Ensemble un nouveau monde
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Description

L'année de leur dix-huit ans, Hélios et Sélène, des jumeaux qui ont grandi dans la ferme de Kerlastre avec leur père, voient leur avenir complètement bouleversé.

Une convocation du Dirigeant les oblige à participer à la récolte des pierres magiques que seule la Source délivre chaque année, grâce à l'alignement parfait des lunes et planètes du système solaire.

De Norcaniens sans pouvoirs et discriminés, ils vont devenir des Anigaris célèbres et puissants, mais ils devront faire face aux secrets du passé de leur mère, dont ils ne savent presque rien.
​​​​​​​
Découvrant ce nouveau monde où les disparités règnent, Hélios, Sélène et leurs nouveaux amis devront accepter leur avenir ou se battre pour changer les choses.

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Publié par
Nombre de lectures 0
EAN13 9782492923050
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0030€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Ensemble
 
Un nouveau monde
Tome 1

Marine Aimar
 
«   Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayant cause, est illicite et constitue une contrefaçon, aux termes des articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. Tous droits réservés. Les peines privatives de liberté, en matière de contrefaçon dans le droit pénal français, ont été récemment alourdies : depuis 2004, la contrefaçon est punie de trois ans d’emprisonnement et de 300   000 € d’amende.   »
 
©2021 Marine Aimar
©First Flight éditions
Dépôt légal : Septembre 2021
Image : Pixabay
Illustration : Dragonfly
ISBN : 9782492923050
 
Table des matières
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Chapitre 22
Chapitre 23
Chapitre 24
Chapitre 25
Chapitre 26
Chapitre 27
Chapitre 28
Chapitre 29
Chapitre 30
Chapitre 31
Chapitre 32
Chapitre 33
Chapitre 34
Remerciements


Pour Charlie, qui est comme l’eau, indispensable à ma vie.
Pour Lucas, la lumière qui a éclairé mon cœur
 
 

 
 
Chapitre 1
 
Le jour se lève sur la vallée de Kerlastre, l’air chaud et lourd de ce mois d’août étouffe ses habitants. Les rayons du soleil commencent à percer le ciel et l’un d’eux, traversant une fenêtre, atterrit sur le visage d’un jeune homme encore endormi. Il grimace et met la couverture sur sa tête pour essayer de roupiller quelques minutes supplémentaires, mais l’odeur du petit déjeuner qui s’élève du rez-de-chaussée a raison de son estomac qui gargouille bruyamment.
Il se lève d’un bond, de toute façon il ne peut plus trouver le sommeil à cause de son ventre vide et de la chaleur régnant dans la pièce. Sa chambre exiguë, mais suffisante pour contenir son lit une place, dispose aussi d’une armoire pour ranger les quelques vêtements qu’il possède et un bureau où s’empilent des livres abîmés. Il enfile un vieux pantalon marron et une chemise jaunie par le temps, puis descend les escaliers qui craquent dès que l’on pose un pied sur les marches. Il entre dans la cuisine pour prendre son petit déjeuner, comme chaque matin, avec sa famille. Son père est en train de faire griller du pain et sur la table trônent déjà des œufs et du bacon. La cafetière fume encore et son arôme envahit ses narines.
—  Bonjour, Père.
— Bonjour Fils, as-tu bien dormi   ?
— Bof.
Il s’assoit lourdement sur une chaise en bois qui grince légèrement et se sert un café noir sans sucre. Il boit une gorgée puis souffle de contentement. La cuisine de la ferme familiale est spacieuse, un évier en pierre rempli de vaisselle trône contre le mur, une porte donne sur la cour de derrière. Le mobilier est usé, terne, ils ne possèdent que ce qui demeure nécessaire à leur confort et ils n’ont pas les moyens de s’offrir des choses superflues.
Le jeune homme commence à manger quand son père le réprimande :
— Hélios, attends ta sœur s’il te plaît   !
— Où est-elle encore   ? demande Hélios la bouche pleine.
— Elle est partie nous cueillir quelques fruits à la ferme d’à côté, elle ne va pas tarder à arriver, alors patientons, c’est important   ! lui répond son père avec un regard de reproche alternant du visage de son fils à la tartine qu’il a presque entièrement avalée.
— Je ne vois pas ce que ça change, je meurs de faim et j’ai du travail qui m’attend, dit-il avec détachement.
— C’est comme ça, nous prendrons le petit déjeuner tous les trois.
Hélios jette un coup d’œil à son père et pose ses couverts dans son assiette. Son père a raison, ils ont toujours partagé leur repas ensemble et il sait que cette tradition compte pour sa famille.
— Dois-je faire quelque chose en particulier à la ferme aujourd’hui, Papa   ? demande Hélios.
— Les champs sont ta priorité.
— Je le sais bien, mais as-tu besoin de mon aide pour autre chose   ?
— Non ça ira, ta sœur m’épaulera pour le reste et le bois peut attendre que je m’en occupe, lui répond-il tout en continuant sa tâche.
— Je disais cela pour t’aider. Tu dis toujours que je n’en fais pas assez ici.
— À quoi bon Hélios   ? Je sais que tu n’aimes pas faire ce que je te demande et tu n’as qu’une hâte c’est de retourner à tes lectures.
— Cela ne signifie pas que je ne peux pas entretenir la ferme.
— Fais seulement la tâche qui t’est donnée, puis retourne à tes livres, je m’occupe du reste avec ta sœur   ! achève-t-il sans lui accorder un regard.
— Ce n’est pas ce que tu attends de moi, je le sais bien, le défie Hélios.
— Hélios, ne cherche pas le conflit de bon matin. Pour une fois que je vais dans ton sens, accepte-le sans faire d’histoire, dit-il fermement en lui décochant un regard de travers.
Hélios contemple son père et remarque qu’il a les traits tirés ce matin. Aegidius Meynat a la quarantaine, c’est un homme grand et fort, le travail à la ferme a bâti son corps solidement, tout comme celui de son fils. Son profil est dur, frappé par la fatigue et les épreuves de la vie, ses cheveux grisonnants témoignent du temps qui passe. Il est veuf depuis huit ans, la maladie ayant emporté sa femme, Aegidius a élevé seul ses enfants.
C’est un père bon et généreux, il a fait de son mieux pour les éduquer et leur a inculqué les valeurs essentielles comme le travail et l’altruisme.
Hélios ne lui ressemble pas beaucoup, mis à part sa carrure, il a surtout hérité du visage fin et pâle de sa mère, avec des taches de rousseur et des fossettes au coin des joues. Ses yeux verts sont uniques, car aucun de ses deux parents ne possède cette couleur. C’est un garçon intelligent qui vit dans la frustration de ne pas être à sa place. La vie de fermier ne lui convient pas, ce qui constitue le principal conflit qu’il a avec son père.
Ses cheveux bruns sont toujours en bataille et il a pris l’habitude d’y glisser la main pour tenter de les discipliner, ce qui a le don d’exaspérer Aegidius.
— Tu devrais les couper.
— Oh non, Père, ça suffit avec ça, je ne les couperai pas, dit Hélios en se frottant le sommet du crâne pour montrer sa désapprobation.
— Je trouve que cette coiffure te donne un air rebelle.
La voix douce de sa sœur surgit de la porte de derrière, elle tient dans ses bras un panier en osier rempli de pommes rouges et le pose sur la table avant d’aller embrasser son père sur la joue et de s’asseoir en face de son frère. C’est une jeune femme rayonnante de beauté, de joie de vivre, maigrichonne avec sa peau laiteuse et ses longs cheveux bruns ondulés qui encadrent son visage fin et font ressortir le bleu de ses yeux : elle ne laisse personne indifférent.
— Sélène, ma chérie, nous t’attendions pour prendre le petit déjeuner.
Aegidius sourit tendrement à sa fille et s’installe entre ses deux enfants avant de servir les mets qu’il a préparés.
— J’espère que je n’ai pas trop tardé.
— Une attente interminable   ! s’exclame Hélios en croquant dans une pomme, un rictus moqueur au coin des lèvres.
— Ne l’écoute pas, ton frère ne pense qu’à son estomac.
La petite famille rit de bon cœur et mange ensemble avec appétit. Quand le petit déjeuner est englouti, Hélios se lève de table, mais avant qu’il n’ait pu effectuer un pas de plus, son père lui demande de rester assis. Il s’exécute en observant sa sœur qui paraît tout aussi surprise que lui.
Il est rare que leur père leur fasse de longs discours, il se contente des repas pour débattre avec son fils, car ils ont du mal à communiquer tous les deux, contrairement à Sélène qui passe des heures avec lui et se confie aisément.
— Mes enfants, je dois vous annoncer quelque chose, dit Aegidius en tendant ses mains pour attraper celles de ses enfants posées sur la vaste table de leur cuisine. Vous avez reçu des convocations pour la récolte de cette année.
Tous deux écarquillent leurs yeux de surprise et la bouche d’Hélios s’ouvre et se referme aussitôt, le visage renfrogné. Aegidius lâche les mains de ses enfants et dépose deux enveloppes frappées du sceau de la capitale.
— Pour la récolte   ? interroge Sélène sans comprendre où son père veut en venir et tout en jetant des regards inquiets à son frère jumeau.
— Comment se fait-il que nous soyons convoqués   ?
Hélios saisit les enveloppes qui leur sont adressées.
La convocation leur demande de se présenter au contrôle obligatoire à l’aérotéléport de Kerlastre dans deux jours, où ils seront emmenés pour participer à la récolte près de la Source.
— Je ne comprends pas, comment est-ce possible   ? finit par lancer Hélios à son père après sa lecture.
— Nous sommes des Norcaniens, nous ne devrions pas avoir accès à la récolte, je me trompe   ? conclut Sélène. Seuls les Anigaris de lignée ou les Médians y ont droit.
Aegidius a la gorge serrée et se décide finalement à parler pour rompre le doute persistant qu’il discerne dans les pupilles de ses enfants.
— Votre mère était… une Anigaris.
Sélène et Hélios écarquillent de nouveau leurs yeux et se regardent ne sachant pas si leur père devient fou ou s’il veut simplement leur faire une mauvaise plaisanterie.
— Mais qu’est-ce que tu racontes   ? demande Hélios dans l’incompréhension la plus totale.
— Papa tu perds la tête   ! Maman n’a jamais eu de pouvoir ni de pierre.
— Helena a renoncé à ses pouvoirs avant votre naissance.
Aegidius continue d’observer ses enfants, abasourdis par cette révélation, une nouvelle qui change tout sur leurs origines et leur avenir.
— Je ne comprends pas… Pourquoi nous l’avoir caché   ? s’enquiert Sélène avec douceur.
— C’est ce qu’elle désirait. Elle espérait que vous viviez une vie simple comme des Norcaniens et que jamais vous ne seriez convoqués pour participer à tout ça.
— Comment ça   ? Maman t’a demandé de nous mentir jusqu’au jour de la récolte   ? Hélios se lève et fait les cent pas, sentant la fureur monter en lui.
— Hélios calme-toi   ! lance Sélène remarquant la colère de son frère gagner du terrain.
— Non je ne me calmerai pas   ! C’est énorme. Explique-toi   ! rugit-il à son père, ne pouvant plus contenir ses émotions.
Aegidius se lève pour faire face à son fils, il le domine d’une tête et lui lance avec sévérité :
— Nous avons décidé, votre mère et moi, de ne rien vous dire, car nous ne pensions pas que ce serait nécessaire. Elle voulait vous protéger de la magie et de ses dangers. Je ne comprends pas comment c’est possible, comment vous ont-ils identifiés   ? s’inquiète-t-il.
— Si vous avez caché la nature de maman durant toutes ces années, comment ont-ils su que nous étions des Médians alors   ? demande Hélios un peu plus calmement devant l’état anxieux de son père.
— Je n’en sais rien   ! rétorque ce dernier, furieux à son tour, provoquant un nouveau regard assassin de la part d’Hélios pendant que Sélène les observe avec nervosité.
La tension est palpable dans la pièce, les deux individus se font face et campent sur leurs positions. Hélios se laisse finalement tomber sur sa chaise, l’air las et Sélène demande à son père :
— Nous sommes obligés d’y aller   ?
— Oui, s’ils savent que vous êtes des Médians, vous devez vous présenter pour la récolte.
Aegidius se rassoit et blottit sa tête entre ses mains. Le jour qu’il redoutait tant est arrivé et sa femme n’est plus là pour l’affronter avec lui. C’était elle qui maîtrisait le plus ce monde, qui parlait aux gens et leur donnait confiance. Lui, est un simple agriculteur, usé par l’âge et le travail et il ne sait pas comment il peut protéger ses enfants de cette société dont il ne connaît que peu de choses.
— Ça veut dire qu’on peut devenir des Anigaris   ? demande Hélios après un certain temps.
— Vous l’êtes sûrement. La famille de votre mère était très reconnue et respectée. Faites attention, certains vous voudront sans doute du mal. Votre mère est revenue ici pour s’éloigner de quelque chose ou de quelqu’un, je l’ignore, elle n’a jamais voulu m’en parler.
Hélios et Sélène écoutent leur père avec gravité, un silence s’abat sur la ferme après le choc de cette nouvelle. Aegidius se lève et part en direction de la ferme pour débuter son travail, laissant ses enfants dans le doute et l’incompréhension.
— Comment ont-ils pu nous cacher ça   ? rugit Hélios, poussé par la colère.
— Je ne comprends pas non plus, souffle Sélène adressant un regard d’inquiétude envers son jumeau.
— Ne t’en fais pas Sélène, je te protégerai quoi qu’il advienne.
— Nous serons toujours ensemble, Hélios, je ne me fais pas de souci là-dessus, mais je m’interroge sur la façon dont nous avons été retrouvés.
— C’est la seule chose qui te préoccupe   ? Alors que nos parents nous ont menti. Tu te rends compte de la vie différente que nous aurions eue en tant que Médian si maman n’avait pas rejeté son statut d’Anigaris   ?
— Je n’ai pas envie de me focaliser sur ce qui aurait dû arriver, mais plutôt sur ce qu’il va se passer, Hélios. J’ai confiance en nos parents, s’ils ont fait cela c’est pour une bonne raison, s’exclame Sélène sûre d’elle. En revanche, papa n’a pas l’air de savoir beaucoup de choses et son inquiétude m’angoisse encore plus.
— Moi ça me révolte, nous aurions dû avoir accès à une meilleure éducation, à plus de droits, de richesses et à un statut avantageux. Ce n’est pas ça prendre soin de sa famille, ils ont été égoïstes, termine Hélios en se levant.
— Tu ne penses pas ce que tu dis, j’espère. Tu ne connais même pas les raisons pour lesquelles maman a nié sa véritable nature.
— Qui serait assez bête pour renier la magie et le pouvoir   ?
— Notre mère apparemment, s’emporte Sélène en se levant à son tour.
Bien qu’elle soit plus petite que son frère elle ne veut pas lui laisser l’impression de dominer cette conversation dont l’issue aboutirait à une dispute.
— Sélène, lance Hélios avec plus de douceur, je ne dis pas que maman était mauvaise ou stupide, simplement que ce n’est pas normal qu’elle ait fait ce choix.
— Je ne préfère pas juger son choix, leur choix, tant que je n’ai pas tous les éléments à ma disposition. Et puis qui est égoïste ici   ? Nous n’avons peut-être pas de pouvoirs ni de richesse, mais as-tu manqué d’amour ou d’autre chose pendant notre enfance   ? demande-t-elle avec colère à son jumeau qui ne répond pas.
Sélène sort, laissant son frère réfléchir et se calmer, préférant aller aider son père à traire les chèvres comme elle le fait chaque matin.
Quand elle arrive à l’étable, elle saisit un tabouret et se met à traire rapidement, elle fait ça avec aisance et aime soulager les mamelles enflées et engorgées de la chèvre.
Au bout d’un certain temps, elle brise le silence.
— Papa, pourquoi tu ne nous as rien dit   ?
Aegidius lève les yeux vers sa fille et la culpabilité le gagne immédiatement. Elle a la douceur de sa mère et n’est pas une fille difficile : elle se salit les mains, se fait mal au dos, aide dès qu’elle le peut et Aegidius ressent une fierté pour sa petite fille qui est devenue adulte suite aux épreuves de la vie.
— Helena voulait garder le secret. Je n’ai jamais pu me résoudre à vous le dire et si la convocation n’était pas arrivée, vous ne l’auriez jamais su   ! tranche-t-il.
— Ça ne te ressemble pas les secrets et les mensonges. Il y a autre chose que nous devrions savoir Hélios et moi   ?
— Tu ne sais pas tout de ton vieux père, Sélène, et parfois certains secrets doivent rester enfouis et oubliés pour le bien de tous.
— Ce n’est pas ce que tu m’as appris. Tu me fais peur à parler comme ça papa.
— Pardonne-moi Sélène, je t’ai dit tout ce que tu dois savoir, je sais que vous m’en voulez et je ne veux pas que vous y alliez. La magie est dangereuse et change les gens.
— Nous pouvons refuser, peut-être que nous pourrions demander à rester des Norcaniens.
— Seule la Source décide de ce que vous allez devenir.
— Maman détenait quel genre de pouvoir   ? Je n’ai pas vraiment envie de me retrouver avec des cornes ou des branchies, sourit Sélène.
— La magie de l’esprit était celle de ta famille maternelle, ne t’inquiète pas, tu n’auras rien d’apparent, répond son père dans un sourire complice.
— Où est sa famille   ? Je pensais que maman était orpheline.
— Ils sont morts, ne cherche pas d’histoire là où il n’y en a pas. Va aider le fils Marvies avec les chevaux, j’ai besoin d’un peu de solitude, répond-il à contrecœur pour couper court à la conversation.
Sélène se lève, frustrée des explications vagues d’Aegidius, et part sans un regard en arrière, aider son voisin comme elle en a l’habitude plusieurs fois par semaine, pendant que son frère s’occupe des champs.
Les deux jours suivants s’écoulent rapidement, chacun réalisant leurs tâches quotidiennes comme des automates, demeurant avec leurs pensées et leur question. Aegidius ne parle que très peu, tait ses idées noires et remplies de regrets dans son travail à la ferme, ne sachant quoi dire de plus à son fils rancunier et sa fille perdue.
Le soir venu, Sélène rejoint Hélios dans sa chambre, elle s’approche lentement de la porte et toque trois fois pour se manifester. Il vient lui ouvrir et s’installe sur le lit, face à face.
— Je ne suis pas rassurée Hélios, commence Sélène, je ne veux pas laisser papa seul et je ne pense pas que ce soit une bonne chose que nous allions là-bas.
— Je sais, ce n’est pas normal que malgré ce que papa et maman ont fait pour nous cacher, ils aient quand même réussi à nous convoquer, dit-il pensif.
— Tu crois qu’une personne a pu les dénoncer   ? demande Sélène soudain inquiète.
— Peut-être, mais si c’était le cas, il serait déjà en état d’arrestation. On va devoir être vigilants, ce qu’ils ont fait n’est pas légal. Pardonne-moi pour l’autre jour, j’étais… je suis en colère de découvrir qu’ils nous ont menti.
— Oui, je sais… Nous le protégerons quand même, quoi qu’il se passe n’est-ce pas   ?
— Bien sûr Sélène, ensemble, lui dit Hélios en lui prenant la main tendrement.
Elle lui sourit et l’embrasse sur la joue avant de retourner se coucher, ils appréhendent tous les deux ce que leur réserve cette nouvelle vie, mais tant qu’ils sont unis, rien ne peut leur arriver.
 
Chapitre 2
 
L’heure du départ approche. Aegidius démarre sa vieille voiture, une relique de l’Ancien Monde, une Range Rover des années 2000. Il en est fier, car il a su la garder en assez bon état et l’a payée une petite fortune à la naissance de ses enfants. Malgré la carrosserie abîmée et rouillée, le moteur reste fiable pour les mener au village et accomplir de modestes trajets hebdomadaires. Il n’apprécie pas de conduire, mais c’est le seul moyen de transport dont il dispose. Hélios charge le coffre de leurs deux vieilles valises et monte à l’arrière pour laisser la place de devant à sa sœur. Il est resté silencieux et n’a plus adressé la parole à Aegidius depuis la révélation qu’il lui a faite trois jours plus tôt. Il est partagé entre la colère envers son père pour leur avoir toujours menti et la tristesse de voir Sélène ébranlée par la séparation qui approche à grands pas. Il sait que ce sera plus difficile pour elle de partir et de quitter Aegidius ainsi que leur foyer.
Lui a une relation plus conflictuelle avec Aegidius et même s’il l’aime, il est tout de même impatient de déserter la ferme. Cette vie ne lui convient pas et de savoir qu’il a une chance de changer cela, lui redonne espoir malgré les tensions que cela a engendrées au sein de sa famille. Sélène quant à elle, a une vraie complicité avec son père, ils sont souvent ensemble et elle communique avec lui avec une facilité qu’Hélios ne comprend pas vraiment. Quitter son foyer est douloureux et à l’inverse de son frère, elle appréhende le monde de la magie. Elle se sent en sécurité chez elle, elle a ses animaux qui sont de meilleures compagnies que tous les enfants qu’elle a côtoyés au village quand elle était scolarisée. C’est une jeune fille solitaire qui recherche la sensation de liberté avant tout. Dès qu’elle ressent du chagrin, elle s’évade au milieu des champs, des arbres et de la nature qui entourent la vallée de Kerlastre. Son père a toujours accepté ce trait de caractère, car il voit sa femme à travers elle.
Hélios est assurément plus avenant et littéraire. Il troque, depuis l’enfance, tout ce qu’il peut contre des ouvrages pour s’instruire. C’est un garçon intelligent, Aegidius sait qu’il a du potentiel et de l’ambition pour être plus qu’un simple paysan, mais il n’a jamais pu lui permettre de s’élever dans la société à cause de sa condition de Norcanien. Hélios se sent frustré, en grandissant ce sentiment et cette injustice l’ont rendu bagarreur et distant avec son père. Ce trait de caractère lui a souvent attiré des ennuis inutilement, pour le seul plaisir de se battre avec la première personne qui remettait en cause son intelligence ou se moquait de sa famille.
À présent, ils se mettent en route, il y a environ une demi-heure de trajet pour arriver au village de Kerlastre et la chaussée est parsemée de trous dans lesquels la voiture s’enfonce, leur donnant la sensation d’être à bord d’un navire. Ils roulent devant la ferme Marvies, où les enfants jouent en amont de la maison en tapant dans ce qui ressemble à une balle, se faisant des passes et riant aux éclats, pendant que leur mère berce son nouveau-né dans ses bras, sur le perron. C’est une famille formidable qui cultive les fruits principalement et élève des chevaux, ils sont bons amis avec Aegidius et partagent leur récolte chaque année pour s’entraider.
Mivalda Marvies vit seule ici, son mari étant décédé quelques mois plus tôt d’une maladie dont ils n’ont pu le sauver. Ses trois fils l’aident. Le plus âgé, Chris, s’occupe des chevaux, pendant que ses deux plus jeunes frères se soucient surtout des vergers. Mivalda étant prise par son nouveau-né, elle ne peut plus pour le moment se préoccuper de sa ferme.
Aegidius leur fait signe de la main, puis tourne sur le sentier qui conduit jusqu’au pont et rejoint la route principale pour Kerlastre.
— Quand nous arriverons, il faudra vous enregistrer avant que le téléporteur ne vous emmène et laisser vos valises au transporteur.
Aegidius est nerveux, il n’aime pas avoir à faire à la milice qui se charge des contrôles d’identité. Son tapage de doigts instinctif contre le volant du véhicule incommode Hélios qui se retient, tant bien que mal, de lui faire une réflexion.
— Ne t’en fais pas Papa, ça va bien se passer et nous sommes en règle, le rassure Sélène en posant une main délicatement sur celle de son père qui se calme à son contact.
Hélios ne préfère pas parler et observe le paysage défiler sous ses yeux. Il a encore à l’esprit le mensonge de ses parents, leur vie aurait été meilleure si sa mère n’avait pas renié son rang.
Il s’imagine vivre en plein centre de la capitale, posséder des livres à n’en plus finir, être doté d’un confort hors du commun, avec des parents riches et pourvus de pouvoirs spectaculaires, il n’aurait jamais manqué de rien et aurait reçu une éducation parfaite. Ses mains de paysan, cornées et cloquées, le ramènent à la réalité.
Après trente minutes de route, le Range Rover se gare sur le parking réservé aux vieux véhicules, se trouvant avant le village. Ils continuent donc à pied, sous le soleil brûlant de cette fin d’été.
Hélios se charge des valises et ouvre la marche, laissant derrière lui Sélène et leur père qui avancent plus lentement pour prendre le temps de discuter avant de se quitter.
Quand ils arrivent sur la place centrale, une estrade a été montée pour l’occasion, là où la milice enregistre les jeunes qui ont eu leurs dix-huit ans cette année et reçu leurs convocations.
Les parents sont soit inquiets, soit fiers de voir leur progéniture s’envoler vers leur destin magique. La plupart d’entre eux sont des Médians, ils sont modestes et il est facile de les distinguer, car le parent Norcanien fait bonne figure devant la milice et les pouvoirs de certains Anigaris.
Quand vient le tour d’Hélios et de Sélène de s’enregistrer, ils donnent leur pièce d’identité et leurs empreintes sont scannées par une machine. Après une lumière verte et un petit bip, l’appareil affiche leur dossier complet. Hélios aperçoit brièvement le nom de ses parents sous le sien, avant que la jeune femme appuie sur un bouton qui laisse place à un écran noir.
— Quelle espèce   ? demande la dame d’une voix creuse à Sélène.
— Euh… Je ne… Nor…
— Nous sommes moitié-moitié   ? coupe Hélios en jetant un regard à sa sœur pour la faire taire.
— Les noms de vos parents   ?
— Père Norcanien, Aegidius Meynat. Et mère Anigaris, Héléna Marro.
Elle cherche sur une liste où des noms s’affichent, coche quelques cases, puis écrit quelque chose en leur lançant une œillade soupçonneuse.
— Très bien. Vous partirez avec le second groupe dans dix minutes, leur dit-elle en les observant attentivement, faisant rougir Sélène et froncer les sourcils d’Hélios face à cet air revêche.
Le tampon s’abat sur les feuilles pour y inscrire le mot «   Médian   ». La femme de la milice leur tend les dossiers, les badges à accrocher à leur t-shirt et leur demande de s’écarter pour laisser place aux suivants. Hélios entraîne Sélène sur le côté et cherche leur père du regard pour pouvoir lui dire au revoir. La foule est restreinte, étant donné que Kerlastre est principalement un village où la magie n’est pas dominante. Les quelques Anigaris qui vivent ici, sont venus dans cette région reculée par choix ou bien parce qu’ils ont été rejetés par leur famille, suite à une union avec un Norcanien.
Sélène l’aperçoit la première et se blottit dans ses bras immédiatement, ce qui fait perdre l’équilibre à Aegidius qui se rattrape de justesse.
— Nous partons dans dix minutes… Je pensais que nous aurions plus de temps, s’exclame Sélène.
Elle préfère cacher sa peine, pour ne pas pleurer devant son père, car c’est également dur pour lui de se retrouver seul pour la première fois de sa vie.
— Médian   ?
Aegidius regarde le badge que porte Hélios et celui-ci réagit avec brutalité.
— Que voulais-tu que je leur réponde   ? C’est ce que nous sommes, non   ?
— Hélios   ! s’offusque Sélène en lui lançant un coup d’œil choqué.
— C’est toujours mieux que d’être Norcanien, dit-il en fusillant son père de ses yeux verts.
Sélène lui jette un regard empli de reproches, mais Aegidius ne...

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