La jument du bout du monde
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Description


Près de Pont l’Abbé, Lara et Pierrick Mélénec sont éleveurs de postiers bretons, une race de chevaux de trait magnifiques, typiques de la région. À l’occasion du concours agricole de Bréhoulou, leur plus belle jument, Erell de la Vallée, disparaît mystérieusement, vraisemblablement victime d’un enlèvement.


Notre écrivain public Gwenn Rosmadec et son épouse Soazic sont présents lors de ces festivités et c’est tout naturellement qu’ils vont se mettre à la recherche du pauvre animal.


C’est le début d’une enquête palpitante, dans laquelle on va rencontrer, entre autres, une Bretonne qui lit dans les pensées, un Sheikh d’Arabie saoudite millionnaire entouré d’une clique peu recommandable, un moine qui communique avec l’au-delà dans les catacombes de Palerme et divers membres de la pègre New-Yorkaise et du FBI dans leur milieu naturel.


Avec un tel casting, pas de doute : les cadavres vont jalonner la quête de notre couple préféré. Mais les Rosmadec sont opiniâtres !

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Nombre de lectures 15
EAN13 9782374537580
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Présentation
Près de Pont l’Abbé, Lara et Pierrick Mélénec sont éleveurs de postiers bretons, une race de chevaux de trait magnifiques, typiques de la région. À l’occasion du concours agricole de Bréhoulou, leur plus belle jument, Erell de la Vallée, disparaît mystérieusement, vraisemblablement victime d’un enlèvement.
Notre écrivain public Gwenn Rosmadec et son épouse Soazic sont présents lors de ces festivités et c’est tout naturellement qu’ils vont se mettre à la recherche du pauvre animal.
C’est le début d’une enquête palpitante, dans laquelle on va rencontrer, entre autres, une Bretonne qui lit dans les pensées, un Sheikh d’Arabie saoudite millionnaire entouré d’une clique peu recommandable, un moine qui communique avec l’au-delà dans les catacombes de Palerme et divers membres de la pègre New-Yorkaise et du FBI dans leur milieu naturel.
Avec un tel casting, pas de doute : les cadavres vont jalonner la quête de notre couple préféré. Mais les Rosmadec sont opiniâtres !



Comme beaucoup de Bretons, Alex Nicol a longtemps été un « expatrié ». La Bretagne, de ce fait, était un lieu magique, un fantasme d’autant plus rêvé qu’elle était difficile à atteindre. Et lorsqu’à quarante-cinq ans il a enfin pu poser son ancre sur la terre de ses ancêtres, il a mesuré à quel point vivre sur cette terre était un grand bonheur.
Après une carrière de chef d’établissements scolaires aux quatre coins du globe, il a envisagé de créer un cabinet d’écrivain public. Puis très rapidement l’idée d’écrire des romans s’est imposée. Il crée le personnage de Gwenn Rosmadec, Breton expatrié qui revient sur ses terres et va les célébrer. Profondément épris de son pays, de sa culture et de ses traditions, Gwenn Rosmadec, la quarantaine, roux, d’allure sportive, est Bigouden de cœur, et Quimpérois de racines. Ancien journaliste, il aspire à la paix, et pose ses valises à Sainte-Marine, petit port cornouaillais niché entre la forêt et l’Atlantique, en bordure de l’Odet. Il y développe une activité d’écrivain public...
C'est ainsi que nait la série de romans policiers Enquêtes en Bretagne , dont voici le vingt et unième opus.
Alex Nicol a coutume de dire que le premier héros de ses romans c’est la Bretagne. La Bretagne et sa grande beauté, qui accompagne chacune des enquêtes de Gwenn Rosmadec et emporte le lecteur dans un parcours vivifiant, au son des cornemuses et du bruit du ressac.
Et le résultat final, c’est un chant d’amour de la Bretagne partagé par beaucoup de ses lecteurs.
LA JUMENT DU BOUT DU MONDE
Alex NICOL

38, rue du Polar Les Éditions du 38
À Véronique Réflexologue, chamane et druidesse bretonne À Daniel Sonneur de cornemuse, fabriquant de Sghian Du, auteur prolixe et homme de conviction
Chapitre 1
En cette fin d’après-midi d’été, Gwenn Rosmadec avait délaissé son bureau et ses travaux d’écrivain public de Sainte Marine en Finistère pour découvrir avec Christian, le mécano, les nouveautés de son nouveau semi-rigide. Amarré au ponton, renommé Diaoulig Ar Mor II en souvenir du précédent qu’un truand avait coulé à coups de revolver dans la baie des Glénan 1 , il était équipé d’un moteur Suzuki de soixante-dix chevaux et d’un système de protection par télécommande qui le rendait inviolable. Il fallait néanmoins bien connaître le maniement du dispositif que Christian détaillait avec emphase.
De l’autre côté du ponton, venue du large, une splendide goélette s’approchait. Pilotée par une jeune femme, elle effectua une manœuvre parfaite pour s’accoler au quai. Deux hommes bâtis comme des catcheurs, l’un noir, l’autre blanc, et vêtus de marinières à rayures bleues sautèrent sur les planches, une aussière en main pour y fixer le bateau. Les lignes élégantes du nouveau venu attirèrent l’œil connaisseur et admiratif de Gwenn. Il se demanda qui pouvait commander une telle beauté. À l’arrière, le drapeau étoilé trahissait son origine américaine. D’ailleurs la poupe portait un nom anglais : Shamrock , le trèfle. Le noir cria « OK ! » pour confirmer que la goélette ne risquait plus rien. Le moteur stoppa et la jeune capitaine sortit du cockpit. Mince, élancée, le visage cerné de cheveux courts, tanné par les vents du large et constellé de grains de beauté, elle évoquait ces déesses celtes que l’on retrouve sur les boucliers antiques. La jeune femme croisa le regard de Gwenn et lui décocha un sourire amical. Ce dernier, que la présence d’une jolie plante émoustillait, bien qu’il fût profondément amoureux de son épouse Soazic, lui lança en anglais :
— Bonjour ! Bienvenue à Sainte Marine. Je m’appelle Gwenn Rosmadec !
La jeune femme, appréciant sans doute cet accueil, répliqua en anglais également :
— Enchantée Mister Rosmadec. Je suis Lisa Mignone, de New York.
Elle prononçait son prénom à l’américaine, Laïsa et son nom à l’italienne , Mignoné.
— Vous avez fait la traversée ?
— Oui. Un bon entraînement à la voile pour moi et un dépaysement. Votre pays est magnifique.
— Vous restez longtemps à quai ?
— Quelques jours, le temps de refaire le plein de vivres et de pétrole puis nous poursuivrons vers le sud.
Christian intervint :
— Bon, je constate que tu n’as plus besoin de moi. Je te laisse avec mademoiselle. Bonne soirée et embrasse Soazic pour moi !
— Qu’est-ce que tu vas chercher encore ? fit Gwenn en riant.
— Moi, rien du tout ! Kenavo Don Juan !
Christian sauta sur le ponton et reprit le chemin de son atelier. Gwenn allait poursuivre la conversation lorsque le marin noir murmura un mot à Lisa. Celle-ci salua son voisin de ponton avant de rentrer dans son navire. Gwenn n’insista pas et quitta les lieux à son tour.

*

— Alors ? Ce Diaoulig II ? Il tient ses promesses ?
— Oui Soazic. Le moteur est plus puissant, mais plus doux aux commandes. Je sens qu’on va se faire plaisir.
Soazic secoua la longue chevelure noire qui lui tombait sur les reins et prit son mari par le cou :
— Tu m’en vois ravie mon amour. Mais je te rappelle que demain nous avons rendez-vous à la Jumenterie Bigoudène !
— Ah oui ! J’avais oublié ! Bon je vais regarder l’itinéraire sur Google Maps… Et mince ! J’ai oublié mon blouson avec mon téléphone sur le bateau ! J’y vais et je reviens !
Gwenn refit à pied le chemin qui menait au port. La mer, d’huile, reflétait les feux orangés du soleil couchant. Des petites mouettes à tête noire plongeaient dans les eaux tranquilles pour y prélever leur repas du soir. Une aigrette blanche déployait ses longues jambes fines et graciles dans la vase des rochers et d’un regard habile, plantait son bec sur une proie facile.
Gwenn prit une profonde inspiration. L’air salin lui évoquait le large, l’aventure, le bien-être. Il grimpa à bord du Diaoulig et constata avec plaisir que son blouson était resté en place sous la console de pilotage où il l’avait laissé. Il s’autorisa un plaisir solitaire : s’allonger sur le boudin du semi-rigide et sentir la force de l’océan sous lui bercer son corps. En ces moments de grâce, il percevait la puissance de la mer et tentait d’en puiser un peu d’énergie. Le calme l’aida à se concentrer et à se détendre. Il était bien. Il était heureux.
Une ombre passa sur le ponton au-dessus de lui sans le voir, une ombre anormale. Gwenn ouvrit largement les yeux. Un individu tout de noir vêtu avançait à pas de loup. Au bout du bras, un automatique dont le long silencieux trahissait des intentions malsaines.
L’homme sauta prestement sur l’arrière de la goélette, le soleil derrière lui. À ce moment, le marin noir sortit de la cabine, attiré par le bruit. Il écarquilla les yeux pour analyser la situation, mais n’eut guère le temps de comprendre. Plop ! L’automatique venait d’aboyer. Une fleur rouge s’épanouit au niveau du cœur et le noir tomba vers l’avant d’un seul coup.
Gwenn était stupéfait. La vitesse à laquelle s’était déroulée la scène ne lui avait pas permis de réagir. Mais il était hors de question de laisser le tueur poursuivre son œuvre. À ce moment-là, Lisa grimpa à son tour les marches qui menaient à l’extérieur. Le bras armé se tendit, un œil se ferma, un index blanchit. La deuxième victime allait subir une balle tueuse. Ce fut le moment que choisit Gwenn pour plonger sur l’assassin et le bousculer sur le côté. Surpris l’homme laissa tomber son arme dans la mer tandis que tous deux chutaient dans l’eau.
Aux gestes désespérés que fit le tueur, Gwenn comprit qu’il ne savait pas nager. Il se glissa derrière lui, le saisit par-dessous les aisselles et remonta vers la surface. Le tueur gigotait encore avant de se figer brutalement. Un projectile venait de lui traverser la tête. Il s’abandonna et coula au fond de l’Odet. Gwenn fixa avec horreur le deuxième marin qui, à son tour, le visait depuis le pont du bateau. Le coup partit… et se perdit dans l’onde de la rivière. Lisa avait poussé d’un coup de coude le bras de son compagnon pour éviter la tuerie. Elle donna des ordres brefs au marin qui posa son arme et aida Gwenn à monter à bord. Lisa le fit descendre dans la cabine et ordonna qu’on lui prépare une boisson chaude.
— Je suis sincèrement désolée Monsieur Rosmadec. Mais je suis aussi très heureuse de votre intervention sans laquelle je ne serais plus de ce monde.
Gwenn avala le grog chargé de rhum que l’homme lui avait tendu dans un mug de la police de New York :
— Je comprends. Mais avouez que vous me devez des explications !
Lisa hocha la tête :
— Malheureusement, je ne peux rien vous révéler. Ce serait vous mettre en danger, vous et votre famille.
— Ce soir, il y a eu deux morts sur ce ponton. Vous pourrez difficilement passer cela sous silence.
— Personne n’est mort Mister Rosmadec. Ce tueur est au fond de l’eau et avec la marée descendante il va disparaître au large où les crabes se chargeront de lui. Quant à John, mon malheureux compagnon, il devra le rejoindre dès que nous aurons appareillé. Un conseil : oubliez tout ce que vous avez vu ce soir ; n’en parlez jamais à personne.
— Vous menez une bien étrange existence ! fit le Breton, septique.
Lisa hocha la tête. Une ombre de tristesse voila un instant son regard :
— Sincèrement j’aurais préféré en vivre une autre. Mais on ne choisit pas ses parents.
Gwenn termina son breuvage et posa son mug :
— Qui êtes-vous ?
— Pour vous simplement Lisa. Nous allons quitter immédiatement ce port et vous n’entendrez plus jamais parler de moi.
Gwenn était décontenancé. Il ne savait quelle attitude adopter. Le plus normal eût été d’appeler la gendarmerie et faire les constats habituels. Mais face à lui, une jeune femme à la détermination farouche s’opposait à cette idée. Et l’évocation d’un potentiel danger envers lui et sa famille le perturbait. Qui étaient ces gens ? Sur quoi était-il tombé ?
Lisa arracha une feuille d’un petit carnet et y écrivit une série de chiffres. Elle plia la feuille en quatre et la donna à Gwenn :
— Je vous dois la vie Mister Rosmadec. Si un jour vous êtes dans une situation délicate et que vous avez besoin d’aide, composez ce numéro, demandez à parler à Danny Red de la part de Lisa et dites : J’adore les hamburgers de Manhattan . On vous répondra : Ceux de Brooklyn sont meilleurs . N’oubliez pas ! Qui sait, peut-être un jour cela pourra vous servir.
— Mais…
— Adieu Mister Rosmadec !
Lisa accompagna le grand rouquin sur le ponton tandis que son marin détachait les aussières. Le moteur in-bord se mit à ronronner ; l’homme sauta à bord tandis que la goélette prenait le large, laissant Gwenn pantois et encore ruisselant sur le quai.
Il ne put s’empêcher de fixer le bateau qui s’éloignait avant de prendre un cap à l’ouest et disparaître derrière la pointe de Combrit.
C’était extraordinaire ! Tout s’était passé si vite ! Gwenn se demanda s’il n’avait pas rêvé allongé sur les boudins du semi-rigide. Puis il ouvrit la main qui était restée fermée sur une feuille de papier où un numéro de téléphone lui rappela la réalité de la situation. Il jeta un œil ; c’était un numéro de New York.
Gwenn était partagé entre son souci d’honnêteté qui le poussait à raconter son histoire à la gendarmerie et la menace voilée de s’en prendre à sa famille. Ce n’étaient pas des paroles en l’air. Ces gens étaient des tueurs sans scrupule et il avait failli lui-même y passer si Lisa n’était intervenue à temps.
Il traversa le parking, longea le petit chemin qui séparait des groupes de maisons tout en réfléchissant, en pesant le pour et le contre. De temps en temps il jetait un œil au morceau de papier que Lisa lui avait laissé. Et finalement, son individualisme prit le dessus. Il ne dirait rien et on verrait bien !
De retour chez lui, il dut subir les assauts d’inquiétude de son épouse lorsqu’il parut trempé jusqu’aux os. Et tenter de trouver une explication plausible à son état. Il avait eu le temps, une fois sa décision prise, d’inventer un scénario à peu près plausible : il s’était allongé sur un boudin, s’était à moitié endormi, une vague conséquente avait chahuté son bateau et il était tombé à l’eau.
Soazic émit des doutes, mais le fait de le savoir en vie compensa l’inquiétude qu’elle aurait pu ressentir. Gwenn glissa le mot dans son portefeuille et décida d’oublier toute cette histoire. Finalement c’était ce qu’il y avait de mieux à faire.
Chapitre 2
Baignée dans la lumière de juillet, la petite route sinueuse traversait la campagne bretonne, bordée de champs de blé et de pâtures verdoyantes. À bord de son 4x4 noir, Gwenn goûtait avec délectation le paysage bucolique qui se déroulait devant son pare-brise. À ses côtés, Soazic, plus pragmatique, observait les panneaux et les points de repère qu’elle avait notés avant de partir pour s’assurer qu’ils étaient bien sur la bonne voie.
— On ne devrait pas en être trop loin, maintenant, fit le grand rouquin.
— La jumenterie est située en pleine campagne à quelques encablures de Pont l’Abbé. Normalement, nous devrions la voir bientôt.
De fait, après un méandre de la vielle route, un panneau répondit à leurs attentes :

JUMENTERIE BIGOUDENE 500m

— Ralentis, Gwenn. On arrive !
À distance, un groupe de bâtiments recouverts d’ardoises luisantes au soleil occupait tout un vallon, cerné de champs où pâturait un troupeau de solides chevaux.
— Regarde Gwenn ! Des postiers bretons !
Le visage du chauffeur se fit admiratif devant la puissante musculature de ces bêtes magnifiques.
— Tu sais que la race a failli disparaître, fit-il.
— Oui et c’est grâce à des éleveurs comme Lara et Pierrick Mélénec qu’ils se sont maintenus.
— Ces éleveurs font un travail magnifique et je suis content de les rencontrer, répliqua son époux.
— Quand je l’ai croisée sur le marché de Sainte Marine, nous avons tout de suite sympathisé. Et son lait de jument est une splendeur.
Gwenn, connaissant le tempérament de feu de son épouse, allait lui demander si ce genre de breuvage avait des effets aphrodisiaques, mais il s’abstint de tout commentaire. Ce n’était pas le lieu ni le moment.
Il décéléra devant un large panneau blanc sur lequel la tête d’un cheval stylisé accueillait les visiteurs. Une large percée s’ouvrait sur la cour au centre de trois bâtiments parmi lesquels on reconnaissait les écuries. Il gara sa voiture à l’ombre d’un large marronnier et coupa le contact.
Une jeune fille, attirée par le bruit du moteur, sortit de la maison. Fine, musclée, elle ne portait qu’un T-shirt et un short en jeans. Mais son travail auprès des animaux l’avait amenée à glisser ses pieds dans de solides rangers. Elle avait ramené ses cheveux noirs en une queue serrée – était-ce un phénomène d’identification ? – dont deux boucles rebelles enserraient un visage lumineux.
— Bonjour ! lança-t-elle joyeusement aux nouveaux arrivants. Vous devez être Gwenn, n’est-ce pas ? Bonjour Soazic. Bienvenue à la Jumenterie Bigoudène !
— Salut Lara ! Merci de ton invitation !
Les deux femmes s’embrassèrent et Lara les entraîna à la suivre vers le grand bâtiment du fond. Sur le côté, un petit magasin proposait à la vente les produits de la maison : lait lyophilisé ou surgelé, savon au lait de jument, etc.
Lara délaissa le comptoir pour s’engager résolument dans l’écurie. Une légère odeur de suint caressa les cellules olfactives des visiteurs. On ne pouvait pas douter de la nature du bâtiment. Au fond, une série de boxes était occupée par des juments, accompagnées pour certaines d’un poulain. Une large travée permettait de passer devant les bêtes qui dodelinaient de la tête au passage, peut-être pour quémander de l’avoine ou du foin. En face, un large espace couvert de paille était occupé par deux autres chevaux qui attendaient le bon vouloir de la maîtresse des lieux.
— Voici notre cheptel de productrices de lait ! fit Lara. D’ailleurs, c’est l’heure, je vais vous montrer.
Elle se dirigea vers la dernière jument en poussant un petit chariot sur lequel étaient installé un grand récipient en verre et un dispositif de traite. Branchant un tuyau sur une prise fixée sur un pilier de bois, elle engagea la machine qui se mit à ronronner.
— Elles n’ont que deux pis, expliqua-t-elle et pas de mamelles donc pas de réserves. Il faut les traire deux fois par jour.
En parlant elle s’était agenouillée sur le côté de l’animal et avait glissé les deux extracteurs dans les pis qui se mirent à pomper le liquide blanc. Celui-ci gicla dans le récipient de verre et très vite, la jument avait donné tout ce qu’elle avait.
— Voilà ! fit Lara, deux litres ! C’est tout ce qu’on peut espérer.
Elle coupa le dispositif, replia les tuyaux sur le chariot et se dirigea vers une autre jument où elle effectua le même travail.
Gwenn s’approcha d’un poulain qui le regardait avec curiosité. Il caressa le front du petit animal sous le regard paisible de sa mère. Habitué à la présence humaine, le petit se laissa faire avec un plaisir évident. Gwenn se demanda en frémissant si le destin de ce doux animal n’était pas de finir dans l’assiette d’un gourmet japonais, très friand de cette viande délicate.
Un puissant hennissement retentit à l’extérieur. Gwenn et Soazic tournèrent leur regard vers un autre bâtiment : un splendide cheval noir s’efforçait d’attirer l’attention sur lui.
— Qu’il est beau ! fit Soazic, émerveillée.
— C’est l’étalon ! répondit Lara. Il a gagné plein de concours.
— Il appelle ses compagnes ? demanda Gwenn. Il en a de la chance d’en avoir de si jolies !
Soazic, qui avait perçu l’allusion, laissa échapper une petite grimace.
— Tu sais, mon chéri, il y a des moments où je me dis que tu devrais te convertir à l’Islam.
Gwenn se fendit d’un large sourire :
— Un harem ? Non merci ! Tu me satisfais amplement mon amour !
Lara avait écouté cet échange de paroles un peu surprise, car elle ne connaissait pas encore très bien ce couple et ignorait qu’ils étaient liés par un amour indestructible. Elle se contenta de lancer :
— Je vais rentrer le lait pour le préserver et je vous retrouve.
Quelques instants plus tard, la jeune fille revint vers ses visiteurs.
— Venez, dit-elle, on va les laisser courir.
Elle détacha soigneusement les licols de chaque animal puis ouvrit la barrière qui clôturait l’espace et le troupeau s’ébranla entre deux câbles métalliques qui les encadraient vers le champ. Ils gravirent une petite pente au sommet de laquelle un bassin de plastique rempli d’eau permettait de les abreuver puis se répandirent dans l’espace pour brouter l’herbe tendre.
De toutes les juments qui paissaient, Gwenn en remarqua une dont l’apparence était splendide. Son cuir alezan tranchait avec la blancheur de sa crinière et de ses pieds.
Lara avait remarqué l’intérêt qu’avait suscité la jument. Elle émit un sifflement doux et prolongé. Le cheval cessa de brouter, leva la tête, orienta ses oreilles vers le groupe, hennit joyeusement et se lança au trot dans leur direction. Les muscles de l’animal exprimèrent toute la vigueur dont elle était capable. Les cuisses de la bête se soulevèrent presque à l’horizontale dans un superbe trot, révélant toute la puissance qui émanait d’elle. La crinière au vent, les sabots rythmant régulièrement son allure, elle accrochait le soleil sur sa robe marron clair comme une créature majestueuse sortie d’un conte de fées. Gwenn était admiratif.
S’approchant de Lara, elle ralentit l’allure avant de s’arrêter devant elle et poser délicatement sa tête sur l’épaule de la jeune fille, qui entoura l’encolure de ses deux bras et frotta sa tête doucement sur le cou aux muscles saillants de l’animal.
Satisfaite, la jument se retira tandis que Lara puisait une poignée d’avoine dans sa poche pour la tendre à l’animal qui recueillit l’offrande d’un coup de lèvres écartées.
— Je vous présente Erell de la Vallée, fit Lara en souriant.
— Elle est absolument superbe, répondit Gwenn.
— Oui, répliqua l’éleveuse, et elle va représenter notre maison au concours agricole de Bréhoulou à Fouesnant la semaine prochaine.
— Avec un pareil animal, dit Soazic, vous avez toutes les chances de remporter le grand prix. Mais dites-moi, vous avez une relation plus particulière avec elle n’est-ce pas ?
Lara hocha la tête :
— Erell et moi, nous sommes complices depuis trois ans. Lorsqu’elle est née, j’ai ressenti un lien puissant avec ce petit poulain et l’amour que je lui ai porté, elle me l’a toujours rendu.
— Je vous comprends, fit Gwenn. Les animaux sont souvent plus affectueux que les hommes et plus simples dans leurs relations.
Lara frotta le front de la jument, orné d’un diamant de crins blancs. Les yeux noirs d’Erell la scrutèrent avec tendresse puis elle fit demi-tour et regagna le reste du troupeau de son trot majestueux.
— Si nous parlions de la raison de notre visite ? s’enquit Gwenn.
— Suivez-moi au logis. Maman Véronica doit nous y attendre et c’est pour raconter son histoire que je vous ai sollicité.
Tous trois redescendirent le coteau pour regagner la maison d’habitation située dans le prolongement de l’écurie. Au passage, Gwenn remarqua un petit tumulus dressé en bordure du chemin de terre. Une porte en bois en fermait l’accès.
— Un souvenir des Celtes ? demanda l’écrivain public.
— Probablement, fit Lara. C’est là que Maman Véronica procède à ses expériences de télépathie.
Le visage de Gwenn se crispa :
— Elle est télépathe ? Ce n’est pas possible !
Se contentant de sourire, Lara répliqua :
— Vous verrez bien.
Un joli penti en pierres de granit et aux volets bleus dressait sa silhouette au sommet d’un vallon proche. Les trois amis se dirigèrent dans sa direction. La porte d’aluminium, concession à la modernité, était largement ouverte. Lara engagea ses compagnons à rentrer.
L’entrée donnait directement sur une grande salle garnie de meubles en châtaigner sombre : une large table rustique et des chaises, un lit clos qui avait été modifié pour servir de bibliothèque, des fauteuils autour d’une petite desserte. Dans l’un d’eux, une dame, la cinquantaine, dont les cheveux blonds s’ornaient déjà de fils d’argent, les observait derrière ses lunettes cerclées d’acier avec beaucoup de bienveillance. Maman Véronica les attendait un mug de thé à la main. Elle se leva en souriant aux nouveaux venus et tendit la main :
— Bonjour Soazic. Je suis heureuse de faire votre connaissance. Lara m’a beaucoup parlé de vous.
— C’est partagé madame !
Le regard magnétique de la dame communiquait un bien-être que Gwenn ressentait mais ne parvenait pas à analyser. Il s’approcha d’elle :
— Mes hommages, madame !
— Laissez tomber le « madame ». Je suis Maman Véronica. Et au fait, nos poulains ne partent pas en boucherie chez les Japonais.
Gwenn ne put refréner une grimace de stupéfaction. Maman Véronica avait percé son esprit et pénétré ses pensées.
— Surpris ? fit-elle tout en douceur. J’avoue qu’avec vous ça a été assez facile. Vous êtes un « communiquant » Gwenn, même si vous ne le savez pas encore. Mais asseyez-vous ! Voulez-vous du thé ?
— Avec plaisir ! fit Soazic.
Gwenn ne répondit pas. Un verre de Eddu, son whisky au blé noir préféré aurait davantage fait l’affaire, mais au moment où cette pensée traversait son cerveau, il s’efforça de la faire disparaître de peur que la chamane ne le perçoive. Le léger rictus qui éclaira le visage de Maman Véronica confirma pourtant que le message était passé. Elle se contenta de déclarer :
— Une tasse de thé avec un nuage de lait de jument, il n’y a rien de mieux pour vous éclaircir les idées. Prenez place !
Gwenn intervint :
— Maman Véronica, habituellement, je suis seul en tête-à-tête avec mon client…
— Je comprends, répondit la doyenne. Vous pensez que cela facilite la parole ? Eh bien vous avez raison.
Elle se tourna vers sa fille :
— Lara, va faire un tour avec ton amie et reviens nous voir dans une heure.
Lara ne se formalisa pas et lança un joyeux D’accord ! avant de quitter la maison, Soazic sur ses talons.
— Bien, fit Gwenn. Voici comment nous allons procéder. Je vais vous poser quelques questions et orienter la conversation au fil de vos réponses. En même temps je vais vous enregistrer pour ne pas avoir à prendre de notes.
Maman Véronica hocha la tête avec bonhomie :
— Cela me convient tout à fait ! Allez-y !
Gwenn enclencha le dictaphone de son Smartphone et demanda :
— Comment avez-vous pris conscience pour la première fois de vos dispositions particulières ?
Elle s’enfonça dans son fauteuil et ferma les yeux :
— Je devais avoir douze ans. Je recevais des messages d’un guide spirituel.
— Ça vous a surpris ?
— Pas vraiment. En fait, à cet âge j’avais l’impression que c’était quelque chose de normal. Et un jour, avec des amis, nous nous sommes retrouvés dans la grange parce qu’il pleuvait. On a proposé une séance de spiritisme, vous savez, le truc qui consiste à poser un doigt sur un verre retourné sur une planche. Les lettres de l’alphabet étaient écrites en cercle et il fallait poser une question. Le verre devait se déplacer vers les lettres pour donner la réponse. Je me suis très vite rendu compte que mes amis poussaient le verre, mais quand ce fut mon tour, mon doigt n’était pas en contact avec lui, il était à un demi-centimètre au-dessus. Et spontanément, il s’est déplacé.
— Quel fut votre ressenti face à ce phénomène ?
Maman Véronica s’exprima dans un doux sourire :
— Quelque chose de très positif. J’étais habitée par mon guide et je ressentais beaucoup d’amour. Mais ne me demandez pas pourquoi. Je n’en sais rien du tout.
— Avançons dans le temps, reprit Gwenn. Vous êtes donc consciente de maîtriser une capacité que d’autres n’ont pas. Comment cela se développe-t-il chez vous ?
La dame avala une gorgée de thé avant de poursuivre :
— Vers quinze ans, j’ai commencé à avoir des rêves prémonitoires, toujours les vendredis ou samedis.
— Vous pouvez m’en raconter certains ?
— Oui, fit-elle en hochant la tête. Il m’arrivait de visualiser le déroulé d’une soirée avec des amis. Mais celui qui m’a le plus marqué, c’est le tsunami sur les côtes de Thaïlande. J’ai vu la gigantesque vague, la course effrénée vers les montagnes ou les toits des maisons. Quand je me suis réveillée, je me sentais mal à l’aise.
— Comme si votre « guide » voulait vous prévenir ?
— Oui peut-être. Pourtant j’étais à des milliers de kilomètres de l’événement et n’étais pas personnellement concernée. Et plus tard, j’ai vécu en rêve le crash d’un avion qui venait de Rio. Pourtant… Si j’avais su…
— Je sens un regret chez vous, fit Gwenn.
— Comprenez-moi. Si j’étais allée à la gendarmerie raconter que j’avais rêvé d’une catastrophe imminente en Thaïlande, que croyez-vous que gendarmes auraient répondu ?
Gwenn décida de réorienter la conversation :
— Parlez-moi de votre « guide ». Comment s’est-il manifesté ?
Véronica ouvrit les yeux, mais son regard était perdu dans son passé :
— Un jour à Paris – je devais avoir dix-huit ans –, je descendais dans une station de métro. C’était tard et il n’y avait personne sauf un gros type genre loubard qui s’est mis à me suivre. Il me regardait d’un air méchant et j’ai pris peur. J’ai accéléré la marche, mais il m’a rattrapée et posé ses doigts sur mon épaule. Puis il m’a collée contre le mur. J’ai hurlé « NON ! » de toutes mes forces. À ce moment-là, un petit vieux est arrivé et a pris mon agresseur par la main en disant calmement : « Elle ne veut pas ! ». Les yeux du type se sont révulsés, il a immédiatement lâché prise et a quitté la station de métro. J’étais bouleversée. Quand je me suis retournée, le petit vieux avait disparu.
— Quelle explication donnez-vous à cette histoire ?
— Rien de rationnel. Je crois que c’était mon guide, mais je ne peux pas le confirmer.
— Très bien, dit Gwenn. Poursuivons. Vous avez choisi de devenir réflexologue. Pouvez-vous me dire comment vous opérez et pourquoi vous avez pris cette voie ?
Le visage de Véronica se détendit à nouveau.
— Je voulais aider les autres, les soigner. Mais le chemin de la médecine ne me semblait pas approprié. J’ai vite perçu l’importance des canaux d’énergie qui régissent le corps humain. D’ailleurs les Hindouistes et les Bouddhistes le savaient déjà depuis longtemps. La réflexologie plantaire, celle que je pratique, consiste à libérer les flux et les orienter vers l’organe qui souffre.
— À partir du pied ? s’enquit Gwenn.
— De la plante du pied plus exactement. Le dessous du pied ressemble à une carte sur laquelle on retrouve tous les organes du corps humain. Il faut travailler sur le bon endroit pour agir sur le bon organe.
— Est-ce que vos capacités particulières vous ont aidé ?
— Un jour, je traitais une femme enceinte. Le bébé m’a parlé. Il m’a dit son sexe, que la mère ignorait et m’a révélé le nom qu’elle allait lui donner. Quand j’en ai parlé plus tard à la future maman, elle était stupéfaite. Tout s’était révélé exact. À partir de ce jour, des gens sont venus me voir pour des demandes plus spécifiques.
— Par exemple ?
— J’ai eu plusieurs clients qui voulaient que je prenne contact avec des défunts. La première fois ça m’a surpris. J’ignorais disposer d’une telle compétence.
— Et qu’avez-vous fait ? demanda Gwenn, de plus en plus intrigué.
— J’ai invoqué mon guide et il m’a mis en relation avec le défunt. J’ai donné son nom, et j’ai rassuré ma patiente. Il était très heureux là où il était et le moment venu, il l’accueillerait dans ses bras.
Gwenn arrêta l’enregistrement pour prendre le temps de réfléchir. Puis il l’enclencha de nouveau :
— Cela a-t-il changé votre vie ?
— Oui, fit Maman Véronica. Je me suis davantage impliquée dans la connaissance des médecines parallèles. Je suis partie en Asie à la découverte des grands sages. En Thaïlande, j’ai été hébergée chez une guérisseuse qui m’a formée en échange de cours d’anglais. En fait c’était une chamane même si ce terme ne s’applique pas dans cette partie du monde. J’ai voulu approfondir ce que j’avais acquis avec elle et je me suis rendue au Mexique rencontrer les adeptes de la médecine aztèque. Là-bas un chaman m’a abordée et remis un petit porte-clés. C’était une pyramide entourée de deux serpents. « Garde-le ! Il te portera chance » m’avait-il dit. Il a été taillé dans une pierre qui vient de Sirius.
— Comment l’aviez-vous connu ?
— Par hasard, sur un marché. En fait c’est lui qui m’a abordé. J’ai fait analyser la pierre en France. C’était une météorite.
Véronica prit le temps de déguster un peu de thé avant de poursuivre :
— Mais aujourd’hui je le sais : il n’y a jamais de hasard dans mon histoire. Tenez, un mois après, j’étais dans un bus à San Diego aux USA. Un grand noir est monté, un peu effrayant. Il a regardé tout le monde puis a ôté le bracelet clouté qu’il avait au poignet, me l’a donné et est redescendu. Sans rien dire.
Gwenn était à la fois dubitatif et intrigué. Le magnétisme de cette petite dame était impressionnant.
— Continuez ! fit-il.
La dame ne se fit pas prier.
— J’avais atteint un certain niveau de connaissances, mais celles-ci étaient hétéroclites. Je voulais mettre du sens dans mes capacités pour mieux les maîtriser et mieux servir. J’avais lu le livre d’une psychologue qui était devenue chamane et exerçait ses compétences dans une clinique privée de Rennes. J’ai demandé à la rencontrer. Elle a tout de suite compris quelles étaient mes attentes et m’a formée.
— Vous pouvez me raconter ? réagit Gwenn, curieux.
— La formation d’une chamane est longue, mais en ce qui me concerne j’ai franchi les étapes plus rapidement. Le principe consiste à passer dans une forme de conscience altérée. Cela suppose de purifier son environnement souvent avec de la sauge et du sel puis se laisser porter par le rythme d’un tambour. Les battements de l’instrument sont ceux du cœur. Lentement, progressivement, on va sortir de son corps pour commencer un voyage initiatique à la rencontre de son guide.
— Vous êtes seule pendant ce « voyage » ?
— Non, répondit paisiblement Véronica. C’est là qu’on fait appel à son animal totem, celui qui va vous accompagner.
— C’est vous qui le choisissez ?
— Non, c’est lui qui vous choisit. Je pensais par intuition que ce serait un cheval ailé parce qu’il y a des chevaux autour de chez nous. Mais quand j’ai regardé la prairie où habituellement ils paissaient, ils n’y étaient pas. Une corneille s’était posée sur la clôture et me regardait. Elle était devenue un aigle pendant mon voyage et je suis partie sur son dos.
— Vous avez fait beaucoup de voyages ?
— Oui et j’ai découvert des sites qui m’étaient inconnus, mais qu’ensuite j’ai retrouvés sur Google Maps. Et puis un jour l’aigle s’est posé à côté de moi et m’a fait comprendre que je n’avais plus besoin de lui. Ma formation était terminée.
Gwenn aborda un sujet qui lui tenait à cœur :
— Et la télépathie, c’est un effet de votre formation ?
— Je devais sans doute disposer de cette capacité, mais elle s’est développée au cours de ma formation. Je peux communiquer avec d’autres chamanes qui disposent de la même expérience.
— Et quel est le rôle du tumulus que j’ai vu dehors ?
Véronica posa son mug vide sur la table et poursuivit :
— La terre est parcourue de flux d’énergie dont certains se croisent. Ce lieu de croisement s’appelle un vortex. Il y en a un juste en dessous du tumulus.
— Vous voulez dire que…
— Exactement Gwenn. Les anciens avaient compris l’importance des vortex et bâtissaient dessus. Beaucoup de chapelles bretonnes sont érigées sur un ancien site celte lui-même sur un vortex. L’accumulation d’énergie facilite la télépathie. Du reste je ne suis pas la seule à en profiter.
Gwenn leva les sourcils :
— Il y a d’autres chamanes qui s’y rendent ?
— Non, répliqua la dame. Mais des voyageurs venus de très, très loin.
— Vous voulez dire… des extraterrestres ?
— Oui. À plusieurs reprises une large soucoupe s’est positionnée au-dessus du tumulus et y est restée en position stationnaire pendant une demi-heure avant de filer dans l’espace.
— Ils étaient venus faire le plein ? fit Gwenn en rigolant.
Le rire était contagieux et Véronica partagea cette bonne humeur, mais elle confirma :
— Vous ne croyez pas si bien dire !
En bon professionnel, Gwenn reprit le fil de son interview :
— Aujourd’hui, comment conciliez-vous votre travail de réflexologue avec vos acquis chamaniques ?
— Pour vous faire comprendre, je vais vous donner un exemple. Un jour, un client est venu me voir parce qu’il subissait une douleur au genou que toutes les tentatives de la médecine n’avaient pu traiter. Ni les kinés, ni les anti douleurs n’en étaient venus à bout. Pourtant à la radio, on ne décelait aucune lésion. Je l’ai fait parler et ai découvert que cette douleur correspondait à la mort de son père. J’ai pris contact avec son père puis ai conseillé à mon patient de se rendre sur sa tombe parce qu’il avait un problème à régler avec le défunt.
— Et alors ?
— Il l’a fait. Et depuis ce jour ses douleurs au genou ont disparu définitivement. Vous voyez, mon travail de réflexologue n’est qu’une introduction, mais mes capacités me permettent d’aider et de soulager bien au-delà. Souvent une douleur particulière et incompréhensible est un héritage d’un ancêtre. Lorsqu’on a compris cela, il faut faire admettre au patient que cette douleur ne le concerne pas et qu’elle doit retourner là d’où elle vient. Souvent aussi, le ressenti d’une douleur physique est lié à des images négatives qui bloquent l’énergie des méridiens. Pour chaque patient il y a une écoute attentive, compassionnelle et libératrice.
Gwenn coupa le dictaphone et remit le smartphone dans sa poche :
— Eh bien, aujourd’hui c’était dense. Je vais retravailler tout ce matériau puis nous reprendrons la conversation en approfondissant chaque passage. Je sens qu’avec vous, je vais avoir du travail !
Gwenn allait poursuivre quand la porte s’ouvrit sur une giclée de soleil laissant place aux deux femmes Lara et Soazic.
— Alors Gwenn ? Maman Véronica vous a convaincu ? fit Lara.
— Disons que je suis troublé. Maintenant mon rôle n’est pas de juger, mais de raconter. Et c’est ce que je vais faire.
Soazic intervint :
— Lara nous a invités à assister au concours agricole dimanche à Bréhoulou. Elle va présenter Erell de la Vallée. Ça te dit de te joindre à nous ?
— Avec grand plaisir, fit Gwenn. Cela faisait longtemps que j’avais envie de voir ça. Excellente occasion !
— Parfait ! À dimanche donc ! répondit la jeune éleveuse.

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