Le fleuriste
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Description


Sur les traces du sang des fleurs




Fin juillet, il a beaucoup plu sur Paris et la banlieue, mais les touristes fréquentent toujours autant les « puces » de Saint-Ouen.
Le commissaire Franck Moral a pris quelques jours de congés et profite de sa fille Sophie et de son petit-fils Dicky.
Tout est calme... jusqu'à la réapparition d'une affaire jamais résolue depuis 6 ans, des meurtres en série qui ont mobilisé la majeure partie des flics parisiens.
Cette pluie inattendue de fin juillet a fait resurgir le fleuriste...
Seul lui, Franck Moral, semble capable de couper le mal à la racine mais il devra affronter ses propres fantômes...



"Très bon livre policier, on est vite pris dans l'intrigue et le scénario est vraiment bien ficelé, avec du suspens comme il faut.
Je le recommande à tous ceux qui aiment lire !"
S.G



Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 5
EAN13 9782381532943
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0067€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Je le recommande à tous ceux qui aiment lire !"
S.G



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L’auteur
 
 
 
Passionné de moto et de romans policiers, la plume n'a pu lui résister.
 
Observer l'être humain dans le but de l'aider, mais non de le juger, Jacques Roche couche sur le papier aussi bien des policiers que des gangsters et criminels, mettant à nu les émotions de ses différents personnages.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
Le fleuriste
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
La SAS 2C4L— NOMBRE7, ainsi que tous les prestataires de production participant à la réalisation de cet ouvrage ne sauraient être tenus pour responsables de quelque manière que ce soit, du contenu en général, de la portée du contenu du texte, ni de la teneur de certains propos en particulier, contenus dans cet ouvrage ni dans quelque ouvrage qu'ils produisent à la demande et pour le compte d'un auteur ou d'un éditeur tiers, qui en endosse la pleine et entière responsabilité.

Jacques Roche
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Le fleuriste
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
À ma petite-fille April,
 
Table des matières
1. 22 juillet 2014
2. Nadia
3. Porte de Pantin
4. Chez Omar
5. Nous n’irons pas au zoo
6. Les Papys
7. Le dimanche, il fait beau
8. Le dépouillement
9. On diffuse
10. Les visites
11. Les visites (suite)
12. La rencontre
13. Le Fleuriste
14. Porte de la Villette/16 ème arrondissement
15. Daltrey/Le Breton
16. Aéroport de Beauvais
17. Les prolongations
18. Slimane et son équipe
19. Sophie Moral
REMERCIEMENTS
 
1. 22 juillet 2014
Franck portait à bout de bras son petit-fils Dicky. Plus il le levait haut, plus ce dernier rigolait de son rire d'enfant innocent, à qui on peut tout pardonner, à qui on veut tout donner... Sophie, la mère de Dicky, faisait mine d'être plongée dans son magazine mais les observait, d'un air reposé, serein... alors que sa vie ne reflétait pas la totale sérénité ! Franck l'avait perçu à leur arrivée il y a 3 jours, mais ne lui avait posé aucune question embarrassante ; lui, voulait profiter de ces moments simples, spontanés de la vie et que cela soit réciproque.
Sophie se demandait qui arrêterait le jeu le premier mais n'avait parié sur aucun des deux car malgré leurs 42 ans d'écart, ces deux-là se sentaient tellement bien ensemble, que même un tremblement de terre ne les aurait pas interrompus...
Il fallut donc l'intervention d'une tierce personne pour stopper ces mouvements d'avion, d'hélicoptère, de décollage de fusée ; le vibreur du portable de Franck le fit revenir à la tour de contrôle, mais il prit tout de même son temps... QUI osait intervenir entre lui et Dicky ce vendredi soir à 21h40 alors que tout le poste savait qu'il était en congé... Et s’il y avait quelqu'un qu'il ne fallait pas déranger dans ces moments-là, c'était bien Franck Moral, commissaire principal du 19ème arrondissement depuis 3 ans.
Franck regarda son écran et vit le nom de Slimane s'afficher... Slimane, son chef, son boss... Eh oui, le commissariat du 19ème était dirigé par un algérien pur souche. Cela ne plaisait pas à tout le monde, mais lui, Franck en était très satisfait car cela allait à l'encontre de tous les préjugés de ce milieu, qu'il voyait souvent les réactions dans le commissariat lorsque les nouvelles recrues arrivaient ou que les détenus pensaient que le BIG BOSS serait clément, car ils étaient de même origine natale ou religieuse...
Mais la clémence ne faisait pas partie du registre de Slimane. Lui il était conditionné par le respect de la loi et de la justice. Reçu de très loin major de sa promotion, malgré tous les obstacles rencontrés dus à ses origines... et à son actif, les plus grandes arrestations de ces 2 dernières décennies de toute l'Île-de-France, Slimane ne s'encombrait pas avec tous ces avis, idées qu'on pouvait avoir sur lui...
Franck respectait Slimane pour toutes ces raisons et pour la principale et de loin la plus importante, sa femme préparait le meilleur couscous qu'il n'ait jamais mangé de toute son existence. Le respect était mutuel entre ces 2 VRAIS flics. Après 29 ans de bons et loyaux services, le 36 (quai des Orfèvres) avait proposé à Slimane de prendre le commandement du 19ème, il avait accepté à une condition; emmener Franck avec lui... Mise sur la touche ? Promotion ? Racisme interne ?... Il s'en foutait et y trouvait largement son compte... Moins de pression hiérarchique, moins de comptes à rendre, moins d'allusions racistes... Et statistiquement, Slimane et ses hommes résolvaient plus d'affaires que tous les autres commissariats, donc on n’emmerde pas le premier de la classe...
C'est donc ce qui fit décrocher Franck alors que Dicky s'esclaffait « Papy encore...encore... » :
« Slim ? »
— Franck, je sais que tu es avec ta fille et son petit... MAIS... (Slimane hésita 7 secondes et Franck le perçut). Il est revenu... 
 
Franck ne répondit pas tout de suite mais il avait compris...
— Le fleuriste ?
— Oui. Le Breton m'a prévenu et il doit déjà y être...
— Ok Slim, je fais quelques bisous, SMS-moi l'adresse et j'y go
— ‘Suis désolé Franck que cela soit pendant que ta fille est là... mais on résout vite cela et vous venez manger le couscous à la maison... 
Franck soupira, ne répondit pas à l'invitation.
— Envoie l'adresse Slim, je te bippe quand j'y suis. »
Puis il raccrocha...
Il regarda Sophie :
— « T'as une clope, Fie? 
— Ça va Franck ? Je croyais que t'avais arrêté ?
(Chez les Moral, il n'y avait pas de Papa, ma fille, etc.)
— C'est vrai mais là ce n'est plus le cas...
— C'était Slim ?
Sophie avait compris.
— Oui, le passé revient...
— Franck, prends-soin de toi Dicky t'aime beaucoup tu sais! »
Elle retenait son émotion qui la submergea d'un coup mais Franck n'était pas dupe, et il eut d'un coup l'image de l'enterrement de sa femme, et sa Sophie figée, catatonique, incapable de pleurer face au cercueil de sa mère qui descendait dans les entrailles de la terre, avec en fond le sermon du prêtre que plus personne n'entendait.
« C'est OK avec moi, suis de retour dans une heure. »
Mais il savait très bien que les nuits blanches allaient arriver et que les décollages de fusée avec Dicky allaient être remplacées par des thermos de café, des planques, des nuits au poste, des « gamberges » avec les tubes d'aspirine à côté... Mais là il devait couper à la racine le fleuriste pour qu'il ne repousse plus.
Il enfila son blouson, prit son casque et se dirigea vers la porte. « Papy... » fit Dicky en imitant le bruit du décollage de la fusée.
À son tour de ressentir la sensation similaire qu'avait eu Sophie il y a 2 minutes, mais lui, la feignit tellement que personne ne s'en aperçut. Franck Moral, 21 ans de police, dont 16 à la criminelle. Plus personne ne pouvait lire ses émotions, même pas lui-même...
« Garde le paquet, Franck, j'avais aussi décidé d'arrêter... » lança Sohie, mais Franck n'était déjà plus là, et on entendit le rugissement du 750 GSX-R, fidèle compagnon du commissaire.
 
2. Nadia
« Nadia, je crois que j'ai fait une connerie, j'ai fait replonger Franck dans l'enfer ! »
Silence…
« Nadia ? »
Nadia ne répondit pas, puis au bout de 15 secondes, ayant perçu que son mari Slimane attendait un signe, posa le petit pull qu'elle tricotait pour son 14ème petit fils et regarda son mari droit dans les yeux :
« Franck, je le connais comme si c'était mon propre fils, je n'ai jamais vu aucun flic lui arriver à la cheville et je dirai qu'il est même meilleur que toi et d'ailleurs tu le sais aussi bien que moi... Donc tes états d'âme sur ce qu'est capable de faire Franck ! Slimane tu vieillis, c'est pas bon ça !
— Oui, mais là le diable est revenu... Et ça a été le cauchemar de dizaines de flics pendant des mois, et même des meilleurs. Je suis certain qu'il hante encore les nuits de Franck, car il a changé après ça...
— Bien sûr qu'il a changé ! Et heureusement, même, que cette affaire ne l'a pas laissé indifférent, dit-elle en haussant les épaules.
Pas de réponse de Slimane.
— Ecoute bien Slim... Franck c'est du roc. Il a élevé seul sa gamine, n'a jamais baissé les bras, et en plus tu vas tout faire pour l'épauler... Alors maintenant si t'as besoin d'aller parler au psy de ton commissariat... mais tu ne rabaisses pas Franck à mes yeux. »
Sur ce, Nadia reprit ses 2 aiguilles, sa pelote et se remit à l'ouvrage. Le petit Nadir aura bientôt son pull.
Nadia Bakkouj, 63 ans, 6 accouchements sans péridurale. Pour elle, la vie, ça peut faire mal, et pas besoin de médicaments ou d'anesthésie… La vie, c'est des chocs, des douleurs, et non pas un monde virtuel comme beaucoup veulent nous le montrer. Être libre, ça se gagne et cela, elle l'a compris très jeune face aux coups de son père, aux cris de sa mère dont son mari disposait comme il voulait… Mais dans un couple, dans la banlieue d'Alger, on ne parle pas de viol...
 
3. Porte de Pantin
Franck coupa le moteur de la moto. Il ne s'était pas attendu à un tel comité d'accueil ni à autant de lumière, de flash, de micro...Il se demanda même s’il était au bon endroit car cela ressemblait plus à une scène de tournage de film qu’à...Il décrocha son casque et reconnut quelques visages de journalistes lorsqu'il fut surpris par une voix derrière lui qu'il n'avait pas entendu depuis 6 ans mais qu'il reconnut aussitôt.
« Alors Stendhal, toujours chez Suzuk’? s’exclama Pascal Le Bihan, surnommé le Breton, qui avait lui-même surnommé Franck « Stendhal » à cause de sa moto rouge et noire.
— Salut le Breizh ! Et toi, toujours chez les British ?
Pascal Le Bihan, originaire de Paimpol, côtes d'Armor, était adepte des motos anglaises – monture Triumph Speed Triple.
— Et oui, on change pas une équipe qui gagne !
La poignée de main fut virile et très sincère, cela évitait des minutes de discussion de retrouvailles.
— Tu m'expliques tout le délire ? C'est un tournage du commissaire Moulin…? Parce que là sur 3 mètres, j'ai reconnu Libé , 20 Minutes et Le Parisien ... manque plus que le FBI... C'est quoi cette connerie ? »
Le Breton, sans répondre, fit signe à Franck de le suivre et ils se dirigèrent vers sa voiture.
Une fois assis, ce dernier sortit une thermos, versa une tasse de café encore chaud qu'il tendit à Franck, puis s'en remplit une pour lui.
« Sorry, man, mais pas de sucre ! Restriction des budgets...
— Compris ! Vu le carrosse avec lequel t'es venu ! Ils sont restés dans les années 90 au 36 ? »
Le Bihan sourit puis s'alluma une Chesterfield. Il en proposa une à Franck, qui profita aussi du briquet du Breton, car ayant replongé depuis à peine une heure, il n'avait pas encore cet élément indispensable sur lequel il risquait de faire rouler la molette encore pendant de longues journées et nuits à venir.
« Bon ! Tu sais ce qu'il a fait c't'enfoiré ? C'est lui qui a prévenu la presse ! Limite il appelait TF1 ou une émission à la con de télé-réalité ! J'ai jamais vu ça, c'est les journaleux qui ont appelé le 36... Je t'explique pas comment on est à la ramasse et les titres demain, vaut mieux que tu évites de montrer ta carte de la maison, sinon tu vas passer pour Bozo, le clown... »
Franck ne répondit rien, mais il se retenait de rire; cela aurait été mal venu vu les circonstances. Il n'osait pas se l'avouer, mais depuis le coup de fil de Slimane, c’était comme si quelque chose en lui revivait. C’était un ressenti bizarre mais qui pouvait toucher à une sorte de plaisir, de satisfaction... Il allait peut-être enfin sortir de ces mois de cauchemar pour se reconnecter à la réalité, affronter encore de plus près ce que la société avait pu engendrer en fabriquant des individus tels que ces criminels pour lesquels il devait se lever tous les matins, risquer sa vie pour les arrêter en étant même pas sûr qu'ils soient condamnés, car parfois, on ne savait plus qui était le gendarme ou le voleur.
Franck se croyait d'ailleurs parfois toujours dans la cour d'école de ce collège de Saint-Ouen, car c'est là la première fois où il eut l'idée de passer du côté de la loi. Sa jeunesse fût parfois tumultueuse et il aurait pu aussi rester de l'autre côté, ceux qu'on pourchasse, qu'on traque…
Car passer sa jeunesse à Saint-Ouen pouvait être très différent que de la passer à Neuilly... Mais élevé par sa tante Lilie qui comprit vite comment s'adresser à cet adolescent à la dérive, il y eut le déclic et Franck coupa les ponts avec ces jeunes dealers, voleurs, menteurs... qui eux, même, s'ils vivaient avec leurs parents, n'avaient pas eu la même chance que lui... tante Lilie...
Franck et Pascal sortirent de la voiture pour se frayer un chemin vers le cadavre.
« Il a été identifié ? demanda Franck à son ex-collègue.
— Oui, et là, accroche-toi, car si les journaux balancent ça en plus dans les kiosques, on n'a plus qu'à aller chercher du boulot chez les privés, Stendhal.
— Quoi ?! Il a flingué qui ? Un des frères Kennedy ?!
— Ça aurait été plus pratique. Non... C'est un des nôtres, inspecteur Jérôme Serval, un bon, un brillant, du style Eliot Ness, si tu vois ce que je veux dire...
— C'est quoi ce délire ? Dis-moi qu’c'est une blague, qu’y’a pas de cadavre, et qu’c'est un gros canular pour faire de l'audience... »
Le Breton fit signe à Franck de le suivre puis ils se dirigèrent vers le cadavre où il y avait déjà un peu moins de flashs... la police semblait avoir récupéré son territoire.
Franck serra quelques mains à des collègues de la scientifique puis observa le corps : une balle dans chaque genou, puis une en pleine tempe. Serval avait environ 35 ans et le physique d'un adepte quotidien des salles de muscu... de son vivant, tout du moins…
«  Brigade des stups, recordman d'arrestations de la Seine-Saint-Denis... je te dis, un bon ! on n'en fait plus des comme ça... Une seule faille : il était gay… » ajouta le Breton.
Franck eut la réaction que l'on a devant ces scènes pour les premières fois, celle de vomir mais que par habitude au fil des années on remplace par un massage frénétique du front.
À la main droite du corps était agrafée une tulipe orange... le fleuriste .
Pascal fit signe à Franck de le rejoindre 2 mètres plus loin et lui expliqua qu'il avait fait toute la procédure, la scientifique, envoi au labo, etc, qu'il rédigeait son rapport et qu'il proposait de passer demain au 19 pour un debrief avec Slim.
Cette fois c'est Franck qui proposa une Marlboro au Breton, et il profita ainsi une fois de plus de son briquet. Là, il devait vraiment en trouver un, car il ne pensait pas arrêter dans l'heure qui allait suivre…
« Tiens, Starsky et Hutch ! lança Hervé Gourd, journaliste Libération .
Franck se braqua un peu, mais le Breton, plus alerte, plus habitué à ce genre d'individu, fut plus rapide et accompagna Hervé de l'épaule.
— Hervé, vu que je t'aime bien j'ai un scoop pour toi ! dit-il, continuant à le tenir par l'épaule comme lorsqu'on rencontre un bon ami pas vu depuis longtemps. Après quelques pas, il le poussa dans une flaque toute boueuse, puis se retira pour revenir vers Franck, se retenant de rire, bien qu’il savait que leurs deux noms étaient déjà imprimés dans le cerveau de Gourd ainsi que dans l'article qui paraîtrait demain dans Libération .
— Le scoop c'est que quand on vient sur le terrain, on met pas des Richelieux ! s'esclaffa Pascal. Tu viens Starsky ? ajouta-il en faisant signe à Franck…
Les deux marchèrent jusqu'au GSX-R en se retenant de rire pour ne pas allonger l'article qui allait paraître dans quelques heures.
— Pourquoi c'est moi Starsky ? demanda Franck.
— Parce que Hutch, c'est lui qui se faisait le plus de gonzesses, non ? 
Franck sourit de nouveau, car même s'il savait que l'enfer était de retour, il était content aussi de retrouver le Breton. Ils se fixèrent rendez-vous pour le lendemain au 19 à 11h.
— Passe le bonjour à ta petite, Stendhal !
— D'acc le Breizh! Et au fait elle a aussi un fils ma Sophie !
— Putain ! Francky, le Papy ! »
Le moteur du Suzuki vrombit, et Franck repartît avec plein d'idées sous le casque. La nuit s'apprêtait à être courte car il savait que trop de pensées allaient l'empêcher de dormir...
 
4. Chez Omar
Porte de Pantin, périphérique Nord, porte de Clignancourt, Saint-Ouen, rue des Rosiers, le portable a vibré à deux reprises... Franck se gare devant « L’Étoile de Saint-Ouen » et rentre chez Omar:
« Salut Franck !
— Salut Omar !
— Ouh là ! T'as une tête comme si Mesrine avait ressuscité ! »
16 ans que Franck venait « faire le plein » chez Omar.
La cuisine, il avait dû la faire peut-être dix fois depuis le décès de Carole, son épouse… Il n'était même pas au courant des prix qui se pratiquaient dans n'importe quel magasin ou grande surface. C'est un dossier qu'il avait délégué à la fille de sa voisine, qui remplissait chaque fin de semaine le réfrigérateur, les placards et la salle de bains des éléments nécessaires à une vie dans un appartement et elle gagnait ainsi 15 euros en rajoutant dans son caddie de courses ce qu'elle jugeait bon pour Franck.
Il aimait bien cette ado de 15 ans, à qui il avait laissé en toute confiance les clés de son appartement. Cet appartement, il l'avait hérité de sa tante Lilie à son décès... Il avait abattu quelques cloisons et cela lui faisait un très beau logement en banlieue proche et donc exempt de loyer, avec en prime tous ses souvenirs de jeunesse et des visages du quartier qu'il avait vu vieillir en même temps que lui.
Il avait aussi ajouté 35 euros pour qu'Isabelle vienne faire le ménage chaque semaine. Il lui avait dit que comme ça cela faisait un compte rond, et la petite Isabelle gagnait ainsi 200 euros chaque mois pour quelques heures, net d'impôts, pour service rendu au commissaire Franck Moral.
Il aimait bien les comptes ronds, Franck...
Et c'était aussi un moyen pour lui que cette ado comprenne l'échange que demande la vie, qu'elle ne soit pas trop parasitée par cette nouvelle culture du « tout maintenant » et « je fais des crédits avant même d'avoir un compte en banque », qu'elle évite aussi de fréquenter certains autres ados, passant leur journée et soirée à consommer de la bière et du shit bon...