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Havre de Solitudes , livre ebook

102

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Français

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2024

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Lorsqu’une riche octogénaire totalement dépendante est retrouvée morte dans sa paisible résidence du Havre, tous les soupçons se portent sur sa mystérieuse garde-malade. Vincent Guillon, enquêteur téméraire et obstiné, tente par tous les moyens de découvrir la vérité, accompagné, pour ne pas dire poussé, par Salomé Jourdain, une amie journaliste encore plus têtue que lui. Elle est persuadée que si les apparences jouent contre la suspecte murée dans le silence, le comportement du fils de la victime, brusquement revenu en ville, devrait ébranler les convictions de chacun. Qui est cette étrange femme, désignée comme la coupable idéale ? Les accusations à son encontre sont-elles fondées ? Un thriller captivant, rythmé et subtil. Léo Lapointe est l'auteur d'une dizaine de romans à succès, dont Le vagabond de la baie de Somme adapté pour la télévision. Les éditions d'Avallon ont publié La Tour de Lille, Mort sur la Lys et L'assassin sort la nuit.
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Publié par

Date de parution

05 décembre 2024

EAN13

9782385331535

Langue

Français

Graphiste : Valentine Flork/A&L Livres
Direction éditoriale : Valentine Flork
Révision éditoriale : Alizée Soutoul
 
Distribution : Immatériel
 
ISBN papier : 9782385331528
ISBN numérique : 9782385331535
 
2 e édition
 
Dépôt légal : décembre 2024
 
Éditeur : Les éditions d’Avallon
342 rue du Boulidou
34980 Saint-Clément-de-Rivière
 
© 2024 Les éditions d’Avallon
 
Collection noire & suspense
Havre de Solitudes
Du même auteur
Le Vagabond de la Baie de Somme , Aubane éditions, 2005
Droit de véto , Aubane éditions, 2012
Sauvage Marquenterre , Aubane éditions, 2018
Les petits chemins ne sentent plus la noisette , Aubane éditions, 2020
Veuve Coquelicot , Nouvelles éditions Krakoen, 2013
Le Planqué des huttes , Pôle Nord éditions, 2014
Quai des luttes , Pôle Nord éditions, 2016
Fenêtre sur vide , Aubane éditions, 2022
La Tour de Lille , éditions d’Avallon, 2023
Mort sur la Lys , éditions d’Avallon, 2023
L’assassin sort la nuit , éditions d’Avallon, 2024
 
 
Léo Lapointe
Havre de Solitudes
ROMAN
 
 
 
 
 
 
 
 
 
À tous les réfugiés
de l’histoire
et de la géographie.
 
 
 
 
 
 
Toute ressemblance avec des personnages existants ou
ayant existé est purement fortuite et involontaire.
 
Chapitre 1
Les mouettes gueulaient, mais ne parvenaient pas à couvrir la sirène du ferry à la sortie du port. La silhouette blanche et les cheminées jaunes du Côte d’Albâtre glissaient entre deux pâtés de maisons carrées de quelques étages, bien au-dessus des considérations terriennes.
Même pour un beau matin ensoleillé d’été, la foule ne se pressait pas ou alors les avenues étaient trop larges, trop droites pour qu’elle se voie. La mer était pourtant bien là, provisoirement captive du béton qui croyait la contenir. Pour trouver des parasols et des lunettes de soleil, puisque malgré tout il y en avait, il aurait fallu suivre la grande avenue. Dépasser le futurisme rétro d’un immobile et rectangulaire paquebot cimenté dédié à la culture. Apercevoir enfin les drapeaux de la capitainerie juste avant la plage.
Au bas des immeubles tous égaux, panneaux de gravier aggloméré et montants blancs sur quatre étages avec, au deuxième, la ceinture d’un balcon rectiligne courant sur toute la longueur de la rue, quelques hommes nettoyaient leur modeste voiture en écoutant la radio. Tout était perpendiculaire et fonctionnel, propre comme un paradis d’architecte urbain.
À deux pas se dressaient les incongruités de maisons dissemblables, aux huisseries approximatives épousant les courbes de charpentes sinueuses sous des toits d’ardoises bretonnes. Une femme seule marchait pensivement sur le trottoir pavé longeant une église néo-romane aux pierres noircies. Des réparations nombreuses et plus claires témoignaient encore de la guerre. La ville avait été rasée, à part quelques miraculeuses exceptions entre rue Dauphine et rue de Bretagne où s’affichaient toujours d’orgueilleuses demeures d’armateurs. C’était le quartier Saint-François, plus souvent appelé « quartier breton ».
Peut-être aurait-elle dû savoir, avant d’arriver dans cette ville, que ses ancêtres en avaient fait autrefois la fortune ? Elle aurait ainsi pu connaître le destin du port après la fin de l’esclavage, la gloire des transatlantiques et les horreurs de la guerre. Mais elle n’en savait rien. Les bateaux n’étaient pas pour elle, pas même les marins qui descendaient encore en bordée dans cette rue Dauphine. Elle marchait pensivement, le nez sur ses sandalettes de plastique, la main crispée sur les poignées d’un filet à provisions recyclable. Elle ne voyait pas le vert tendre des tilleuls, ignorait la pureté des mosaïques de silex noir dans les façades, ne levait jamais la tête vers les lucarnes des soupentes ni sur les tracés fantaisistes des gouttières sous les toits imbriqués. Non, elle ne voyait rien d’autre que ses pieds ridés par les marches forcées dans la poussière de déserts implacables, ne regardait que ses mains usées sur les barrières du monde.
Elle marchait en dissymétrie, tenant déjà le sac à provisions pourtant vide comme un fardeau, l’autre bras tendu, la hanche relevée.
Arrivée à destination, elle jeta un regard inquiet sur l’entrée du magasin, une modeste supérette faisant l’angle du quai Casimir-Delavigne et de la rue Saint-Jacques.
Saint-Jacques était le nom de l’église protectrice des intérêts maritimes qu’elle côtoyait chaque jour, sans jamais y entrer. Casimir Delavigne, de ces grandes familles ayant bâti leur fortune odorante au commerce triangulaire, de la presqu’île de Gorée aux archipels soupirants des Antilles avant le retour au Havre de miséricorde.
Un homme tenait la caisse, qui ne la regarda pas, trop occupé à converser avec une cliente bien mise qui osait, en ce dimanche, l’immaculé des cotons amidonnés et des dentelles. Elle, bien entendu, était passée par l’église. Une autre attendait son tour, plus jeune, plus blonde et plus balnéaire, qui, instinctivement, fronça le nez et baissa les lunettes de soleil remontées sur le haut de son crâne, histoire de dévisager à la dérobée l’intruse hésitant sur le seuil de la boutique.
C’était une femme africaine d’un âge indéfinissable, 30, 40 ans, peut-être plus, peut-être moins. La misère est difficile à dater. Le visage de la femme commençait à s’arrondir sous ses tresses courtes ramenées en arrière et maintenues par un élastique. Elle portait un tee-shirt usé et délavé, une sorte de pagne jaune maintenu par un nœud sur le côté droit. Elle entra dans la boutique en triturant les bordures sales et usées du sac qu’elle avait ramené sur son ventre, comme pour se protéger.
Personne ne semblait l’avoir remarquée. Les deux clientes parlaient désormais de l’air du temps, commentant les derniers échos de Paris-Normandie sur l’avenir du tourisme au Havre. Elles n’y croyaient pas, n’en voulaient pas, désirant garder leur ville pour elles. Enfin, pas toute la ville, tellement défigurée, disaient-elles à l’unisson, par les années d’urbanisme socialiste. «  Qui voudrait aujourd’hui se promener dans une ville qui ressemble à Berlin-Est en 1980 ?  » La question posée par la plus âgée les fit pouffer discrètement. Non, elles ne désiraient pas garder toute la ville, mais juste leur quartier, leur rue, qu’elles ne voulaient pas voir envahis . Sur ces propos, elles glissèrent le même regard furtif vers l’Africaine, qui ne s’en rendit pas compte, ne comprenant sans doute pas l’allusion. Elle était entrée sans bruit, les yeux toujours baissés, et se dirigeait vers le rayon des eaux minérales et des couches pour bébé.
Dès qu’elle fut hors de vue, et comme si cela suffisait pour qu’elle n’entende plus malgré l’exiguïté du magasin, la conversation à son sujet repri t à voix basse. Le patron, jusque-là poliment silencieux, acquiesçant aux considérations de ses clientes, pencha le corps au-dessus de sa caisse pour entendre la question qu’elles lui posaient :
— Vous la connaissez, monsieur Métayer ?
— De vue, madame Delmas, seulement de vue. Comme tout le monde dans le quartier, non ? Vous avez bien dû la voir, vous aussi, non ?
— Bien entendu je l’ai vue, mais que fait-elle ? Vous avez une idée ? Cela fait des années qu’elle est ici, elle ne parle jamais à personne. Ces gens-là refusent de se mêler…
— Vous savez, madame Delmas, je crois qu’elle ne parle même pas français. Des fois, elle me demande des trucs, j’arrive à peine à comprendre.
— Et pourtant, comme je disais, cela fait des années qu’elle est ici. Ah ! ils ne font vraiment rien pour s’intégrer ! Mais je crois qu’elle travaille chez quelqu’un, non ?
— Oui, elle travaille pour une famille d’ici. Bah ! Ça se faisait, dans le temps, les négrillons et les négrite 1 comme domestiques.
— Ce temps-là est révolu, monsieur Métayer. Ces gens-là gagnent plus avec les allocations familiales qu’en travaillant !
— Oui, mais elle, elle travaille, je ne sais pas pour qui, mais elle travaille. Et elle n’a pas d’enfants ; enfin, je crois, je croyais…
— Elle travaille pour quelqu’un de chez nous alors… C’est vrai que je la vois souvent sortir de la maison Delavigne. Mais je la vois mal travaillant dans un bureau avec l’allure qu’elle a. Ni même pour des gens de cette maison. Et vous, madame Dubocage, vous savez pour qui elle travaille ?
— Oh, vous savez, moi, je ne suis plus vraiment du quartier. Depuis qu’on a emménagé à Sainte-Adresse, je ne viens plus ici que par nostalgie. Et puis aussi pour le marché aux poissons, c’est ce que je regrette le plus du quartier.
— Vous êtes bien là-bas, à Sainte-Adresse ?
— Si vous saviez le plaisir qu’on a à rentrer chez nous chaque soir ! Ce n’est pas qu’on était mal ici, mais dès qu’on sortait du quartier, vous connaissez l’environnement, les HLM, le béton partout. Et ce n’est pas près de changer, même avec le nouveau maire. Leur lubie de préservation du patrimoine ! Comme si des cubes en béton pouvaient constituer un patrimoine !
 
Les deux clientes se turent, la femme africaine venait de réapparaître au bout du rayon. Elles la regardèrent. Le patron fit marcher sa caisse et donna le compte de la première cliente. Dame Delmas régla prestement avant de s’éclipser en lâchant un pétaradant : «  Au revoir monsieur Métayer, et bonne journée !  »
L’ex-voisine, la blonde Mme Dubocage, posa ses achats sans un mot et attendit, glissant un regard discret vers le fond du magasin. L’Africaine n’était plus là. La dame distinguée fronça les sourcils, enleva ses lunettes de soleil et leva le nez pour renifler l’air bruyamment. Le bruit caractéristique des sandalettes en plastique glissant sur le carrelage du magasin semblait se rapprocher. La cliente plissa ostensiblement le nez et sortit un billet de 20 euros. L’épicier cligna des yeux d’un air entendu et lui rendit avec une certaine forme de précipitation sa monnaie, comme pour la libérer plus vite. Elle sortit.
La femme noire réapparut. Elle

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