Échec à la dame
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Échec à la dame , livre ebook

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Description

Maître Bédarieux est retrouvé poignardé dans son bureau.


Le commissaire Odilon QUENTIN est chargé de l’enquête avec les recommandations de son supérieur et des hautes instances de la magistrature de veiller à trouver le meurtrier sans mettre à mal la réputation du défunt.


Mais le policier n’est pas homme à marcher sur des œufs. Pour lui, seule la Justice compte.


En épluchant le passé de la victime, Odilon QUENTIN se rend compte qu’entre la vie professionnelle de l’avocat et sa vie intime très mouvementée, les suspects ayant un mobile pour le tuer sont nombreux...


Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 5
EAN13 9782373473827
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0007€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Odilon QUENTIN
* 36 *
ÉCHEC À LA DAME
Roman policier
par Charles RICHEBOURG
CHAPITRE PREMIER
LA TÊTE D'UN HOMME
Après la plaidoirie de Maître Parentis, second avoc at de la défense, le président Maxime de la Héraudière annonça la suspen sion d'audience.
Tout le monde accueillit cette diversion en poussan t un soupir de soulagement. D'abord parce qu'il régnait dans l'éno rme prétoire une atmosphère lourde, suffocante, imputable à la chaleur artifici elle du chauffage central ; ensuite parce qu'un procès en Cour d'Assises entraî ne toujours une tension épuisante.
Même les curieux qui assistent aux débats en simple s spectateurs subissent cette espèce d'envoûtement : ils participent au dra me qui se déroule sous leurs yeux, et inconsciemment, ils partagent l'angoisse d e l'accusé aussi bien que les scrupules des membres du jury.
Au cours du réquisitoire, ils approuvent sans réser ve l'avocat général qui réclame justice au nom de la Société ; mais dès que les défenseurs font vibrer la plainte humaine, implorant pitié pour l'égaré qui s 'est laissé entraîner par les élans sauvages de ses passions, ils sont tout prêts à lui accorder des circonstances atténuantes, à lui découvrir des moti fs de justification, parfois même des causes d'excuse.
Ces états d'âme se succèdent sans transition ; les deux sons de cloche sont si rapprochés l'un de l'autre qu'ils se heurtent da ns un fracas assourdissant de contradictions. Des idées générales s'affrontent, a ussi vieilles que l'humanité : le droit à la vie – la grandeur du pardon – le respect de la loi – la noblesse de la clémence... Comment concilier tout cela ?
Puis, il y a le cadre : cette salle gigantesque, la mbrissée de boiseries de chêne patiné ; les acteurs de la tragédie : magistr ats impassibles sous leur robe rouge, huissiers, jurés, gardes ; et surtout, lamen table de faiblesse en face de la pompe que déploie le formidable appareil judiciaire , l'accusé, seul dans son box, derrière le banc de ses avocats.
La majesté de la Justice prend ici sa véritable sig nification ; dans cette enceinte somptueuse et austère, elle apparaît froid e, sereine, implacable. Les symboles ne sont plus des images tirées de la ficti on : la balance pèse les consciences ; le glaive consomme l'œuvre d'expiatio n. Les maximes elles-mêmes éclatent comme des coups de cymbales, dans le ur brutale concision : « Dura lex, sed lex ! »
Enfin, par-dessus tout cela, plane la vision sinist re d'une cour de prison où se dresse la guillotine, dans la grisaille d'un mat in glauque et pluvieux ; le
bourreau est là, entouré de ses aides... et après q uelques sordides formalités administratives, une tête tombe, dans la corbeille d'osier remplie de son. Au fond, c'est ça, une Cour d'Assises !
Les journalistes avaient accepté l'intermède comme une délivrance, et dans le brouhaha de l'évacuation momentanée de la salle, glissant en poche stylos à bille et carnets couverts de pattes de mouches, ils s'étaient retrouvés dans le couloir, où déjà flottait le nuage bleuté de la fum ée des cigarettes.
Martine Furnelles serrait dans son petit poing cris pé un bel agenda relié de maroquin vert jade, et comme elle manquait d'expéri ence puisque c'était son premier reportage sérieux, elle lança un regard cha rgé de muette imploration dans la direction de Maurice Delaroche qui lui répo ndit par un sourire amical.
Ce gros homme débraillé remplissait depuis près de vingt ans les fonctions de chroniqueur judiciaire auxDernières Nouvelles; c'était un vieux de la vieille ; il connaissait la faune du Palais depuis le plus in fime des huissiers jusqu'au Premier Président de la Cour de Cassation...
L'interview d'une telle personnalité serait riche d 'enseignements ; et rassemblant les débris de son courage en déroute, l a jeune Martine s'approcha du vétéran, décidée à lui poser la question qui lui brûlait les lèvres :
— Qu'en pensez-vous ?... murmura-t-elle André Lenoir sera-t-il condamné à mort ?
d'une
voix
sans
timbre.
Il répondit par une autre interrogation, tandis qu' une étincelle d'amusement faisait pétiller son petit œil gris, farci de malic e goguenarde :
— Quel canard représentez-vous ?
Vous et Moi...le grand hebdomadaire de la fiancée moderne.
— C'est magnifique ! Et puisque la confraternité m'y autorise, permettez-moi de vous donner un conseil d'utilité pratique : remi sez dans votre sac cet album de poésies démodé, recouvert de cuir précieux !
Elle sentit une larme perler au coin de sa paupière ; d'abord parce qu'elle aimait son bel agenda de cuir vert jade ; et puis, surtout, parce qu'elle croyait qu'il raillait, trahissant la juvénile confiance qu 'elle avait mise en lui.
— Pourquoi ?... balbutia-t-elle avec plus de triste sse que de rancœur.
— Parce qu'il vous rend ridicule ! Tenez ! Prenez c es feuillets ; ça fait plus sérieux.
Et discrètement, il lui passa toute une liasse de f ormulaires télégraphiques qu'il avait chapardés dans un bureau de poste ; pui s, hochant la tête, il ajouta :
— À votre place, je m'attarderais moins aux péripét ies du procès qu'à l'ambiance de la salle. Vos lectrices se moquent ép erdument des questions de
procédure ; ce qu'elles cherchent, c'est l'émotion, la note sentimentale... Avez-vous remarqué la jeune femme rousse, au premier ran g de l'enceinte réservée au public ?... Oui ; celle dont le regard tragique semble interroger le vide ! Elle est belle, n'est-ce pas ?... Eh bien, avec ce seul personnage, il y a moyen d'écrire un papier du tonnerre !
— Qui est-ce ?
— Marcelle Courgeon, la maîtresse du petit Lenoir q ue l'on est en train de juger. Croyez-moi ! La torture de cette femme, le d rame poignant dont son cerveau est le théâtre dépassent en intensité la pa rodie spectaculaire à laquelle nous assistons. Mettez tout cela en musique, et vot re premier reportage vous vaudra les félicitations de votre rédacteur en chef.
— Merci pour le conseil ! s'écria l'apprentie avec feu. J'en ferai mon profit.
— Vous pourriez intituler votre article « Cherchez la femme », poursuivit le vieux journaliste. Certains attribuent la paternité de cet adage à Talleyrand, d'autres, au Président Dupaty. Au fond, c'est sans intérêt : l'aphorisme est vrai, et cela seul importe. Dans la plupart des affaires criminelles comme dans la vie courante, les sentiments qu'inspirent les femmes se rvent de mobile aux actions des hommes, aussi bien les bonnes que les mauvaises . Et m'appuyant sur cette théorie, j'affirme en mon âme et conscience que la véritable coupable en cette affaire, c'est Marcelle Courgeon !
— Croyez-vous cette superbe créature capable d'assa ssiner une vieille rentière sans défense ?
— Je n'ai jamais soutenu une telle hérésie ! Je pré tends simplement que Lenoir a zigouillé la rombière pour couvrir son ami e d'or et de bijoux. En fait, elle est l'inspiratrice, lacause profondece crime crapuleux. Mais le malheur, de voyez-vous, c'est que, des causes profondes, la Jus tice s'en fout ! Pourtant...
Il laissa la phrase en suspens, permettant à son in terlocutrice de la compléter suivant le caprice de son humeur ; mais e lle préféra abandonner les sphères élevées de la philosophie pour retomber sur le terrain solide des réalités.
— Comment trouvez-vous le procès ?... Intéressant, n'est-ce pas ?
— Tout à fait quelconque ! Lastignac, l'avocat géné ral, a soutenu l'accusation mollement ; pourtant, il sait faire pr euve de mordant à l'occasion. Nollet, le premier des deux défenseurs de Lenoir, e st plus habitué à plaider au Civil qu'au Répressif. Cela se remarque tout de sui te d'ailleurs ; il est trop calme, trop pondéré, trop froid pour faire un bon avocat d 'Assises. Il faut une éloquence fougueuse si l'on veut entraîner la conviction d'un jury !
— Et Maître Parentis ?... Je l'ai trouvé merveilleu x !
— C'est un de nos grands ténors en effet ! Il a déb ité les lieux communs
habituels, mais sur le ton qui convenait, et en fai sant des effets de manches. Son évocation de l'adolescence pitoyable de l'accus é était un beau morceau d'éloquence judiciaire. Par contre, Édouard Bédarie ux, l'avocat de la partie civile, a été lamentable ; du moins jusqu'à présent. Il bafouillait, ma parole !
— Ah ?... C'est le long maigre qui a réclamé un fra nc de dommages et intérêts ?
— Oui.
— Je me demande pourquoi il s'est borné à demander ce montant ridicule...
— Afin de démontrer que les héritiers de la victime ne font pas de ce procès une affaire d'argent. Le franc qu'ils exigent est s ymbolique, et il leur permettra de joindre leurs revendications personnelles à celles que l'avocat général présente au nom de la Société.
— En tout cas, Maître Bédarieux m'a paru bien falot !
— Incontestablement ! Mais le bel Édouard est plus rusé qu'un renard ; il feint l'indifférence pour inspirer confiance aux dé fenseurs ; et lorsqu'il sera trop tard, au moment des répliques, il foncera sur l'adv ersaire avec la férocité de l'épervier qui attaque une colombe dans un ciel san s nuages. C'est un système chez lui !
— Quelle impression vous a faite André Lenoir ?
— Excellente ! C'est un petit gars courageux, loyal et régulier. Je lui tire mon chapeau !
La réponse avait claqué, sèche comme un coup de fou et, éclatante de sincérité, et la jeune fille en eut le souffle coup é :
— Vous plaisantez !... Vous trouvez cet assassin ré ellement sympathique ?
Maurice Delaroche toisa son interlocutrice en hauss ant les épaules avec une commisération légèrement dédaigneuse :
— Voilà bien la coupable légèreté des femmes... gro mmela-t-il. Ne me faites donc pas dire des choses que je n'ai pas exprimées, jeune dame ! Et permettez-moi de maintenir mes trois qualificatifs. Pour en c omprendre l'exacte signification, faites un effort et suivez mon raiso nnement.
« Depuis sa plus tendre enfance, André Lenoir vit e n marge de la société régulière et il appartient au monde interlope qu'il est convenu d'appeler « la pègre ». Il en respecte scrupuleusement les lois ta cites ; et au cours d'une instruction qui a duré des mois, pendant des centai nes d'heures d'interrogatoire, pas une fois il n'a enfreint la consigne de silence qui est le premier impératif du code du milieu.
« Vis-à-vis de sa caste, il s'est donc montré d'une loyauté à toute épreuve ; il
s'est conduit comme un parfait gentilhomme en espad rilles. En dépit des efforts de la police, il a refusé de dénoncer ses complices ; or, il est prouvé qu'il en avait. Je puis donc soutenir en toute équité qu'il ait été régulier. Enfin, il est également courageux, puisqu'il endosse volontaireme nt l'entièreté d'une responsabilité qui ne lui incombe qu'en partie. »
Martine Furnelles ne voulut pas insister, de craint e de se couvrir de ridicule ; elle ne savait si elle devait interpréter ces parad oxes comme une boutade, un assemblage de sophismes, ou une profession de foi ; et plutôt que de commettre une irréparable bévue, elle passa délibér ément au petit jeu des pronostics :
— À combien pensez-vous qu'il sera condamné ?
— Dans l'état actuel de la question, à vingt ans. L a conviction des jurés est fortement ébranlée en ce qui concerne la préméditat ion ; d'autre part, l'accusé bénéficiera de circonstances atténuantes grâce à l' éloquence de Maître Parentis. Mais il est prématuré de conclure : Bédar ieux peut renverser tout cela, par une de ces interventions fulgurantes dont il po ssède le secret.
Une sonnerie électrique aigrelette annonça la repri se des débats, et après avoir fièrement étalé devant elle les formules post ales dues à la générosité de Maurice Delaroche, la jeune journaliste deVous et Moi reprit sa place, surveillant anxieusement les réactions du visage to urmenté de la belle femme rousse qui avait fait de son amant un assassin.
Le chroniqueur judiciaire desDernières Nouvellesvu juste : au avait moment où le Président de la Héraudière prononça la phrase sacramentelle : « La parole est à la partie civile pour la réplique », un étrange frisson passa sur l'assemblée.
On sentait confusément que c'en était fait de l'hab ituel bla-bla des audiences sans relief...
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