Le cercle de charme
194 pages
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Le cercle de charme , livre ebook

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Description

1851, près de Saint-Malo, France.

Le plus bougon des Erainn ne peut s’empêcher de râler, même lors de la soirée de mariage de son benjamin. Liam aimerait se trouver loin de ces frivolités qui comblent sa famille.

Lorsqu’une bohémienne aux yeux d’améthyste s’approche de lui pour lui prédire son avenir, il reste captivé par la beauté de la jeune femme.

Tandis qu’elle s’éloigne rapidement, il s’aperçoit qu’elle lui a volé le bijou séculaire appartenant aux Erainn depuis toujours : le médaillon d’Angus !

Décidé à rattraper la ribaude qui a osé commettre l’irréparable à ses yeux, il ignore encore qu’il va ainsi au-devant d’une aventure extraordinaire !

La fascinante Loargann ainsi que sa famille attachante lui permettront-elles de se réconcilier avec la vie ? Issus de mondes diamétralement opposés, parviendront-ils au bout de cette quête mystérieuse dans laquelle ils se lancent ?

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Informations

Publié par
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EAN13 9782493219039
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Le Cercle de Charme
Tome 3
Les Erainn : Liam, l’acrimonieux
 

 
Le Cercle de Charme

Thalie Perrot
 
 
«Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. L’auteur ou l’éditeur est seul propriétaire des droits et responsable du contenu de ce livre. Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon, aux termes des articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.»
 
©2021, Thalie Perrot
Édition : Plumes de Mimi éditions, 122 rue de l’Argonne, 62117 Brebières.
Siret : 84469800100014
Dépôt légal : 07/2021
ISBN numérique : 978-2-902427-95-6
ISBN papier : 978-2-902427-96-       
 
Je me sens toujours heureux, savez-vous pourquoi ? P arce que je n’attends rien de personne. L es attentes font toujours mal, la vie est courte. A imez votre vie, soyez heureux, gardez le sourire et souvenez-vous : avant de parler, écoutez. A vant d’écrire, réfléchissez. A vant de prier, pardonnez. A vant de blesser, considérez l’autre. A vant de détester, aimez, et avant de mourir, vivez.
William Shakespeare

N aît-on deux fois ? O ui. L a première fois, le jour où l’on naît à la vie ; la seconde fois le jour où l’on naît à l’amour.
Victor Hugo

C e roman rend hommage au sentiment d’ A mour, le plus pur et le plus sincère, celui qui nous rend confiants en nous-mêmes comme dans les autres.
Thalie Perrot       
 
 
 
 
 
 
Table des matières
Chapitre premier
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Chapitre 22
Chapitre 23
Chapitre 24
Chapitre 25
Chapitre 26
Chapitre 27
Chapitre 28
Chapitre 29
Chapitre 30
Chapitre 31
Chapitre 32
Chapitre 33
Chapitre 34
Chapitre 35
Chapitre 36
Chapitre 37
Chapitre 38
Chapitre 39
Chapitre 40
Chapitre 41
Dernier chapitre

 
Prologue
 
19 mars 1851, Langourla, Bretagne, France
 
L oargann admira ce ciel de velours noir comme si c’était la première fois, elle s’émerveilla du scintillement des constellations aperçues. Au moment où ses yeux se ravissaient de ce spectacle, une pluie d’étoiles filantes apparut et traversa le manteau sombre.
 
— Oh ! C’est magnifique ! ne put-elle s’empêcher de s’exclamer.
 
Elle avait toujours été de celles qui s’enthousiasment pour un petit rien. Chaque moment partagé avec sa famille atypique et soudée était un cadeau inestimable pour elle.
D’ailleurs, son frère Elouan, âgé de seize ans, avait été désigné pour l’accompagner dans ses pérégrinations. Elle se demandait encore comment elle avait pu se laisser entraîner dans cette folle expédition. Elle avait bien été tentée de refuser tout net de s’adonner à ces niaiseries, mais personne ne pouvait se vanter d’avoir dit non à celle qu’elle aimait plus que tout au monde.
Sa mère, qu’on surnommait la Gwarc’h — sorcière en breton —, lui avait parlé de cette tradition druidique qui se déroulait à l’approche de la fête de Saint-Joseph dans le petit village de Langourla.
Il existait dans ce village un chêne séculaire juste à côté de la chapelle qui portait l’appellation du saint en question. Elle leva les yeux au ciel, dans une prière intérieure au cours de laquelle elle demanda à tous les anges et les guides qui l’environnaient de bien vouloir excuser ce qu’elle s’apprêtait à réaliser sur les conseils de la vieille dame.
 
— Je dois vraiment posséder une santé mentale fragile, déclara-t-elle à haute voix, oubliant la présence de son frère.
— Que dis-tu ? l’interrogea-t-il
 
Prise de regret, elle se souvint combien de fois au cours du voyage il lui avait posé la question suivante :
 
— Mais pourquoi devons-nous nous rendre là-bas ?
 
Alors que Loargann ne lui répondait pas, il enchaîna les interrogations tandis qu’un personnage fat, installé en face d’elle dans la diligence surpeuplée, la lorgna comme le misérable paltoquet qu’il était. En cet instant, elle aurait réellement souhaité détenir le pouvoir de sorcellerie que bon nombre d’habitants de leur village lui prêtaient.
 
— Comment ferons-nous pour dormir et manger ? demanda encore Elouan.
— Où allez-vous ? questionna celui qui la reluquait avec concupiscence. Je peux sans doute vous loger, avait-il bavé ensuite avant de vite déchanter.
 
En effet, Elouan avait aussitôt appuyé un regard empli d’animosité sur cet homme en posant la main sur sa poche intérieure, de sorte que l’individu grossier avait rapidement détourné les yeux vers la vitre, feignant de s’absorber dans la contemplation du paysage.
Son frère s’avérait immature, mais suffisamment hargneux pour impressionner les messieurs en quête de sensations fortes.
Néanmoins, par instinct, Loargann avait réajusté le montant de sa capeline de voyage, la seule qu’elle possédât et qui masquait laborieusement son corps de déesse.
Après un trajet harassant, partis de Saint-Malo dans cette diligence surchargée dans laquelle ils avaient cru devenir fous tous les deux, ils étaient enfin arrivés. Après une étape dans la très belle cité de Dinan, puis un dernier arrêt dans le village de Broons, ils n’avaient eu d’autre choix que de parcourir le reste du chemin à pied. Cela représentait plus de trois heures, uniquement pour l’ultime partie de ce périple les conduisant à Langourla.
Finalement parvenue face à ce vieil arbre sans âge, Loargann ressentit une vive émotion. Curieusement, il lui faisait songer à sa mère. De l’avis de tous, il était mort et pourtant, en lui vivait toute la magie de milliers de vœux émis par des générations de jeunes femmes. Une vibration terrible la traversa et elle perçut une autre de ses visions. En un éclair, se dessina devant ses yeux écarquillés un dragon d’argent au cœur écarlate.
Elouan, exaspéré de ne toujours rien savoir, s’agaça :
 
— Mais enfin ! Vas-tu me dire pourquoi nous devions venir à tout prix jusqu’ici ?
 
Elle le regarda, la mine à la fois catastrophée, mais aussi amusée. Il allait la détester à coup sûr ! Cependant, elle lui révéla au dernier moment la raison pour laquelle ils se trouvaient précisément à cet endroit.
 
— Je dois me frotter le fessier contre cet arbre 1  ! désigna-t-elle du doigt la masse informe dans la nuit noire.
 
Elle aurait souhaité pouvoir discerner le visage de son frère qui devait être vraiment désappointé !
 
 
Chapitre premier
L iam Erainn se réjouissait pour son frère Sean et sa toute nouvelle belle-sœur Madeline. Le jour béni de leur mariage avait réuni les familles dans cette bourgade près de Saint-Malo.
Pour clore cet heureux événement, l’époux les avait tous conviés à un fest-noz. Cette fête bretonne à laquelle il avait eu l’occasion d’assister en compagnie de leur cadet Rory et sa femme Cordélia, une poignée d’années plus tôt.
Il ne pouvait pas prétendre s’inclure au ravissement total que semblait éprouver tout le monde. Il s’ennuyait ferme, pouvait-il même s’avouer intérieurement. Décidément, ce type de vie oisive ne correspondait absolument pas à ce qu’il était.
Dire qu’il avait du travail par-dessus la tête ! Cependant, il s’obligeait à supporter cette ambiance festive uniquement pour complaire à sa famille ! pesta-t-il pour lui-même.
Il ne devait pas savoir le cacher puisque Sean et Madeline s’approchèrent afin de s’enquérir de son bien-être. Son frère, lui, s’inquiéta avec sa bienveillance habituelle :
 
— Tout va bien, Liam ?
— Franchement, Sean je t’adore, mais je me demande sincèrement ce que je fiche ici ! répliqua-t-il.
— Je peux vous aider à répondre à cette question ! intervint une voix ensorcelante derrière lui.
 
Liam, en se retournant, reçut un choc tant la jeune femme venue se planter là figurait une beauté vertigineuse. Plus grande que la moyenne, elle arborait une tenue qui soulignait ses courbes féminines. Sa chemise blanche dénudait ses épaules rondes et dorées, et ses seins pleins occupaient généreusement le calicot grossier. Sa jupe, de teinte vermillon, épousait la rotondité de ses hanches enserrées par une large ceinture de tissus colorés et enchevêtrés. Malgré l’indécence de cette toilette, il ne parvenait pas à se détacher d’elle. L’emprise paraissait totale, comme s’il avait bu un puissant philtre édictant sa conduite.
Après lui avoir rapidement demandé l’autorisation de jeter un œil à sa main et devant l’inaction du jeune homme, elle la prit dans les siennes, pencha sa tête au-dessus et d’un doigt suivi toutes les lignes tracées dans sa paume. Quand elle se redressa, sa longue chevelure noire et ondulée s’agita telle une oriflamme de soie, née pour le guider. Son regard, qui oscillait entre bleu azur et améthyste, pétilla de malice. Elle arbora un large sourire qui découvrit des dents d’une blancheur extrême étreignant, bien malgré lui, le cœur de Liam.
 
— Vous êtes ici pour y rencontrer votre épouse et elle se situe bien plus proche qu’il n’y paraît ! déclara-t-elle le plus naturellement du monde.
 
La demoiselle, plus irrésistible que jamais, semblait absolument ravie de cette annonce tonitruante. Liam resta dans son habituelle circonspection tandis qu’il distinguait le ricanement moqueur de Sean et l’agitation de Madeline à ses côtés.
Tout à la captivité de cette présence magnétique, il les avait complètement omis. Sans crier gare, la jeune beauté inconnue se colla à lui jusqu’à le frôler.
Il sentit son cœur accélérer brutalement, il avait la curieuse impression que sa peau était en état d’incandescence.
Elle s’était penchée à son oreille, comme pour lui parler, mais en réalité elle ne fit que lui souffler dans le cou. Un véritable incendie se propagea en lui comme si l’impact de son action n’avait conduit qu’à réanimer les braises. Une sensation de brûlure intense affligea son thorax un instant bref.
Et soudain, sans bien réaliser, il la contempla s’éloigner de lui. Cela créa une onde sismique en son être. Cela ne pouvait pas être le simple effet de sa fuite brutale. Il porta une main à sa poitrine et comprit immédiatement !
Elle s’était emparée de son plus précieux trésor ! Le médaillon lui provenait de son immémorial ancêtre confié par les soins de sa grand-mère bien-aimée.
 
— La garce ! lâcha-t-il sans aucun filtre avant de se mettre à courir de toutes ses jambes dans la direction qu’elle venait d’emprunter afin de la rattraper.
 
Madeline et Sean restèrent figés sur place, sans rien saisir à ce qui se tramait.
 
L oargann trépignait d’impatience et sautait de bonheur tout en courant le plus vite possible pour s’éloigner de la fête. Cela avait été plus facile qu’elle ne le pensait !
Le bel inconnu n’y avait vu que du feu. Et ce terme ne semblait pas usurpé. En effet, comment décrire de manière plus appropriée ce qu’elle avait ressenti à son contact ? Elle sentit le rouge lui monter aux joues. Elle se souvint avec émotion quand elle l’avait repéré dans la foule de badauds. Immédiatement, ses visions s’étaient matérialisées.
Elle avait surpris l’apparition d’un dragon en un éclair dans ses pensées. Elle n’avait jamais su expliquer aux autres ses clairvoyances.
C’était inné, souvent ses petits frères et sa sœur se moquaient d’elle, seule Mamina, que les villageois surnommaient la Gwarc’h , connaissait la pénibilité d’avoir hérité de ce don par ses ancêtres.
Elle était essoufflée et estima être suffisamment loin à présent pour s’octroyer une pause à l’orée du Bois des Âmes.
Peu nombreux étaient ceux qui s’aventuraient jusqu’ici.
Elle saisit le médaillon qu’elle avait glissé dans son corsage, entre ses seins, et l’admira à hauteur de son regard.
Aussitôt se matérialisa à elle son propriétaire si beau, ses cheveux châtain clair dont la mèche souple lui donnait l’allure d’un prince. Ses yeux vert d’eau étaient si limpides qu’ils paraissaient figurer le lac profond de son âme.
Sa bouche marquait un pli amer, mais ses lèvres pleines appelaient à des baisers à n’en plus finir. Sa mâchoire carrée se contracta subitement.
C’est précisément à ce moment qu’elle se rendit compte que le géant aux larges épaules n’était pas qu’une apparition dans son esprit, mais qu’il était bel et bien face à elle. Il l’avait suivie, mais surtout retrouvée, c’était le plus ennuyeux. Elle fut saisie à son tour.
 
— Je crois que ceci m’appartient ! Sale petite voleuse ! lui affirma-t-il, furieux. Il avançait la main pour attraper son médaillon lorsque celle d’un enfant s’en empara avant lui.
 
L’effet de surprise fut propice au gamin qui portait des vêtements rapiécés et une tignasse un peu trop longue. Ewen venait de lui sauver la mise, pensa-t-elle en soufflant un instant.
Le temps que le géant comprenne, son jeune frère s’était caché dans les bois avec le précieux trésor. Aussitôt, elle souhaita à son tour faire une échappée belle, mais une poigne de fer l’en empêcha et la stoppa dans son élan.
 
— Où crois-tu t’en aller espèce de ribaude !
 
Son splendide visage s’était transformé en un masque de courroux poussé à l’extrême. Loargann se fit plus minuscule instinctivement, se penchant le plus possible en arrière.
 
— Tu vas m’amener dans votre repaire de canailles et tout de suite ! exigea-t-il avec un mépris non déguisé dans la voix.
 
Si son regard avait pu projeter des éclairs, elle aurait été foudroyée sur-le-champ.
Sans la prendre en considération le moins du monde, il entreprit de la tracter à sa suite. Elle commença alors à reprendre vie et à protester vigoureusement. Elle se débattit de sorte qu’il fut contraint de s’arrêter dans sa progression et tenta avec énergie de la maîtriser.
Mais pour le forcer à la lâcher, elle le mordit à la main jusqu’au sang.
Sitôt qu’elle se sentit libre, elle répéta une course effrénée afin de le semer. Il la rattrapa très vite, ses grandes jambes lui donnant l’avantage.
Une seconde qui parut durer une éternité, il la tint par les épaules et leurs deux regards se noyèrent l’un dans l’autre. Loargann le vit se pencher sur elle. Allait-il l’embrasser ?
Elle cessa immédiatement de songer que ce fut ne serait-ce qu’envisageable et, sans véritablement le contrôler, lui administra un coup de genou bien placé et lancinant si bien qu’il renonça à la retenir et se plia en deux.
 
— Mais quelle garce ! l’entendit-elle lâcher dans un gémissement de douleur.
 
Elle ne s’interrogea pas plus et fila à travers le bois dans lequel elle progressa de moins en moins facilement.
Elle se traita d’imbécile, se demandant pourquoi elle s’était enfoncée dans la forêt alors que la nuit était déjà tombée.
Puis, très vite, elle se convainquit que si elle avait agi ainsi c’était pour éloigner l’inconnu de la piste de sa famille. Elle n’aurait pu supporter qu’il leur fasse du mal par sa faute. Ewen devait être rentré à la maison. Il alerterait Mamina et Elouan.
Elle sentit un point au côté et elle eut le souffle court. Il fallait juste qu’elle soit patiente et très bientôt elle pourrait à son tour les rejoindre. Elle pria la Vierge Marie pour que sa mère n’envisage pas de venir à sa rescousse. Elle s’en voudrait tant s’il lui arrivait la moindre disconvenue.
Elle entendit une agitation à proximité d’elle, se figea. Non ! Faites Jésus, Marie, Joseph que ce ne soit pas lui ! implora-t-elle silencieusement.
Son visage se décomposa lorsqu’elle distingua le bruit d’un grommellement de cochon sauvage.
Elle savait que ce type d’animal pouvait être d’une grande dangerosité et qu’il était rare d’en voir errer seul. Elle s’éloigna donc de l’emplacement, se contraignant à être la plus discrète et tranquille possible.
Elle parvint ainsi jusqu’à une trouée lumineuse qu’éclairait la lune. L’endroit prit un scintillement qui lui parut surnaturel, elle reconnut en cet endroit, le lieu surnommé le Miroir des Fées que la légende magique précédait.
Un petit lac couvrait, par son étendue, toute la partie de ciel ouvert dans lequel des centaines d’étoiles prenaient place comme autant de spectateurs resplendissants observant sa détresse.
Le son caractéristique de la cascade se répercuta dans le calme de cette nuit si spéciale.
Tout semblait paisible, son propre cœur battait beaucoup moins vite. Elle n’aurait osé dire qu’elle était rassérénée, mais le bois, en ce lieu, se révéla bien moins hostile. Elle s’attendait presque à voir apparaître les fameuses fées qui avaient donné leur nom à cette étendue d’eau somme toute sereine.
Suffisamment de temps était passé à présent pour qu’elle pense être définitivement tranquille. Son poursuivant avait sans doute abandonné face au labeur que représentait la fouille de toute la forêt. Bien que le paysage soit enchanteur, elle s’en détourna pour mieux se précipiter contre le torse du seul être qu’elle ne souhaitait pas retrouver ici.
La chaleur des bras qui l’entourèrent conféra une résonance à un vide immense qu’elle possédait en elle sans que jamais elle n’ait réussi à le définir. Étrange sensation que celle-ci, la plénitude d’une protection alors même que l’unique désir de cet être était de lui nuire.
Reprenant brusquement toute sa part de lucidité, elle voulut renouveler le coup porté qui avait si bien fonctionné, mais il le para habilement.
 
— Non ! Non ! Non ! Pas deux fois de suite, petite sauvageonne ! protesta-t-il avec humeur.
 
Il la tenait fermement par les épaules. Elle l’exaspérait manifestement.
 
— Cette fois, tu ne m’échapperas plus ! lui affirma-t-il avec détermination.
 
Loargann tambourina de ses poings contre la large poitrine de cet homme, ce qui n’avait visiblement pas plus d’effet qu’un frôlement.
Un nuage passa devant la lune et, à cet instant précis, tous ses sens furent en alerte. Comme chez un animal, les narines de la jeune fille frémirent. Chacune des odeurs qui émanaient de lui s’avérait aussi irrésistible qu’une potion magique. Ses mains, sur elle, avaient la douceur que son profil sévère ne possédait plus depuis certainement bien longtemps. Elle se sentait inéluctablement attirée par lui. Son corps, sans qu’elle puisse le contrôler, connaissait ses premiers émois. Une chaleur bienfaisante se propagea dans tout son être.
Le nuage se dissipa et l’astre de nuit, dans sa beauté étincelante, les éclaira d’une façon irréelle. Ses traits apparaissaient comme parés de nouveaux atours que seule l’auréole sélène pouvait accorder.
Les fées de cet endroit enchanteur diaprèrent le couple d’un brouillard qui peu à peu envahit les lieux, les laissant isolés au milieu de nulle part, pourtant les cœurs, de l’un comme l’autre, battaient à l’unisson.
Chaque visage s’avança à la rencontre de celui qui faisait face et sans comprendre la passion qui les unissait si brutalement, leurs bouches avides se retrouvèrent en un baiser qui contenait toute la fantasmagorie du site.
 
Chapitre 2
L iam ne se reconnaissait plus. Lui, si maître de chacun de ses actes, ne parvenait plus à lâcher cette jeune femme. Il la désirait tel un dément qui ne réfléchit plus. Il le souhaitait ici, au milieu de ce nulle part qui lui apparaissait comme le lieu le plus approprié pour l’union de deux corps.
Ses mains épousèrent chacune de ses courbes, il ne voulait plus jamais se détacher de ces lèvres si merveilleusement tendres.
Plus il l’embrassait et plus il se sentait épris de ce sortilège.
Quelque chose d’anormal était en train de se produire et malgré la volonté de tout stopper il n’y réussissait pas. Étrange sensation que de s’en rendre compte, mais d’être impuissant face à cela.
Il l’étendit à même le sol sans qu’elle proteste. Il lui semblait que ce tapis de feuilles et de mousse constituait la parfaite couche pour cette étreinte. Tout apparaissait poétique. La poitrine de la beauté, dont il baisait les lèvres à l’envi, se soulevait au rythme de la passion qu’elle-même éprouvait.
Tout était parfait. Même Liam qui se sentait pleinement vivant pour la première fois depuis longtemps…
Depuis cette autre époque où il avait été heureux. C’était une nouvelle vie.
Pour l’heure, peu lui importait ce passé, pas plus que son médaillon d’ailleurs. Seule cette inconnue dont il recouvrit le corps du sien avait, à cet instant, toute son attention.
Il n’était pas homme à violenter une femme. Il prit appui sur sa main en se redressant un peu grâce à son avant-bras, il lui laissait ainsi l’occasion de le quitter dès à présent. Avant qu’il ne soit trop tard.
Il ne tenait pas à commettre ce qu’il savait être une terrible bêtise. Mais dans les yeux de la magnifique brune, il sentit qu’une partie de lui était déjà happée. Bien qu’elle paraisse aussi décontenancée que lui-même, elle était envoûtée tout autant.
 
— Embrassez-moi, lui demanda-t-elle prise dans cette folle passion qui s’était emparée d’eux.
 
C’était la dernière barrière qu’il souhaitait voir tomber, le consentement de cette femme dont tout le corps vibrait contre lui. Il le cajola comme un condamné dévore son ultime repas. Il avait faim d’elle, de ressentir la douceur de sa peau sous ses doigts.
Que penseraient ses frères de son attitude inconvenante, lui si raisonnable d’ordinaire ? Il n’en avait cure. Il se rendait compte qu’il était tout simplement dans l’incapacité de s’éloigner d’elle.
À la façon dont elle lui rendait ses caresses et ses baisers, il se persuada qu’elle était une femme d’expérience.
Peu à peu, il la déshabilla. À la lueur radieuse de la lune, son corps enchanteur parut nimbé d’or. Elle était divinement belle, il fut frappé d’un émoi qu’il ne se souvenait pas avoir déjà éprouvé.
Pourtant il avait aimé cette autre plus que sa vie même.
Que lui arrivait-il ? Il fallait qu’il se reprenne, se convainquit-il. Cependant, sitôt qu’elle l’attira à elle pour qu’il l’étreigne encore et encore, il perdit définitivement toute volonté et toute raison.
Il se dévêtit à son tour et, dans ce décor captivant, il apparut plus beau que jamais. Ses muscles saillants brillaient comme une parure d’or.
Il se plaça aux pieds de sa magnifique amante et se mit à embrasser chaque parcelle de peau rencontrée tout le long de sa jambe fuselée et galbée.
Elle frissonna alors qu’il s’approcha de ce point, en son centre, qui ne demandait qu’à être goûté.
Tandis que la langue de Liam entra en contact avec ce petit temple sacré, celui-ci palpita davantage et la jeune femme se contracta sous l’effet de l’exquise douceur dont il faisait preuve.
Tendre, mais ferme à la fois, il se fit un devoir de sentir qu’elle le souhaitait vraiment autant que lui la désirait.
Elle s’agrippa à sa chevelure tant la pression qu’il exerçait sur son intimité la plus secrète était jouissive.
Quand il comprit qu’elle était véritablement prête à s’unir à lui, il remonta en embrassant tout le reste de son corps, s’attarda sur la pointe de ses seins qu’il suça avec gourmandise.
La jeune femme s’agitait, il entendait qu’elle aspirait à plus. Il vint s’installer aux portes d’un délice qu’il savait par avance extatique. Elle le regardait de ses grands yeux d’améthyste qui reflétaient le plus considérable des désirs.
Il joua à l’entrée de sa féminité, la caressant du bout de son sexe, instinctivement, elle enroula ses jambes autour de sa taille et, n’y tenant plus, ils allièrent leurs deux êtres.
Mais au moment où il la pénétrait, Liam comprit…
Cette fille n’était absolument pas expérimentée, au contraire de ce qu’il avait pensé. Il voulut se retirer immédiatement, mais elle le retint.
Elle n’avait ressenti que le plaisir de cette complémentarité, comme deux pièces d’un même objet trop longuement égarées qui se rejoignent enfin. Elle eut l’audace de s’avancer vers lui pour réclamer un baiser. Il ne se fit pas prier et l’embrassa avec la tendresse que mérite une femme lors de sa première fois.
Il ne bougea plus en elle, le temps qu’elle s’habitue, puis il imprima un rythme doux afin qu’elle s’adapte à cette allée et venue de l’amour. Il fit preuve de la patience qu’il fallait pour qu’elle connaisse ce moment où l’extase, d’une fulgurance inouïe, s’empare des êtres qui se retrouvent à l’entrée du seul paradis terrestre.
Liam roula aux côtés de la belle aux bois enchantés, mais soudain, tout le poids de la terrible erreur qu’il venait de commettre lui arriva en tête et il se souvint également de la raison qui l’avait poussé à poursuivre cette femme dans un lieu aussi incongru ! Mon Dieu ! Qu’avait-il fait ?
 
T ous les Erainn présents ce matin-là furent abasourdis par la nouvelle annoncée par le plus bougon d’entre eux.
Lui qui était sans doute le plus raisonnable venait de prendre la décision la plus saugrenue qu’ils aient pu imaginer.
Les jumeaux conservaient une lueur moqueuse. Ils n’avaient pas besoin de se concerter pour s’amuser de la situation.
Leur instinct ne les avait pas trompés. Lorsqu’ils avaient aperçu Liam courant après cette fille au Fest-noz, ils avaient compris que la malédiction du mariage des Erainn s’abattait sur lui. Ils auraient pu le parier. Ils avaient pris un air nonchalant qui aurait pu décontenancer n’importe qui.
Apolline, leur mère, restait en état de choc et Evan, leur père, semblait conciliant. D’ailleurs, il déclara :
 
— Nous respectons ton choix, fils ! Je sais combien tu es un homme réfléchi. Si tu as opté pour le mariage, c’est que tu as tes raisons.
— La coucherie ? interrogea Trevor, un tantinet moqueur.
— Trevor, il suffit ! s’interposa Apolline, sortant ainsi de son mutisme traumatique. Tu embarrasses mademoiselle… Quel est votre nom ? demanda-t-elle, gênée de ne trouver comment l’appeler.
 
Loargann, le feu de la honte déjà aux joues depuis qu’elle était entrée dans cette salle somptueuse, répondit les yeux baissés.
 
— Je n’en possède pas, Madame, je me prénomme Loargann.
— De mieux en mieux, ricana Connor, l’autre double.
— Bon, les jumeaux, vous sortez ! ordonna Apolline en pointant du doigt la porte.
— Et manquer ce spectacle si amusant ? s’enquit la voix caverneuse de Trevor.
 
Cependant, devant l’air courroucé de leur mère, ils finirent par obtempérer. En passant à côté de leur cadet, les aînés le bousculèrent un peu, histoire de lui remettre les idées en place, et Connor lui glissa à l’oreille :
 
— Tu n’as pas choisi la plus laide, mon coquin !
 
Liam, qui avait l’habitude des provocations de ses frères, ne pipa mot. Il se fichait éperdument de leur opinion. Dès qu’ils furent sortis, Liam s’avança vers Evan.
 
— Merci, Père, d’agréer à ma volonté. Je l’ai mûrement réfléchie en effet. Je ne souhaite pas que vous jugiez cette jeune femme, affirma-t-il sur un ton qui se voulait assuré.
 
Pourtant, c’était loin d’être ce qu’il ressentait réellement.
Apolline, qui incarnait la bienveillance, s’approcha de cette dernière et dit à Liam :
 
— J’emmène ta fiancée, nous allons lui trouver des vêtements. Venez mon enfant, lui suggéra-t-elle avec chaleur et encouragement.
 
Elles sortirent de la pièce à leur tour. Liam tourna comme un animal en cage. Il libérait toute la tension connue au cours de cette nuit.
 
— Père, je suis désolé de vous déshonorer ainsi…, lâcha-t-il en s’asseyant dans un fauteuil l’air contrit.
 
Evan s’avança vers lui et plaça une main réconfortante sur ce fils déjà torturé par des événements passés qui avaient failli le détruire. Il eut un pincement au cœur à le voir si désemparé.
 
— Ne t’inquiète pas de toutes ces fadaises. Rien de ce que tu pourrais faire ne me fera jamais honte. Je suis tellement fier de toi, nous le sommes tous ! déclara-t-il. Les choses n’arrivent jamais par hasard et j’ai un bon ressenti la concernant. Elle plaira à ta grand-mère, tu verras.
 
À la simple évocation de l’être qui comptait le plus pour Liam, il releva la tête et sourit.
 
— Vous le pensez vraiment ? s’enquit-il.
— J’en suis sûr ! acquiesça Evan.

 
Chapitre 3
L oargann admira son reflet dans la jolie psyché installée dans la luxueuse chambre d’Apolline Erainn. Elle portait, à présent, une très belle robe mauve et soyeuse dont le corsage se révélait un peu trop étroit pour sa poitrine généreuse.
Elle n’avait jamais été habituée à tant de tissu sur elle. Elle avait la sensation de ne plus pouvoir respirer. Elle ne possédait guère de vêtements à disposition chez elle. Sa jupe rouge et son chemisier blanc, qu’une domestique avait récupérés à la demande de sa future belle-mère, représentaient les rares dont elle jouissait.
Sa fratrie, Mamina et elle-même vivaient dans le dénuement le plus total. Ils ne se nourrissaient que de ce qu’ils produisaient eux-mêmes ou de ce que les gens, qui osaient consulter la Gwarc’h , voulaient bien offrir en échange de ses dons.
De temps en temps, Elouan tentait de trouver de petits boulots à Saint-Malo, afin de rapporter un pécule qui servirait pour les jours à venir.
Loargann, quant à elle, courait les marchés ou les fêtes pour proposer de lire les lignes de la main et obtenir trois francs six sous. Ils vivaient misérablement mais heureux.
Dans le miroir, elle vit les yeux de Madame Erainn tout pétillants d’excitation.
 
— J’ai souvent rêvé d’avoir une fille, lui dit-elle avec un large sourire tout en replaçant une mèche des cheveux de Loargann. Vous êtes splendide ! déclara-t-elle admirative. J’ai toujours pensé que Liam avait beaucoup de goût ! Je suis ravie que vous entriez dans la famille !
 
Décidément, cette femme était la bonté incarnée, Loargann ne faisait pas que le pressentir, elle le constatait tout simplement. Elle possédait la capacité particulière de savoir déterminer le caractère de ses semblables. Et elle ne voyait en Apolline qu’une merveilleuse personne.
 
— J’avais affreusement peur que vous me jugiez Madame…, se lança-t-elle en baissant la tête, honteuse de pouvoir décevoir une telle personne.
— Qui serais-je pour juger les autres ? La seule surprise me provient de Liam. Il a un passé douloureux. Je ne l’imaginais pas pouvoir convoler après ce qu’il a expérimenté…, s’interrompit-elle.
 
Loargann s’interrogea immédiatement sur ce que Liam avait pu vivre de si terrible.
Cette nuit, après qu’ils s’étaient adonnés à cet amour si fusionnel et passionnel, il s’était relevé, comme si un esprit qui n’était pas le sien s’était immiscé en lui.
Il l’avait ensuite aidée à rassembler ses vêtements épars et lui avait demandé de se rhabiller.
La froideur dont il avait fait preuve et le masque d’acrimonie qu’il avait adopté de nouveau l’avait laissée hébétée.
Elle avait d’abord cru qu’il était habitué à embrasser les inconnues… Enfin, un peu plus que cela d’ailleurs, et à les délaisser dès sa petite affaire faite.
Elle angoissait et ne parvenait plus à réagir face à la propre folie qui s’était emparée d’elle.
Elle savait que cette forêt était prétendument enchantée, mais elle ne s’était pas reconnue. Elle demeurait persuadée d’avoir été la victime d’un mauvais charme.
Après s’être vêtue, elle s’était avancée dans le bois pour en sortir et regagner la masure de la ...

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