Dédoublement
158 pages
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Dédoublement , livre ebook

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Description

Cette histoire, comme tant d’autres, aurait dû rester banale.


Un homme ordinaire.


Un quotidien paisible, bercé par une routine rassurante.


Dix ans de mariage.


« Dix années à s’imaginer que la vie était toute tracée alors qu’elle ne tenait qu’à un fil.


Un fil ténu. Et le fil s’était rompu...


Métro, boulot, dodo, chaos.»


Du jour au lendemain, le monde s’est effondré.


Son monde.


Une séparation.


Un accident.


Des secrets dévoilés.


Et tout bascule dans l’indicible.



C’est le destin d’Alexandre, 38 ans.


Une personne qui, comme vous et moi, aurait aimé que son existence continue de suivre son cours...



Et vous ? Face à l’inimaginable, quel chemin votre esprit emprunterait-il ?

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 1
EAN13 9782492342097
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

David LASCOUX
Dédoublement Roman
Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. L’auteur est représenté par Drakkar Editions. Auteur : David LASCOUX Suivi Edidorial : Sophie CLAVELLIER – DUBOS © DRAKKAR EDITIONS 2021 Couverture :©Drakkar Editions - Crédit photos AdobeStock – Réalisation IDesprit ISBN numérique :9782492342097 Contact : admin@drakkar-editions.com Site Internet : www.drakkar-editions.com Instagram : @drakkareditions Facebook : facebook.com/drakkareditions Dédoublementest un ouvrage de fiction. Les noms, les lieux et les événements sont le produit de l'imaginaire de l'auteur ou utilisés de manière fictive. Cet ouvrage comporte des scènes susceptibles de perturber les plus sensibles des lecteurs.
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TABLEDESMATIÈRES
P REMIÈRE P ARTIE
DEUXIÈME P ARTIE
TROISIÈME P ARTIE
19 20 21 22
ÉP ILOGUE
« Edward Hyde, seul parmi les rangs de l'humanité, était fait exclusivement de mal… » L’Étrange cas du Dr Jekyll et de M. Hyde (1886) Robert L. B. STEVENSON
PREMIÈRE PARTIE
1
C’était donc vrai. On revoyait bien sa vie défiler au ralenti devant ses yeux quelques fractions de secondes avant de mourir. Et cette vie-là avait été d’un ennui mortel. Jusqu’à ce grain de sable qui était venu enrayer la mécanique bien huilée d’une existence sans surprise. Jusqu’à l’apothéose. Jusqu’au désastre final.
2
L’ennui. C’est bien le terme qui résumait le mieux le quotidien d’Alexandre depuis qu’Elena l’avait quitté, depuis ce jour fatidique où il avait eu la sensation qu’une bombe à fragmentation s’était abattue sur lui, détruisant toutes ses certitudes, réduisant à néant ce qui constituait l’essence même de sa vie. Ce trou d’air existentiel – cette descente en piqué incontrôlable – pouvait paraître ridicule, voire pathétique. Ce n’était qu’une rupture sentimentale après tout, un mauvais moment à passer, mais toute sa vie tournait autour de son couple, autour de ce cocon qu’il s’était forgé année après année et qui, il s’en rendait compte à présent, l’avait progressivement isolé du monde extérieur. Il aurait aimé pouvoir appuyer sur la touche « pause » pour souffler, pour se reconstruire, mais le temps s’était mis à lui filer entre les doigts, insaisissable. Il se sentait prisonnier d’un gigantesque sablier dont le flux l’aspirait vers le bas, sans aucun point d’appui auquel se raccrocher. Si, il lui restait un point d’appui. Illusoire et douloureux. Des photos. Son passé. Tout paraissait déjà si lointain, presque flou. Ce fouillis de cadres-photos désassortis sur le buffet, juste en face de lui, était pourtant une piqûre de rappel permanente. Leurs premières vacances ensemble à Honfleur. Sa femme, sur la plage à marée basse, les cheveux ébouriffés par la brise marine, le regard pétillant, les bras tendus vers le ciel parcouru de nuages moutonnants. Insouciante. Souriante. Ce sourire un peu timide mais tellement touchant qui l’avait séduit immédiatement. Ce sourire qui avait fini par se figer puis s'effacer inexorablement au fil des années. L’usure du temps. Ou quelque chose de plus insidieux. Un sentiment diffus et impalpable qui s’était mué l entement en un malaise de plus en plus profond, comme le ressac sapant progressivement le pied d’une falaise et entraînant un beau jour son effondrement brutal. *** Alexandre s’approcha du buffet. Le tic-tac obsédant de la pendule à balancier tournant, qui égrenait les secondes sous son dôme de cristal, résonnait de plus en plus fort dans sa tête. Tic-tac, tic-tac… Le compte à rebours qui précède une explosion. Une douleur sourde faisait palpiter les veines de ses tempes à chaque pulsation de son cœur. Sa tête était une cocotte-minute sous pression. Il vacilla et se retint sur le rebord du meuble. « Encore une de ces foutues migraines» songea-t-il en massant avec insistance le sommet de son crâne. Plusieurs semaines qu’elles le poursuivaient sans relâche, embusquées, sournoises, frappant sans crier gare. Rien ne le soulageait, à part peut-être rester allongé dans le noir, dans ce grand lit vide dont il avait renoncé à changer les draps froissés juste pour préserver un peu plus longtemps le parfum d’un bonheur révolu. Son regard s’attarda sur les photos qui le narguaient à longueur de journée entre un bonsaï à l’abandon – lui aussi – dont les feuilles jaunies tombaient une à une sur le vernis du buffet tel un décompte funèbre et un bouddha jovial – ironique – au ventre distendu. Il aurait dû se débarrasser des photos après le départ d’Elena. Mais non, il ne pouvait se résoudre à les détruire. Elles avaient un pouvoir d’attraction inexplicable.
D’attraction et de répulsion. Elles provoquaient en lui un profond malaise mais l eur emprise était telle que sa raison avait définitivement renoncé à toute action négative à leur encontre. Il avait parfois la sensation étrange qu’elles lui parlaient, qu’elles venaient lui chuchoter des phrases énigmatiques au creux de l’oreille, comme s’il restait un mystère à éclaircir, des secrets dissimulés derrière le papier glacé. Le regard de sa femme l’accrochait et transperçait son âme chaque fois qu’il avait le malheur de le croiser. Elle le regardait droit dans les yeux, sui vant le moindre de ses mouvements, l’épiant et l’accablant de reproches permanents. Quelque chose de vivant, de prégnant, se dégageait de ces photos, une atmosphère lourde et électrique, comme cette moiteur qui précède les soirs d’orage. Alexandre secoua la tête. Cette obsession le rendait dingue. Ce n’étaient que de vulgaires photos. Des souvenirs figés sur du papier. Rien d’autre. Et pourtant... Il venait de percevoir quelque chose. Un détail auquel il n’avait jamais prêté attention auparavant et qui aurait pourtant dû lui sauter aux yeux. Il s’approcha du buffet, plissant les yeux en guise de mise au point. La réponse était là. Elle avait toujours été là. Il n’avait pas voulu la voir. Son esprit l’avait occultée pour le préserver, pour ne pas le confronter à l’évidence : il ne souriait sur aucun de ces clichés. Il semblait en retrait, distant, songeur… Ce n’était pas Elena le problème, c’était lui. Comment avait-il pu ne pas remarquer cette expression de mélancolie permanente sur son propre visage ? Il avait toujours ressenti un manque au fond de lui-même, une absence qu’Elena n’était jamais parvenue à combler. L’euphorie des premiers mois qui suivirent leur rencontre – les projets, le mariage, cette sensation de flotter sur un nuage et de survoler de manière insouciante tous les petits désagréments de la vie – avait atténué ce sentiment insaisissable d’abandon. Mais en surface uniquement. Il savait que ce manque était toujours là, profondé ment ancré, le poursuivant en arrière-plan depuis sa plus tendre enfance. Aussi loin qu’il s’en souvienne, il avait toujours eu cette nostalgie inexplicable en lui. Une nostalgie de quoi ? Peut-être le fait de n’avoir jamais eu de père ou d’avoir été élevé par une mère peu affectueuse. Des blessures de l’enfance qui fermentent, se développent telles des moisissures et finissent par vous envahir – par vous dévorer de l’intérieur –, guidant inconsciemment chacun de vos actes une fois leur métamorphose achevée à l’âge adulte. Cette histoire d’amour qui s’était soldée par un mariage aurait dû lui donner un second souffle. Mais non, dès le départ, il y avait eu ce petit quelque chose qui ne tournait pas rond. Alexandre avait toujours été asocial. Pas antisocial, non. Juste asocial. Il ne s’intéressait pas aux autres et les autres le lui rendaient bien. Pas de haine, ni de jalousie. Juste de l’indifférence. Se contenter de vivre dans un autre monde, entouré d’un brouillard permanent, d’un flou artistique dessinant autour de lui une carapace à l’épreuve des interactions sociales du quotidien parfois superficielles et souvent décevantes. Ses seules « fréquentations » étaient les amis d’El ena. Ils n’étaient pas désagréables, bien au contraire, mais c'étaient les amis d’Elena, pas les siens. Alexandre n’aimait pas les mondanités. Il avait plusieurs fois accompagné sa femme à ces dîners interminables où elle se délectait avec hypocrisie de ces conversations insipides et artificielles qui lui donnaient la sensation euphorisante, bien que total ement trompeuse, d’avoir une vie sociale trépidante. Elle paraissait épanouie et cela suffisait à Alexandre, même s’il avait la sensation d’être l’homme invisible aux yeux des autres convives, un invité f antôme qui ne dérangeait personne mais dont personne ne se préoccupait.
À bien y réfléchir, le lent travail de sape du ress ac au pied de la falaise avait débuté dès les premières années de leur mariage, mais tout avait vraiment commencé à se dégrader deux années auparavant. Un séjour chez des cousins d’Elena, au bord du lac d’Annecy. *** L’été 2017. C’est là qu’Alexandre avait senti qu’Elena commençait à lui échapper. Rien de flagrant, une accumulation d’impressions furtives. Une petite musique subliminale qui s’était amplifiée au cours des semaines suivantes. Comme un flottement, une rêverie. L’esprit qui paraît s’évader ailleurs. Une conversation qui s’arrête brutalement, sans raison apparente. Des interrogations restant sans réponse. Et puis cette façon inhabituelle qu’avait eu soudai n sa femme d’éviter son regard chaque fois qu’elle le croisait, elle qui auparavant n’hésitait pas à plonger ses yeux dans les siens comme pour le mettre au défi de lire dans ses pensées. Alexandre s’était contenté de mettre cela sur le compte du cycle sinusoïdal de la vie de couple, une baisse de régime passagère, un répit pour reprendre son souffle. Mais la courbe ne s’était plus jamais inversée. Elle avait même fini par suivre une pente descendante à une vitesse vertigineuse jusqu’à toucher le fond. Jusqu’à atteindre le point de non-retour. Leur rencontre avait été un accident, au sens propre du terme. Alexandre était ce jour-là en retard pour un entretien d’embauche chez Mondino Partners, un courtier en assurances à la réputation montante qui inondait d’écrans de pubs les chaînes d’information en continu. Il avait répondu à une offre d’emploi dans la rubrique « petites annonces » du Journal du Management. Vous avez une personnalité dynamique et vous privilégiez le contact client ? Intégrez nos équipes de commerciaux et démarrez une nouvelle car rière ! MONDINO PARTNE RS, l’assurance de choisir le meilleur courtier !! « Sans danger si l’on se conforme au mode d’emploi »avait pensé ironiquement Alexandre en référence à « Ubik » de Philip K. Dick, son roman fétiche. Son curriculum vitae et sa personnalité ne collaient pas vraiment – vraiment pas – au profil recherché mais il avait décidé de tenter sa chance. Aussi incroyable que cela pouvait paraître, il avait pris une décision. Si quelqu’un personnifiait parfaitement l’indécision, c’était bien lui ! La tergiversation devait être de loin l’activité qui lui prenait le plus de temps au quotidien. Ce n’était pas lié à un degré particulièrement élevé d’exigence. Non. Plutôt une sorte de mollesse d’esprit, une paresse intellectuelle qui le poussait sans cesse à différer, à remettre au lendemain et à se persuader que l’urgence était ailleurs. C’était un matin d’avril. Le 20. Il s’en souvenait parce que c’était le jour de l’anniversaire de sa mère, même si cela faisait des années qu’il ne le lui souhaitait plus. Il pleuvait depuis plusieurs jours sur la région parisienne et les giboulées de mars avaient débarqué avec un mois de retard cette année-là. L’hiver avait été glacial et le printemps d’une humidité à faire déprimer le plus endurci des optimistes. Les essuie-glaces ne parvenaient plus à chasser les trombes d’eau qui s’abattaient sur le pare-brise et la chaussée détrempée commençait à devenir une véritable patinoire. Sur les trottoirs, les passants couraient dans tous les sens, leurs parapluies penc hés en avant face au vent, tentant vainement d’éviter les rideaux de pluie s’écoulant des balcons et des stores des magasins.
Alexandre répétait dans sa tête les arguments qu’il allait devoir développer pendant son entretien d’embauche : dynamisme, sens de la relation client, motivation, ambition… Aucun de ces qualificatifs ne correspondait pourtant à son tempérament. Sauf, ce jour-là, la motivation. Il voulait ce poste et il l’aurait. C’est maintenant que ses cours de théâtre allaient prendre tout leur sens. Un camion de livraison venait de s’arrêter en double file, boulevard Sébastopol, enclenchant ses feux de détresse. Le chauffeur était sorti en coura nt sous la pluie battante pour ouvrir le hayon élévateur et lui avait fait signe de déboîter. Alexandre avait jeté un œil distrait dans le rétroviseur et était parvenu à s’insérer de justesse dans la file de droite entre un fourgon blindé de la Brink’s et une Fiat 500 dont la conductrice, outrée par cette queue de poisson un peu trop audacieuse, avait manifesté son agacement par des appels de phare désordonnés. Au moment où il venait de dépasser la cabine du dix-neuf tonnes en accélérant pour ne pas être prisonnier du feu qui venait de passer à l’orange, une jeune femme s’était élancée en courant sur le passage piéton, le col de son imper relevé par-dessus la tête pour ne pas mouiller son brushing. Le coup de frein avait été brutal et l’aquaplaning semblable à une valse incontrôlable. Alexandre avait vu défiler derrière son pare-brise embué la vitrine d’un fleuriste flanquée de deux énormes oliviers puis la mine effarée d’un livreur Domino’s Pizza en train de faire un écart avec son scooter pour éviter le pare-chocs avant du véhicule. La voiture s’était mise en travers de la rue, avait continué à glisser en crabe et avait fauché Elena presque au ralenti mais suffisamment fort pour lui fracturer la clavicule et lui provoquer des contusions sur les membres inférieurs. Alexandre était sorti en titubant de sa voiture, hébété, pendant que des passants se précipitaient sur la jeune femme pour lui administrer les premiers secours. Elena était étendue sur le dos en plein milieu de la chaussée détrempée, haletante comme un petit animal blessé. Ses lunettes en écaille, brisées, gisaient sur l’asphalte humide, à quelques mètres d’elle. Les mèches brunes de ses cheveux mi-longs, collées sur son visage diaphane par la pluie, et le mascara noir qui dégoulinait le long de ses joues r enforçaient cette impression de fragilité qui émanait d’elle. Alexandre ne savait quoi faire. S’excuser ? La rassurer ? Lui sourire ? Il avait envie de la prendre dans ses bras pour la défendre, de se recroqueviller autour d’elle pour l’isoler du monde extérieur mais sa timidité l’avait emporté. Il s’était contenté d’ouvrir son parapluie pour la protéger un peu et il était resté là, accro upi à ses côtés, grelottant, trempé jusqu’aux os, en attendant l’arrivée des secours. Lorsqu’une sirène s’était enfin mise à retentir, Elena avait tenté de se relever en s’appuyant sur ses coudes, grimaçante de douleur. Alexandre lui avait fait signe de rester allongée en glissant la main derrière sa tête pour lui éviter le contact froid et rugueux du bitume. Les yeux hagards d’Elena fixèrent longuement ceux d’Alexandre quand les brancardiers du SAMU firent glisser la civière à l’arrière de l’ambulance. Il n’avait perçu ni colère, ni douleur dans ce regard déboussolé. Juste de l’incompréhension et une profonde lassitude. Toute la soirée, il avait pensé à cet accident – à ce signe du destin ? Il croyait en la destinée. Rien n’était un hasard. Tout ce qui devait arriver finissait par arriver. C’était écrit. Le lendemain, il lui avait rendu visite à l’hôpital, un bouquet de tulipes roses à la main. Elle ne l’avait pas immédiatement reconnu quand il avait timidement entrouvert la porte de sa chambre en s’excusant. À demie assoupie, calée entre deux oreillers, elle lui avait fait signe d’entrer et de s’asseoir. L’atmosphère s’était rapidement détendue. Chacun avait reconnu ses torts, ils avaient ri, s’étaient racontés leurs vies.
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