Deux doigts dans la porte
97 pages
Français

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Deux doigts dans la porte , livre ebook

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Description

Dans son pensionnat de jeunes filles, Aurélie s’ennuie ferme. Elle a 16 ans, et ce qu’elle voudrait, c’est un peu d’aventure, du frisson ! Pourquoi ne pas essayer de retrouver la trace de son père, celui dont sa mère a toujours refusé de lui parler ?

Lancée sur les traces de sa famille, Aurélie joue peut-être avec le feu : violeur, fou, assassin, elle ne va pas tarder à comprendre que son mystérieux géniteur n’a pas exactement l’air du père idéal...


Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 27 janvier 2014
Nombre de lectures 4
EAN13 9791025100172
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0250€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

G.-J. ARNAUD
DEUX DOIGTS DANS LA PORTE

French Pulp Éditions
Policier



© French Pulp éditions, 2016
49 rue du moulin de la pointe
75013 Paris
Tél. : 09 86 09 73 80
Contact : contact@frenchpulpeditions.fr
www.frenchpulpeditions.fr
ISBN : 9791025100172
Dépôt légal : janvier 2014
Couverture : © Véronique Podevin
Le Code de la propriété intellectuelle et artistique interdit toute copie ou reproduction destinée à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait une contrefaçon sanctionnée par les articles L. 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.


1
Curieusement, la directrice de l’Institution Sainte-Catherine, Mme Valberte, paraissait mal à son aise, prenait des airs sournois. Aurélie pensa que la présence de sa mère la gênait, l’empêchait d’être naturelle comme d’habitude, libre de langage. Parce qu’elle cherchait ses mots, Emma Bazan devait la prendre pour une pédagogue rigide et accusatrice. Aussi se faisait-elle petite, essayant de cacher ses ongles au vernis marron, rabattant sagement sa jupe sur ses genoux spirituels.
— Oui, ma mère, dit-elle.
Le comble. Mme Valberte en rougit.
— Je ne suis pas religieuse. Il n’y en a plus une seule dans l’école. L’évêché nous loue les locaux, à certaines conditions bien sûr, mais nous avons opté pour une éducation libérale.
— Oui, je comprends, murmura Emma Bazan toujours inquiète.
Elle croyait que tout le monde lui en voulait pour son joli visage de poupée, son air enfantin et surtout d’avoir, à trente ans, une fille de quinze ans qui pouvait passer pour sa sœur.
— Mais cette fois Aurélie a exagéré, en compagnie de son éternelle complice Clarisse Maistre.
Les sourcils froncés, essayant de se donner un air réprobateur, Emma se tourna vers sa fille Aurélie qui eut envie de pouffer.
— Bien sûr, elles peuvent danser le soir dans le foyer, ou aller regarder la télévision. Mais l’autre soir c’était différent… Malsain et provocateur.
Aurélie regardait par la fenêtre grande ouverte. On était fin octobre et il faisait encore très chaud. On sentait la mer à deux pas, les pins et le goudron chaud.
— Où aviez-vous trouvé ces déguisements ?
— Aurélie, gémit Emma, répond à Mme la sup… la directrice.
La jeune fille ouvrit ses grands yeux verts avec le maximum de naïveté.
— Je ne sais pas.
— Peu importe, dit Mme Valberte, peu soucieuse de jouer les juges d’instruction. Le fait est que le spectacle est devenu rapidement… Vous comprenez, madame Bazan, nous avons des gamines de dix ans…
Dans la tête d’Aurélie le tango de la bande sonore du Conformiste, joué sur un rythme trop rapide, se faisait soudain obsédant. Clarisse et elle étaient folles de ce film et de la fameuse danse de Stefania Sandrelli et de Dominique Sanda. Et un soir, prises de vertige, elles avaient dansé comme dans le film, grâce à une cassette, affublées de robes rétro style 1930, les autres filles muettes de stupeur et d’envie, boudins irrécupérables n’aimant que Claude François et Sheila, admirant ces deux amies longues, minces, pleines de grâce et lointaines. Clarisse la faisait ployer en arrière, une jambe entre les siennes, faisait mine de la baiser sur la bouche. Puis à la fin, lorsqu’elle la renversa, leurs bouches s’unirent vraiment. Depuis un moment la surveillante guettait à travers la vitre, ne sachant que faire. Le baiser fut un choc pour cette fille disgracieuse prise elle aussi aux charmes de cette exhibition troublante. Et les autres petites connes qui criaient : « Attendez d’être dans vos cabines » ; « Salopes » ; « C’est dégueulasse ». Alors que la plupart se mouraient de langueur les unes pour les autres, se retrouvaient dans les pires endroits, les chiottes ou les caves, pour se caresser.
Première convocation devant Mme Valberte. La plus embarrassée des trois d’ailleurs.
« – Écoutez, vous me mettez dans une situation impossible… La surveillante a fait un rapport et je ne peux l’enterrer… »
« – Mon père il me tue si vous lui dites tout, avait alors affirmé Clarisse, forçant sur son accent méridional et se donnant l’air le plus stupide, ce qui avait amené un sourire sur la bouche maquillée de la directrice qui avait répondu :
« – Ne me jouez pas la comédie, Clarisse. Nous ne sommes des oies blanches ni les unes ni les autres. »
Cette femme qui avait le chic pour créer une complicité amicale, voire sensuelle en temps ordinaire, Aurélie ne la reconnaissait pas en face de sa mère. Les deux femmes s’intimidaient réciproquement. Pourtant si Mme Valberte avait su combien Emma Bazan était frivole, si gentiment amorale… Bien qu’elle en parût scandalisée, sa mère se moquait qu’on accusât sa fille d’entretenir des relations coupables avec une camarade de pension. Cette visite, ce temps perdu devaient lui donner des regrets. Peut-être avait-elle un rendez-vous avec un homme car ses petites mains élégantes ne cessaient de s’agiter.
— Je n’ai pas prévenu les parents de Clarisse… M. Maistre est tellement sévère… Mais je risque de le regretter si votre fille et elle persistent… Du moins se donnent en spectacle.
D’un oeil oblique, Aurélie constata que sa mère n’avait pas bronché devant l’énormité de la chose. Elles pouvaient continuer à coucher ensemble, à la condition qu’il n’y ait plus de scandale. Elle baissa la tête pour réprimer un sourire qui menaçait de fuser en fou rire.
— Cependant, je voulais avoir une conversation avec vous. Comme vous avez élevé votre fille toute seule…
Essayant de prendre son air humble de fille mère ou de mère célibataire, en quelques années elle était passée d’un état à l’autre sans en découvrir les avantages, Emma Bazan soupira :
— Nous sommes très proches, en effet.
Étonnante maman. En quelques mots elle entrouvrait le rideau de leur intimité sur d’imaginaires tendresses, des secrets douloureux, des petites joies popotes. Mais jamais Aurélie ne pourrait lui en vouloir pour ce mensonge, pieux en quelque sorte. Oubliées la crèche jusqu’à trois ans, l’école maternelle qui se prolongeait d’une garderie jusqu’aux heures tardives et noires de l’avant-nuit, et ces mêmes nuits où, se réveillant en sursaut, elle pouvait hurler en vain de terreur, Emma ayant disparu jusqu’à l’aube ou gémissant sous le poids d’un amant. Très tôt Aurélie avait compris l’inanité de ses cris, s’était repliée sur elle-même comme une fleur froissée. Une fleur noire se complaisait-elle à penser, pour ne s’épanouir que dans la tendre amitié de Clarisse.
— Et, d’autre part, madame Bazan, vous connaissez la situation ?
Non, visiblement, Emma ne comprenait pas plus que sa fille. Aurélie joua les indifférentes en regardant planer les feuilles des platanes énormes de la cour.
— L’institution a reçu un jour une somme importante… À cette époque nous avions de grosses difficultés… Nous en avons toujours autant, d’ailleurs. Les intérêts couvrent tous les frais de pension et d’études… Au-delà même, puisqu’il a été prévu un budget vêtements, argent de poche…
— Ah ! oui, fit sottement Emma en se souvenant. C’est normal, n’est-ce pas ? Le père a voulu participer…
Le père ! Le chiffre trois flamboya entre les feuilles jaunes des platanes. Trois fois que le mot père sortait de la bouche d’Emma, sa mère. Et elle se souvenait des deux autres. À six ans, un coup de téléphone, chez des voisins. À cette époque, elles habitaient un immeuble neuf à Cimiez. « C’était ton père », lui avait dit Emma en raccrochant. Puis elle avait discuté avec les voisins. La seconde fois se situait vers ses dix ans. Alors Aurélie se déguisait continuellement.
Dès qu’elle sortait de classe, elle était danseuse, princesse ou fée. Inlassablement, durant des mois. « Ton père aussi aimait se déguiser. » Jamais elle n’avait précisé en quoi il aimait le faire. À cause du Carnaval de Nice, elle avait longtemps imaginé cet homme mystérieux avec une grosse tête en carton, de celles qui font au moins deux mètres de diamètre. Et cette révélation avait porté quelques fruits, des cauchemars effrayants et doux à la fois, où une grosse tête s

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