa sur celle de la jeune femme.
— Ce soir, Vanessa, nous devons y aller.
— Déjà avant-hier…
— Mais nous n’avons pas trouvé l’inspiration. Cette fille était trop sotte. Aujourd’hui, après avoir terminé la quatrième partie, nous sommes forcés de retrouver l’inspiration.
Il la fixa.
— Si tu sentais comme je bande.

La Mercedes 380 SEL s’arrêta au coin de la 47 Rue. Stephen avait toujours aimé les voitures européennes et il en possédait cinq de marques différentes, sacrifiant quand même au nationalisme avec une Lincoln Continental déjà vieille d’une dizaine d’années.
— Viens, nous allons prendre un taxi.
Il était nerveux depuis qu’ils avaient quitté le restaurant de luxe situé au sommet de la tour. Durant le trajet, il n’avait cessé de fumer, allumant chaque cigarette au mégot de la précédente.
— Tu es prête ? demanda-t-il à la jeune femme.
Elle se redressa. Pendant le trajet, elle s’était installée à l’arrière du véhiculé pour se changer. Elle était maintenant vêtue d’un jean et d’un sweater jaune paille. Elle avait gardé le rubis. De toute manière, personne n’aurait pu seulement imaginer qu’il était vrai.
— Tu es prête ? répéta-t-il, la voix presque cassée par l’impatience.
— Je suis prête.
Ils quittèrent la Mercedes et se dirigèrent vers le premier taxi de la file, une vieille Oldsmobile conduite par un Noir. Ce dernier eut un sourire entendu quand l’écrivain lui donna l’adresse, une rue du vieux quartier, celui qu’on appelait maintenant Sex-Town. Des bourgeois qui allaient à la recherche de sensations.
Il démarra lentement, car il savait par expérience que le pourboire croît avec le temps de présence du client dans la voiture. Il jeta un œil au rétro, remarqua que la femme s’était blottie contre son compagnon. Elle fumait rêveusement en regardant la rue par la vitre de custode. Son autre main restait invisible mais il devinait le mouvement de l’épaule : elle devait être en train de le branler.
Il eut un geste de la tête.
Vanessa évalua l’érection, sans se presser, du bout de l’ongle. Quand ils sortaient, Stephen ne portait jamais de sous-vêtements et elle sentait chaque vibration de la verge à travers le léger alpaga du vêtement.
— Ce soir, je pourrai, haleta-t-il.
— Ce soir, tu feras comprendre à l’une de ces salopes que tu es le meilleur baiseur de la ville, lui chuchota-t-elle dans l’oreille.
— Tu sens comme elle est grosse ?
— Je sens…
Le chauffeur maudit le bruit du moteur de la vieille Oldsmobile qui l’empêchait de suivre la conversation. Cette salope devait branler son homme tout en lui susurrant des cochonneries à l’oreille. Malgré lui, il passa machinalement sa main droite sur son sexe.
— Tu resteras avec moi ? demanda Stephen à la jeune femme.
— Tu dois le faire seul… Tu sais que tu dois le faire seul si tu veux vraiment retrouver ton inspiration.
— Mais tu m’aideras ?
— Bien sûr… Je suis toujours là pour t’aider.
Le taxi s’arrêta en face d’une impasse rendue encore plus sombre par les lumières de l’avenue, suite ininterrompue de sex-shops, de cinémas pornos, de bars et de boîtes à putes.
Le chauffeur se pencha sur le taximètre. Sans attendre, Stephen tendit un billet de dix dollars et ouvrit la portière.
— Votre monnaie…
— Garde, dit la jeune femme. T’iras te faire sucer…
Elle éclata de rire et quitta la voiture. Stephen était déjà à l’entrée de l’impasse, à discuter avec deux filles, vêtues de shorts courts et de bustiers largement échancrés. Une Noire et une rouquine à la peau presque trop blanche parsemée de taches de son.
Vanessa se joignit au groupe.
— Qui tu es, toi ? demanda la putain noire.
— Elle est avec moi, déclara l’écrivain.
— Je vois… Tu viens baiser avec ta bourgeoise pour qu’elle ait des sensations.
— C’est toi qu’on veut, lui répondit la jeune femme d’un ton égal. Quel est ton nom ?
— Blondie.
Elle éclata de rire tandis que l’autre prostituée haussait les épaules et s’éloignait en quête d’un autre client.
— Alors, vous venez tous les deux ? demanda la Noire.
Stephen eut un signe de tête positif en tendant un billet de cent dollars.
— Ça suffira ?
— Pour une somme pareille, je vous suce tous les deux jusqu’à demain matin.
— Ce que je veux, c’est te mettre, uniquement te mettre, bredouilla l’écrivain.
La Noire le regarda avec un sourire vague sur les lèvres. Un gars à problèmes avec sa bonne femme compréhensive qui l’emmenait aux putes… Et puis, cent dollars II…
C’était une vieille maison au fond de l’impasse. Une maison presque abandonnée. La chambre était minable. Un lit de fer, quelques meubles de bois blanc peints à la va-vite et sans doute un cabinet de toilette, peut-être une douche, de l’autre côté de la cloison de bois qui montait à deux mètres de haut.
La Noire se déshabilla. Short et bustier sur un fauteuil. Elle avait un corps un peu enveloppé de femme approchant la quarantaine. Des seins encore solides, avec d’énormes pointes brunes aussi grosses que des dés de couturière. Elle suçota ses doigts avant de les caresser… Stephen ne pouvait détacher son regard du bas-ventre, de la toison épaisse, fournie, qui débordait en boucles sur l’intérieur des cuisses et remontait jusqu’au nombril.
— T’aimes les chattes bien poilues ? demanda la putain.
L’écrivain se tenait debout, encore sur le seuil de la pièce. Vanessa s’approcha de lui, s’agenouilla, leva le visage vers la bosse qui déformait le pantalon.
— Libère-moi, dit-il.
La jeune femme fit descendre la fermeture Éclair puis tira le pantalon vers le bas, libérant le sexe qui alla frapper le bas-ventre. Elle le flatta du bout des doigts.
— Il est gros…
Elle avança la main, soupesa les testicules en les agaçant de ses ongles.
— Elles sont bien gonflées.
La putain les regardait, vaguement excitée par le manège du couple. Stephen enjamba le pantalon tombé sur ses chevilles et s’avança vers la Noire.
— Allonge-toi, salope.
— T’enlèves même pas ta veste et ta chemise ?
— Allonge-toi…
La putain s’assit sur le bord du lit et se laissa aller en arrière, les cuisses écartées, le sexe offert. Elle entendit le bruit feutré de la porte qui se refermait. La jeune femme avait quitté la pièce. Sans doute une limite à ce qu’elle pouvait supporter…
La putain sentit le sexe gonflé de l’homme sur son ventre. Elle avança la main pour l’aider mais il se recula vivement.
— Me touche pas.
L’écrivain se redressa brusquement. La Noire découvrit alors son sexe qui pendait dans l’entrebâillement de sa chemise, flasque, ridicule, sorte de gros ver blanc inanimé.
— C’est ta faute ! hurla-t-il.
La putain eut un sourire salace.
— Laisse-moi faire, mon chou, je vais te la redresser.

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