Le faiseur d anges
111 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Le faiseur d'anges , livre ebook

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
111 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Lorsqu'un postier en tournée dans le bayou découvre le corps de Lynn Hunley, la ville de la Nouvelle-Orléans découvre avec horreur l'existence du faiseur d'anges.
Le faiseur d'anges... un criminel qui s'acharne sur les femmes enceintes...
Don Pratt, agent du FBI, est chargé de l'enquête et il comprend très vite que le tueur a déjà choisi sa prochaine victime. Mais comment éviter qu'elle aussi ne succombe dans d'atroces souffrances? Le temps est compté et l'enquête piétine.
Nommée récemment à la tête du service de psychologie de l'hôpital, Alyssa Parker, élevée par un père rigide, directeur de pénitencier, connaît l'une des victimes. Elle se retrouve contre son gré mêlée à cette enquête, effrayée de devoir à nouveau affronter ses pires démons...
Dans l’univers moite et oppressant des marécages, une porte sur l'Enfer s'ouvre...
Laure Roger-Rétif est née en 1975 en Vendée. Manager au sein d’une entreprise de service public et maman de 2 enfants, elle signe avec le faiseur d’anges son premier thriller.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 novembre 2015
Nombre de lectures 19
EAN13 9782359627787
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Table des matières

Résumé 3
Le faiseur d’anges 4
Dans la même collection 153
Résumé

Lorsqu'un postier en tournée dans le bayou découvre le corps de Lynn Hunley, la ville de la Nouvelle-Orléans découvre avec horreur l'existence du faiseur d'anges.
Le faiseur d'anges... un criminel qui s'acharne sur les femmes enceintes...
Don Pratt, agent du FBI, est chargé de l'enquête et il comprend très vite que le tueur a déjà choisi sa prochaine victime. Mais comment éviter qu'elle aussi ne succombe dans d'atroces souffrances? Le temps est compté et l'enquête piétine.
Nommée récemment à la tête du service de psychologie de l'hôpital, Alyssa Parker, élevée par un père rigide, directeur de pénitencier, connaît l'une des victimes. Elle se retrouve contre son gré mêlée à cette enquête, effrayée de devoir à nouveau affronter ses pires démons...
Dans l’univers moite et oppressant des marécages, une porte sur l'Enfer s'ouvre...


Laure Roger-Rétif est née en 1975 en Vendée. Manager au sein d’une entreprise de service public et maman de 2 enfants, elle signe avec le faiseur d’anges son premier thriller.
Laure Roger-Rétif

Le faiseur d’anges

Thriller


ISBN : 978-2-35962-77-87

Collection Rouge
ISSN : 2108-6273


Dépôt légal octobre 2015

©Ex Aequo
©2015 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays.
Toute modification interdite.


Éditions Ex Aequo
6 rue des Sybilles
88370 Plombières les bains

www.editions-exaequo.fr
Sans hâte le soleil émergeait de derrière les grands arbres, embrasant la cime des peupliers de reflets mordorés et la surface lisse des eaux du Mississippi d’une couverture argentée. Une légère brise secouait les feuilles dans une douce symphonie murmurante et tourbillonnante, mélange de frottements aériens, de chuchotements assourdis, de plaintes étouffées…
L’air était imbibé, encore, des lourdes senteurs de terre mouillée et des odeurs, persistantes, de vase, de cette boue omniprésente qui s’étendait à des kilomètres à la ronde, sans offrir d’autre paysage que cette triste uniformité où croissait une flore envahissante et luxuriante. Les eaux, noires et stagnantes, étaient sans vie, insondables miroirs obscurs que la lumière frappait rarement, comme si cette dernière savait, par avance, que le combat était vain et inégal. Ici, c’était le repaire des ombres, de ces fantômes taciturnes et tentaculaires qui progressaient sous le couvert des arbres, paresseusement, juste avec cette fausse morgue et nonchalance qui les rendaient si terrifiantes. Tels des rapaces, elles fondaient sur leurs proies sans jamais faillir, mais surtout sans jamais échouer. Ce monde humide, sombre, lugubre était le leur et elles régnaient en maîtres absolus, impitoyables jusqu’au bout, rarement miséricordieux, sévères toujours. La faune et la flore, même, reculaient devant elles, pâles figures effrayées par ce néant insondable.
Nul animal ne sortait jamais de cet univers en vase clos : il mourrait là où il naissait, sans espoir de rédemption, hormis ces rares moments où les rayons du soleil parvenaient à altérer la force de ces démons invisibles. À qui savait l’accepter, ce milieu pouvait être supportable, voire presque satisfaisant. Mais gare à qui osait se rebeller ou juste clamer haut et fort son malaise ! Ici, la pitié et la faiblesse n’avaient pas leur place, ou plutôt elles ouvraient les portes du désespoir et de l’échec. Nul ne l’ignorait et tous combattaient, avec une hargne mêlée de folie, vainement le plus souvent, pour survivre…
La femme avait perdu la bataille. Elle gisait face contre terre, les bras relevés au-dessus de sa tête, sur une surface sale et nauséabonde qui gardait les traces de son combat pour s’extirper des eaux noires qui avaient, un temps, menacé de l’engloutir. Ses jambes nues, lacérées de fines entailles chirurgicales, pendaient le long de la rive incertaine et oscillaient faiblement au gré d’un courant nonchalant qui avait échoué à reprendre le corps sans vie. C’était sans importance. Les ombres allaient, comme pour les autres, se charger de cette tâche ingrate. D’ailleurs, elles se faufilaient déjà sur le corps, effleurant silencieusement la chevelure emmêlée qui volait son identité à la femme…
Au loin, un oiseau s’élança dans le ciel printanier, répercutant dans le silence sa plainte tragique.
1


Les baskets la narguaient avec insistance, lui serinant avec la même voix enthousiaste que le vendeur qu’elles étaient son passeport pour entretenir une silhouette parfaite. La ligne élégante avait été dessinée spécialement pour des femmes dynamiques et soucieuses de leur look, même en plein milieu d’une séance de torture sportive. Le vendeur lui avait garanti un confort absolu qui lui ferait même oublier les kilomètres avalés et un galbe parfait après quelques séances seulement. Alyssa n’avait pas osé lui demander si ce petit miracle de technologie allait jusqu’à motiver les plus fainéantes et éviter les douleurs musculaires. Mais il allait de soi qu’avec de telles baskets, toutes les femmes ne rêvaient plus que de courses et de foulées légères. Au demeurant, Alyssa ne niait pas les bienfaits d’un bon jogging régulier, mais elle devait surtout reconnaître qu’elle avait du mal à se motiver, malgré cet achat onéreux et la bonne volonté affichée à ce moment-là. Les baskets avaient d’ailleurs été posées en évidence près de l’entrée comme une preuve de sa décision de les utiliser le plus tôt possible. Mais voilà, 3 semaines après, elles n’avaient pas bougé d’un pouce et surtout pas pour aller fouler le sol extérieur. Alyssa soupira avec emphase, consciente que ses bonnes résolutions venaient de fondre comme neige au soleil et elle se détourna de l’objet du délit en faisant taire sa mauvaise conscience.
Alyssa soupira de nouveau en regardant le paquet de feuillets devant elle. Elle avait bien essayé d’échapper à la corvée, mais elle devait s’y remettre sans tarder si elle ne voulait pas y passer la soirée. Devant elle, une page bien remplie la narguait, comme les 6 premières qu’elle avait parcourues avec une surprise mêlée de fatalisme à mesure qu’elle découvrait les propos décousus de l’auteur. L’étudiant avait visiblement choisi la solution de facilité en allant faire son marché sur le net, en oubliant de travailler la cohérence entre les parties recopiées. Alyssa hésita un instant, jeta un coup d’œil à sa montre, puis capitula. Elle remit ses lunettes et parcourut la dernière page rapidement avant de commencer à annoter ses commentaires. L’étudiant n’allait pas apprécier, elle le savait déjà.
Le cours qu’elle animait exceptionnellement pour l’été à l’université avait attiré bon nombre d’étudiants en psychopathologie dont la motivation n’était plus à prouver, mais la jeune femme devait aussi en affronter d’autres qui usaient de son temps sans contrepartie. Elle détestait cela et songea que c’était ce qui allait la faire renoncer. Consacrer une partie de ses vacances à transmettre ses connaissances ne l’avait jamais dérangée, mais Alyssa devait reconnaître qu’avec le temps elle supportait de moins en moins de devoir utiliser ses compétences non pas avec, mais pour ses étudiants. D’une certaine manière, elle avait le sentiment que son travail à l’hôpital empiétait sur l’amphi qui lui servait pour ses cours. Ça n’avait rien de réjouissant…
Alyssa ôta de nouveau ses lunettes et se frotta le front avec lassitude. Devant elle, le journal était le vrai motif de sa colère et la narguait depuis l’heure où elle avait découvert sa première page. Une photo de la douce Maddie illuminait la Une, paradoxe insupportable quand on découvrait au fil des lignes que la jeune femme avait été assassinée.
Alyssa relut les quelques lignes consacrées à la macabre découverte d’un facteur en tournée dans le bayou : Maddie était semble-t-il la dernière victime d’un tueur qui sévissait depuis le début du printemps aux abords de la Nouvelle Orléans. Les corps de quatre femmes, dont Maddie, avaient été découverts, abandonnés sans état d’âme après avoir subi moult tortures. La police avait donné peu d’informations au journaliste qui avait fait, devina Alyssa, un peu de sensationnalisme pour rendre son article plus attrayant, mais la réalité n’en était pas moins terrible.
Maddie était morte…
2


Le front dégoulinant de sueur, l’homme accéléra l’allure et quitta le sentier balisé pour louvoyer entre les épais chênes qui assombrissaient le parcours du combattant de Quantico. Il sauta par-dessus un tronc abattu, vestige de la dernière tempête, s’enfonça un peu plus dans la tranquille obscurité de ce début de matinée, puis bifurqua subitement sur sa droite. Il connaissait les lieux comme sa poche et ne résistait jamais à l’envie de venir fouler le sol humide. Il retrouvait alors, toujours avec plaisir, les senteurs de la mousse, imprégnée de rosée, qui tapissait les chênes, des fougères qui croissaient un peu partout. Une légère brise filtrait à travers les arbres et portait la rumeur des troupes de nouvelles recrues qui s’entraînaient un peu plus loin. Vêtus du survêtement bleu réglementaire, les aspirants suaient à grosses gouttes pour prouver qu’ils méritaient leur place parmi les meilleurs. Certains réussiraient, d’autres pas…
Don Pratt se souvenait parfaitement de son intégration à Quantico alors qu’il avait tout juste vingt-deux ans. Mort de trouille, mais déterminé à réussir, il avait passé les étapes une à une avant de pouvoir mériter sa plaque d’agent du FBI. Vingt-six ans après, il était toujours aussi fier d’appartenir à cette grande institution.

Des bâtiments apparurent enfin et Don bifurqua vers le plus étroit. Cette construction n’avait rien d’esthétique : Murs en ciment brut, quelques fenêtres et une porte en acier. C’était spartiate, mais Don aimait ces locaux, symbole d’une éthique primaire et brute. Surtout, ici, on évitait l’effervescence des bâtiments plus confortables. Un peu plus loin au sud se dressaient ces structures plus esthétiques qui accueillaient chaque jour agents, stagiaires et spécialistes en tout genre. À cette heure déjà, les couloirs grouillaient d’une agitation qui ne s’arrêterait que tard dans la soirée. Et cela se répétait chaque jour. Quantico était devenu au fil des ans l’endroit où il était bon d’être vu. Don regrettait cette évolution, sans toutefois s’en offusquer. Les lieux conserveraient à jamais leur magie pour lui. C’était surtout le symbole de la liberté et de la justice. Et il avait bataillé ferme pour devenir l’un de ses fiers étendards.

Don inspira une profonde bouffée d’air, puis fronça des sourcils. Un homme patientait devant la porte en acier, les épaules engoncées sous un manteau en mohair gris. Don masqua sa surprise de le trouver là. Brett Cunningham mettait rarement les pieds à Quantico, même si, comme lui, il y avait été formé la même année. Ils ne se croisaient plus guère à présent, car leurs chemins s’étaient très vite séparés après leurs deux années d’études. Les retrouvailles étaient cependant toujours un plaisir, quoique cette fois Don ressentit une certaine circonspection. Il croyait deviner pourquoi Brett voulait le voir et n’était pas pressé de l’entendre.
Toujours aussi matinal Don, le salua Brett avec un sourire sincère.
Don accepta la serviette tendue et épongea son visage dégoulinant. Puis il considéra l’homme, étonné de constater que Brett avait pris un sacré coup de vieux depuis la dernière fois qu’il l’avait vu. Cela remontait à plusieurs mois bien évidemment, mais cela justifiait-il ce visage las ? La chevelure poivre et sel avait définitivement viré au gris et la taille autrefois svelte s’était singulièrement épaissie. Restait l’œil alerte et franc, comme autrefois.
Don sourit chaleureusement et serra la main tendue. Brett Cunningham travaillait dans les plus hautes sphères du bureau et, au contraire de certains, il avait su évoluer dans ce monde grouillant de requins sans perdre son éthique. Il portait certes des costumes faits sur mesure, côtoyait du beau monde et ne suait plus sur le terrain, mais il demeurait un homme sur qui on pouvait compter. Du moins, Don n’avait jamais eu à s’en plaindre jusqu’à présent.
C’est la meilleure heure, convint-il en désignant les recrues qui couraient un peu plus loin.
En tout cas, tu es en grande forme, constata Brett sans pouvoir cacher un élan de nostalgie.
Je dois me maintenir en forme si je veux tenir la dragée haute aux jeunes de mon équipe. Tu sais qu’ils sont impitoyables avec les vieux briscards !
Brett se mit à rire en hochant la tête. Don avait pris la tête, dix ans auparavant, de l’une des unités spéciales des sciences du comportement instituées par le FBI, avec succès. Son équipe était l’une des meilleures et Brett savait que le mérite en revenait à son ancien coéquipier. Don avait ça dans le sang. Lui n’avait pas choisi la voie du terrain. Très vite, il avait opté pour l’option bureaucratique et avait plutôt bien réussi. Il s’en targuait volontiers, même si ces derniers temps il accusait une certaine lassitude…
Brett suivit Don dans le vestiaire où l’homme avait laissé ses affaires et s’assit sur un vieux banc en bois en soupirant. Le temps était loin où il suait sang et eau dans ces bâtiments. Cet accès de nostalgie le frappa, lui qui se glorifiait de ne jamais regarder derrière. Mais après tout, qu’est-ce que la vie lui avait apporté depuis Quantico ? Dix mille dollars de plus par an, songea-t-il avec cynisme. Et il n’était pas suffisamment philanthrope pour y trouver à redire…
Don ôta son sweat-shirt trempé, puis ses baskets boueuses. Il affichait une forme étonnante pour un type de quarante-huit ans qui n’avait plus rien à prouver. Mais Don avait toujours été un être entier, même à vingt ans.
Brett, lui, considéra son costume en souriant. Qualité supérieure bien sûr et un prix à faire pâlir un honnête travailleur…
Moi, j’ai renoncé, avoua-t-il sans réel regret cette fois. Je me suis inscrit dans une salle de gym, histoire de me rassurer, mais je n’y vais jamais… Trop de boulot.
Ouais, on en est tous là.
Tu n’es pas fatigué, Don ? Je veux dire : tu traques la pire espèce de meurtriers qui soit et à chaque arrestation c’est dix nouveaux qui sortent de l’obscurité…
Don acquiesça du chef sans mot dire. Il passa une main énergique dans sa chevelure noire et esquissa une grimace. L’arrestation d’un seul de ces monstres valait tous les efforts, c’était sa devise. Et il l’appliquait sur chaque nouvelle affaire avec le même entrain qu’hier, enfin il se raccrochait à cette idée quand la fatigue menaçait…
Nous avons créé une nouvelle unité à Dallas, reprit Brett, badin
Don considéra Brett avec attention, conscient que l’homme cherchait à gagner du temps. Cela ne lui ressemblait pas, pas plus que ce pli soucieux au coin des lèvres.
Oui, j’en ai entendu parler. C’est Malloy qui la dirige, non ?
Gregory Malloy avait fait ses classes à Quantico quelques années après les deux hommes et s’était révélé un excellent profiler sur le terrain. Cette promotion était l’aboutissement d’années de travail ardu. La preuve que les compétences œuvraient pour la réussite…
Ouais. Et il est déjà débordé… Tu as entendu parler de l’affaire Goldwing ?
Don hocha la tête. Tout le monde était au courant de l’affaire. Kevin Goldwing avait été arrêté après avoir assassiné cinq personnes, mais un vice de procédure lui avait permis de recouvrer la liberté. Depuis il était en fuite, semant les cadavres sur son passage. On en dénombrait déjà trois. Malloy avait hérité d’une sale affaire !
Mais c’était leur lot à tous : courir après les serials killers, les arrêter et parfois devoir leur courir de nouveau derrière… Et puis, quand on pensait être arrivé au bout ou avoir vu le pire, l’histoire recommençait… Certains ne le supportaient pas.
Don secoua la tête, agacé par cette conversation de salon. Il plongea dans le regard bleu avec détermination. Brett ne cilla pas.
J’imagine que tu n’es pas venu jusqu’ici simplement pour me parler de Malloy, dit Don un peu plus sèchement.
Non effectivement. Je voulais te parler d’Everett…
Don sourit, amusé. Il s’agissait d’Everett, bien entendu ! L’homme avait été un des piliers de son équipe, et ce pendant cinq années. Everett Macmahon était l’un des meilleurs profileurs qu’il ait jamais connus. Mais l’heure de la retraite avait sonné pour lui. Everett était parti s’installer en plein cœur de l’Arizona pour rompre avec tout ce qu’avait été sa vie. Surtout avec la noirceur…
Et alors ? demanda Don en connaissant parfaitement la réponse à cette question.
Tu ne l’as pas encore remplacé…
Simple constat, songea Don avec un pincement d’agacement. Il avait rencontré quelques candidats potentiels, mais aucun ne l’avait séduit. Et ça, Don y tenait plus que tout. Son équipe n’était pas qu’une accumulation d’agents talentueux. C’était les maillons d’une même chaîne dont chacun devait s’imbriquer dans l’autre. Il savait qu’on lui enviait son équipe, mais il lui avait fallu des années pour la façonner. Avec le départ d’Everett, il lui manquait un rouage essentiel…
Je vais trouver, dit Don avec certitude.
En fait…
Brett se tut et soupira, las. L’œil bleu se voila une fraction de seconde, puis reprit son habituelle clarté.
Je ne vais pas te la faire, Don, mais je suis dans la panade, avoua l’homme en le regardant franchement. Tu as entendu parler d’Édouard Robinson ?
Le magnat de l’industrie textile ?
Lui-même. Il est riche à millions comme tu l’imagines et surtout il a des amis très haut placés…
Don fronça des sourcils. Il détestait entendre parler de ces relations qui commandaient au monde plus que tout autre chose.
Et alors ?
Sa fille cadette, Kalleigh Robinson, vingt-huit ans, vient de décrocher son doctorat de psychologie criminelle et…
C’est hors de question Brett ! L’interrompit Don, accompagnant ses paroles d’un geste ample de la main.
On n’a pas le choix Don, rétorqua Brett avec fermeté. On doit l’intégrer à l’une de nos équipes…
Don se mit à ricaner et, posant les mains à plat contre le mur, considéra Brett du coin de l’œil. Il avait deviné que la visite de l’homme ne lui plairait pas, mais il ne s’était pas attendu à pareille surprise. Il détestait surtout être pris au dépourvu.
Pourquoi mon équipe ?
Tu es le meilleur, Don !
L’agent se redressa, l’œil allumé d’une lueur cynique. Brett capitula, un soupir sur les lèvres.
On ne sait pas grand-chose de cette fille ou du moins de ses compétences, avoua-t-il. Pas de stage et pas d’expérience en criminelle. On est dans l’incertitude. Est-ce qu’il s’agit pour elle d’une lubie de fille à papa ou d’une réelle motivation ? Je n’ai pas de réponse à te donner. Seulement toi, tu sauras gérer. Le bureau ne veut pas de bavures. S’il arrive quelque chose à cette fille, on est mal !
J‘imagine, mais je n’ai pas pour habitude de laisser mes agents sur la touche. Tu veux que j’en fasse quoi, moi ?

Brett ne semblait pas avoir de réponse non plus à cette question. Il était un simple émissaire dans cette affaire, celui qu’on avait envoyé pour faire passer la pilule. Le regard acier ne cilla pas, néanmoins, lorsqu’il croisa celui courroucé de Don. Sous ses dehors d’homme fatigué, Brett Cunningham cachait une volonté de fer. Don réalisa qu’il avait failli se laisser berner.
On t’a toujours laissé carte blanche pour le choix de tes collaborateurs, rappela Brett.
Pas de ça avec moi, ricana Don. J’ai négocié ce point dès le départ et je ne crois pas que vous ayez eu à regretter un seul de mes choix…
Certes, reconnut Brett, impartial. Mais là on a vraiment besoin d’un coup de main. Écoute, rencontre-la et prends-la à l’essai.
Je n’ai que ça à faire, bien sûr, ironisa Don.
Brett haussa les épaules, maintenant que l’affaire était entendue. Don n’allait pas s’incliner de bonne grâce, mais il agirait en conséquence le moment venu. Kalleigh Robinson ne pouvait pas avoir de meilleur mentor et c’était la raison pour laquelle Brett avait opté pour l’équipe de Don.
Emmène-la sur ta prochaine affaire, suggéra Brett.
Je pars pour la Nouvelle-Orléans, annonça Don avec calme. Tu crois qu’elle va aimer le climat, ta petite protégée ?
3


Don Pratt n’aimait pas ce qu’il voyait. Maddie Rawland avait été une belle jeune femme. Sur la photographie que l’on avait collée à la va-vite sur un panneau mural en liège, elle souriait à la vie, ses yeux verts pétillants de malice. Son visage étroit révélait une multitude de taches de rousseur qu’une chevelure auburn rehaussait d’un éclat lumineux. Tout chez la femme hurlait l’envie de vivre. Pourtant, aujourd’hui, Maddie Rawland était morte.
Sous le cliché témoin de son bonheur passé, d’autres photographies avaient été ajoutées, des images en noir et blanc que la lumière blafarde d’un petit matin rendait presque irréelles… Le buste de la femme émergeait des eaux noires du Mississippi, les jambes coincées sous une racine déployant ses bras noueux sous le miroir obscur. Le tissu blanc de sa chemise de nuit offrait un contraste saisissant et presque obscène en regard des rêves qu’elle avait dû accompagner. Aujourd’hui, elle s’étalait tel un linceul pathétique autour d’un corps lacéré et offert à l’appétit des petits prédateurs qui avaient commencé leur sale besogne. Déjà, ces derniers s’attaquaient aux doigts de la morte…
La femme, heureusement, s’était éteinte avant cette ultime torture et le profil serein qu’elle affichait offrait un soulagement illusoire et presque réconfortant…
Maddie Rawland était décédée trois semaines auparavant, à l’âge de vingt-six ans. Parce qu’elle avait croisé la route d’un monstre de barbarie, la vie de la jeune infirmière, enceinte de cinq mois, s’était achevée au comble d’une horreur à peine concevable.


***
Agent Don Pratt, je suppose ?
Don pivota sur lui-même avec l’aisance du sportif confirmé, le regard placide, et offrit une poignée de main polie à l’inspecteur qui lui faisait face sans cacher son hostilité. L’intrusion de son unité sur une affaire en cours était rarement bien perçue par les enquêteurs de la première heure, mais Don se défiait de cette animosité. Il travaillait depuis vingt-six ans pour le FBI et avait commencé sa carrière comme profileur. Ses aptitudes, mais plus encore son engagement et son investissement, l’avaient porté au poste de responsable d’une unité de sciences des comportements. Sinon par l’expérience, l’homme n’avait guère changé au fil du temps. Il offrait aujourd’hui la même endurance physique que par le passé, capable encore de battre à plate couture les jeunes recrues de Quantico sur le terrain d’entraînement. Plus que tout, il veillait à garder cette réputation de dur à cuir qui l’imposait d’emblée. Et ce n’était pas vanité, enfin selon sa perception des choses. Don se connaissait, c’est tout. Il aimait son boulot et faisait en sorte de le faire le mieux possible. Il était aussi exigeant avec lui-même qu’avec ses collaborateurs.
Marion Jones était visiblement moins pointilleux sur le sujet. Le regard vitreux et fuyant de l’homme mettait même un sérieux bémol au contenu élogieux de son dossier personnel. Don fut surpris par cette réalité qui collait assez peu avec le parcours de l’inspecteur, mais pas au point d’être décontenancé. Il ne comptait plus les hommes de qualité qu’il avait vus sombrer dans l’alcool ou la drogue à mesure que la vacuité du monde se révélait à eux. L’homme était grand, mais sa silhouette ployait sous un poids invisible qui arrondissait son dos. Le visage aurait pu être séduisant si un rictus agressif n’avait habillé la bouche aux lèvres minces. Don devinait que ce n’était pas uniquement son arrivée qui expliquait cette expression obtuse.
De réputation, pourtant, Marion Jones était un élément brillant de la police de la Nouvelle-Orléans. Employé d’abord aux narcotiques, où il avait été décoré au mérite, il travaillait aux homicides depuis six ans. D’après le dernier rapport de son capitaine, il pouvait envisager une promotion à court terme.
Néanmoins, c’était bien loin de l’image que l’inspecteur renvoyait à cette heure… Ses vêtements n’étaient pas réellement sales, mais, auréolés d’une chevelure trop longue et d’un maintien précaire, ils affichaient un air négligé assez peu seyant. L’œil embué avait perdu tout mordant, si ce n’était une profonde animosité.
Inspecteur Marion Jones, je suppose ?
La réponse boomerang fit se raidir l’homme, mais il hocha du chef, s’efforçant d’adopter le même sourire détendu que l’agent fédéral. La poignée de Don Pratt, énergique et solide, l’indisposa tout autant que le regard perspicace. Une bouffée de colère courut le long de son échine.
Vous êtes ici pour reprendre l’affaire du faiseur d’anges ? s’enquit Marion, un rictus amer sur les lèvres.
À moins d’y être contraint, non. Je préfère parler de collaboration entre nos services respectifs, répliqua platement Don en s’appuyant contre l’unique bureau de la pièce.
Cette phrase, Don la répétait à chaque intervention, histoire de calmer les esprits. En réalité elle était moins illusoire que ce que la plupart de ses subordonnés pensaient et l’homme espérait surtout qu’elle fasse son petit effet. S’attacher la collaboration des enquêteurs était primordial.
Cette esquisse de main tendue ne trouva pas d’écho chez Marion Jones, constata Don sans en être autrement déconcerté.
Mal à l’aise sous le regard inquisiteur, Marion réalisa soudain que l’agent devinait très exactement ce à quoi il avait occupé sa soirée et, un instant, il fut tenté de lui envoyer son poing dans la figure pour lui ôter sa belle prestance. Soupirant de frustration et d’ennui, Marion passa une main lasse sur son visage, puis se redressa.
L’arrivée des fédéraux ne le prenait pas au dépourvu. Marion était même étonné que la municipalité et ses patrons n’aient pas fait appel au FBI plus tôt. Depuis que la ville savait à qui s’en prenait le tueur, la panique régnait. Et, pour le maire, les piètres résultats de la police étaient la preuve qu’une aide extérieure était nécessaire.
Marion s’en moquait. Il savait déjà à quoi s’en tenir dans cette affaire. Personne ne créditait sa thèse, certes, mais c’était secondaire… Lui avait suffisamment l’expérience du terrain pour sentir ces choses-là ! Mais l’air du temps était aux serials killers, preuve en était l’arrivée des feds. Marion, lui, n’était pas dupe et encore moins enclin à adhérer à cet engouement stupide. Aujourd’hui il fallait avoir eu son serial killer pour être dans le coup !... C’était pathétique.
Vous voulez qu’on collabore ? répéta Marion, avec un sourire narquois. Si vous avez déjà jeté un coup d’œil à nos rapports, vous savez qu’on piétine. Qu’est-ce que vous attendez de nous exactement ? On va pas pouvoir vous aider beaucoup…
Il faudra bien pourtant, inspecteur Jones. Le tout est de savoir si vous allez y mettre du vôtre ou non. Personnellement je préférerai la première alternative, mais cela reste de votre ressort. Comme on dit, la balle est dans votre camp… En attendant, nous allons déménager au second. Le capitaine Loane tient à notre disposition un bureau plus spacieux. L’agent Tyler Richardson et votre coéquipier sont en ce moment en train d’arranger les lieux. Que diriez-vous d’aller les rejoindre ?
Bras croisés sur la poitrine, Don Pratt le considérait avec un flegme agaçant. Son costume noir dessinait une silhouette sportive et alerte qui n’avait certainement jamais connu la dépravation. Quoique, à y regarder de plus près, l’homme n’avait rien d’un saint. Il portait juste sur lui des certitudes envahissantes. Marion détestait ce genre d’hommes, surtout quand ils cachaient, dans la poche intérieure de leur veste, une plaque qui luisait plus que la sienne.
Marion souffla pour extérioriser sa colère, en vain. Malgré tout, il parvint à s’arracher un sourire grinçant tout en faisant signe à l’agent fédéral de le suivre. Pratt sur les talons, Marion quitta le placard qui lui tenait lieu de bureau depuis cinq mois et se dirigea d’un pas pesant vers le large escalier de pierre, seul trésor du bâtiment désuet qui abritait les services de la police de la Nouvelle-Orléans. Le conseil municipal avait voté un budget, l’an passé, pour la rénovation de la bâtisse, mais la somme allouée avait juste permis la réfection du hall et du premier étage. Les nouveaux aménagements avaient, néanmoins, réjoui tout le monde et tous avaient déserté le dernier étage pour se lover dans un neuf étroit.
Les pièces du second n’étaient donc plus guère utilisées à l’heure actuelle. On y entreposait surtout le matériel désuet et les archives. Pourtant, les lieux, s’ils étaient moins fonctionnels, offraient espace et sérénité. Marion regretta de ne pas avoir pensé plus tôt à investir cet endroit.
La salle choisie par l’agent Richardson servait autrefois de salle de débriefing. Elle était de belles dimensions, surtout pour une équipe de seulement quatre hommes. Elle s’ouvrait sur la rue grâce à de larges fenêtres et se nimbait d’une lumière chaleureuse. Les murs, quoique jaunis par une humidité persistante et la fumée de tabac, n’étaient pas à proprement parler sales. Au centre de la pièce rectangulaire, sur un plancher poussiéreux, Tyler et Brett DeLuca, son coéquipier, avaient accolé plusieurs vieux bureaux qui, ainsi disposés, fournissaient une surface de travail conséquente. Sur le mur de droite, une unique étagère, vide, finissait d’habiller les lieux. Le panneau avec les photographies des victimes fut installé sur le mur opposé, en pleine lumière, par deux agents en uniforme qui ne s’éternisèrent pas plus. Nous voilà déjà proscrits, s’agaça Marion. L’effet Feds était immédiat.
La vue de Tyler Richardson l’indisposa tout autant que celle de Don tout à l’heure. L’agent du FBI avait la carrure d’un joueur de basket qu’un costume sur mesure gris anthracite ne parvenait pas à juguler. Le regard était tendu, placide et d’une profondeur insondable. Bref le genre de type qui excellait au poker ! Et qui se faisait se pâmer les femmes avec son air à la Denzel Washington…
Nous aurons notre ligne directe dans deux heures, commenta Tyler Richardson avec l’accent traînant du sud, ainsi qu’un fax et élément indispensable, une cafetière !
Parfait, apprécia Don. Nous allons pouvoir commencer sur-le-champ, mais je tiens au préalable à éclaircir deux ou trois points. Les rivalités font légion entre nos services, mais, dans cette affaire, elles devront rester à la porte. Notre but commun est d’arrêter le faiseur d’anges, si nous devons le surnommer ainsi. Ce sera une tâche difficile, au regard des éléments connus, voire impossible, si nous ne collaborons pas à tous points de vue. Est-ce clair ?
À quoi on va vous servir ? s’enquit Brett DeLuca sans malice. C’est vous les spécialistes de ce genre d’affaire, non ? Vous pourriez reprendre le dossier sans nous. D’ailleurs la plupart des gars ici sont contents de ne plus être sur le coup. Cette affaire est pas banale et on est un peu dépassé…
Don considéra le coéquipier de Marion Jones et songea que celui-ci les accueillait avec un soulagement manifeste. Le teint olivâtre de l’homme exhalait les nuits blanches, l’excès de café et de tabac… Petit et râblé, l’inspecteur affichait des origines italiennes que des cheveux noirs et bouclés confirmaient. Il portait autour du cou ses croyances et à l’annulaire gauche son aspiration à une vie tranquille. Bref, il avait le profil idéal de l’inspecteur coopératif et actif. Cela rasséréna Don.
Je vous comprends, convint Don avec lenteur, mais vous avez l’expérience du terrain. C’est un avantage que je ne peux négliger.

Don ne jugea pas utile de préciser que le reste de son équipe œuvrait, pour le moment, à quelques centaines de kilomètres d’eux, sur le cas d’un sadique sexuel, et qu’il ne pouvait gérer l’enquête sans un minimum d’effectif. Du reste, il appréciait de travailler avec les équipes de police locale, lesquelles proposaient des forces vives et enthousiastes. Il était surtout sûr que la leçon apprise au travers de l’enquête serait efficace et inoubliable. Les apprentis sortaient mieux armés de ces expériences particulières et réagissaient plus vite et plus correctement à des cas similaires. On taxait parfois Don d’arrogant, mais il savait que la meilleure arme contre les tueurs en série était l’éducation des forces de police. Si au fil des années, de plus en plus d’affaires avaient permis une plus grande banalisation, d’autres avaient été enterrées parce que les enquêteurs n’avaient pas su remarquer les signes manifestes.
D’un geste rapide, Don chassa de son esprit la communication téléphonique qu’il avait eue le matin même avec sa nouvelle recrue. Sûre d’elle, Kalleigh Robinson lui avait annoncé qu’elle ne pouvait le rejoindre avant le lendemain, son auguste père fêtant ces cinquante ans aux Bahamas. La colère l’avait un temps emporté sur son flegme, lui qui se targuait de garder son calme en toute circonstance.
Ouais, mais qui dirige l’enquête ?
Don déplaça sa silhouette devant une fenêtre et considéra un moment l’activité de la rue en silence. Il respira calmement pour apaiser la tension qui tendait ses épaules, puis fit face sous le regard attentif de Brett. L’inspecteur DeLuca, contrairement à Jones, paraissait véritablement soulagé de l’intervention du FBI. Don sentit que l’homme était dépassé, voire carrément effrayé, par les agissements de leur serial killer. DeLuca n’était pourtant pas un novice dans le métier, mais il n’avait jamais atteint cette frontière entre le noir et le mal le plus pervers. Le faiseur d’anges était son premier serial killer et ce baptême de feu n’avait rien de réjouissant. Don, lui-même, appréhendait toujours difficilement ces morts.
Moi, rétorqua-t-il posément. Ce qui n’exclut pas un travail d’équipe. Chacun est libre de s’exprimer comme il l’entend et je vous y invite même vigoureusement…
« Dis pas ça ! » Pensa in petto Brett en jetant un coup d’œil à son coéquipier. Marion était furieux, mais cela soulageait presque Brett. Au moins, il garderait pour lui ses spéculations grotesques…
Brett espérait surtout que leur capitaine n’avait pas parlé au FBI des spéculations de son coéquipier. Cette affaire était déjà allée trop loin à son goût… Il ne reconnaissait plus son collègue depuis le début de cette affaire. D’ailleurs Marion le fuyait la plupart du temps, comme s’il savait d’avance ce que son ami allait lui rétorquer.
Appréhender la personnalité d’un tueur en série n’est pas chose aisée et celle de notre tueur visiblement encore moins qu’une autre, continua Don.
Et par quoi allons-nous commencer cette collaboration ? demanda Marion avec humeur.
Tyler Richardson détourna les yeux du panneau mural pour détailler l’inspecteur Jones et haussa un sourcil fataliste. Puis il se concentra à nouveau sur les données affichées devant lui.
L’homme travaillait dans l’équipe de Don depuis plus de deux ans. Ancien officier de la police de New-York, section homicide, il affichait une classe tranquille et une nonchalance qui déconcertait souvent. L’œil noir, presque aussi sombre que la peau, reflétait rarement les émotions de l’homme. Tyler savait que c’était ce qui avait retenu l’attention de Don, cela et ses aptitudes à faire parler les plus récalcitrants.
Le visage impassible, il évaluait pour l’heure les photographies des victimes, répertoriant déjà les signes laissés par le tueur. Son esprit cartésien essayait de cerner la méthodologie criminelle qui prédominait derrière ces corps abandonnés.
Méthodiquement, il planta ensuite des punaises de couleurs sur une carte des environs de la Nouvelle-Orléans. Satisfait de lui-même, l’homme sourit.
Si vous commenciez par nous présenter les victimes ? proposa Tyler sans quitter son poste d’observation.

Brett fouilla la poche arrière de son jeans et en extirpa un paquet de cigarettes tout aplati. Il en fourra une entre ses lèvres abîmées et alla ouvrir une fenêtre. Aussitôt une chaleur lourde pénétra dans la pièce, balayant les relents de climatisation du hall d’entrée en enfer. Brett ne sembla pas s’en défier. S’adossant contre le portant de l’ouverture, il alluma sa cigarette et inhala une longue bouffée avant de reporter son attention sur son coéquipier. Marion avait la gueule de bois, une fois de plus, et la colère suintait par tous les pores de sa peau. Avec les feds dans les pattes, il allait avoir plus de mal à n’en faire qu’à sa tête… Brett songea que ce n’était pas plus mal, même si cela n’enlevait pas l’inquiétude qu’il ressentait à l’égard de son coéquipier.
On a quatre victimes, commença-t-il d’une voix sourde, comme s’il s’adressait à lui-même. La première, Lynn Hurley, a été retrouvée dans le bayou, côté fleuve, à la hauteur inférieure du lac Salvador… Punaise jaune.
Tyler tapota du bout du doigt l’endroit sur la carte et Brett le remercia d’un hochement de tête. Visualiser la carte lui permit de réorganiser ses idées, comme si cette reproduction des lieux avait réussi à faire fuir l’horreur derrière les punaises de couleur.
C’est le préposé des postes qui a repéré le corps lors de sa tournée hebdomadaire. Le cadavre, comme le montrent les photos, a été jeté sur la rive. Vu l’inclinaison du corps et tout ça, le légiste suppose que le type a balancé le corps d’un bateau. Comme pour les trois autres, la femme présentait de profondes entailles le long des bras et des jambes, ainsi qu’une incision au niveau du bas-ventre. Toujours selon le légiste, il s’agit d’un boulot bien fait, quasi professionnel…
Tyler suivit du bout des doigts le tracé net d’une entaille en agrandissement. Les bords de la plaie étaient propres, probablement induits par un objet très affûté. À certains endroits, sur le bras de la victime, la coagulation avait tracé un chemin plus épais sur les estafilades, mais le plus souvent la peau avait été soigneusement nettoyée.
Lynn Hurley était connue de nos services pour racolage sur la voie publique et usage de stupéfiants. Elle avait trente-cinq ans et était enceinte de quatre mois. Apparemment personne n’était au courant pour le bébé, mais elle racontait à tout va qu’elle allait partir en Californie. Pas de trace d’un père potentiel et pas de petit copain officiel. On a pu établir qu’elle avait disparu entre le trente mai et le premier juin. On a retrouvé son corps le premier juillet et le légiste a estimé sa mort aux environs du cinq juin.
Écrasant son filtre contre le rebord de la fenêtre, Brett déglutit péniblement, puis croisa et décroisa les doigts à plusieurs reprises. Ne sachant que faire de ses mains, il hésita un moment à les fourrer dans ses poches, puis opta pour une nouvelle cigarette. L’odeur du tabac lui ferait peut-être oublier celle, tenace, du corps en décomposition de Lynn Hurley. D’ordinaire les cadavres n’avaient pas ce pouvoir sur lui. Mais, à présent, Brett croyait même reconnaître les relents de cette putréfaction dans le cocon rassurant de son lit.
Elly Deluise a été découverte ce même jour par nos hommes qui fouillaient le coin. Son corps avait été abandonné à une vingtaine de mètres plus haut dans le marécage.
Don nota le lieu d’un haussement de sourcil. Dans le cercle très limité ébauché par Tyler avec ses punaises de couleur, le point rouge qui désignait Elly Deluise était fiché bien en dehors du tracé. C’était la seule à ne pas côtoyer le rebord immédiat du fleuve.
Sa mort remontait à une dizaine de jours, soit aux alentours du vingt juin. Sa sœur avait signalé sa disparition le quinze… Elly était étudiante en droit et avait vingt-deux ans. Elle préparait une licence et était considérée comme une élève modèle. Elle était enceinte de six mois. Le père du bébé, Anton Ross, travaille à la bibliothèque du campus. Le couple se fréquentait depuis trois ans, mais l’enfant n’était semble-t-il, pas prévu, du moins pour le père. À l’annonce de la grossesse, Anton a pris ses cliques et ses claques… La fille a été aperçue la dernière fois, le quinze juin, au centre commercial du sud de la ville. On y a retrouvé sa voiture trois jours après. Aucun témoin, mais il est évident qu’elle a été enlevée en plein jour, au vu et au su de tous, ce qui représente pas mal de monde !
Don hocha du chef. Le tueur n’était pas un débutant et, surtout, il semblait avoir mis au point un mode opératoire des plus ingénieux. En enlevant ses victimes en plein jour et en les maintenant en vie pour assouvir ses fantasmes, quels qu’ils soient, l’homme clamait haut et fort son savoir-faire et sa sophistication. Cela ne présageait rien de bon…
Marion Jones quitta le siège sur lequel il s’était laissé tomber et se plaça à contre-jour devant une fenêtre. Sa gorge sèche commençait à le picoter et il respirait avec difficulté un air chargé. Il visualisa un instant la bouteille de rhum qui l’attendait dans son vestiaire, mais se força à ignorer l’appel enchanteur. Passant une main malhabile dans sa chevelure châtain clair, il concentra son esprit sur l’enquête. Dieu que c’était dur…
Si tous pensaient que Brett et lui étaient au point mort sur cette affaire, c’était faux. Les deux inspecteurs avaient même une piste sérieuse ! Enfin non… Marion seul se concentrait sur cette possibilité. Brett, lui, n’avait de cesse de démolir ses arguments, insensible aux coïncidences relevées par son coéquipier. Quelle importance ? Marion aimait faire cavalier seul et n’était pas du genre à abandonner une piste quand il avait flairé l’odeur pestilentielle du meurtre. Son intuition le trompait rarement du reste et c’est ce qui lui avait valu plusieurs récompenses illustres. Le FBI n’y pouvait rien ! Il serait juste amusant, peut-être, de les coiffer au poteau… Et de leur prouver que les apparences étaient parfois trompeuses ! Dans sa tête, une voix égrena les notes légères de la victoire, éteignant presque le feu dans sa gorge.
Mary Davenport, se força-t-il à intervenir, était lycéenne. Elle vivait dans une caravane à la sortie de la ville avec Olivier Bails, son petit ami et pompiste à la station Belfort. Elle était enceinte de cinq mois quand elle a disparu, le vingt-huit juin sur le chemin de l’école. On a retrouvé son corps le dix juillet, dix-sept mètres au-dessus de l’endroit où on avait retrouvé Lynn Hurley. Estimation de la mort au quatre juillet. Le tueur a aussi jeté le corps d’un bateau, mais la victime qui n’était pas morte, s’est hissée sur la rive sur quelques mètres avant de mourir…
Et là j’interviens, pensa Brett en sentant un début de panique le gagner. Surtout ne pas laisser Marion trop en dire…
Maddie Rawland est la dernière victime connue, reprit Brett sans laisser le temps à Marion de reprendre son souffle. Elle avait vingt-six ans et était infirmière. Enceinte de cinq mois, elle était mariée à Stuart Rawland, médecin anesthésiste. Le mari a quitté le domicile conjugal le quatorze juillet pour un colloque à San Francisco. Il a eu sa femme au téléphone le soir même, mais n’a pas réussi à la joindre le lendemain. Inquiet, il a prévenu sa mère qui a découvert la maison vide avec des traces de lutte dans la chambre. Le tueur a semble-t-il enlevé sa victime en pleine nuit. Il est entré dans la maison en utilisant la clé de secours que le couple conservait dans un pot de fleurs à l’arrière de la maison. On a retrouvé le corps le vingt-sept juillet au même endroit que Hurley. Elle était morte depuis une dizaine de jours.

Don consulta à nouveau la carte du regard. La punaise rouge le narguait avec insolence. Le petit point écarlate chantait un air que l’homme ne parvenait pas à s’approprier, tout en pressentant que c’était un indice crucial. C’était des détails souvent qui permettaient d’avancer, des petits riens qui ouvraient la voie vers une piste sérieuse. Les tueurs en série organisés maîtrisaient de bout en bout leurs crimes, travaillant pour ne laisser aucun indice. Certains découpaient les mains ou les têtes pour compliquer l’identification ; d’autres abandonnaient leurs victimes dans l’eau pour effacer d’éventuelles preuves négligées. Le feu aussi était un moyen souvent utilisé pour brouiller les pistes. Aussi le moindre détail prenait-il toute son importance. Et c’était là que le danger surgissait. Les policiers peu habitués à pister les serials killers omettaient parfois de relever ce qui pouvait se révéler essentiel à l’enquête. La punaise rouge était l’exemple même d’une piste négligée par les inspecteurs alors qu’elle clamait avec véhémence son importance.
Avez-vous identifié des points communs entre les victimes ? s’enquit Tyler.
À part le fait qu’elles soient enceintes, on a découvert que Rawland et Davenport avaient la même gynécologue, le docteur Samantha Patterson. Deluise l’avait consultée il y a quelques années. Pas de lien avec Hurley pour le moment.
Marion opposa à Brett un regard placide, le défiant d’intervenir.
Don, tête basse, consultait les listes répertoriées par les inspecteurs. Des dizaines de noms s’étalaient dans un fouillis désespérant.
Qu’est-ce que c’est ? demanda-t-il.
On a listé tous les types condamnés pour crime sexuel et tous ceux qui pratiquent la médecine. Comme le légiste a dit que le tueur avait des connaissances médicales, on a pensé à mettre l’accent sur les criminels connus qui bossent dans le domaine. Mais ça fait une palanquée de zozos. Y’a des médecins bien sûr, des infirmiers, des aides-soignants, des ambulanciers… On a commencé à en interroger certains, mais ça n’a rien donné pour le moment !
« Et tout seul c’est pas facile », rajouta mentalement Brett. Marion, lui, avait dès le début décrété que le tueur était un proche des victimes et qu’il n’était surtout pas un tueur en série. L’assassin surfait juste sur cette nouvelle vague pour camoufler son véritable mobile.
Brett n’avait pas été surpris des convictions affichées par son coéquipier. Marion buvait plus que de raison depuis quelque temps et défendait de plus en plus des théories singulières… Brett avait pensé que cela passerait, mais c’était de pire en pire. Désormais l’homme le fuyait la plupart du temps et il affichait une tête de déterré quand il osait se montrer dans le monde des vivants.
Sa dernière conviction, égrenée rapidement un soir plus bavard que les autres, était la plus délirante de toutes et son entêtement à prouver ses allégations, carrément inquiétant.
Dans l’esprit de Marion, Samantha Patterson, le médecin de Rawland et Davenport, était au cœur même de ces meurtres. Depuis deux semaines déjà, il s’acharnait sur le praticien. Il ne vivait qu’au travers de cette certitude que la gynécologue leur cachait la vérité et couvrait le tueur pour quelque obscure raison.
Le pire, pour Brett, était de voir que Marion s’impliquait complètement dans cette affaire. Tel un train fou, il se laissait emporter par ses croyances ineptes et son coéquipier le connaissait trop bien pour ignorer le danger que cela pouvait représenter… Pourtant, cette fois, quelque chose avait changé en Marion. Là l’italien percevait confusément que son coéquipier pétait les plombs. Bien sûr, Marion abusait un peu de la bouteille, et plus encore ces derniers temps, mais Brett refusait de voir là la seule explication aux délires de son partenaire. Pour l’heure, le petit inspecteur avait laissé Marion voguer là où il le désirait, certain de pouvoir canaliser son énergie ambiguë au moment opportun. L’arrivée des feds changeait la donne, car une tierce personne allait assister aux divagations de l’inspecteur. Pourtant, et au-delà de l’amitié qui le liait à Marion, Brett ne pouvait regretter cette collaboration. Il se sentait trop désarmé et seul pour renâcler. Restait le problème de Marion… Même si Brett était bien prêt de baisser les bras, impuissant devant le mal qui habitait son ami.
Au final, la seule certitude que moi j’ai, c’est qu’il choisit des femmes enceintes pour leur prendre leur bébé. Elles rencontrent ce type en relation avec leur grossesse et lui, il les repère, les surveille, note leurs habitudes, puis passe à l’action. Voilà !
Tyler jeta un coup d’œil à la carte épinglée sur le panneau en liège et esquissa un sourire attentif. L’équipe locale avait fait du bon boulot, s’efforçant de découvrir des corrélations entre les victimes et établissant des listes, certes difficilement exploitables, mais qui allaient dans le bon sens. Tyler avait trop souvent vu des équipes – même au sein du FBI – s’épuiser autour d’une enquête, chacun apportant sa méthode ou sa technique, et se disperser à tout vent.
On a plus, intervint-il avec placidité. Notre tueur a abandonné les corps sur ce qui semble être un îlot au milieu du marécage. On ne peut s’y rendre qu’en bateau.
Ouais, répondit Brett en se rapprochant de l’agent, l’œil intéressé. En quoi c’est important ? Tout le monde a un bateau dans le coin.
Tyler longea le mur des horreurs et pointa trois photographies. L’évidence était si flagrante que les inspecteurs l’avaient notée inconsciemment, sans s’y référer.
Il connaît bien le coin pour commencer. Ce n’est pas le genre d’endroit où les touristes viennent et à moins d’être de la région, comment deviner qu’il y a un îlot à cet endroit ? Ensuite, dans trois cas, il a abandonné les corps en les jetant de son bateau, sans se soucier qu’ils soient visibles. Davenport n’était même pas morte !
Le légiste pense qu’elle a survécu deux ou trois heures, ajouta Brett, un goût de bile au fond de la gorge.
Cela nous démontre surtout que notre tueur porte peu d’intérêt aux mises en scène post mortem. De fait, cela attire l’attention sur ce qu’il fait subir à ses victimes. D’expérience, je peux vous dire que cela a une signification pour notre tueur. Il y a un message implicite qu’il faudra découvrir !
Ouais, mais une fois, il a pas agi comme ça, rappela Brett. Pour Deluise, il a porté le corps plus loin. C’est normal ?
C’est significatif, je dirais, rétorqua Tyler sans montrer le moindre signe d’impatience. Changement de mode opératoire. La plupart du temps, le mode opératoire évolue avec les années. Le tueur affine ses méthodes avec l’expérience et à mesure qu’il prend confiance en lui. Ici, il change de méthode en portant le corps dans un endroit moins accessible, ce qui peut dénoter une plus grande assurance…
Une plus grande assurance alors qu’il cache le corps ? L’interrompit Marion, sans cacher un sourire mordant.
Tyler ignora le sarcasme et s’arrêta devant le portrait d’Elly Deluise.
S’il souhaitait se protéger, le tueur aurait déplacé les autres corps, inspecteur. Là, il a seulement pris un risque supplémentaire en restant plus longtemps auprès de ses victimes. Il encourait la menace d’être surpris ou d’attirer l’attention sur le site. Il a moins peur, il ose !
Marion haussa les épaules et avala une pastille à la menthe dans l’espoir d’apaiser sa gorge brûlante. L’année précédente, son capitaine l’avait envoyé à un colloque sur les tueurs en série, histoire de le familiariser avec le jargon et les techniques d’enquêtes. Perte de temps et d’argent, avait-il estimé après une heure passée à écouter un pauvre type qui n’avait jamais mis un pied sur le terrain. Et, là, il éprouvait ce même sentiment d’inutilité. Est-ce que ce type croyait vraiment pouvoir faire progresser l’enquête en visionnant des photographies et en spéculant sur des conjonctures invérifiables ? Le FBI était à ce point aveuglé qu’il ne voyait pas l’évidence !
Sûr, le titilla Marion avec plaisir. Mais il a fait ça qu’une fois. Pour les deux victimes suivantes, il a repris les bonnes vieilles habitudes. La confiance, ça va, ça vient, hein ?...
Il se fout surtout de nous, le coupa sèchement Don. Il met à notre portée ce que nous sommes incapables de dénicher seuls. C’est un message, un défi qu’il nous lance. Notre tueur est de la pire espèce, messieurs ! Il est intelligent et organisé.
Marion avait déjà assimilé cette réalité. Et Samantha Patterson était la seule qui pouvait les aider à arrêter ce monstre…
Comment ce type peut-il faire un truc pareil ? osa enfin Brett avec dégoût. Je veux dire, on en voit des saloperies dans notre métier, mais ça c’est…
Marion ne pouvait détacher ses yeux des photographies. Il imaginait la terreur de ces femmes, enlevées parfois dans leur lit et maintenues en vie dans un lieu qui ne pouvait qu’être obscur, pendant que le tueur cisaillait leurs jambes et leurs bras. Avaient-elles deviné que c’était la fin ? Quelle quantité de sang avaient-elles perdue avant de sombrer dans le néant ? Et avaient-elles seulement eu conscience de l’abominable profanation de leur corps lorsque le tueur les avait privées de la vie qui s’épanouissait en elles ?... Comment Samantha Patterson pouvait-elle couvrir un tel homme ?
Cette image de la violence absolue amena un goût désagréable de bile dans la bouche du policier. Marion Jones avait longtemps cru que, grâce à des hommes comme lui, le mal serait un jour éradiqué du monde. Mais il avait eu tort. À mesure qu’il avançait dans la vie, il rencontrait de plus en plus de violences et ne se sentait plus capable de gérer ce tourbillon destructeur. Le soir, sans une dose massive de rhum, il ne parvenait plus à trouver le sommeil et à faire taire la voix geignarde dans sa tête…
C’est notre boulot de découvrir la raison psychologique qui le pousse à agir ainsi…
Ouais, c’est sa signature, hein ? J’ai entendu dire que tout ça, c’est à cause des sévices que ces types auraient subis enfant, ajouta Brett.
Le fait est, répondit Don, que les tueurs en série ont souvent subi de mauvais traitements dans l’enfance. Cela génère chez eux un puissant sentiment d’infériorité en même temps qu’une profonde et inextinguible haine à l’égard de leur bourreau. Celui-ci peut d’ailleurs être sa première victime, mais dans la majeure partie des cas, le tueur choisit un substitut pour exprimer sa colère. Au moment du crime, il domine enfin et c’est lui qui mène le jeu. De victime, il devient le maître absolu qui a droit de vie ou de mort…
Et comment comptez-vous mettre la main sur cet homme ? demanda Marion en retenant le sarcasme dans sa voix.
Don ne fut pas dupe.
Vos listes étaient judicieuses, mais incomplètes. On va élargir notre recherche à toute personne ayant un lien avec le monde de la puériculture, en comparant bien sûr ces noms avec nos fichiers criminels. La plupart du temps, les tueurs en série ont un casier judiciaire. Mais rien n’est moins sûr dans cette affaire, car notre homme a un degré de sophistication élevé. Par contre, même sans une condamnation, il a pu être soupçonné ou impliqué dans une affaire criminelle similaire. On va donc devoir ressortir nos archives.
Marion haussa un sourcil au plafond. Si les fédéraux comptaient régler cette affaire dans la paperasse, c’était leur problème, pas le sien !
Pour le reste, je vais affiner les critères de recherche. Notre homme a plus de la trentaine, conduit un véhicule foncé et de marque courante, probablement un break, une camionnette ou un quatre-quatre. C’est l’idéal pour transporter un corps sans se faire remarquer. Il travaille, comme nous l’avons déjà dit, dans le domaine de la puériculture ou du néo-natal, mais il bénéficie d’un emploi du temps malléable : temps partiel ou alors il est son propre patron, ce que je privilégierai. Il est socialement bien implanté. Il s’absente parfois plusieurs jours d’affilée, sans que cela surprenne les personnes qui le côtoient. D’une façon ou d’une autre, il dispose d’un lieu calme et isolé. Soit il vit à l’écart ou bien il possède une cache en dehors de la ville. Il est le seul à y avoir accès, c’est très important ! Il s’y sent en sécurité. Brett et Tyler, vous allez reprendre les listings. Jones, vous et moi, on va réinterroger les proches des victimes. Tout est bon à prendre : magasins où les victimes faisaient leurs courses, soins annexes, noms des personnels soignants… Il faut identifier le chaînon manquant !
Marion sourit pour la première fois avec conviction. L’agent Pratt lui permettait de poursuivre l’enquête sur le terrain et sans doublure à ses côtés. Rien que pour ça, il aurait pu l’embrasser !
Brett, vous allez superviser deux agents pour qu’ils plongent dans vos archives. Je veux les noms de tous ceux soupçonnés d’enlèvements d’enfants en bas âge ou d’agressions de femmes, en priorité enceintes, mais dont les plaintes n’ont pu aboutir…
Brett, sa cigarette se consumant au coin des lèvres, écoutait le front plissé de concentration.
On se retrouve ici en début de soirée pour une première mise au point. Jones, vous prenez Hurley et Deluise. Je m’occupe de Davenport et Rawland.
Vous n’aurez rien sur Rawland, annonça-t-il en pesant ses mots. Le mari est hospitalisé. Il est suivi par le docteur Parker et c’est lui qui gérait également sa femme en thérapie…
Nous le convoquerons au besoin.
Marion acquiesça. Il consulta discrètement sa montre et réalisa qu’il lui restait une petite heure avant son rendez-vous. Il sourit en songeant qu’il allait peut-être revenir avec la preuve qui lui manquait. Enfin on allait le croire !
Surtout, il lui restait suffisamment de temps pour boire un verre ou deux avant de partir.
Parfait ! Allons-y, conclut Don. Nous allons débusquer ce salaud ! Aucune disparition suspecte n’est à déplorer ces derniers jours. Notre homme est donc en chasse. À nous d’être plus rapides !
4


Garden Street avait longtemps été considéré comme le quartier des sales Américains par les habitants du vieux carré.

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents