Cross
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Description

Éric Milan, ex-policier devenu détective privé, boucle péniblement ses fins de mois quand un client lui propose une mission singulière : participer au « Grand Cross » – une course de l'extrême – pour identifier un coureur chevronné et le tuer. Milan n'a rien d'un tueur à gages ni d'un athlète de haut niveau, mais la contrepartie financière est alléchante.


Neuf mois plus tard.
Le détective s'élance, incognito, parmi les nombreux participants. Malgré l’effort intense, il parvient à garder la cadence.
Sa mission va prendre une nouvelle tournure lorsqu'un coureur est retrouvé mort sur le bord de la route. Étrange coïncidence : la victime semble être l'homme qu'il recherchait.
La compétition se poursuit, mais quand un second athlète est découvert dans un ravin, le crâne défoncé, Milan veut mettre fin au contrat. La menace est palpable.
Pourtant son client insiste : il doit continuer...



Franchira-t-il la ligne ?

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EAN13 9791093363509
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Marc S. MASSE
CROSS
Polar
PROLOGUE
On ne pouvait rien reprocher à l’arbre, un platane âgé. Il resta à sa place, la même depuis plus de cinquante ans. C’était la faute des deux voitures qui se déplaçaient, l’une à la vitesse autorisée, l’autre au-dessus, très nettement.
Le camion cheminait à son rythme, tractant avec peine une remorque lestée de troncs d’arbres, un fanion rouge fixé à leur extrémité. Le tout faisait bien quinze mètres de long. Mais c’était dimanche, il n’aurait pas dû rouler ce jour-là.
Le chauffeur, un Polonais, voulait gagner du temps sur son horaire, le métier est dur et mal payé, on peut le comprendre.
Au volant de l’un des véhicules se trouvait un jeune homme prudent, il venait d’avoir son permis au premier essai, de quoi lui valoir une récompense ; la voiture qu’il conduisait, en l’occurrence, un coupé BMW noir, rutilant, filets chromés, jantes alu, pneus flancs blancs, offerts par son père. Un gosse de riches en somme. Il avait sous le capot de quoi monter le compteur à 280 km/h, le double de la vitesse de la seconde voiture, une berline Mercedes Classe S, noire elle aussi, dont on ne voyait du conducteur qu’une silhouette et la tête, chauve ou rasée. Mais 140 km/h, c’était bien trop rapide pour une départementale au tracé sinueux, où la visibilité n’excédait pas deux cents mètres, qui plus est, limitée à 70 sur ce tronçon.
Le conducteur de la Mercedes était pressé. On ignore s’il avait un rendez-vous, ou si c’était sa nature.
En arrivant derrière le camion, il déboîta sans hésiter, ni se préoccuper du clignotant, jugé optionnel sans doute, et de la longueur de la remorque. Il se trouvait à hauteur de la cabine du poids lourd, lorsque la BMW surgit face à lui au sortir du tournant. Ralentir aurait pu limiter les dégâts, ou la vitesse de la collision tout au moins. Mais l’homme pressé ne choisit pas cette option ni celle de traverser la route pour tenter d’éviter le choc quitte à rebondir sur le talus de l’autre côté et de froisser sa carrosserie. Il n’infléchit pas sa course, ne ralentit pas sa vitesse : manque de réflexe ou entêtement, on ne le saura jamais.
Le jeune homme, dans le coupé, réagit tout autrement. Il manquait d’expérience et se trouver face à une autre voiture ne fait pas partie des situations étudiées lors de l’examen du permis de conduire. Lui, possédait des réflexes, mais il n’eut pas le bon. Il freina fort en donnant un coup de volant brusque ; trop brusque.
La BMW partit en dérapage, quitta la chaussée et heurta de plein fouet l’arbre qui se trouvait là et n’y était pour rien.
Le camionneur, témoin de l’accident, s’arrêta en faisant grincer ses disques, le système de freinage émit un cri pneumatique. Il descendit de sa cabine et se porta au secours du coupé, enroulé autour du tronc de l’arbre.
Le chauffeur de la Mercedes ne fit pas mine de ralentir, encore moins de stopper. Il poursuivit sa route et disparut dans la courbe, se rendant coupable d’un délit de fuite. Peut-être se dit-il qu’on ne pouvait plus rien pour le conducteur de la BMW. Mais de son siège, sans même se retourner, et à cette allure, on peut en douter.
Il avait raison, pourtant.
Le choc, en dépit de la ceinture, avait tué le gosse de riches sur le coup.
PARTIE 1
CHAPITRE 1
Dès le départ, le Turc a pris la tête. L’envolée multicolore des concurrents, s’égayant sur fond de gazon vert, méritait d’être immortalisée sur une toile.
Malgré l’heure matinale, les spectateurs se pressent en nombre pour assister à la course. Ils ne ménagent pas leurs encouragements aux coureurs, brandissent leurs Smartphones et les flashes crépitent. Les plus hardis se glissent sous les barrières pour prendre des selfies .
On reconnaît les fans de ce genre de compétitions à leurs tenues ; elles sont constellées de stickers multicolores comme celles des participants. Ils lèvent des pancartes, et hurlent le nom de leur favori, amateurs de sensations fortes, dignes descendants du public des arènes antiques, fascinés par ces gladiateurs des temps modernes, volontaires pour mettre leur santé en péril dans un exercice surhumain.
Les chaînes de télévision ont installé des caméras aux endroits stratégiques du parcours pour retransmettre l’épreuve en direct.
Je cours, mêlé à la masse des concurrents, balançant les bras comme un métronome.
Mes pieds, chaussés de Nike, taille 43, sur coussin d’air – un modèle abandonné depuis quelques années dont on ne distingue plus l’emblème – disparaissent dans la poussière soulevée par des centaines d’autres pieds. Au milieu de 2 500 sportifs, je passe inaperçu, ça me convient très bien.
Des nuées roses déroulent leur fine écharpe dans le ciel de l’aube, formant une banderole au-dessus des participants. La température se montre clémente, le soleil encore discret vient tout juste de se lever, les conditions sont réunies pour assurer le succès de l’évènement.
Les organisateurs ont prévu huit étapes. La distance journalière à couvrir va de 30 à 70 kilomètres avec une grande variété de passages accidentés : gués, cols, rocailles, déserts… que nous allons traverser par tous les temps : canicule, neige, gel… de jour comme de nuit, et pour terminer en apothéose et maintenir le « suspense » jusqu’au bout, un double marathon nous attend le dernier jour. Bref, rien que du classique pour des coureurs de l’extrême, sauf que c’est plus dur que tout ce qui se fait dans le genre. Je vais en baver.
La souffrance des coureurs avec en gros plan les larmes et la sueur, les rictus et les grimaces et même le bruit des respirations, les performances aussi, les drames, les abandons. C’est une distraction de haute qualité télévisuelle qui rive le spectateur à sa lucarne et transporte le public présent d’admiration.
Il s’avance, frappe dans ses mains et nous crie :
— Allez, allez !
Je fais partie du show , comme simple figurant, ignoré dans la masse. Parti prudemment, je me trouve dans le gros du peloton.
Ma tenue d’un gris anonyme se noie parmi les bleus clairs, les verts vifs, les jaunes d’or et les rouges flamboyants, ornés de multiples inscriptions dont sont parés les autres concurrents, je ne veux pas attirer l’attention. Je me suis préparé à fond physiquement, délaissant la technique. J’espère ne pas avoir à me mêler trop longtemps à ces gens.
Autour de moi, on arbore des lunettes à la forme aérodynamique, on porte au poignet des montres-chronomètres géantes, on a fixé des testeurs cardiaques sur la poitrine, des bandeaux pour absorber la sueur autour de la tête et des lampes sur le front, certains ont des brassards fluorescents et des poches gonflées de provisions tout autour du corps.
Je me suis doté d’une simple casquette de toile pour me protéger du soleil et des intempéries et de deux bidons d’eau accrochés à la taille. En principe, je n’en ai que pour quelques heures.
La plupart des concurrents ont fière allure, en forme et décidés, des silhouettes athlétiques avec des épaules larges, des cuisses et des mollets musclés. Leur menton carré se tend vers l’avant, leurs yeux fixent déjà la lointaine ligne d’arrivée. On n’atteint pas la parité, mais il ne manque pas de femmes prêtes à affronter pareille épreuve.
Je figure parmi les concurrents au départ. Certes, ma présence tient du miracle, les organisateurs n’ayant pas trouvé dans le règlement de motif pour refuser mon inscription. On peut comprendre leur réticence : je suis inconnu, sans performances récentes, aucune marque ne me sponsorise, aucune fédération, aucun club ne m’a engagé, je n’ai pas de supporters.
Peu importe, je ne suis pas là pour gagner et d’ailleurs, je n’en ai pas les moyens.
CHAPITRE 2
On ne peut pas dire que je croulais sous le boulot lorsqu’il est venu me trouver. Après quinze années dans la police, j’avais préféré démissionner à la suite d’une sale histoire. Flic, je ne savais pas faire autre chose, je me suis donc inscrit comme détective privé. On n’exige pas de diplômes.
Depuis un an, je parviens à survivre. Ça nourrit tout juste son homme et les affaires que je traite n’ont rien de folichon : des filatures de conjoints soupçonnés d’infidélité, retrouver des personnes disparues lorsque la police a abandonné les recherches. Ou bien identifier un parent lointain dont on a l’héritage en ligne de mire…
Vous voyez le genre ?
Un nouveau client, c’était l’évènement du mois !
Il a téléphoné pour prendre rendez-vous, sans préciser l’objet de sa visite. En prévision de sa venue, j’ai fait le ménage. J’ai passé moi-même l’aspirateur pour ôter la poussière accumulée et éliminer les miettes de sandwiches qui composent le plus souvent mes déjeuners. Puis j’ai jeté les vieux journaux posés sur les sièges et placé les revues en piles nettes sur mon unique rayonnage. Ensuite, j’ai disposé sur la table quelques anciens dossiers, pour faire sérieux. J’ai remplacé l’ampoule de la lampe de bureau hors d’usage depuis une quinzaine et allumé le PC, un modèle ancien, mais à moins de regarder de près et de s’y connaître, ces appareils se ressemblent tous. Pour parachever la mise en scène, j’ai troqué mon pull contre une chemise dont j’ai remonté les manches et serré mon cou d’une cravate. Une veste placée sur le dossier de mon siège complétait l’image du parfait privé «  surbooké  ».
Il est arrivé à l’heure, en milieu de matinée. Je n’ai pas eu besoin de consulter ma montre, j’ai une pendule dans la tête. Le temps qui passe est toujours en phase avec mon horloge intérieure et je connais, sans avoir à les regarder, la position des aiguilles. Ce don m’épargne en moyenne dix secondes par jour à interroger un cadran. J’aurais préféré posséder un autre talent qui révèle à l’avance l’orientation de la Bourse ou les numéros gagnants du Loto. Il n’en est rien. La ponctualité ne me pose pas de problème, mais je suis fauché.
À 10 h 32, le visiteur a appuyé sur le bouton électrique de ma porte. J’ai pris mon temps pour lui ouvrir, regrettant de ne pas avoir de secrétaire pour faire plus chic.
Nous nous sommes salués et je lui ai indiqué le fauteuil que j’avais disposé face à moi pour l’occasion, du cuir véritable, un peu patiné, mais encore présentable. Rien qu’à sa tenue, j’ai tout de suite compris qu’il s’agissait d’un client sérieux. Son costume à la coupe impeccable provenait d’un tailleur spécialiste du sur-mesure, pas d’un magasin de prêt-à-porter et encore moins d’un dépôt-vente comme le mien, c’est certain. Une chemise pastel, une cravate club, des chaussures vernis et à son poignet une montre, une Rolex bien sûr, complétaient sa mise. Grand, brun, peigné avec soin, le visage aux traits réguliers, rasé de près, il aurait pu servir de modèle pour une couverture de magazine de mode, sans ses épaules trop larges, son menton trop carré, ses lèvres trop minces et son âge un peu trop avancé.
Il paraissait la quarantaine et son regard assuré, ses gestes précis, son port de tête, son aisance, montraient qu’il avait réussi dans la vie. Pas besoin d’être un fin psychologue pour deviner que j’avais affaire à du gros gibier. Pour un peu, je me serais frotté les mains.
— Vous êtes Éric Milan ?
— Lui-même. Que puis-je faire pour vous, monsieur… ?
— Appelez-moi Martin ça ira très bien.
Pourquoi ce mystère ? Je supposais qu’il allait me le dire. Il a pris son temps pour se carrer dans le fauteuil, incliner le buste en arrière et croiser les jambes en prenant soin de ne pas froisser le pli de son pantalon. Il avait l’habitude qu’on l’écoute.
— C’est assez particulier, monsieur Milan.
— J’ai l’habitude de traiter des cas particuliers. En vérité, je ne fais que du sur-mesure. Pour les affaires simples, on s’adresse à sa compagnie d’assurances, à son avocat, son notaire, voire à la police… pas à moi.
Ma réponse a semblé le mettre à l’aise.
— Avez-vous des enfants, monsieur Milan ?
La question m’a pris par surprise, je ne voyais pas le rapport.
— Non. Je suis séparé et nous n’avons pas eu d’enfant.
En plus de briser ma carrière professionnelle, la sale histoire avait aussi réduit mon mariage à néant. Ma femme n’avait pas résisté à la pression et je ne pouvais pas lui en vouloir. Elle avait pris ses distances, nous restions en bons termes, mais je m’attendais à ce qu’elle m’annonce un jour ou l’autre qu’elle avait trouvé un autre compagnon lui apportant la sécurité financière et une existence plus régulière et plus paisible.
— Vous n’avez pas d’enfant, mais vous pouvez comprendre ce qu’on ressent lorsqu’on en perd un.
— Oui, j’imagine sans peine, ce doit être terrible.
— En effet. Tout s’écroule, monsieur Milan.
Il s’est tu. J’ai cru déceler des larmes dans ses yeux et j’ai respecté son silence. Je ne voyais toujours pas où il voulait en venir. Ce moment a été bref. Il a bientôt quitté son air d’enterrement pour une attitude et un ton 100 % business . Les larmes ont disparu, remplacées par une lueur métallique.
— Bien. Alors je vais vous expliquer ce que j’attends de vous, après vous me direz si la mission entre dans vos compétences.
J’ai hoché la tête et pris l’air concentré pour montrer la qualité de mon écoute et l’inciter à commencer. Peu importait ce qu’il allait dire, je savais déjà que je répondrais par l’affirmative, quel que soit son problème, quelles que soient les difficultés, parce que la fin du mois s’annonçait difficile et que j’avais trop besoin de travail. Enfin, c’est ce que j’imaginais.
Il m’a alors raconté l’accident.
— Je comprends, ça a dû être terrible !
— Nous subissons encore les effets de ce drame. Ma femme reste des heures, prostrée, et ne semble pas entendre ce que je lui dis, de toute façon nous ne nous parlons plus guère. Nous échangeons encore quelques banalités, mais je sens que le moindre effort l’épuise. Toute énergie semble l’avoir quittée. Elle n’a plus de projet, l’avenir est pour elle une ligne tronquée, interrompue le jour où notre fils a été tué. Elle se contente de regarder passer les heures. Elle qui avait beaucoup d’amies ne quitte pas la maison, ne voit plus personne. Lorsqu’elle sort de sa torpeur, c’est pour s’absorber dans des tâches ménagères comme si elles requéraient de mobiliser toutes ses facultés, alors que nous avons du personnel pour nous en occuper. Moi, je ne devais guère valoir beaucoup mieux. Je ne réagissais pas aux marques d’amitié, de pitié ou de compassion que les gens me témoignaient. Je ne les entendais pas, j’étais ailleurs, dans une forteresse insonorisée où rien ne pouvait plus m’atteindre, et j’y suis resté un bon moment.
— Je comprends.
— C’est le travail qui m’a sauvé. Je ne pouvais pas tirer un trait sur mes obligations professionnelles, abandonner mon entreprise, mon personnel. Il y avait le quotidien à gérer, des décisions à prendre, j’ai dû réagir. Depuis, je fonctionne comme d’habitude, en apparence.
— Oui.
Il a posé un doigt sur sa poitrine.
— Mais c’est là et dans ma tête. J’y songe le jour et la nuit. Et j’ai acquis une conviction, monsieur Milan, je ne serai en paix que lorsque j’aurai retrouvé celui qui est responsable de la mort de mon fils.
— On ne l’a pas retrouvé ?
— Non. Le chauffeur du camion, un Polonais, n’a pas relevé l’immatriculation de l’autre véhicule. Tout ce qu’il a pu dire c’est que c’était une grosse Mercedes qui roulait à vive allure, bien au-dessus de la vitesse autorisée. Il a distingué le conducteur, grand, la tête rasée, mais pas les traits, bien sûr. Il croit cependant avoir aperçu une balafre sur la joue, sans pouvoir être affirmatif.
Voilà les seuls indices dont disposait la police, et ça n’a pas dû l’encourager à faire de longues recherches. Je comprends, elle a d’autres chats à fouetter, d’autres priorités. Ce chauffard, ce meurtrier va rester impuni si on ne fait rien. On dit qu’il est difficile de faire le deuil d’un être cher, c’est tout à fait exact, je peux en témoigner. Et pour moi, il ne sera terminé que lorsque ce type aura payé. Je veux le retrouver et je compte sur vous pour m’aider dans cette tâche.
J’ai dû blêmir, car l’espérance venait de me quitter. Je tenais à son affaire, mais l’honnêteté m’obligeait à lui dire la vérité. Je comprenais le chagrin de cet homme et son désir de vengeance, mais retrouver l’auteur d’un délit de fuite après plusieurs mois, sans plus d’indice, alors que la police avait abandonné, tenait de la gageure.
— Je traite des dossiers très divers, je ne rechigne pas à la tâche et il m’arrive de prendre des risques, mais votre affaire me paraît bien mal engagée. Si les services de police, malgré leurs moyens d’investigation, ont abandonné, c’est qu’il y a une raison. Je suis bien placé pour le savoir. Malgré toute ma bonne volonté, je ne ferai pas mieux qu’eux.
— Je comprends votre réaction, mais je ne vous ai pas encore tout dit. Oui, la police a laissé tomber. En effet, les indices semblaient très minces et elle avait des tâches plus urgentes. Mais, je ne suis pas resté inactif, ce n’est pas dans ma nature, j’ai cherché de mon côté.
— Alors ?
— J’ai trouvé des éléments intéressants, j’en ai fait part à la police, mais elle ne m’a pas suivi. C’est bien dommage, parce que je suis convaincu qu’ils ouvrent une piste qui mérite d’être explorée.
— Quelle piste ?
— L’accident s’est produit un dimanche, en rase campagne, dans un coin perdu. Il n’y a pas d’agglomérations importantes à moins de 100 kilomètres. Il était 8 h 00 du matin, trop tôt pour aller déjeuner chez des amis ou en famille, ou encore pour se rendre à la messe. Il était pressé et conduisait trop vite pour quelqu’un qui habite la région. Va-t-on acheter le pain à cette allure ?
— Où se rendait ce type ?
— Je me suis posé la question. Oui, je vous vois hocher la tête, il existe beaucoup d’autres hypothèses pensez-vous. Il pouvait aller n’importe où, à Paris ou Angoulême ou prendre le ferry à Marseille ou l’avion à Bruxelles. Je n’ai pas vérifié tous les horaires, je n’écarte pas ces possibilités, mais tout de même, ça représente de grandes distances ! J’ai songé à une explication plus simple : quel évènement y avait-il ce jour-là dans les environs ? Et j’en ai trouvé un qui cadre très bien.
Même si je restais sceptique, il avait fini par éveiller ma curiosité.
— Lequel ?
— Une course à pied. Et pas n’importe laquelle, une de ces épreuves extrêmes, des trails d’après ce que j’ai appris. Le départ avait lieu à 9 h 00 à moins de 20 kilomètres du lieu de l’accident. Souvenez-vous que ce type conduisait à très vive allure, selon moi il était en retard. Il voulait avoir le temps de se préparer, j’imagine qu’on ne part pas dans ce genre de compétition à la dernière minute, on s’échauffe avant. J’ai exposé ça à la police. En interrogeant les organisateurs, en se procurant la liste des engagés, on pouvait tenter de savoir qui était venu en Mercedes. Il ne devait pas y avoir des foules de suspects.
— Alors ?
— Ils m’ont écouté et se sont même renseignés, je le reconnais. Mais bon, il ne s’agissait que d’un accident de la route avec une seule victime, comme il s’en produit toutes les semaines, pas un attentat ou un hold-up faisant la une des médias. Je comprends que ce n’était pas un dossier prioritaire. On m’a dit qu’il y avait plus de 800 participants et que rien ne prouvait que ce soit l’un d’entre eux, pourquoi pas un assistant ou un entraîneur ou un supporter ou même un spectateur ? Ça faisait beaucoup trop de monde à identifier. Les supporters et les spectateurs ne sont pas enregistrés, ils ne payent pas leur place, ils se répartissent tout le long du parcours. Les enquêteurs ont considéré que c’était une tâche impossible, une piste sans issue.
— C’est assez logique.
— Peut-être, mais moi je veux qu’on l’explore.
— Voyons, monsieur… Martin, vous me dites que ça remonte à plusieurs mois, cette course est passée, comment faire ?
— J’ai réfléchi et je me suis documenté. Les participants à ce genre d’épreuves sont des spécialistes, des « accros », ils connaissent par avance le programme. Les courses de ce niveau ne sont pas très nombreuses.
— Sans doute, je ne connais pas ce milieu.
— Depuis l’accident, il n’y en a eu aucune de notable. Mais, dans quelques mois va se dérouler l’une des plus réputées : le Grand Cross. Vous connaissez ?
— J’en ai entendu parler comme du Tour de France ou des Jeux olympiques, mais je n’en sais pas plus. Je ne m’intéresse plus au sport depuis des années.
— C’est l’épreuve la plus difficile, la plus prestigieuse au monde parmi les courses de l’extrême.
— D’accord, mais où cela mène-t-il ?
— Notre homme y sera, monsieur Milan.
— Comment pouvez-vous en être sûr ?
— C’est dans sa logique. Si, comme je le suppose, c’est un pratiquant de ce sport, il ne peut manquer de participer au « Grand Cross ». C’est l’objectif, le rêve des types comme lui.
Devant mon air dubitatif, il a poursuivi :
— Il y sera, croyez-moi et je veux que vous y soyez, vous aussi.
— Pardon ?
— Je ne me suis pas adressé à vous par hasard. Avant de vous contacter, j’ai étudié la liste des détectives privés et je me suis renseigné sur chacun d’eux. Vous êtes le seul à avoir un passé sportif, condition nécessaire pour faire le job.
— C’était il y a longtemps.
— Vous n’avez pas tout perdu, ce n’est qu’une affaire d’entraînement.
Je ne lui ai pas fait remarquer que ma distance à l’époque c’était 5 000 mètres, pas le marathon.
Je ne lui ai pas dit non plus que je soufflais comme un bœuf en montant les escaliers, manque d’exercice, des kilos à perdre, que j’étais un peu trop porté sur la bouteille…
La tâche était bien plus compliquée qu’il ne l’imaginait. Pour être honnête, c’était « mission impossible », je n’avais pas le niveau. Mais là encore, j’ai préféré ne pas le détromper. Si on savait ce qui nous attend quand on prend une décision, on ne tenterait rien. Parfois, dans certaines occasions, on choisit délibérément de faire preuve d’inconscience et de se jeter à l’eau, sans connaître la température, ni la force des courants, ni la profondeur de la rivière.
Aujourd’hui, je sais que j’aurais mieux fait de décliner, mais je le répète, ma situation n’était pas assez brillante pour refuser. Puis mon quotidien s’avérait bien terne, sortir de mes tâches habituelles, céder au vent du large, à la tentation de l’aventure, ranimer mon instinct de limier, avaient un certain attrait. C’est pourquoi j’ai continué à l’écouter.
— Vous allez objecter qu’on n’a qu’un vague signalement, grand, c’est imprécis, tête rasée ou chauve, ça peut s’appliquer à beaucoup de monde, quant à la balafre, on n’en est pas certain. Vous pouvez dire que ça s’apparente à chercher une aiguille dans une meule de foin. Mais réfléchissons un peu. On sait qu’il est français, on connaît le modèle de sa voiture, certains traits de caractère : impulsif, sans scrupule ni morale… Ça définit déjà le personnage.
Je n’étais pas convaincu et il l’a vu.
— Vous pensez que c’est mince, insuffisant ? Mais si j’y ajoute un élément important, vous allez voir que le champ se réduit encore.
— Lequel ?
— S’il était si pressé, prêt à prendre des risques pour arriver à temps, c’est qu’il venait pour gagner, pas simplement pour participer. Il doit être assez bon pour s’engager avec une chance de figurer sinon de l’emporter. La liste n’est plus si longue.
— Tout de même !
— Je suis sûr que vous finirez par le trouver, vous aurez huit jours pour ça. C’est la durée de l’épreuve. Et si vous avez besoin de faire des recherches, trouver des informations, même confidentielles, l’une de mes entreprises est spécialisée en informatique et tout particulièrement en cybersécurité. Au besoin, on sait pénétrer où il faut et casser les codes si nécessaire. Vous pourrez bénéficier de toute l’aide voulue. Vous n’aurez qu’à me demander.
Il allait vite en besogne.
— Un instant, je n’ai pas encore dit oui. Se trouver au milieu d’un peloton de coureurs n’a rien de très attirant.
— Ça ne vous motive pas ?
— Je ne suis pas à la hauteur d’une telle épreuve et je n’ai pas envie de me ruiner la santé.
— Vous n’allez pas vous dégonfler ?! Dans votre carrière, vous en avez vu d’autres, non ?
— … Et de toute façon, je ne suis pas prêt.
— Le Grand Cross se dispute tous les quatre ans et à chaque fois, dans un pays différent, comme les Jeux olympiques. La date de la prochaine édition est connue maintenant. Le départ sera donné dans neuf mois, ça devrait suffire pour que vous retrouviez la forme.
J’en doutais, mais j’ai hésité à le contredire.
— Et si vous êtes efficace et aboutissez rapidement, vous n’aurez même pas une étape entière à couvrir.
Tant mieux, je n’étais pas en condition pour en terminer une.
— Supposons que j’accepte, répondis-je, cela va représenter des semaines passées à m’entraîner pendant lesquelles je ne pourrai pas me consacrer à d’autres clients. Sans compter les énormes efforts physiques que je vais devoir consentir avant et surtout pendant l’épreuve et…
— Ne vous inquiétez pas, j’ai pris tout ça en compte dans ma proposition et vous ne regretterez pas d’avoir accepté ce travail.
Je n’avais pas encore parlé du montant de mes honoraires et j’attendais avec intérêt qu’il aborde le sujet. J’ai cru qu’il allait citer un chiffre. Au lieu de ça, il a marqué un silence.
Puis il m’a regardé dans les yeux et a dit :
— Avant de me donner une réponse, attendez de connaître tout le contenu de la mission.
— J’ai bien compris qu’il faudrait identifier votre homme parmi les participants. Ça ne va pas être simple. Il y aura des centaines de concurrents au départ.
— Centaines ? Vous voulez dire plusieurs milliers. Ce sera très difficile, je vous l’accorde, mais avec ce que je viens de vous expliquer, j’espère que vous y parviendrez.
— Vous me semblez très optimiste. Je suis moins certain que vous de réussir.
— Mais ce ne sera pas tout…
— Quoi d’autre ?
— Votre travail ne se limitera pas à trouver ce salaud.
— Votre intention c’est d’informer la police pour qu’elle l’arrête, non ? Encore faudra-t-il lui fournir des preuves suffisantes.
— Attendez ! Je ne vous ai pas encore donné la raison pour laquelle je veux que vous l’identifiiez.
— Si ce n’est pas pour le dénoncer, c’est pour quoi faire alors ?
— Lorsque vous l’aurez trouvé, vous le tuerez.
— Vous pouvez répéter ?
— Vous avez bien entendu, je veux que vous le supprimiez.
J’avais déjà tué un homme. Ça m’avait coûté mon job et mon mariage. On ne pouvait pas me reprocher d’avoir tiré trop vite, sans les sommations d’usage.
*
Nous avions pris des voleurs sur le fait. C’était une bande de jeunes, des gosses de riches qui, entre deux soirées consacrées à boire et à se droguer, organisaient des opérations de cambriolage pour s’amuser. Ils cédaient ensuite le fruit des vols à des receleurs pour augmenter le montant de leur argent de poche, comme s’il n’était pas suffisant ! L’un d’eux, trop énervé pour réfléchir, avait sorti un couteau. C’est l’un des effets habituels de certaines drogues dures, elles rendent agressifs. J’étais menacé, j’avais sorti mon arme de service. Le coup était parti.
Il y avait eu une enquête et de leur côté, les parents, que je n’ai jamais vus, avaient porté plainte. Une bavure s’était produite quelques mois plus tôt et la presse avait vite fait l’amalgame. Des associations, des partis politiques s’en étaient mêlés. En l’espace de quelques semaines, un simple fait divers était devenu une affaire nationale. J’avais bénéficié d’un non-lieu, une décision logique qui avait entraîné une polémique sur l’indulgence des tribunaux envers les violences policières. J’avais choisi de démissionner pour mettre fin à cette histoire, tirer un trait et oublier cette période pénible. Je n’avais réussi qu’en partie…
*
Là, il ne s’agissait pas de légitime défense.
— Vous me demandez de commettre un meurtre. Il n’en est pas question !
— Je m’attendais à votre réaction. Elle est normale. Comprenez qu’il ne s’agit pas d’un vulgaire assassinat, mais de simple justice.
— Mais…
— … Écoutez-moi jusqu’au bout. Souvenez-vous que ce type conduisait comme un fou. Il ne peut invoquer les conditions météorologiques, la route ou la faute d’un autre conducteur. Il est à l’origine de l’accident de manière irréfutable, l’unique responsable de la mort de mon fils. Et il ne s’est même pas arrêté, il ne s’est pas soucié de savoir s’il était blessé, avait besoin d’aide, il a pris la fuite. C’est un acte criminel.
— Je comprends très bien, mais je ne suis pas un tueur à gages.
— Vous ne m’apprenez rien.
— Alors, pourquoi êtes-vous venu me voir, si vous connaissiez par avance ma réponse ?
Ça l’a fait sourire.
— Pourquoi ai-je choisi de m’adresser à vous ? Vous n’êtes pas un tueur, en effet, mais vous présentez deux caractéristiques que peu de tueurs doivent posséder : vous avez un passé d’athlète et vous avez aussi grand besoin d’argent, je me suis renseigné.
Ça m’a laissé sans voix.
— Avant de me donner votre réponse, écoutez d’abord ma proposition. Je vous offre 300 000 € pour cette mission, dont 20 000 € d’acompte, et je prends tous les frais en charge : votre loyer, vos abonnements, vos dépenses courantes… jusqu’au départ de l’épreuve.
— Même pour une somme pareille et de telles conditions. Pourquoi ne pas tenter à nouveau de convaincre la police ?
— Parce qu’en admettant que j’y parvienne et qu’on l’arrête, il écopera d’une peine de deux à trois ans de prison maximum. Une fois sa peine accomplie, il va recommencer, ce n’est pas en quelques mois qu’il va s’amender. On devine qu’il ne respecte ni la loi ni la vie des autres. Il s’en moque. Il causera d’autres victimes. C’est un individu dont il faut débarrasser la société.
— Oui, peut-être, mais…
— Ce ne sera pas comme si vous l’assassiniez en plein centre-ville ou à son domicile devant sa famille. Ça va se passer dans la campagne ou en montagne, dans des endroits peu fréquentés, sans témoin, là où il y a plus d’une occasion de glisser, tomber dans un ravin ou succomber à un malaise. On croira sans peine à un accident.
— Je ne…
— … Et par votre entremise, je veux être l’acteur direct de sa mort. J’ai un compte à régler avec lui, j’espère que vous l’avez compris ?
— Ça oui.
— Songez-y. Vous contribuerez à éliminer un individu malfaisant, vous sauverez des vies, et toucherez 300 000 € tout en améliorant votre condition physique. Et si vous vous débrouillez bien, sans prendre de risques. Pas mal, n’est-ce pas ?
Ça m’a fait réfléchir.
CHAPITRE 3
Après son départ, j’ai allumé mon PC. J’aime toujours savoir à qui j’ai affaire et comprendre ce qu’il y a derrière. Ça a son importance dans n’importe quelle enquête. La plupart du temps, on ne me dit pas tout sur les vrais motifs des missions qu’on me confie.
« Je m’inquiète pour mon mari, il reste tard au bureau, pourriez-vous vérifier son emploi du temps, juste pour savoir… »
S’il passe trop de temps avec sa secrétaire ou couche avec ma meilleure amie. Tu parles !
« J’ai toujours eu beaucoup d’affection pour ma grand-mère, mais avec le temps nous nous sommes perdus de vue. Pourriez-vous retrouver sa trace   ? »
Et connaître son état de santé ainsi que le contenu de son testament !
Concernant Martin et la mission dont il m’avait chargé, la démarche s’imposait. Je ne voulais pas partir sans biscuit, on ne sait jamais comment ça peut tourner. Le minimum c’était de savoir qui il était. Il y a des milliers d’entreprises actives dans les services informatiques, quelques centaines spécialisées en sécurité, de toutes les tailles. J’ai cherché parmi les plus importantes. Mais sans connaître la véritable identité de mon nouveau client, l’adresse du siège de ses sociétés, même pas le nom de l’une d’entre elles, pas étonnant que je n’aie rien trouvé.
J’ai remis la question à plus tard, avec un peu plus d’info, je finirai bien par savoir qui se cachait derrière « Martin ». Après ça, je me suis mis au boulot.
J’ai cherché sur Internet des informations sur ces épreuves et ce que j’ai trouvé m’a fait froid dans le dos. D’accord, j’avais, des années plus tôt, disputé des cross, mais ça n’avait rien à voir. Ces courses ressemblaient à mes yeux plus à des exercices de dépassement physique et mental qu’à du sport. Pour des volontaires, ça pouvait se comprendre, pour moi, embarqué de force dans une nef des fous, ça tiendrait de la torture et de l’automutilation.
Je me suis intéressé au parcours de plusieurs champions de cette spécialité. Les profils étaient très divers : des jeunes, des quadras, des vieux, les origines aussi : des postiers, des courtiers, des étudiants, des manutentionnaires, des profs, des managers… Mais, je n’ai rien trouvé qui expliquait par quel hasard, ils avaient découvert le sport et la course à pied. Certains sont frappés par la foudre ou traversés par la révélation, d’autres illuminés sous la douche ou saisis par la grâce au beau milieu d’un carrefour : ces hommes et ses femmes avaient rencontré leur vocation dans les bois, mais aussi sur les trottoirs, le long des voies ferrées ou des autoroutes comme d’autres, paraît-il, dans le désert.
Courir, je ne parle pas des joggers du dimanche, était, semble-t-il, en dehors de leur métier, leur unique occupation. Elle permet au bout d’un certain temps, paraît-il, d’atteindre, grâce aux endorphines, une forme d’extase, on ne sent plus la douleur, on plane, mais aussi de servir de soupape. Tout en courant, en solitaire, j’imagine qu’on peut laisser la vapeur s’échapper, maudire la malchance et la terre entière, gesticuler et hurler sans gêner personne.
Mon objectif s’annonçait simple : limiter les dégâts, mon programme le serait aussi : faire le minimum de frais et rester discret.
Je n’allais pas m’inscrire dans un club, je courrai tout seul. Je n’embaucherai pas d’entraîneur, ni de coach , ni de préparateur psychique, ni de diététicien, ni de masseur, rien de tout ça. Je remplirai à moi seul toutes ces fonctions. Mais je ne pourrai pas éviter les dépenses d’énergie. Pendant les mois de préparation, excepté courir, je ne m’intéressai pas à grand-chose, je ne lirai pas, n’irai pas au théâtre ni au cinéma. Mon activité culturelle se réduirait à peu de choses : une pile de magazines sportifs et de brochures publicitaires sur les chaussures de sport. Bref, le programme d’entraînement était tracé, mais j’évitais de réfléchir à ce que je devrais endurer… et au choix de l’arme.
CHAPITRE 4
À 17 ans, j’ai commencé à faire de la course à pied et découvert que j’étais plutôt doué. Ma distance, c’était le demi-fond. 5 000 mètres, à l’occasion 10 000, pas les « trails », les « cimes », les « traversées », ni toutes ces épreuves qu’on a inventées depuis pour les mabouls de la perf’.
Quand je suis entré dans la police, j’ai continué à pratiquer en bénéficiant d’un statut spécial. J’ai pu m’entraîner et participer à des épreuves de bon niveau. Être en finale du championnat de France et même aller disputer des courses à l’étranger, tout en conservant mon emploi en parallèle.
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