Dangereuse comédie à Bamako
279 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Dangereuse comédie à Bamako , livre ebook

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
279 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

La charmante Malienne vida d’une traite, la tristesse dans l’âme, le verre de whisky que l’on venait de lui tendre. Elle remercia ensuite l’employé de l’Évasion, l’un des dancings mythiques de la capitale malienne, et sortit après avoir posé le contenant sur le comptoir. Une fois dehors, l’air chaud fouetta brutalement le visage de la Bamakoise qui eut l’im­pression d’avoir la tête lourde. Le malaise s’accentuait au fur et à mesure qu’elle marchait. À un moment donné, elle fut en proie au vertige. La nausée l’indisposa. Le whisky était-il empoisonné ? Tout à coup, le vide s’installa dans son esprit et ses jambes la lâchèrent. Elle s’écroula. Non loin de là, les derniers fêtards eurent l’impression qu’une très forte lumière s’extirpa de la masse corporelle qui était allongée à même le sol et se dirigea, en tourbillonnant, vers le haut pour dispa­raître dans le ciel noir et très étoilé. Ainsi Aïssata Camara rendit-elle l’âme. Elle ne danserait plus jamais au Calao, au Mandingo ou au Yanga. Adieu l’artiste !


Pendant ce temps, dans la villa du quartier huppé de l’Hippodrome, François Piantoni et Aminata Dembélé furent très surpris de revoir l’Homme Noir, en pleine forme, et l’un de ses acolytes que l’on avait pourtant enfermés, bien ligotés, dans la cave. La Malienne et le Corse tentèrent de s’enfuir, mais ils n’eurent pas le temps d’ouvrir la porte...


Quelque chose lui avait échappé, se dit Roger Dercky. La dan­seuse de Bamako était-elle l’un des maillons de cette chaîne infer­nale ? Était-il manipulé, depuis le début ? Dans l’affirma­tive, pour quelle finalité ? Mamadou Diawoura était-il réellement kidnappé ?

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 19
EAN13 9791091580311
Langue Français
Poids de l'ouvrage 7 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0060€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Contenu Couverture Du même auteur Hors-Texte_1 Hors-Texte_2 Hors-Texte_3 Hors-Texte_4 Hors-Texte_5 Chapite I Chapite II Chapite III Chapite IV Chapite V Chapite VI Chapite VII Chapite VIII Chapite IX Chapite X Chapite XI Chapite XII Chapite XIII Chapite XIV Chapite XV Chapite XVI Chapite XVII Chapite XVIII Chapite XIX Chapite XX Chapite XXI Chapite XXII Chapite XXIII Chapite XXIV Chapite XXV Chapite XXVI Chapite XXVII Chapite XXVIII Chapite XXIX Chapite XXX Chapite XXXI Chapite XXXII Chapite XXXIII Chapite XXXIV Ouvrages déjà parus L'Atelier de l'Égrégore

DU MÊME AUTEUR :


- Pagaille à Mavoula !  – L’Atelier de l’Égrégore, collection Crime & Suspense – Paris, 2018 – ISBN : 979-10-91580-25-0  ;
- Les figures marquantes de l’Afrique subsaharienne  – L’Atelier de l’Égrégore, collection Démocratie & Histoire – Paris, 2017 – ISBN : 979-10-91580-23-6  ;
- Le justicier exécuteur  – L’Atelier de l’Égrégore, collection Crime & Suspense – Paris, 2017 – ISBN : 979-10-91580-07-6  ;
- Au pays des mille collines – L’Atelier de l’Égrégore, collection Crime & Suspense – Paris, 2016 – ISBN : 979-10-91580-05-2  ;
- La chasse au léopard  – L’Atelier de l’Égrégore, collection Crime & Suspense – Paris, 2015 – ISBN : 979-10-91580-04-5 ;
- Dans l’œil du léopard  – L’Atelier de l’Égrégore, collection Crime & Suspense – Paris, 2015 – ISBN : 979-10-91580-03-8 ;
- Ma vision pour le Congo-Kinshasa et la région des Grands Lacs , Éditions de l’Harmattan – Paris 2013 – ISBN : 978-2-343-02079-2 – EAN Ebook format Pdf : 9782336330327 ;
- Congo-Kinshasa : le degré zéro de la politique , Éditions de L’Harmattan – Paris, avril 2012 – ISBN : 978-2-296-96162-3 – ISBN13 Ebook format Pdf : 978-2-296-48764-2 ;
- La vie parisienne d’un Négropolitain  – L’Atelier de l’Égrégore, collection Roman – Paris, 2012 – ISBN : 979-10-91580-06-9 ;
- Drosera capensis  – L’Atelier de l’Égrégore, collection Roman – Paris, 2005 – ISBN : 979-10-91580-01-4 ;
- Le demandeur d’asile  – L’Atelier de l’Égrégore, collection Document/Réalité – Paris, 2012 – ISBN : 979-10-91580-00-7 ;
- La République Démocratique du Congo, un combat pour la survie  – Éditions de l’Harmattan – mars 2011 – ISBN : 978-2-296-13725-7 – ISBN Ebook format Pdf : 978-2-296-45021-9 ;
- Socialisme : un combat permanent  – Tome I – Naissance et réalités du socialisme  – L’Atelier de l’Égrégore, collection Démocratie & Histoire – 2ème édition, Paris, 2017 – ISBN : 978-2-916335-04-9 (coécrit avec Jacques Laudet) ;
- Mitterrand l’Africain ?  – L’Atelier de l’Égrégore, collection Démocratie & Histoire – 2ème édition, Paris, 2017 – ISBN : 979-10-91580-02-1  ;
- Un nouvel élan socialiste , Éditions de L’Harmattan, collections Question contemporaine, Paris, mai 2005 – ISBN : 2-7475-8050-4 – ISBN Ebook format Pdf : 978-2-296-39177-2.
Gaspard-Hubert LONSI KOKO




DANGEREUSE COMÉDIE À BAMAKO


Collection Crime & Suspense
Illustrations : Marie-Pierrette Gandon
ISBN : 979-10-91580-31-1 – EAN : 9791091580311
© L’Atelier de l’Égrégore, juin 2018
http://atelieregregore.fr – Courriel : atelieregregore@gmail.com

En France, le code de la Propriété intellectuelle du 1 er  juillet 1992 interdit expressément la photocopie à usage collectif sans autorisation des ayants droit. Cette pratique s’est généralisée au point que la possibilité pour les auteurs de créer des œuvres nouvelles est aujourd’hui menacée.
« Dans la vie, j’ai eu le choix entre l’amour, la drogue et la mort. J’ai choisi les deux premiers et c’est la troisième qui m’a choisi. »
Jim Morrison
À Fatou K., Niakala pour les intimes, l’inspiratrice de la danseuse de Bamako qui est l’un des personnages principaux de cet ouvrage.
Mes remerciements à toutes les personnes m’ayant assisté de près ou de loin, par leurs conseils iconographiques s’agissant de la mise en valeur de la première page de couverture, ainsi que par la clarification de certains faits historiques.
PREMIER CHAPITRE


Ayant parcouru au moins 4 174 kilomètres, équivalant à quatre heures et cinquante-cinq minutes de vol, le Boeing 747 de la compagnie aérienne UTA  devait piquer vers le sol afin d’amorcer l’atterrissage sur la piste de l’aéroport de Bamako-Senou. Enfin prêt à entamer la descente tant attendue par les passagers, le pilote commença à réduire peu à peu l’altitude. Il se mit donc à tirer progressivement la manette des gaz vers l’arrière pour que les moteurs puissent changer de son, puis s’arrêter quelques minutes plus tard. Ainsi la vitesse de l’avion de ligne devait-elle passer de 600 miles par heure, soit 960 kilomètres par 360 secondes, à presque 155 miles par heure, soit à peu près 250 kilomètres par 360 secondes. Comme il devait souvent pousser, ou tirer la manche pour maintenir l’appareil stable, le pilote utilisa le compensateur – la finalité consistant à alléger la pression. Les passagers qui étaient assis du côté des hublots apercevaient, au loin, de plus en plus distinctement, une sorte de très gros serpent sur une surface rouge décorée par-ci par-là de quelques espaces verts. Il s’agissait du fleuve Djoliba, appelé fleuve Niger au-delà de la frontière malienne. À un moment donné, Roger Dercky distingua des avions de chasse, des Mirages F1 C-200 sans doute, en stationnement sous des hangars. La République française s’était enracinée dans cette région, comprit-il. En plus, en ce début de cette année 1991, la situation sociale et politique était très tendue au Mali.
À sa descente du gigantesque oiseau métallique, le détective subit en plein visage les effets de la chaleur torride qui le fouetta. Pourtant, c’était la bonne période pour visiter le Mali. Il faisait plus de quarante degrés à l’ombre. C’était une façon, pour la ville de Bamako, de ne pas souhaiter la bienvenue au justicier exécuteur en contredisant une expression tout à fait uchronique en langue bambara selon laquelle Bamako akadi deh ! 1  N’était-ce qu’une impression trompeuse ?
L’aéroport de Bamako-Senou ressemblait, par rapport à celui de Roissy-Charles-de-Gaulle, à une simple aérogare privée. Un commando d’une quinzaine d’individus bien motivés s’en rendrait volontiers maître, en un laps de temps, sans aucune difficulté. Des lacrous 2  à la maigreur inacceptable, un déni d’assistance humanitaire, sillonnaient les couloirs dans tous les sens. Ils déambulaient un peu partout. Par l’aspect physique de leurs corps, on pouvait d’emblée percevoir la problématique à la fois nutritive et sanitaire à laquelle le gouvernement malien, sous la présidence du général d’armée Moussa Traoré, aurait dû en priorité s’atteler. À côté de ces freluquets en uniforme, Roger Dercky avait l’air d’un géant.
La chaleur qui régnait à Bamako-la-Coquette, la capitale de cette ancienne colonie française qu’avait été le Mali, poussa le détective privé à se faire une idée de l’enfer. Ainsi qualifia-t-il sur le plan climatique sa région natale, l’Afrique centrale, de paradis terrestre. Outre la chaleur torride, franchir le poste de police s’apparentait à un obstacle insurmontable pour les personnes non habituées au casse-tête africain ! Roger Dercky n’échappa pas à une fouille acharnée comme s’il était suspecté de meurtre, ou de tentative de déstabilisation d’un État souverain. Un des policiers se permit même de tâter les bijoux de famille du voyageur. C’était n’importe quoi ! Un autre agent de l’ordre s’octroya le droit de l’importuner, dans l’espoir de lui soutirer un peu d’argent. L’étranger était obligé de hausser la voix, afin de contraindre ce lacrou  à le laisser tranquille.
Pour récupérer les bagages, il fallait presque se battre. À l’instar des bagadais casqués, ces passereaux africains, un monde fou piaillait, dans une salle où les climatiseurs installés par les colons français ne fonctionnaient pas. Un vrai tintamarre ponctuait une longue attente dans une configuration où la dimension temporelle ralentissait l’existence comme dans un ailleurs fictif. La chaleur ne cessa de battre son plein. On se serait cru dans un sauna à très grande échelle. Entre les Maliens en provenance de Paris, qui refusaient de déclarer quelques bagages, et les douaniers qui avantageaient certains passagers, après avoir empoché quelque billet de franc CFA, le tohu-bohu s’amplifiait de plus en plus. Une « ambiance touffé yinyin » 3 , aurait dit un Martiniquais ou un Guadeloupéen. Finalement, Roger Dercky parvint à mettre la main sur ses valises et s’orienta vers la salle d’attente où un gars pesant une cinquantaine de kilos attendait les voyageurs, en brandissant une pancarte sur laquelle on pouvait lire l’inscription Hôtel Sofitel l’Amitié . Le bonhomme faisait des va-et-vient, à travers cette pièce au décor typiquement sahélien.
– Bonjour, monsieur ! lança le passager du vol AFG-77891 d’ UTA .
– Bonjour !
– Je m’appelle Roger Dercky. J’ai réservé un appartement à l’hôtel Sofitel l’Amitié .
– Vous pouvez me suivre ! dit le Malien.

Roger Dercky emboîta le pas à la personne qui avait été commise à l’accueil des voyageurs en provenance de France. L’autochtone trimbala, avec beaucoup de difficulté, les bagages du passager à peine débarqué. Le Zaïrois eut pitié de lui, puisque ce dernier souffrait pour un salaire de misère. C’était ainsi que se déclinait, malheureusement, l’existence humaine au pays de Moussa Traoré.
– Donnez-moi l’autre valise, s’il vous plaît ! fit la réaction, à la fois compatissante et solidaire, de l’étranger vivant à Paris.
– Non, patron !
– C’est très lourd.
– Je tiens vraiment à les transporter.

Le préposé à l’accueil, qui était affecté à l’aéroport par la direction de l’hôtel Sofitel l’Amitié , ne voulait rien perdre. Il tenait à s’occuper des bagages de peur que Roger Dercky réduise considérablement le montant de la gratification. C’était la seule façon, pour le Malien, d’arrondir sa paie. Le conducteur s’impatientait dans l’autobus appartenant à l’établissement hôtelier. D’autres voyageurs se trouvaient déjà à bord. Le Zaïrois, qui était la dernière personne que l’on attendait, donna le pourboire au porteur de valises : quelques billets totalisant la somme de deux mille francs CFA.
– Tenez, c’est pour vous ! s’exprima Roger Dercky.
– Ini tié ! 4  se manifesta le gars en bambara en regardant pieusement le natif de Kinshasa, comme s’il avait affaire à Allah en personne.

Les autres passagers fusillèrent le retardataire du regard, tellement ils étaient pressés de voir l’autocar démarrer. De plus, l’aération devait se faire en roulant. Le véhicule s’immobilisa enfin, mais nul n’osa baisser les vitres à cause de brumes de poussière. Il y en avait tellement que, parfois, on n’apercevait pas l’automobile qui roulait devant, la visibilité étant complètement réduite. D’ailleurs, en dépit des efforts du gouvernement malien pour bitumer les routes nationales, et des initiatives privées afin de paver les rues, la poussière étouffait les habitants de Bamba ko , à savoir ce gros village que représentait « la cité des trois caïmans » ou Bamako 5 . Rien n’était surprenant, le Mali étant un pays désertique à hauteur de deux tiers du territoire. L’autocar non climatisé parcourut donc tout bakofé 6 , traversa ensuite le fleuve Djoliba et finit par se mobiliser devant un grand immeuble – l’hôtel Sofitel l’Amitié  – situé non loin de la maison de la radio.
Roger Dercky, après avoir rempli toutes les formalités possibles et impossibles, imaginables et inimaginables, s’engouffra dans l’ascenseur. Il se trouvait en compagnie d’un employé qui, outre le fait de porter les bagages, devait le conduire jusque dans l’appartement situé au huitième étage. De cette habitation, une suite dans laquelle le climatiseur fonctionnait à merveille, l’investigateur bénéficiait d’une vue magnifique sur le fleuve Djoliba. Le détective remercia l’employé de l’hôtel, en lui glissant dans la main un billet de cinq cents francs CFA. Une fois seul, il prit une douche froide juste pour reprendre des forces. Cela lui permettrait surtout de se détendre, après s’être rafraîchi. Un peu de relaxation s’imposait, au bout d’un long trajet entre deux aéroports bondés de monde. Le citoyen zaïrois assista, après avoir déserté la salle de bains, à un splendide coucher du soleil. Le spectacle relatif à la disparition du soleil à l’horizon, lequel se déroulait à Bamako, ramena le détective mentalement à Kinshasa où, à partir d’une chambre de l’hôtel Intercontinental , il se régalait devant le panorama idyllique montrant l’étoile du système solaire embellir la surface du fleuve Zaïre 7 . Roger Dercky aurait du mal à admirer un tel cliché en région parisienne, où il résidait depuis plusieurs années. Il devrait en profiter au maximum pendant toute la durée de son séjour. Rien que pour cette merveilleuse vue, cela avait valu le coup de faire le déplacement.
Le Kinois, devenu Francilien par adoption, mit un beau costume et un chapeau cow-boy. Il ne lui manquait plus que le revolver et le cheval – le chameau ne devant pas faire esthétiquement l’affaire puisque trop lourd comme un Berliet GBH12 ou un GLM12 6 x 6. Les Bamakois de la vieille génération, en le voyant, pensaient tout de suite à l’époque où l’ancien directeur de la Sûreté nationale Tiécoro Bagayoko, le compagnon du général d’armée Moussa Traoré en vue de la prise du pouvoir, faisait régner sa loi. Tout le monde appelait le Zaïrois Django , en référence à ce soûlard qui terrorisait quiconque le contrariait dans un bar ou une boîte de nuit de Bamako. Cet homme était mort en détention en 1983, après avoir été maîtrisé par le lieutenant Moussa Traoré quelque temps avant le coup d’État militaire ayant été perpétré le 22 novembre 1968 contre le régime du père de l’indépendance et premier président de la République Modibo Keïta. Cet acte illégal conduirait le chef des putschistes droit au palais de Koulouba. En tout cas, avant son arrestation, le fameux Django , à savoir le colonel Tiécoro Bagayoko, tirait le premier et gagnait toujours.
Roger Dercky prit le taxi, à quelque mètre de l’hôtel Sofitel l’Amitié . Le véhicule quitta, au bout d’un moment, la ville proprement dite et se dirigea vers Lafiabougou, commune créée en 1961 par les autorités de la première République pour loger les Maliens que l’on avait injustement expulsés du Congo-Léopoldville, de nos jours Congo-Kinshasa, et les Bamakois qui étaient restés sans domicile. Le maigrelet taximan emprunta, pour s’y rendre, des routes presque impraticables. Des nids-de-poule, plutôt d’autruche tellement ils étaient grands, jonchaient la voie à certains endroits. La voiture était trouée, sous le siège arrière, permettant ainsi à la poussière de pénétrer à l’intérieur durant le trajet. Cela indisposa le client qui faillit suffoquer. Le conducteur, pour lui faire oublier les effets cauchemardesques, manipula les touches du magnétophone posé sur le siège avant. Ainsi l’appareil balança-t-il une mélodie très rythmée du chanteur Kinois Kanda Bongoman. À Bamako, à cette époque, on n’écoutait que de la musique zaïroise. C’était une véritable colonisation culturelle ! Les jeunes Bamakois ne s’habillaient et ne dansaient qu’en fonction des Zaïrois. Une fois à destination, emporté par l’émotion, le client refusa de régler la course.
– Mais chef, vous devez me payer mille francs CFA.
– Soyons sérieux, mon frère. J’ai couru de l’hôtel Sofitel  jusqu’ici.
– Comment ça ?
– Vous ne voyez même pas que mes vêtements blancs sont devenus entièrement rouges ?
– Et puis quoi encore ?
– Ce n’est sans doute pas dans votre taxi que j’ai attrapé toute cette poussière.
– C’est un problème technique.
– Vous auriez dû rendre votre véhicule conforme aux normes, avant d’exercer votre profession.
– Avec quel argent ?
– Votre tacot est un véritable vecteur d’insalubrité publique. Il ne doit plus circuler.
– Est-ce qu’à Bamako même les choses sont normales ?
– Ce n’est pas mon problème.

La tension monta, de plusieurs crans, entre les protagonistes. Ils allaient quasiment en venir aux mains. Tout compte fait, le chauffeur jugea bon de se calmer. Il demanda au client de ne s’acquitter que de la moitié du prix de la course. Il ne pouvait rien entreprendre physiquement, réalisa le Malien, contre l’armoire à glace à qui il avait affaire. Sur le plan de la corpulence, il ne faisait pas le poids par rapport à Roger Dercky. Cela ne valait surtout pas la peine de se compliquer l’existence pour un billet de banque. Le taximan dépenserait beaucoup plus d’argent pour les frais d’hospitalisation, au cas où ils se seraient battus, et de mise aux normes de la voiture si la police intervenait.
– Tenez, voici vos cinq cents francs. La prochaine fois, à défaut de contrôle technique, il faudra penser à boucher le trou qui se trouve sous le siège arrière. Ça vous évitera pas mal d’ennuis avec vos futurs clients.
– La voiture va être réparée. C’est déjà prévu, mon gars.
– Je l’espère pour vous.
– On n’est quand même pas dans la brousse.
1  Bamako, c’est tellement doux!
2  Des policiers, en argot bambara.
3  Une atmosphère pouvant étouffer les petites mouches, tellement les gens s’agglomèrent les uns aux autres.
4  Merci!
5  Plusieurs versions évoquent l’origine de l’appellation « Bamako ». L’une d’elles affirme qu’un grand chasseur Sarakolé du nom de Sériba Niakaté, qui provenait de Lambidou près de Nioro du Sahel, s’était installé auprès de Bamba Sanogo à Moribabougou, à quinze kilomètres à l’Est de Bamako. Le départ de Sériba Niakaté pour l’autre rive avait contrarié Bamba Sanogo qui s’était retrouvé seul, allongé sur le dos: Bamba ko , c’est-à-dire abandonné à lui-même.
Pour d’autres versions, Bamako, qui peut signifier également le « marigot du caïman » , tirerait son nom du fait que les Niakaté sacrifiaient chaque année aux caïmans une jeune fille vierge.
Chez les Touré, la tradition orale rappelle que leur ancêtre Taleb El Tourabi – dit Tal Mahamane – serait venu de Tawendit. Après un séjour à Tombouctou et à Djenné, il aurait créé la première mosquée sur le site actuel de Dabanani à Bamako.
6  On a l’habitude d’utiliser l’apocope bako , c’est-à-dire l’autre rive.
7   Anciennement et actuellement fleuve Congo.
CHAPITRE II


Après que le taxi se fut lancé dans un démarrage chaotique, le Zaïrois consacra quelques minutes à l’époussetage. Mais ses vêtements ne reprirent pas la blancheur d’origine. En fin de compte, une fois redevenu un peu présentable, l’un de ses doigts actionna le bouton qui était placé à côté de la grille d’une propriété clôturée. Trois minutes plus tard, un domestique alerté par la sonnerie ouvrit le portail
– Bonsoir !
– Ani sou ! 8  répondit en bambara l’employé de maison
– Je souhaiterais parler à Kia Mass, s’il vous plaît 

Cet énergumène, venu droit du fin fond du Mali, plus précisément de la région de Mopti, ne saisit rien. Il se contenta de montrer la grande maison du doigt. C’était une façon de dire au visiteur que les personnes pouvant comprendre la langue du toubabou 9  se trouvaient dans la villa. Le domestique à l’habitus traditionnel devait être un Dogon 10 . Roger Dercky rejoignit un homme qui, à partir de la véranda, lui fit signe de la main. Il se vit ensuite inviter à entrer dans la maison. Une fois à l’intérieur, le collègue du Dogon s’adressa, en un bambara très bancal, à une dame d’une trentaine d’années qui était assise sur le canapé. Après cette brève explication, Kia Mass parla au ressortissant zaïrois.
– Qu’est-ce que vous voulez savoir, monsieur ? se renseigna la maîtresse de maison, sans pour autant convier son interlocuteur à prendre place.
– Je m’appelle Roger Dercky, chère madame. Je suis venu exprès de Dakar, en repassant par Paris, pour essayer de résoudre le problème concernant la disparition de votre cousin Mamadou Diawoura.
– Qu’est-ce qui est arrivé à vos habits ?
– C’est à cause d’un vieux taxi de Bamako !
– Je vais demander à un domestique de les nettoyer.

De ce fait, Kia Mass appela quelqu’un, d’une voix autoritaire compensant un physique effacé. L’accompagnateur de tout à l’heure accourut. Après l’échange verbal en bambara, l’employé de maison fit comprendre gestuellement à Roger Dercky de le suivre. Quand le détective privé réintégra la salle de séjour, habillé en boubou, il avait l’air d’un marabout spécialisé en problèmes insolubles. Kia Mass le pria enfin de s’asseoir et lui offrit du gingimbéré  frais, une boisson à base de jus de gingembre, avant de poursuivre la conversation en toute timidité qui seyait mieux à son caractère réservé.
– Qui vous a donné mon adresse ?
– J’ai reçu un fax 11  à Paris. C’est Mamadou qui l’a envoyé avant d’être kidnappé. Votre adresse figurait sur ce message.
– Pourquoi vous m’avez parlé tout à l’heure de Paris ? réagit-elle, avec une pointe de méfiance. J’ai cru comprendre que vous étiez à Dakar au Sénégal.
– Le document m’a été transmis à Paris où je possède une entreprise.
– Je ne comprends rien. Vous habitez à Dakar et vous avez une société à Paris  ...

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents