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Le dernier loup des Millevaches , livre ebook

74

pages

Français

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2020

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La disparition d'un enfant défiguré par une maladie incurable laisse tout le monde indifférent dans le hameau de Pisseloup. Pisseloup est un hameau du plateau des Millevaches perdu aux confins des départements de la Corrèze, de la Creuse et de la Haute-Vienne. Le récit se passe au cours de l'année 1913, temps des superstitions, année de tous les périls. Au hameau, on a fort à faire avec les loups ! Les derniers survivants de cette race maudite des Millevaches sont venus se réfugier à Pisseloup ! Par quelle malédiction ? Ce récit est aussi l'histoire des Peyrutie : Jean, un scieur, un homme généreux et travailleur ; Marie, la mère, une femme au caractère exceptionnel, fière jusqu'à l'orgueil et Germain leur fils, un enfant damné à la naissance, atteint d'une maladie incurable qui lui dévore le visage ! Cette maladie qui le rend hideux, a conduit à son exclusion de l'école communale en 1902 : il était alors âgé de 6 ans et demi ! Personne ne reverra vivant cet enfant, honni et banni du monde ! Au hameau, à part quelques personnes, on n'aime pas les Peyrutie, on se montre indifférent à leur drame ! À quoi bon se préoccuper du sort du fils Peyrutie qu'on dit, en cette année 1913, reclus à la scierie, mourant et grabataire ! Découvrez un polar noir dont la trame se déroule sur le plateau des Millevaches durant l'année précédant la Première Guerre mondiale.
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Date de parution

29 juillet 2020

EAN13

9791035308827

Langue

Français

LE DERNIER LOUP
DES MILLEVACHES
© 2020 – – 79260 La Crèche
Tous droits réservés pour tous pays
José Demellier
LE DERNIER LOUP
DES MILLEVACHES



Pisseloup

Dans l’après-midi du 2 janvier 1913, le ciel soudain s’obscurcit au-dessus des villages aux toits d’ardoises bleutées, des forêts, des prairies, des tourbières et des lacs. Tout le plateau de Millevaches, saisi de silence, se cabra sous l’imminence de la neige, une neige qu’on pressentait lourde, dense et froide. À la vérité, cela faisait plusieurs jours qu’on l’attendait et que, sans inquiétude ou résignés, on faisait le dos rond. Il fallait bien que la nature s’exprimât.
Mais dans le hameau de Pisseloup, une trentaine de maisons en pierres rustiques au toit de lauzes, perdu aux confins des départements de la Corrèze, de la Creuse et de la Haute-Vienne, on la redoutait.
Au vrai, ce n’est pas tant la neige que craignaient les âmes égarées de Pisseloup, non, ce n’était pas la neige ! Avec la neige, toujours, venaient les loups !
À Pisseloup, on avait peur des loups ! Pourtant, on pensait bien avoir éradiqué l’infâme bête !
Durant deux interminables semaines, il neigea sans discontinuer sur l’immensité du plateau. Et plus encore sur Pisseloup ! Pourquoi donc ici ? Le diable s’était-il une nouvelle fois invité à la fête ?

*

Au cours de l’année 1912, déjà, c’est à Pisseloup qu’avait été relevée la plus forte épaisseur de neige. La damnée neige avait commencé de tomber dans les derniers jours de l’année 1911 ! Une neige teigneuse, qui avait perduré, comme pour inquiéter les pauvres gens, s’enfonçant à peine sous le poids des sabots de bois ou des gros souliers aux semelles cloutées. On s’était désespérés de sortir de ce piège blanc. Au vrai, on n’avait pas été malheureux non plus. On demeurait près du cantou jusqu’à une heure avancée de la nuit et on sortait du lit chaud tard dans la matinée ! On avait fini par se laisser bercer par ce rythme assourdi d’heures molles, cadence de vie très inhabituelle aux gens de Pisseloup, hommes et femmes, tous de solides besogneux.
Jusqu’à cette nuit terrible du 18 février 1912 ! Il devait être près de deux heures du matin lorsqu’un hurlement horrible, lugubre, douloureux peut-être, on ne sut plus tard le décrire, déchira la nuit épaisse ! Hommes, femmes, enfants et vieillards, dans un même sursaut, se dressèrent sur leur lit, leur couche ou leur paillasse ! Les loups ! Mon Dieu ! Les loups ! C’était impossible, on avait exterminé les derniers loups un jour de mai 1911, trois mâles et deux femelles ! On était sûrs de cela ! À Pisseloup, on se vantait de côtoyer les meilleurs chasseurs de loups de tout le plateau de Millevaches ! Pour sûr, de redoutables tueurs de leu ! Alors, qui pouvait bien avoir poussé ce drôle de cri ? Les lourdes portes de bois s’ouvrirent en même temps, des ombres sortirent des maisons et convergèrent lentement vers la place, là, où on pensait qu’avait été poussé le cri atroce.
«Hein, t’as entendu toi aussi ! » « Pour sûr, quel réveil ! » « Qu’est-ce que ça veut dire ? » « Un loup, allons donc, ils sont tous morts ! »
Les ombres se turent et s’agglutinèrent devant la petite épicerie du hameau. Quelqu’un cria : « Regardez la porte est grande ouverte ! » Un ah ! médusé arrondit la bouche de ces gens aux cheveux hirsutes ! On n’y voyait goutte à l’intérieur de l’infâme boutique ! On se recula légèrement ! Une femme tenant une bougie à la main s’était avancée ! C’était la mère Caillegot, une ouvrière de la tannerie, âgée d’une cinquantaine d’années. « Faut bien qu’on aille voir là-dedans », dit-elle. Alors, sans marquer la moindre hésitation, ni attendre le moindre assentiment de la maigre assistance, la femme épaisse franchit le seuil enténébré et descendit les deux marches menant à l’étroite boutique. La fragile flamme dansa au bout du bras de l’intrépide femme puis disparut. Un cri strident retentit immédiatement des profondeurs de l’obscurité et vint frapper au visage les peureux agglutinés devant la porte béante ! Que se passait-il là-dedans ? Le maigre cercle aux souffles coupés se recula ! « J’y vais », dit un homme de forte corpulence ! Alors, sans bruit, on s’était enfin décidé à descendre !
Sous la flamme tremblante de la bougie levée portée à bout de bras, allongé sur le mauvais pavé de la boutique, visage tourné vers eux, gisait Beaujoux, l’épicier, qui les regardait. Mais quelle hideuse figure ! La joue gauche toute meurtrie, comme lacérée de griffures ; sous la gorge, une large blessure aux bords déchiquetés ; et puis les yeux qui vous fixaient du néant, grands ouverts et remplis d’épouvante ! Qu’avait donc vu l’épicier avant de passer de l’autre côté ? Durant un instant, pas un seul mot ne put franchir la gorge serrée des témoins. Ils fixaient, happés par l’horreur, les yeux exorbités du supplicié. Et quelle puanteur là-dedans ! On en devina vite l’origine. L’épicier trempait dans sa merde !
On courut réveiller le maire et le curé.
Le lendemain, au lever du jour, les gendarmes de Tarnac étaient venus. Ils avaient, ne souhaitant pas être bloqués par la neige avant la tombée de la nuit, hâtivement conclu à une attaque de loups. Nul n’avait protesté et chacun avait, résigné, accepté les conclusions de la maréchaussée.

*

En regardant tomber la neige, en ce début de soirée du 2 janvier 1913, chacun à Pisseloup agitait dans sa mémoire ce sordide souvenir !
Dans quelques jours, le 18 février 1913 très exactement, on commémorerait la date anniversaire de la mort de Beaujoux. Puis, le même jour, Drouilloux, le bon curé du hameau, conduirait une procession, où tous étaient conviés, afin d’exorciser le mal que portaient en elles les loups, les bêtes de Satan !

Mais au hameau, on était partagés sur ce jumelage ! Honorer la mémoire de Beaujoux coûtait à beaucoup. L’épicier, de son vivant, fut un rat, c’est ainsi d’ailleurs que, sous le manteau, on le surnommait. Il lésinait sur tout ! Il rognait sur les pesées de légumes ! Il ergotait sur les prix ! Mais, surtout, ce pingre ne faisait crédit à personne. Quel avare ce fut !
En revanche, Beaujoux fut l’un des deux fameux chasseurs dont s’honorait Pisseloup ! Quelle perte pour le hameau ! Et puis, depuis ce funeste jour, on n’avait plus d’épicerie ! Les femmes, désormais, devaient courir jusqu’à Tarnac pour faire leurs courses !

Il neigea jour et nuit durant plusieurs jours. On ne savait pas quand cela cesserait. Mais au matin du 3 février 1913, en poussant sa porte, chacun, éberlué, constata que c’était terminé, qu’il ne neigeait plus !
Quel merveilleux silence ! On entendit monter des maisons au toit blanc et bas un soupir de soulagement !

Deux jours de patience encore avant d’atteindre la date de la procession, un jour assurément festif ! Sortir enfin des maisons blanches ensevelies sous le silence ! Entendre une bonne messe et côtoyer des têtes nouvelles ! Des gens viendraient de Tarnac et d’ailleurs pour entendre Drouilloux : c’était un curé qui savait causer, ses sermons étaient renommés dans tout le canton ! Il savait aussi faire causer les gens ! Dans l’intimité du confessionnal, personne, notamment les femmes, ne lui résistait ! Il obtenait tout ce qu’il voulait entendre. Mais, c’est avec une même largesse qu’il absolvait pêcheurs et pècheresses ! L’existence étant rude dans ce coin perdu du plateau de Millevaches, pardonner n’était rien pour Drouilloux, il savait composer avec l’Évangile.

Ce 17 février 1913, au hameau, à la tombée de la nuit, les hommes un à un quittèrent leur maison close et se dirigèrent vers l’auberge du père Chadouzat. Ils avaient cette habitude de se retrouver exclusivement entre hommes à la veille d’un événement exceptionnel ou particulier, comme une procession ou le décès de l’un d’entre eux. On n’acceptait que les hommes mûrs, ayant du vécu à faire valoir, les jeunots ne pouvant faire partie de la fête, ni les vieux, ceux-ci ayant eu leur temps.

L’auberge se trouvait sur la route de Tarnac, à la sortie du hameau. C’était une solide bâtisse datant du xvii e  siècle. L’immense salle, dans laquelle on tombait après avoir franchi la lourde porte cloutée, avait servi d’étable. Au-dessus de celle-ci, l’aubergiste y avait un misérable logement ainsi que deux petites pièces qu’il réservait à ses bonnes. L’auberge marchait bien. Chadouzat savait faire rôtir comme personne poulets, agneaux ou porcelets dans l’immense cantou trônant dans la gigantesque salle. Une vingtaine de tables en chêne, assorties de bancs, étaient disposées sur le parquet rustique.

L’un après l’autre, le cœur battant, les hommes, en pénétrant dans la salle, ressentaient la même émotion. D’abord, cette douce chaleur qui, tout d’un coup, vous enveloppe ! Et, ces effluves de viandes en train de cuire flottant entre les tables et stagnant sous les poutres ! Et, ces rires, fusant des bancs déjà occupés ! Et, les deux serveuses virevoltant sur l’épais parquet vous accueillant avec un petit rire effronté ! Enfin, le jovial Chadouzat, bedonnant, le visage rond et chaleureux, courant vers vous, main tendue, sourire large découvrant des dents jaunes, vous saluant par votre petit nom !
La fête se promettait d’être belle !

Le dernier à franchir la porte de l’auberge fut le curé. Oui, le bon curé Drouilloux ! Ce dernier avait l’habitude de dire que là où allaient ses ouailles il y allait aussi ! À Pisseloup, on partageait pleinement son opinion.
Chadouzat, servile, délesta prestement le curé de son long manteau noir. L’aubergiste éprouvait pour l’homme d’église une reconnaissance éternelle, car sa présence céans attestait que son établissement était un commerce très respectable ! Et cela se savait dans tout le canton ! Après une dernière courbette, il abandonna l’homme de foi.
Drouilloux alla rejoindre la table où se tenait Donnedevie,

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