L enfance des tueurs
90 pages
Français

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L'enfance des tueurs , livre ebook

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Description

Roman policier illustré - L'enfance des tueurs est un polar à l'humour décapant qui renoue avec le genre des grands maîtres qui l'ont précédé. On y trouve tous les ingrédients du roman policier noir à la française, avec la touche irrésistible et bien de chez nous d'une plume trempée dans l'acide.
C'est la rencontre improbable et burlesque  de trois tueurs et d'un flic ; le destin croisé de personnages égarés dans une histoire qui n'était pas la leur ; le télescopage rocambolesque de vies dont nous connaissons parfaitement le quotidien parce que cela aurait pu tout aussi bien nous arriver...

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 30 août 2010
Nombre de lectures 15
EAN13 9782359620566
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

L'enfance des tueurs Roman
Francois BRAUD













Collection Rouge ISBN : 978-2-35962-054-2 ISSN : en cours











Depot legal avril 2010 (c) 2010. Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction integrale ou partielle, reserves pour tous pays. Editions Ex AEquo 42 rue sainte Marguerite 51000 Chalons-en-Champagne http://www.editions-exaequo.fr

Illustrations hubely (c)2010
Creation Epub hubelywebconcept



























Bibliographie

Adultes

L'Appel du bitume,
Baleine, Collection Tourisme et polar, (juin 1998)

La Soupe a la grimace,
Largo, Collection Bleu Nuit, (janvier 1999)

Revue Cain,
Baleine-Le Seuil
Trophee 813, 1998 (Prix Maurice Renault)

Conte a rebours,
(2009-2010) feuilleton sur Noir comme polar (http://www.noircommepolar.com)

L'Operation TJF,
Les Habits Noirs (avril 2009)


Jeunesse

La Maison s'agrandit,
Syros, Collection Les Petits Voisins (mars 2001) (illustrations de Maud Lenglet), selectionne pour le prix des Incorruptibles 2002

Le Couteau de pepe,
Syros, Collection Mini Souris Sentiments (mars 2001, 2eme edition en juillet 2002, 3eme en aout 2004), selectionne pour sept prix (dont Tam-Tam, Kronos, Les Sorcieres...)

Pile ou face,
Les Editions du Rouergue (avril 2001) (illustrations de Maud Lenglet)


A quoi sert le zizi des garcons ?
Les Editions du Rouergue (avril 2002) (illustrations de Maud Lenglet)

Chepakoifaire,
Les Editions du Rouergue (octobre 2002) (illustrations de Maud Lenglet)

La Vie sans elle,
Bayard (Je Bouquine, juin 2003)

Qui a vole la camionnette d'Ahmed ?,
Casterman, Collection Albums Duculot (fevrier 2004) (illustrations de Maud Lenglet), selectionne pour deux prix.
Livre inscrit sur la Liste de reference des ouvrages de litterature de jeunesse 2007 (Cycle 2, MEN)

L'Ecole, ca sert a rien !,
Casterman, Cadet (Illustrations de Stephane Girel) (sept. 2004, 2eme edition en avril 2006, 3eme edition poche, avril 2010)
Prix du roman jeunesse du festival Au bonheur des momes > 2005
Selectionne pour trois prix dont le Prix du Festival de Saint-Martin de Crau, (mai 2006)

















A tous ceux qui ont construit mon enfance...






je dois retrouver mon enfance... >>
M.
Chapitre 1 :
Barthelemy 1 / Splash et plok


La voiture surfait comme pour atteindre le rivage, sans mal, sans incident de parcours. Elle se laissait porter par la vague d'asphalte. La nuit etait d'un noir solide, compact, entier. Aucune lune, aucun reverbere ne jetait de lumiere sur le paysage. Le conducteur, professionnel ou respectueux du Code de la route, etait au point mort et laissait sa Twingo avaler lentement la route. Il faisait chaud, les pneus collaient au goudron en crissant legerement, un roulement a billes sur un morceau de scotch. Il avait le nez colle au pare-brise ; on aurait dit un myope qui aurait egare ses lunettes. Arrive dans le dernier virage, il manqua de peu d'aller tout droit dans la palissade d'un chantier en cours dont il crut voir le rouge et le blanc lui sauter aux yeux. Il alluma ses codes et les deux phares de la Twingo percerent la nuit comme deux yeux de chat ; on aurait dit un pot de peinture jaune s'etalant sur une feuille de papier noir. Une tranche citron sous la couche brulee ; un tourteau fromager. Comme ceux que ramenait son oncle patissier en debut d'apres-midi du retour du boulot quand il passait des vacances chez sa grand-mere. C'etait sa madeleine a lui, son petit pot de beurre, sa galette nostalgique. Il freina legerement et se deporta quelque peu sur la gauche. La route venait mourir a l'entree d'un pont sur lequel deux solex auraient eu du mal a se croiser. La voiture ralentit sous l'infime pression des pieds du chauffeur et vint presque buter sur le parapet du pont. Il arreta le moteur et eteignit ses phares. Le noir reprit sa place, comme si quelqu'un avait eteint d'un clic la lumiere. Le jaune de la pate avait disparu dans sa bouche, fondant entre sa langue et son palais. La croute brulee etait bonne pour Youky, le chien de mamie, qui bavait d'avance sur le parquet des qu'il voyait quelqu'un s'asseoir a table.

Il en avait fait des Tours de France, l'ete, sur les lattes bien paralleles du couloir. A l'aide de coureurs en plastique qu'il faisait glisser sur le parquet cire apres les avoir peints de differentes couleurs (chaque equipe avait la sienne), il organisait tous les apres-midi des etapes a l'issue desquelles il etablissait un veritable classement general, les secondes etaient remplacees par les lancers qui permettaient aux coureurs de glisser et d'avancer sur le parquet. Le leader perdait quelquefois son maillot jaune ; il passait tout de suite au white spirit pour retrouver la couleur d'origine de ses coequipiers. Il actionna le plafonnier comme on allume sa lampe de chevet, la nuit, pour bien se reveiller afin d'identifier ce bruit qui vous a sorti du sommeil ou pour chasser un cauchemar. Il se dit qu'il n'etait pas a ce qu'il faisait. Il s'en voulut et se fustigea interieurement. Pas trop. Il debutait. Il avait toujours eu du mal a contenir ses souvenirs d'enfance ; ils remontaient par bouffees, quoiqu'il fasse et ou qu'il soit. Il portait pour ainsi dire son enfance sur lui, comme un vetement neuf le jour de la rentree des classes. Il reussit avec peine a revenir dans la nuit.
Il descendit sans claquer sa portiere, contourna la voiture et ouvrit le coffre qu'il avait pris soin de ne pas fermer a cle, des fois qu'il la perdrait... il aurait l'air fin a demander a un garagiste de lui ouvrir ! Il etait la, il n'avait pas bouge ; il en fut presque surpris. Il se pencha et peina pour soulever le tapis. Chancelant, il avancait difficilement, portant sur les bras son paquet encombrant, les mains cisaillees par la ficelle bleue sur laquelle couraient deux fils argentes qui se croisaient indefiniment. Il s'arreta autant pour souffler que pour reflechir. Se pouvait-il qu'il ait pris du poids depuis ? Non... impossible... mais, par contre, lui, il ferait mieux d'enlever les deux masses qu'il avait glissees dans le paquet pour le lester. Ces halteres, c'etait une idee de maman, pour se restaurer la silhouette, tu ne trouveras jamais de femme autrement... Il fouilla en enfoncant son bras jusqu'a l'epaule, l'air un peu degoute de celui qui tente de rattraper son portable tombe dans la cuvette des toilettes. Il deposa les deux rondelles d'acier de 20 kilos chacune sur le ballast. Arrive sur le pont, il fit une nouvelle pause. Essuyant la sueur qui lui coulait dans les yeux, il regarda autour de lui. Personne. Il reprit le paquet qu'il avait laisse a terre et le posa, non sans mal, sur le parapet. Barthelemy retourna chercher les poids et les fourra dans le paquet. La prochaine fois, il ferait attention a la corpulence. Une question de choix. De premier choix se surprit-il a penser. Il reprima un petit rire. De toutes ses forces, il fit basculer la lourde masse par dessus le petit muret et tendit l'oreille. Il pensa que le bruit mouille que ferait son paquet serait le plus beau bruit qu'il ait jamais entendu. Comme autrefois, quand, finissant sa dissertation de philosophie, il barrait d'un trait rageur et vainqueur dans son cahier de textes la ligne indiquant : > a faire pour le 16 octobre.
Aimer. Aimait-il son metier ? Il l'avait choisi, en tout cas. Une question de choix. Bon... Travailler. Le sentiment du travail bien fait, justement. Etre normal. Il etait normal, l'autre ? Sciant, tranchant, coupant, hachant en sifflotant. C'est lui qui avait du sang sur les mains. Le premier. Bien avant lui.
Plok ! Le bruit fut sec. Un genre de... plok. Trouble, il essaya de scruter l'eau au fond. C'etait noir. Il se redressa et chercha par terre. Au bout de quelques minutes, il avait trouve. Il tenait dans sa main un caillou qu'il lanca. Le meme bruit, moins fort evidemment, lui revint aux oreilles. Ploc ! Il se mit a transpirer. Panoramique. La, oui la, sur la droite, un petit chemin de terre. Descendant prudemment, il faillit s'etaler. Il regarda ses pieds, ils etaient presque nus. Une belle torsade arc-en-ciel, qui separait son gros orteil des autres, se divisait en deux pour bien tenir son pied qui semblait s'enfoncer dans la semelle bleue spongieuse. Il avait mis ses tongs de vacances.
- Merde !
Mais quel con ! En tongs ! Il etait en tongs ! Mais c'est pas vrai ! Quel con, mais quel con ! Il descendit encore plus prudemment.
Il aurait du s'en douter.
- Merde de merde de merde de merde de merde !!!! cria-t-il, oubliant toutes les precautions d'usage. En plein ete, la riviere etait a sec. Il etait au beau milieu du lit de la riviere. Il sentait les petits cailloux bien ronds, ballottes, uses, roules par l'eau qui s'en etait allee. Il recut une goutte sur la main, puis une sur la tete, puis deux sur les pieds. Il ne put compter toutes celles qui commencaient a le mouiller. Il pleuvait.
Qu'allait-il faire de son cadavre maintenant ?
Chapitre 2 :
Barthelemy 2 / La pelle de papa


Il s'assit sur le tapis et reflechit. Il ne pouvait attendre qu'il pleuve assez pour que la riviere se reconstitue. Il se gratta machinalement la tete sentant sa bosse, legere petite colline qu'il avait decouverte un jour d'ennui, en haut de sa nuque. Le lit de la riviere s'humidifiait rendant la terre plus souple. Un trou ? La ou ailleurs... Il remonta moins prudemment qu'a l'aller et, putain de tongs, il s'etala bien proprement. Jurant des jurons qu'il avait jure ne plus proferer, il remonta progressivement la pente.

Papa ne l'oubliait jamais. C'est meme ce qu'il mettait en premier. Et si jamais maman s'oubliait a poser dans le coffre une valise ou un sac, il s'enervait en affirmant haut et fort que c'etait lui qui savait comment agencer tout le barda et que si elle s'y mettait alors on n'etait pas pret de partir ! Un coffre de vacancier, ca s'organise, merde ! Le camping dans les Landes necessitait - outre la machine a laver Calor bleue, les canevas (>), les valises de fringues, la tente, le gaz (>) Et bien d'autres choses que Barthelemy avait oubliees - surtout une pelle. Une belle pelle militaire cacadois dont on pouvait replier la tete becheuse sur son manche la rendant ainsi facile a ranger. Les orages sont redoutables a Soustons. Les nuages arrivent gonfles d'humidite oceane et s'amusent a crever au-dessus du camping >. Evidemment, arrives dans les derniers, on se tapait un emplacement au fond du camping, en pente. L'eau ruisselle, penetre dans la tente et c'est l'inondation. Les canevas sont trempes, les crayons de couleur delaves, les habits rinces et papa enerve. Alors, la pelle, c'etait une absolue necessite. La tente installee, papa creusait autour un fosse qu'il esperait ne jamais voir devenir douve. Sa besogne effectuee, il rangeait la pelle dans le coffre.
Papa ne l'oubliait jamais.
Le cric, la cle etoile, un vieux bidon d'essence de dix litres presque plein, un melon pourri, une cle a pipe de 13, deux poches d'Intermarche vides, deux cles plates 17 et 19, un chiffon et des points Total. Inventaire sans aucune utilite. Ou etait-elle ? Il l'avait toujours la, dans son coffre, l'heritage paternel.
Les voisins, il les avait oublies !
Il aurait presque pu refaire le parcours les yeux fermes. Mais il ne fallait pas abuser. Il redescendit par le chemin qui devenait de plus en plus boueux. La pluie redoublait comme pour se foutre de sa gueule. A l'endroit ou il etait tombe tout a l'heure, la terre avait ete tassee et l'eau commencait a combler quelques trous. Il pensa a l'aquaplaning et a ses pneus lisses. Il faudrait qu'il les change. Non seulement il risquait un PV mais il pouvait a tout moment aller visiter les fosses. C'etait decide, il allait prendre rendez-vous chez le garagiste et se payer de nouveaux pneumatiques. Il en etait a fixer un jour quand ses yeux rencontrerent les etoiles. Il venait de glisser et se retrouvait sur le dos. Cote pile cette fois. Une de ses tongs avait valdingue. Il la sentait plus qu'il ne la voyait qui le narguait dix metres plus bas dans les fougeres qui tapissaient la pente. Plus ou moins a cloche-pied, il s'engagea dans les fougeres a la recherche de la sandale. Il la recupera, la remit a son pied et regagna le chemin. Encombre du paquet, qu'il avait eu du mal a soulever et a garder bien en main tant il glissait, il remonta ce foutu chemin. Sueur, eau et boue s'etaient liguees contre lui et collaient tous ses habits. Heureusement qu'ils etaient deja sales, avant. Il fallait qu'il pense absolument a acheter de la lessive. Il peinait de plus en plus. Etait-il vraiment possible que le corps ait pris du poids depuis sa mort ? Il avait bien entendu des histoires sur les cadavres dont les cheveux, la barbe et les ongles poussaient longtemps apres le deces, mais prendre du poids... Il s'arreta au milieu du chemin en soupirant legerement agace. Il ota les halteres et reprit son chemin de croix. Arrive en haut, il ouvrit le coffre apres avoir pose son fardeau aux pieds. Il s'essuya les mains pleines de boue. La boue est une preuve, songea-t-il.
Le foot. Vingt-deux bonshommes qui courent apres un seul ballon. Le jeu le plus ridicule qui soit. Sans compter qu'ils n'ont pas le droit de le prendre a la main (sauf le goal) : que c'est triste ! Mais le sport quand on a 13 ans, c'est sacre. A 14, l'entrainement commence a peser. A 15, c'est carrement moins excitant que le baby-foot. Deux francs et plus de dix balles. Le rapport est plus interessant. Sans compter les demis, >. Rater un entrainement demandait de la tactique. Et Philippe s'entendait pour l'aider. Partir comme d'hab' en velo, l'air heureux d'echapper aux devoirs, le sourire qui sied aux premices d'une activite saine de plein air. Les parents a la maison, rassures par la routine d'un emploi du temps immuable, dialoguant a coup de > tendance > ou >. Le virage passe, un coup d'oeil complice a droite (le stade est a gauche pourtant ?), une longue descente vers la place de l'eglise et le cafe des Sports. Antivol aux deux roues avant. >. Et la coupe du monde pouvait commencer. Deux heures apres, >, antivol, la place de l'eglise, la longue montee -ca grimpait sec-, le grand prix de la montagne dispute mollement (3 bieres dans l'estomac, ca fixe...), arret juste avant le virage dans le champ voisin du domicile parental, bien boueux, > (les douches sont froides au stade), remontee sur les selles, arrive fourbu, >. La preuve : la boue.
Un hurlement de chien lui fit prendre un coup de vieux. 16 ans en une seconde. Il souleva le tapis et en voulant le basculer dans le coffre de la Twingo ; il se demerda si mal que seul le contenant atterrit a l'interieur, le contenu lui, le corps, roula par terre. Les yeux du cadavre etaient encore ouverts, ils brillaient dans la nuit. Le boucher avait un sale regard, autre. La mort l'avait change. Il avait grossi, il en aurait jure. Ce cadavre etait decidement etonnant. Polymorphe. Il semblait user de ses maigres pouvoirs pour gener tout ce qu'entreprenait Barthelemy. Il le regarda consciencieusement pour la premiere fois. Il ne distinguait pas vraiment ses traits, mais il aurait parie que la mort avait deja commence son travail de decomposition. De la merde cette ficelle ! Refaire un noeud ne fut pas facile. Il y reussit pourtant et replaca le paquet dans son coffre. Il s'installa au volant et redemarra sa Twingo en zyeutant sur sa carte la riviere la plus proche. Peut-etre ne serait-elle pas a sec. Il fit quelques metres et s'arreta. Les poids. Il allait les oublier. Il descendit de voiture et alla rechercher son lest qu'il relogea au bon endroit.
Il n'avait fait que quelques kilometres que sa voiture se mit a tousser, a ralentir puis a stopper.
- Merde !
La jauge etait au plus bas. Lui aussi.
- Merde de merde de merde de merde de merde !!!!!
Il en avait marre... mais marre !
Trois kilometres. Sous une pluie battante. Le prochain patelin etait a trois kilometres. St Christophe. C'est pas le patron des conducteurs ? Il doit bien y avoir un garage. Donc un garagiste. Donc de l'essence. Il lui en vendra surement.
Un kilometre. Ca use. Il avait l'impression d'avoir des eponges aux pieds. Fallait qu'il l'entende. Qu'il se leve. En frappant discretement, mais de maniere convaincante, le garagiste se leverait, ouvrirait sa porte et le servirait. Sur... Il marcha rageusement dans une flaque d'eau.
Deux kilometres. Ca use enormement. La pluie l'avait lave de sa boue. Ses habits etaient rinces et lui trempe jusqu'aux os. Il allait l'entendre, sur, vu comment il allait gueuler. Mais de la a ouvrir. Et a descendre sous la pluie... Il etait fichu de faire le mort. Genre >, >, style > ou >. Il aurait beau cogner, crier, promettre la lune, il se retrouverait dessous, pale, fatigue, sale, avec trois kilometres a refaire, les yeux fermes ?
Deux kilometres et demi. Une lumiere. Au loin. A travers le rideau de pluie, il distinguait une coquille jaune sur fond rouge. Il touchait au but. Et dire que l'autre allait l'envoyer balader. Pretextant l'horaire tardif, des soutes vides, une pompe en panne. Connard !
Trois kilometres. La coquille l'aveuglait presque. Il beugla, avalant au moins deux litres d'eau a chaque hurlement. Un volet s'ouvrit. Air ebahi, vaguement endormi, le > au bord des levres.
>. Demi-tour. Il allait pas se laisser emmerder par ce commercant a la solde du Koweit, merde !
Un kilometre, deux, trois. Ca tue ! Ils lui parurent tout de meme moins longs qu'a l'aller. Surtout le dernier. Peut-etre parce qu'il se rappela que s'il n'avait pas de pelle dans son coffre, il avait apercu un vieux bidon rempli d'essence. Plein d'allegresse, il pressa le pas constatant que la pluie s'etait enfin arretee.
Sa voiture etait toujours la. Il avait pense qu'on aurait pu lui faucher. Le bouquet.
Il s'en mit plein les mains, car l'entonnoir qu'il avait fabrique avec le goulot d'une bouteille d'eau minerale etait quelque peu massacre. Il avait decoupe, dechire plutot la bouteille avec sa cle de contact. Apres avoir tant bien que mal vide le contenu du precieux liquide dans son reservoir, il decida de chercher plutot une station qui prenne la carte bleue. La riviere attendrait...
Bon... C'etait pas fini...
Chapitre 3 :
Barthelemy 3 / Voisin voisine


Deja, ca avait mal demarre.
Depuis que maman etait morte, tout foirait. Personne pour repasser ses chemises, pour le reveiller a l'heure, pour lui preparer son bol de cornflakes. La maison etait vide, de sens. Maman... Il l'avait vu decliner, se rabougrir, se fletrir, se faner, comme un vieil hortensia laisse au soleil dans un pot sur un balcon. Elle avait mal pris son renvoi. Oh, c'etait pas qu'elle gagnait beaucoup en nettoyant l'etal du boucher, mais ca suffisait a entretenir sa maison, et ca, c'etait sacre. Pas question qu'on vienne lui reprocher un mouton sous le canape, un cul de bassine de cuivre mal fait ou un depot de poussiere sur l'ecran de la television. Elle avait sa fierte. Mais apres ca, que pouvaient bien penser les voisins ? A cinquante-cinq ans passes, se voir cantonner chez soi, avec un fils au chomage ! Elle ne l'avait pas supporte et elle s'etait laissee aller, peu a peu, negligeant sa tenue, loupant un rendez-vous chez le coiffeur, allumant la tele en pleine journee... Elle s'etait eteinte doucement comme un halogene qu'on baisserait progressivement...
Salaud de boucher qui lui donnait regulierement de la viande pleine de nerfs... Oh ! Faut pas m'sieur... Ca m'fait plaisir Irma... Il avait passe un contrat avec une societe privee. Plus propre, moins cher, plus liberal. Irma avait astique la boule toute sa vie, mais rien vu venir. Du jour au lendemain, elle etait viree. Barthelemy avait fini par trouver une solution. Il allait le tuer. Ca apaiserait sa vengeance et soignerait sa reinsertion. Barthelemy croyait ainsi avoir trouve sa voie... Il serait tueur.
Il avait fallu guetter. Le plus terrible etait qu'il n'avait rien prevu a manger. Son estomac grognait. Sa vessie reclamait qu'on fasse le vide. Bref, l'horreur. Attendre. Discretement en faisant les cent pas pour faire taire l'estomac et patienter sa vessie. Il avait fini par sortir. Sa reunion avec les autres commercants du quartier s'etait prolongee. Mais il etait arrive, sifflotant presque dans la ruelle ou Barthelemy le guettait. Le surprendre, lui enfoncer d'un coup sec le couteau bien sur la colonne, remuer un peu, silencieusement, mieux qu'une arme a feu, de toute facon il n'en avait pas, et se reculer pour que le corps ne lui tombe pas dessus. Il tomba en effet face contre terre.
- Merde !
Il avait oublie de prendre un tapis pour envelopper le corps.
- Merde de merde de merde de merde de merde !!!!
Le soulever et le trimballer, sans le regarder... il aurait eu l'impression d'etre epie, le porter jusqu'a sa voiture garee a 500 metres. 500 metres ? Il n'avait pas de monnaie pour le parcmetre (pas question de se choper une contravention, pas se faire remarquer, ne pas laisser de traces) et la municipalite en avait plante dans tout le centre-ville. Ils poussaient comme des champignons ou des ronds-points. Il avait remarque cette mode stupide des ronds-points. Il y en avait partout. Il laissa ses considerations urbaines de cote en remarquant qu'il faisait nuit noire. Il n'avait pas vu le temps passer. Le transporter sur 500 metres (500 metres !), l'air de rien, > Non. Non, ils ne comprendraient pas. Il laissa le corps en prenant soin de le camoufler, pas question de le laisser visible, on pourrait lui faucher, ou pire, avec les methodes high-tech de la police moderne, un moindre cheveu, une goutte de sueur, une larme, un bouton de chemise et hop ! Vous etes identifie. Marchant tranquillement, > lui diraient les gendarmes... Il prit sa Twingo (Inventez la vie qui va avec ! tu parles, et le mort, lui, hein ?) et rejoignit celui qui l'attendait, enfin, facon de parler. Il le mit dans le coffre en prenant soin de le poser sur le ventre afin de ne pas salir son coffre avec le sang. Se mettre en quete d'un tapis ne fut pas facile. Bonjour madame, je voudrais un tapis capable de camoufler un corps de boucher ensanglante d'environ, combien pouvait-il peser ?, 110 kilos, pas trop cher, deja que ca lui rapportait rien, il faudrait pas que ca lui coute. Surtout qu'a cette heure-la il allait ramer pour trouver une boutique ouverte. A la maison, il trouverait. Fouiller dans son grenier lui permit de retrouver quelques souvenirs d'enfance : un cahier de CM2 de dictee, son vieux doudou, un vieux manuel d'histoire, une photo de lui a... Il se rappela qu'il n'etait pas la pour ca. Trouvant enfin le vieux tapis que sa mere avait achete a un colporteur un jour de Noel, il l'enroula et redescendit vers sa voiture. Il deroula le tapis par terre puis ouvrit le coffre. Il sortit le corps et alors qu'il allait le camoufler dans le tapis, sa voisine, madame Morille, insomniaque de profession, entra dans son garage. Cette manie de ne pas frapper. Il eut juste le temps de le lacher et de pousser afin de le faire rouler en dessous de sa Twingo.
- Ben, qu'est-ce que vous faites a cette heure dans votre garage ? Moi, j'peux pas dormir, mais vous, vous etes jeune !
Il se recomposa un visage serein (il s'etait entraine ce matin devant la glace) et affirma :
- Je fais ma vidange.
Elle eut l'air de le croire.
- Je vais vous aider.
C'est pas possible.
- C'est fini, je vous remercie, madame Morille.
Elle eut l'air decue
- Quand on peut aider...
Elle avait l'air con en disant ca pensa-t-il. En disant autre chose aussi de toute facon...
- C'est vrai. Si on peut rendre service.
Tiens ! Qu'est-ce qu'il disait.
- Non, la ca ira, je vous assure madame Morille.
- Entre voisins...
Elle en avait combien des phrases comme ca ?
- Si on s'aide pas, qui nous aidera ? Pis de toute facon, j'suis insomniaque, alors...
Au moins encore une autre.
- C'est vrai madame Morille.
Elle fit demi-tour, puis se ravisa :
- Par les temps qui courent, avec tous ces vols, ces meurtres, on ne peut se fier qu'a ses voisins, non ?
Le sac n'etait pas vide. Merde.
- Vous avez raison, madame Morille.
Elle ajouta :
- La confiance, ca s'explique pas, ca s'ressent.
Elle va s'arreter et se barrer, oui ou merde.
Avancant :
- Et avec vous, j'me suis toujours sentie en confiance.
S'approchant et se penchant :
- Ah ? Vous avez de l'aide ?
Merde de merde de merde de merde de merde !!!
- Il s'est blesse on dirait votre camarade. Monsieur ? Monsieur ?
Il chercha vite une solution. Elle lui apparut, resplendissante malgre l'uniformite terne de sa couleur. La pelle de papa. Il lui en assena un bon coup sur la tete en se disant que les choses se compliquaient. Elle s'ecroula en eclaboussant son pantalon et ses mocassins.
- Merde !
Il se dechaussa et se demanda si ses mocassins n'etaient pas foutus. Il attrapa une paire de tongs qui trainaient par la et grimpa en haut pour trouver un nouveau pantalon. En plus fallait trouver un nouveau tapis pensait-il en fouillant son bac a linge sale. Il avait du retard en lessive. Sa vizirette etait perdue et il ne connaissait pas les doses. Il avait tendance a mettre trop de lessive. Bilan : il n'en avait plus. Il attrapa un vieux velours a grosses cotes qui remplaca son jean tache.

Fallait se debarrasser de deux corps maintenant et il n'avait qu'un tapis pensait-il en descendant les 14 marches de son escalier. Il ne pouvait pas monter un escalier sans compter les marches. C'etait une manie dont il n'arrivait pas a se debarrasser. Une manie enervante. Surtout quand, depuis huit ans qu'il habitait la, il avait du monter des milliers de fois la-haut. Et bien, a chaque fois, ca ne manquait jamais, il comptait mentalement de un a quatorze. Se demandant toujours si la derniere marche, celle du palier en montant ou celle du rez-de-chaussee en descendant, devait etre comptabilisee. Autrement ca ferait treize et non quatorze. Il ne trouva pas de reponse encore cette fois-ci en posant le pied sur le sol. Il redoutait un jour de trouver la reponse. Et s'il fallait ne pas la compter cette foutue derniere marche, ca ferait donc treize. Il aurait passe huit ans a compter au moins dix fois par jour quatorze marches alors qu'il n'y en avait que treize. L'horreur. En attendant, reprimant un leger frisson, il devait s'occuper de ses deux cadavres. D'abord le boucher puis apres, la voisine. Il etait la le premier.
Barthelemy etait en train de ranger la pelle dans son coffre apres avoir remis avec difficulte le corps du boucher dans le tapis, quand il entendit :
- Ma femme est pas chez vous ? Elle est insomniaque alors elle se leve, tourne en rond dans notre chambre, moi ca m'gene pas, je ronfle et j'ai le sommeil aussi profond que mon pere qu'a pas entendu l'explosion de l'immeuble a cote de chez lui, en 47, ca avait pourtant fait un de ces baroufs, mais cette nuit, pas moyen de fermer l'oeil, ma femme plus la, j'me suis dit, elle doit etre dehors, et de mon jardin j'ai vu votre garage allume, alors... Il avait encore la pelle de papa dans la main...
Chapitre 4 :
Adolphe 1 / Les mains moites


La Beemme avalait l'asphalte. Le conducteur, que l'on distinguait a peine a travers des vitres aussi fumees qu'un saumon ou un Pouilly, portait sur le nez des lunettes noires. Arrive dans le virage, il ralentit legerement. Un filet gris blanc s'echappait par la vitre qui venait de s'entrouvrir. Sur le pont aussi etroit qu'un chemin vicinal, il reprit de la vitesse et s'eloigna. Un homme poste, la, sur le pont, aurait pu revoir la voiture allemande revenir quelques minutes plus tard et le franchir a nouveau comme guide par des rails. Mais il n'y avait absolument personne, le conducteur en etait sur. Il eteignit ses phares et freina legerement. Il se gara, descendit sans claquer sa portiere, contourna la voiture et se dirigea vers une palissade rouge et blanche qui avait du mal a ceinturer totalement un perimetre assez grand pour construire un parking et un centre commercial. Tous les trois ou quatre metres, il manquait des lattes et par endroits le chantier s'ouvrait devant lui. Il y penetra. Sur la gauche, a l'abri des regards, du bout de son soulier, il verifia que la terre etait meuble. Il leva la tete. La lune etait parfaite, quasi absente. Une nuit parfaite aussi, pas trop chaude, ni humide. Il se frotta les mains sur son pantalon. Il savait qu'il allait le refaire avant une minute. Les mains moites, il ne les avait que dans ces moments-la ou presque. Il fit demi-tour et en sortant du chantier, il essuya machinalement deux fois ses mains sur son pantalon, mais il n'en eut pas vraiment conscience. Il etait maintenant tout occupe a son metier : faire disparaitre un corps. Il n'aimait pas trop ce service >. Il avait du mal a se dire et a se convaincre que c'etait partie integrante du boulot. Mains gantees, il extirpa un gros sac qu'il mit sur son epaule et de l'autre main attrapa une pelle marron dont la tete avait ete repliee. Il marcha vers le coin de terre meuble, sans se retourner, d'un pas lent, mais maitrise. Il mit moins d'une demi-heure pour creuser, comme dans du beurre, un rectangle legerement superieur en toutes dimensions, surtout en profondeur, au sac qu'il avait pose derriere lui. Le travail fini, il le deposa presque religieusement au fond et le recouvrit. Des gestes precis vinrent effacer presque totalement toute trace de travail et chaque pas etait lui aussi gomme tandis qu'il marchait a reculons jusqu'au bitume. Sa pelle, il la maniait tel un rateau. Il enleva ses gants, s'essuya les mains sur ses cuisses et replia la tete de la pelle qui semblait ainsi affirmer que le travail etait termine. Il scruta le ciel. Il ne pleuvrait pas ce soir. Jamais bon la pluie quand on travaille. Hier aurait ete un mauvais jour. Il s'etait mis a pleuvoir au beau milieu de la nuit et avec ce qu'il etait tombe, enterrer un cadavre aurait ete risque. Cette nuit etait seche. Pas ses mains qu'il essuya a nouveau, mais cette fois-ci sur ses fesses. Il se dirigea vers sa voiture. Il regarda le pont et se dit qu'en cette saison sa presence n'etait pas justifiee. La riviere etait a sec. On ne le voyait pas, mais cela se sentait. S'entendait plutot. La pluie d'hier n'avait pas fait remonter le niveau d'eau d'un millimetre. Il etait meme sur que s'il descendait ce petit chemin, il trouverait le lit de la riviere aussi sec qu'un vieux gateau oublie pendant les grandes vacances dans le cartable d'un ecolier. La Beemme reprit sa route comme elle etait arrivee.
Le lendemain, Marc pestait contre Gilles. On prenait du retard. On la coulait ou pas cette putain de chape ? Gilles s'enerva quelque peu, pestant contre ceux qui commencaient a les lui brouter, et fit tourner une nouvelle fois la toupie et les premiers metres cubes de beton s'etalerent dans le perimetre adequat, noyant la terre, legerement meuble a cet endroit.
Chapitre 5 :
Martin Dupont 1 /
Un baptise mysterieux aux mains moites


Martin Dupont n'avait pas confiance en Adolphe.
Rien que de savoir qu'il s'appelait Adolphe le mettait mal a l'aise. Adolphe... Que s'etait- il passe dans la tete de ses parents le jour ou ils l'avaient prenomme ainsi ? Adolphe... Plus personne, depuis 1945, n'appelle son fils Adolphe. Non ?
De plus, peut-on avoir confiance en quelqu'un qui a les mains moites ? Une savonnette qui glisse des mains dans un bain moussant, voila a quoi lui faisait penser Adolphe, mais enfin... il n'avait jamais eu a s'en plaindre. Mais lui serrer la main, ce qu'il evitait en general, evitons les contacts en public, il ne le supportait pas. Mais il fallait bien sceller le contrat et une poignee de main avait cette valeur symbolique. Enfin..., il etait efficace. Et Martin Dupont pensait a tout autre chose en tendant sa main a son interlocuteur. Il avancait ses pions et quand ceux-ci le genaient, il les sacrifiait. Un petit coup de fil a son interlocuteur et il lui trouverait un autre homme capable de faire sa petite affaire... Les affaires, ce sont les affaires. Bisness is bisness. L'argent n'a pas d'odeur. La fin justifie les moyens. Le voila qui parlait a coups de poncifs bien sentis : le bon sens des gens honnetes.
Martin Dupont n'avait pas confiance en Adolphe, mais Adolphe semblait avoir confiance en lui-meme, professionnel jusqu'au bout des doigts... qu'ils avaient moite, mais bon...
Martin Dupont soupira et se dit qu'il fallait maintenant attendre...
De plus, il avait un deuxieme contrat en attente.
Chaque chose en son temps. Un avant deux.
Chapitre 6 :
Adolphe 2 / Les debuts


Il avait toujours pense que c'etait du cinoche. La scene du contrat. Comme quand son pere l'emmenait tous les jeudis voir un vieux film de serie B. Ca lui faisait passer le gout du plomb dans la bouche et ca effacait partiellement, au moins jusqu'au jeudi suivant, le bruit de la roulette. L'heure et demie passee dans la salle obscure le decrispait un peu. > repetait sans arret le dentiste. >. Des les premiers vrombissements de la roulette son bras se levait automatiquement. > souriait-il avec une pointe de cynisme qui relevait sa levre superieure sur des canines aussi blanches que son casier judiciaire actuel. Lui, il douillait deja. Avant. Rien que de savoir que sa dentition allait vibrer, que l'aiguille allait s'enfoncer et titiller un nerf, son bras devenait independant. Il etait doue d'un bras reflexe. Evidemment, apres avoir ete arrete dix fois en deux minutes, le dentiste ne se preoccupait plus de son bras ventilateur. Et il avait l'impression d'etre dans les mains d'un sadique. De ceux qui vous font souffrir en vous narguant avec le remede qu'ils ne vous donneront jamais. Comme dans les films ou le heros mourant de soif en plein desert voit le mechant verser le contenu d'une gourde a deux centimetres de sa bouche assechee. Il ressortait de ses seances les jambes flageolantes, la bouche en sang et le bras tetanise. Le chemin vers le cine semblait long et il priait que le film soit assez bon pour lui faire oublier cette epreuve.
Tous les jeudis, c'etait immuable : le rendez-vous chez le dentiste et le cine. Quelques rares fois, il y echappait. Son pere oubliait le rendez-vous. Pas lui. Mais il se gardait bien de le lui rappeler. Mais c'etait reculer pour mieux souffrir, car la semaine suivante, ce n'etait pas une seance qu'il fallait endurer, mais deux. Et la seconde session tombait invariablement un samedi. Et le samedi, pas de cinema. Les habitudes ont la dent dure.
Ce dentiste-la, celui qui lui fixait un rendez-vous, puis le decommandait, pour brouiller les pistes, le fixait a nouveau une autre date a une autre heure et murmurait un code en passant devant lui. Adolphe le suivait jusqu'a un endroit calme et une conversation feutree s'entamait, de celles qui s'echinent a ne pas prononcer certains mots. Un monologue plutot.
- Vous trouverez tout dans cette enveloppe. Je veux un travail propre. Ca doit passer inapercu. On ne doit pas le retrouver. Vous aurez le reste de la somme apres. Comme convenu. A l'endroit convenu. Vous ne m'avez jamais vu. Au revoir.
Tout s'etait passe comme ca. Un veritable scenario tele. Sans la photo, l'argent, l'emploi du temps de la personne, il aurait pu croire a un jeu, une immense blague. Il s'attendait a voir Jean-Paul Rouland debarquer de derriere un camion ou toute la rue gueuler >. Mais non. La rue etait calme. Le quidam qui passait avait beaucoup plus de cheveux noirs que Jean-Paul Rouland et les passants qui parlaient n'avaient aucun accent quebecois. Il avait alors lisse ses mains sur son pantalon et s'etait etonne de son geste. Lui qui avait toujours les mains seches le matin. A tel point qu'il etait oblige de les humidifier a l'aide d'une creme. Ou alors il etait condamne a aller se les laver regulierement. Elles etaient devenues moites, presque mouillees. Il transpirait uniquement des mains. Il se les essuya a nouveau puis s'eloigna. Dans sa poche une enveloppe kraft format A5 lui rappelait qu'il venait de rencontrer un commanditaire. Un homme qui le payait pour en buter un autre. La chose avait l'air facile de la normalite. Il avait laisse de cote ses doutes. Depuis, ils n'etaient jamais reapparus.
Arrive chez lui, ouvrant l'enveloppe, il comprit que tout se payait un jour. L'homme qu'il devait abattre etait chirurgien dentiste. Cela lui faciliterait la tache.
Chapitre 7 :
Barthelemy 4 / Bredouille


Il ne rentra qu'au petit matin.

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