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Le bénitier du diable , livre ebook

57

pages

Français

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2019

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Dans un village nantais dans lequel rien ne se passe, la découverte du corps d'une victime vient tout bouleverser... Printemps 2017, la campagne présidentielle bat son plein. Dans un petit village du vignoble nantais un mystérieux tueur en série refait son apparition près de 40 ans après son premier crime. Seul indice pour la police : des références aux dix commandements. Un polar minutieusement construit où se mêlent résonances politiques et religieuses. Entre souvenirs, actualité et intrigue policière bien ficelée, Anne Mesdon nous offre un polar captivant qui nous mène au cœur de la culture et vie nantaise.
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Publié par

Date de parution

31 octobre 2019

EAN13

9791035305970

Langue

Français

Le bénitier  du diable

Anne Mesdon Le bénitier du diable © – 2019 – 79260 La Crèche
Tous droits réservés pour tous pays

Cet ouvrage est une fiction et toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé serait purement fortuite.


Chapitre I

En ce début d’année 2017, exactement 39 jours avant le premier tour de l’élection présidentielle, la météo perd son latin. Les deux médecins de Mézières-sur-Sèvre l’affirment, le citoyen lambda est inquiet, voire souffreteux. Il ressent un mal diffus, un inconfort récurrent avec des pics douloureux et des poussées fébriles. La succession des giboulées, des périodes de gel, des montées de chaleur printanière, des tempêtes participe au chaos.
J’ai habité à Mézières, j’y suis née et je n’échappe pas au sort commun. Mon hameau natal a une configuration circulaire qui contribue à la fois aux liens étroits et aux animosités féroces. C’est un entrelacs de maisons bourgeoises, de maisonnettes plus modestes fraîchement restaurées ou en cours de travaux. Quelques caves avec des viticulteurs survivants qui perpétuent les pratiques ancestrales du travail du vin.
Ce hameau n’est pas beau, il n’est pas harmonieux et souffre d’une grande pauvreté de goût liée à la médiocrité d’inspiration de ses habitants qui n’ont pas su préserver, valoriser les caractéristiques de l’habitat pour lui donner un coup de jeunesse. Impression désolante qui s’impose quand on le traverse pour se rendre sur les coteaux.
La vie, ma vie est jalonnée d’étapes butoirs. J’ai voulu franchir celle-là, ici à Mézières, et encore plus viscéralement, en ce moment très particulier de la campagne présidentielle. Tout a un sens et j’attache une importance particulière au fait de trancher les liens qui me lient aux coteaux, à ce hameau, à cette nature, avec le fait de vendre ma maison natale, de mettre un point final au roman attendu par mon éditeur. Je suis inquiète, très inquiète car je vais devoir affronter tous les démons sur les lieux mêmes où ils m’ont fait le plus souffrir. Mes misères sont là, elles ont pour noms : la bigoterie, la bien-pensance, la rumeur, la peur, tout ce qui à l’échelon national constitue les soubresauts souvent nauséabonds de ladite campagne. Pour amplifier le malaise, pour exacerber les humeurs, les passions, le temps s’amuse à jouer au yoyo alors s’enchaînent sans raison des journées tourmentées par les giboulées, les gelées, et les après-midi de grande douceur. Rien de tel pour agiter les virus, angines et autres gâteries susceptibles de chambouler le corps.
Pour moi, l’évidence s’impose : c’est ici que je dois être pour assister aux derniers sursauts d’un monde à l’article de la mort. Ce monde, je n’aurais jamais pensé me l’approprier, mais en observatrice navrée, je suis presque réduite à le qualifier de « mien ». Il agonise. Comment nier ce dont je me suis nourrie, physiquement, spirituellement, et qui puise ses racines dans cette terre de vignoble, sur les coteaux de mon enfance.
À la nuit tombée, j’aborde la boucle du chemin des Coteaux. Je me gare face à l’entrée de la maison aux deux pignons. La pancarte à vendre m’agace, je l’arrache et la jette sur le parterre en friche. La porte d’entrée oppose quelque résistance et l’odeur d’humidité me monte à la gorge. À tâtons, je cherche le compteur électrique et l’enclenche. Une lumière blanche donne vie à la pièce principale. Je mets le chauffage et fais le tour du propriétaire. La maison n’est pas sale, simplement fanée, un peu cuite dans son jus. Je pousse la porte à glissière, puis celle de ma chambre, tout est en l’état. La cretonne à fleurs du dessus de lit, le cosy avec quelques vieux bouquins coincés dans le serre-livres reçu à ma communion. Rien n’a été déplacé. L’armoire avec sa grande glace, le bureau et le fauteuil m’attendent. Je pose la mallette de mon ordinateur, j’ouvre en grand le radiateur et je me rends à l’opposé pour pénétrer dans la chambre de mes parents.
Là non plus, rien n’a changé. L’armoire et le lit datent de leur mariage, avec les portes cintrées et les ornements style 1930. La moquette verte, les rideaux et le dessus-de-lit chamarrés, les chevets remplis, du côté de ma mère, de toute la littérature Delly dont elle se régalait. Du côté où dormait mon père, quelques ouvrages sur la guerre 39/45, sur la chasse et sur la culture des fleurs. Quels meilleurs témoins d’un monde figé dans le temps, mais qui perdurera jusqu’à son dernier souffle avant de terminer chez Emmaüs. Au-dessus du lit, le crucifix avec le petit bénitier asséché de longue date et sa branche de rameaux restée accrochée.
Les images me montent au cœur, les larmes aux yeux et, un court instant, je maudis le masochisme qui m’a poussé à vouloir vivre ici, seule, cette période trouble, ce tournant de grande incertitude, cette élection présidentielle qui me concerne et ne me concerne pas. Je n’ai pas faim. Je suis fatiguée. Je m’installe. Je déballe mon grand sac, récupère ma couverture polaire, m’entortille confortablement et, mon MP4 sur les oreilles, je m’abandonne à l’écoute des Maîtres du mystère juste avant de sombrer dans un profond sommeil.


Chapitre II

Sur mon ordinateur, en icône, juste à côté du drapeau tricolore s’affiche : « élections présidentielles J-38 ». Je suis rassurée. Je ne suis pas coupée du monde, de ce monde en grande turbulence que je maudis et auquel je m’accroche désespérément tout à la fois. J’ai cheminé avec lui pendant 67 ans. J’appartiens à cette génération de mai 68. L’empreinte de liberté, le souffle de vie sont encore très vifs au plus profond de moi. D’un côté, la liberté rêvée avec toutes ses puérilités et en même temps la mémoire du Général, le sauveur. Il incarnait des valeurs, elles nous font tant défaut actuellement. Tous ces repères s’effacent, s’effilochent au fil des professions de foi de tel ou tel candidat. En fait, pour être honnête, à l’époque, je m’indignais surtout des « bavures policières », des excès d’autorité et du conservatisme du pouvoir gaulliste. Les vertus propres du chef de l’État et de son ménage restaient dans l’ombre et personne ou presque ne savait qu’ils achetaient leurs timbres-poste, réglaient leurs factures d’électricité à l’Élysée, sans oublier les poulets et autres victuailles emmenés à Colombey.
Armée d’une balayette, oubliée à côté de la cuisinière, mon premier travail du jour, après avoir branché l’ordinateur, consiste à ouvrir les volets métalliques. Résurgence de l’enfance, une grande répugnance m’incite à la prudence. J’ai quelques souvenirs de présences importunes d’araignées noires, des familles entières, confortablement tapies dans les rails des volets. J’en déloge quelques-unes, plutôt petites, en ribambelle, et je les chasse à coups de balai énergiques. Je fais ainsi le tour de toutes les fenêtres de la maison. Et tout ça pour ça ! Le jeu en vaut à peine la chandelle. Dehors, un crachin bien nantais humidifie tout. La vue sur la maison d’en face en est toute brouillée mais je constate que les volets sont ouverts. Mon voisin doit être là. Je le souhaite vivement et j’en suis tout attendrie car désormais, c’est un « noble vieillard ».
La pièce principale, le lieu de vie, n’a pas beaucoup changé depuis le temps de mon enfance. Un mobilier rustique, le buffet en Formica, la cuisinière avec le panier à bois à sa droite. La petite desserte en bois blond, le vieux « frigidaire », la télévision sur son socle très typé années 1960. En face, l’évier blanc, la machine à coudre Singer et le fauteuil attitré de ma mère. Toujours cette émotion, j’ai l’impression de la revoir avec son châle sur les épaules et ses cheveux de neige, secouant doucement la tête. Époque révolue que je n’hésite plus à qualifier de bon temps. Maintenant je sais, je peux admettre l’amour, la douceur, les rires, je les entends résonner entre ces murs. Dire qu’aujourd’hui, il faut vraiment se creuser la tête pour trouver une bonne raison de rire. La maison est désespérément vide de toutes provisions et après une toilette de chat dans la petite salle d’eau, j’envisage sérieusement de faire quelques courses, c’est indispensable.
Sur le seuil de la porte, le nez à peine dehors, j’ai la certitude que le crachin va durer, au moins une bonne partie de la journée. Tant pis ! Je suis native d’ici, et quand on appartient à ce vignoble, on n’est pas fragile. Je sors mon équipement de survie, K-Way et bottes, l’indispensable pour courir les coteaux et je décide de « descendre » à pied au bourg, selon l’expression des habitants du hameau.
Je me fais la réflexion : « tout est calme et tranquille ». Je quitte le hameau et j’emprunte le chemin du Pâtisseau pour rejoindre le bourg par le haut. Vieux murs en pierre, vieille demeure ceinturée de châtaigniers et les cailloux qui roulent toujours sous les pieds. Je renoue avec cette atmosphère à la fois désolante et paisible, comme au temps de ma jeunesse, quand elle me permettait de donner libre cours à mes pensées. Je suis seule. Les habitants sont calfeutrés chez eux où, comme autrefois, j’aperçois quelques mouvements de rideaux, de mains furtives pour entrevoir sans se montrer. Tout savoir, tout faire savoir mais surtout ne pas être pris la main dans le sac. À ce moment précis, le souvenir du « corbeau » me vient à l’esprit. Malice du hasard, empathie exacerbée, au même instant je passe devant la maison de la presse. Devant la boutique, les présentoirs avec les manchettes des journaux locaux, Presse Océan , Ouest-France et L’ Hebdo de Sèvre et Maine . Tous les trois annoncent en caractères gras :

« MÉZIÈRES : RETOUR DU CORBEAU ? L’INQUIÉTUDE EST À SON COMBLE DANS CE VILLAGE PAISIBLE. »

Cela me bouscule plus que de raison. Je suis prise d’une véritable hantise. Les horreurs du passé remontent à la surface. Si le corbeau se remet à en commettre de nouvelles ? Pourtant, je reste prudente, l’effet d’annonce n’a rien de spontané, il est là pour « booster »

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