Le justicier exécuteur
263 pages
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Description

Après qu’il eut commis ces deux forfaits, l’inconnu aux cheveux blonds se mit à fouiller de fond en comble l’appartement dans lequel venait de se dérouler la double scène macabre. N’ayant pas découvert ce qu’il cherchait désespérément, il déserta à regret les lieux, prenant néanmoins le soin de tirer la porte derrière lui. Pourquoi ces deux meurtres sous le toit de Roger Dercky ? Pourquoi cette tuerie, dans son appartement, en son absence ? Était-ce une façon délibérée de lui créer des ennuis ? S’était-il agi d’un acte prémédité ? Voulait-on mettre ces deux crimes sur son dos ? Qui était le meurtrier ? Le ressortissant zaïrois se mit de nouveau à la recherche d’éventuels indices. À quoi diantre serviraient-ils, si leur absence renforçait l’esprit de sa conviction initiale ? La seule manière pour Roger Dercky de mettre vraiment à l’épreuve son mental fut de mesurer sa capacité à supporter l’accumulation des questions sans l’ombre d’une réponse. Dans cet ouvrage, en plus d’une époustouflante enquête policière, l’auteur ouvre une perspective à travers laquelle le lecteur pourra voir les âmes parcourir l’au-delà dans l’optique de baguenauder avec les entités célestes et les esprits de l’Enfer...

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 9
EAN13 9791091580076
Langue Français
Poids de l'ouvrage 5 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0060€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Contenu Hors-Texte-1 Hors-Texte-2 Hors-Texte-3 Hors-Texte-4 Hors-Texte-5 Chapitre I Chapitre II Chapitre III Chapitre IV Chapitre V Chapitre VI Chapitre VII Chapitre VIII Chapitre IX Chapitre X Chapitre XI Chapitre XII Chapitre XIII Chapitre XIV Chapitre XV Chapitre XVI Chapitre XVII Chapitre XVIII Chapitre XIX Chapitre XX Chapitre XXI Chapitre XXII Chez le même éditeur Egrégore
DU MÊME AUTEUR :


- Au pays des mille collines  – L’Atelier de l’Égrégore, collection Roman – Paris, 2016 – ISBN : 979-10-91580-05-2  ;
- La chasse au léopard  – L’Atelier de l’Égrégore, collection Roman – Paris, 2015 – ISBN : 979-10-91580-04-5 ;
- Dans l’œil du léopard  – L’Atelier de l’Égrégore, collection Roman – Paris, 2015 – ISBN : 979-10-91580-03-8 ;
- Ma vision pour le Congo-Kinshasa et la région des Grands  Lacs, Éditions de l’Harmattan – Paris 2013 – ISBN : 978-2-343-02079-2 – EAN Ebook format Pdf : 9782336330327 ;
- Congo-Kinshasa : le degré zéro de la politique , Éditions de L’Harmattan – Paris, avril 2012 – ISBN : 978-2-296-96162-3 – ISBN13 Ebook format Pdf : 978-2-296-48764-2 ;
- La vie parisienne d’un Négropolitain  – L’Atelier de l’Égrégore, collection Roman – Paris, 2012 – ISBN : 979-10-91580-06-9 ;
- Mitterrand l’Africain ?  – L’Atelier de l’Égrégore, collection Arbre à Palabre – Paris, 2012 – ISBN : 979-10-91580-02-1 ;
- Drosera capensis  – L’Atelier de l’Égrégore, collection Roman – Paris, 2005 – ISBN : 979-10-91580-01-4 ;
- Le demandeur d’asile  – L’Atelier de l’Égrégore, collection Document/Réalité – Paris, 2012 – ISBN : 979-10-91580-00-7 ;
- La République Démocratique du Congo, un combat pour la survie  – Éditions de l’Harmattan – mars 2011 – ISBN : 978-2-296-13725-7 – ISBN Ebook format Pdf : 978-2-296-45021-9 ;
- Socialisme : un combat permanent  – Tome I – Naissance et réalités du socialisme  – L’Atelier de l’Égrégore, collection Arbre à Palabre – Paris, 2008 – ISBN : 978-2-916335-04-9 (coécrit avec Jacques Laudet) ;
- Un nouvel élan socialiste , Éditions de L’Harmattan, collections Question contemporaine, Paris, mai 2005 – ISBN : 2-7475-8050-4 – ISBN Ebook format Pdf : 978-2-296-39177-2.
Gaspard-Hubert LONSI KOKO




LE JUSTICIER EXÉCUTEUR




Collection Crime & Suspense
ISBN : 979-10-91580-07-6 – EAN : 9791091580076
© L’Atelier de l’Égrégore, juillet 2016
Courriel : atelieregregore@gmail.com

En France, le code de la Propriété intellectuelle du 1 er  juillet 1992 interdit expressément la photocopie, voire l’impression et l’envoi par mail, à usage collectif sans autorisation des ayants droit. Cette pratique s’est généralisée au point que la possibilité pour les auteurs de créer des œuvres nouvelles est aujourd’hui menacée.
« Or, en ce même instant, l’horreur indivisible, sans palpitation, sans souffle et sans échos, la lugubre unité de tombe et de chaos qu’on nomme Enfer, voyait une chose inouïe. »
Victor Hugo, dans La fin de Satan

« Les souvenirs oubliés ne sont pas perdus. »
Sigmund Freud
À Zéphyrin, un ami d’enfance, de surcroît Galois, qui m’a inspiré d’une manière ou d’une autre, le personnage de Roger Dercky.
CHAPITRE PREMIER


Dans la baie de Nagasaki au Japon, vers 1900, l’officier américain Pinkerton découvrit sa future épouse Cio-Cio San – dite Butterfly. Cette dernière était une geisha de quinze ans, dont la famille réprouva le mariage. Sharpless, le consul des États-Unis, déconseilla cette union à Pinkerton. Néanmoins, le soir de leurs noces, l’officier embrasa le cœur de la jeune fille, qui répondit à son amour avec timidité avant de se donner ardemment à lui. Trois années passèrent. Rentré aux États-Unis, l’Américain ne donna aucune nouvelle à Butterfly, qui ne cessa d’attendre son retour, persuadée que Benjamin Franklin Pinkerton viendrait la retrouver et découvrirait l’enfant qu’elle avait eu de lui. Le diplomate Sharpless, qui savait que son compatriote officier avait déjà refait sa vie dans son pays et s’était marié, demanda à Butterfly ce qu’elle ferait s’il ne revenait jamais. Elle se tuerait, répondit la geisha puisque mieux vaudrait une mort digne plutôt qu’une existence qui cesserait de l’être. Ce serait le geste fatal que Butterfly commettrait en découvrant la vérité, lors du retour tardif, mais tellement attendu, de Pinkerton venu chercher son enfant en compagnie de son épouse américaine. « Celui qui ne peut vivre dans l’honneur meurt avec l’honneur » , avait dit Cio-Cio San. En langue japonaise, « papillon » se dit « Cio-Cio San », le prénom principal de l’héroïne de cet opéra italien en trois actes –  «   Butterfly   »  étant le sobriquet que lui avait donné l’officier américain Pinkerton, son triste amant d’un soir. Dans cette paisible chambre d’un luxueux appartement du septième arrondissement de Paris, en ce début de soirée, la chaîne musicale diffusait Madame Butterfly , l’opéra le plus sincère et le plus expressif que Giacomo Puccini n’avait jamais conçu.
Et dans cette paisible chambre, Virginie Meaulnes ne portait qu’une petite culotte pour vêtement lorsqu’elle échangeait verbalement avec son petit ami Roger Dercky. Elle ne dit rien au moment où les mains de l’homme se posèrent avec doigté sur les seins fermes, dont les mamelons se raffermissaient davantage. Un accord tacite. Le merveilleux contact du corps chaud et musclé procura déjà un immense plaisir à la Française. Cette sensation devint plus intense quand la jeune femme sentit sur sa nuque le souffle brûlant et, en même temps, le sexe durci du séducteur venu d’ailleurs se frotter à ses fesses athlétiques. Les doigts masculins titillèrent les tétons de la ravissante blonde complètement en pâmoison. Il embrassa le dos de sa partenaire, surtout le haut, aux alentours des épaules. Cette partie du corps souvent négligée par les mâles est l’une des sources de bonheur, très riche nerveusement. Pendant tous ces préparatifs, préliminaires indispensables à l’explosion harmonieuse, Virginie Meaulnes jouissait déjà par les mille pores de sa peau soyeuse.
Le plaisir d’une intensité dévastatrice montait, montait... La tension d’une violence épanouissante culminait, culminait... Le gouffre d’extase mouillait, mouillait... Comment décrire cette sensualité un peu folle, laquelle finit par projeter Virginie Meaulnes au plus haut de la volupté. L’intérieur du corps féminin ressentit entre-temps la plus excitante des sensations érotiques. De la base du cou de la blonde descendaient des ruisseaux de délice. La jeune femme se tordait, en gémissant. Cela rendait de plus en plus délirant et entreprenant Roger Dercky. Cette jouissance, même si elle eût été si vive, ne pouvait que durer. À jamais. Pour l’éternité. Savoir caresser les femmes, les accompagner en douceur jusqu’à l’exaltation avant la pénétration, c’est peut-être ce qui distingue les bons amants des médiocres.
– Oh, chéri, c’est bon !
– Oh...
– Encore..., je veux...
– Mon trésor...

La volupté était d’autant plus intense, si brûlante, que Virginie Meaulnes avait l’impression qu’elle allait durer indéfiniment. C’était un implosif épanouissement ! Elle ne faisait que goûter, pour mieux la savourer, à cette joie physique quasiment palpable, laquelle transforma en paradis la chambre où les amoureux se sacrifiaient sans contrainte au culte épicurien pour la plus grande satisfaction d’Éros. Les deux partenaires poursuivirent de manière harmonieuse leurs ébats sexuels, sans se priver d’un quelconque phantasme, pendant un bon moment. Jusqu’à l’épuisement. Virginie Meaulnes atteignit, en fin de compte, le sommet de sa propre sensualité, en ayant appris à connaître la portée de sa sexualité. Après avoir joui avec passion, avec beaucoup d’énergie, Roger Dercky laissa sa partenaire dans une telle tempête sensuelle qu’elle mit plusieurs minutes à s’apaiser. Ainsi finit-elle par revenir sur terre, après être montée plus haut que le septième ciel où les chérubins réalisèrent vite que l’extase mystique n’était pas que l’apanage du Fils de Dieu. L’admiration de la jeune Française pour l’Africain amoureux se renforça davantage. Les larmes coulèrent en perlant sur ses joues pourpres, tellement elle était heureuse. « Je ne suis pas fait pour les actions héroïques. J’aime les êtres qui ont un cœur comme le nôtre, qui sont faits d’espérance et d’illusions, qui ont des éclairs de joie et des heures de mélancolie, qui pleurent sans hurler et souffrent avec une amertume tout intérieure » , avait dit Giacomo Puccini épris de passion pour Butterfly.
Très grand sur le plan physique, Roger Dercky avait une carrure imposante. Absolument impressionnant, il possédait une assurance d’homme fort. Tous les gens qui le connaissaient, ou l’avaient fréquenté, se rappelaient souvent son rire contagieux. Il était difficile d’oublier sa façon de faire résonner le sol sous ses talons en marchant, comme s’il l’eût à jamais conquis. Avec ses deux mètres de haut et une corpulence sportive, la quarantaine bien sonnée, il pesait financièrement à lui tout seul plus de cinq milliards de dollars américains. Il habitait un très bel appartement, de plus de trois cent cinquante mètres carrés, dans un immeuble cossu qui était situé non loin des Invalides et de la très célèbre tour Eiffel, ainsi que du Champ de Mars – ce bel espace vert d’une longueur de sept cent quatre-vingts mètres, dédié à ce dieu guerrier et lieu de manœuvre des troupes militaires jusqu’à la fin du XIXe siècle. « Gisait dans le sang, noire, inexorable, athée ; tu t’en souviens, je l’ai ramassée et jetée près de la Seine, ainsi qu’une graine en un champ ; ton haleine, perçant le globe, et, la touchant, l’a fait croître et grandir jusqu’au ciel, tour affreuse ; cette tour en cachots innombrables se creuse ; les rois en font leur antre ; elle écrase Paris ; elle éteint sa lumière, elle étouffe ses cris ; c’est là que toute chaîne aboutit et commence ; elle est le cadenas de l’esclavage immense ; elle est la glace au front de la France qui bout ; elle est la tombe ; et l’ombre avec elle est debout. »  Ainsi s’était exprimé ce vieux fou de Victor Hugo, dans La fin de Satan , pour décrire la tour Eiffel et le Champ de Mars.
Rien qu’avec son argent de poche, Roger Dercky pouvait influencer, voire corrompre, n’importe quel acteur politique hexagonal. Il était toujours classiquement habillé, bon chic bon genre. Son jeu favori consistait surtout à manipuler les gens comme s’il jonglait avec une balle de ping-pong. Quand il lui arrivait de recevoir les personnes qu’il détestait, voire haïssait, le citoyen zaïrois ne faisait pas dans la dentelle. Il mettait une sinistre musique à leur glacer le sang afin de les décourager ou de les mettre mal à l’aise, ou alors d’écourter leur visite. Un vrai cynique ! Un homme incroyablement astucieux. Sa force résidait dans sa capacité à imposer des mauvaises habitudes à ses amis. Mais Roger Dercky ressemblait surtout, mine de rien, à une énigme : c’est-à-dire à un être à la fois calme et turbulent, bon et mauvais, méchant et généreux. Attitude oxymorique. Cette ambiguïté renforçait le comportement protéen qui le caractérisait, notamment quand il fallait confondre quelques adversaires ou brouiller les pistes. Une sorte de Janus des temps modernes, de surcroît mitterrandien. Par ailleurs, le citoyen zaïrois aimait souvent donner de l’oxygène – du peps , dirait un jeune homme branché – dans chaque initiative qu’il entreprenait. Son séjour au pays de François Rabelais fit de lui, sur le plan de la séduction, le journal intime des femmes. En lui, la complicité avait toujours généré la curiosité, véritables prémisses de l’attirance.
Si le grand Noir adorait les créatures féminines et appréciait surtout leur compagnie, il évitait toutefois une liaison légale. Chaque fois qu’il pensait au mariage, cet éternel libertin se rappelait les lamentations d’un vieux copain par rapport à sa femme. Effectivement, un beau matin, cette dernière s’était retrouvée enceinte deux mois après l’absence prolongée de son époux. La seule personne que cet homme aimait l’avait donc trahi, l’ayant transformé en objet des moqueries. La risée du quartier. Elle était un danger mortel pour ce pauvre hère, cette âme en peine. Elle était devenue une sorte de Judas, version féminine. Le mari se trouvant en voyage d’affaires, telle une vagabonde n’ayant pas une épaule stable sur laquelle reposer sa tête, la dame glorifiait l’infidélité. Le feu constamment au cul et n’ayant pas la vertu des femmes de marins, ni la patience de Pénélope, elle passait tout son temps avec son jeune amant. N’en déplaise au poète Joachim du Bellay, qui fut à l’origine de la formation de la Pléiade, le porteur des cornes n’était pas « heureux qui, comme Ulysse, [avait] fait un beau voyage […] puis [était] retourné, plein d’usage et raison, vivre entre ses parents le reste de son âge » . Rien que cette histoire de cocufication, parmi tant d’autres, faisait du ressortissant zaïrois un voyou jouisseur, qui sortait avec les jolies créatures sans pouvoir envisager le mariage. Mendiant de l’amour et flagorneur invétéré, il avait du mal à poser longtemps ses bagages. Son non-engagement permettait le bonheur de plusieurs personnes du beau sexe. Ainsi se tenait-il à leur disposition. Il était, sans conteste, un fervent serviteur des femmes.
Les meilleurs amis de l’Africain étaient toujours bien reçus dans son luxueux appartement du septième arrondissement de Paris. Mais lorsqu’il sentait que l’on s’intéressait à son généreux personnage seulement par profit, Roger Dercky se méfiait au point de devenir, parfois, plus combatif et plus dangereux qu’un serpent à sonnette. Quand il s’acharnait sur un groupe d’escrocs, ou de profiteurs, le natif de Kinshasa paraissait plus pernicieux que le « Fléau de Dieu »  ne le fut à l’encontre des Romains. Se mettre sur son chemin, lorsqu’il s’énervait, c’était comme si l’on se trouvait fatalement entre Attila et les Huns.
Cet homme savait aussi que la vie ressemblait, par certains égards, à un perpétuel combat pour la survie. Voilà pourquoi le grand magnat zaïrois avait sans arrêt la tête au bon moment pour enfin s’imposer. Voilà pourquoi il avait les pieds sur terre et faisait partie de gens incrédules ne s’intéressant qu’à un seul passage biblique, à savoir le vingtième verset du chapitre dix-huit du Deutéronome : « Œil pour œil, dent pour dent » . Le grand Noir avait acquis, à force d’être entouré d’adversaires redoutables, un sixième sens presque surnaturel. Son instinct le prévenait souvent des dangers à venir. Cela lui était très bénéfique lorsqu’il se trouvait, de temps en temps, dans une situation inquiétante.
Le grand magnat zaïrois n’était pas naïf. Il n’ignorait pas non plus que l’Homme pouvait se transformer, selon ses intérêts et les circonstances, en un animal très féroce : le contraire de l’ange, à défaut d’être un ange déchu en punition de sa désobéissance ou rébellion contre Dieu. Cela poussait Roger Dercky à rester davantage sur le qui-vive. Il tenait à éviter d’être bêtement surpris par une quelconque attaque. Il ressemblait plus à un caméléon à la différence d’autres personnes qui, elles, avaient souvent tendance à s’identifier à d’autres bêtes. Le caméléon lorsqu’il arrive dans un endroit, il prend la couleur du lieu. Ce n’est pas de l’hypocrisie, mais d’abord la tolérance et puis le savoir-vivre. Que fait le caméléon quand il voit une proie ? Il ne se précipite pas sur elle, mais il envoie sa langue. Sinon, il a toujours la ressource de la retirer pour éviter le mal. En effet, la petitesse de l’adversaire ne prouve nullement qu’elle ne peut pas vous faire mourir. L’écrivain et ethnologue malien Amadou Hampaté Bâ avait expliqué avec pertinence la sagesse, la prudence et l’intelligence animant ce reptile dans un merveilleux texte intitulé « À l’école du caméléon » . Dans ce bas monde, où règnent des prédateurs redoutables de toutes sortes, on a intérêt à se montrer constamment prudent. La protection d’un ange gardien et l’assistance d’un guide spirituel ne peuvent que faciliter, semble-t-il, un tas de choses et éviter un bon nombre de déconvenues auxquelles on risque de s’exposer dans cette jungle humaine. Ainsi revient-il à chacun, n’en déplaise aux progressistes et aux adeptes du cartésianisme, de prendre ses dispositions sur le plan spirituel.
CHAPITRE II


Le sourire rayonna le visage angélique de Virginie Meaulnes. La douceur du regard féminin alluma dans le cœur de Roger Dercky mille étincelles qui ne pourraient plus s’éteindre, tant qu’il ne les aurait pas consumées. Dans la vie, il n’arrive que ce qui doit se produire. Tout est inscrit, paraît-il, dans le calendrier divin, cette gazette cosmique. « Les dieux tissent des malheurs pour les hommes afin que les générations futures aient quelque chose à chanter. »  Excellente citation du poète Homère, rapportée par l’écrivain argentin Jorge Luis Borgès dans La Divine comédie . Pour cette raison, tout cela n’étant que karmique, il faut toujours attendre et espérer. La patience dans la perspicacité finit par payer. L’existence terrestre n’est qu’une question de persistance et de foi
Les amants heureux s’embrassèrent longtemps, passionnément... L’Africain caressa avec douceur, beaucoup de tendresse, les cuisses de la Française. Ses mains expertes remontèrent jusqu’au triangle magique et ses doigts fins se mirent à fouiller la zone touffue dans l’espoir de se frayer un passage étroit jusqu’à l’entrée sacrée, la mystérieuse ouverture du gouffre d’extase. Passage indispensable à la procréation et obligatoire pour le processus lié à la réincarnation
– Non... pas maintenant... je suis... fatiguée
– Je ne peux... plus... attendre...

En effet, emporté par l’élan lubrique, Roger Dercky ne renonça nullement à son initiative. À travers cette résistance d’une mollesse intime, il cerna la folle envie de Virginie Meaulnes. Cette dernière tenait à se faire davantage honorer par cet homme à la queue pesante, donc imposante et caractérisant plus ou moins le comportement quotidien du Zaïrois. Mais elle jouait avec subtilité à ce jeu familier à toutes les femmes. Elle se faisait à tout prix désirer. Le téléphone mit fin, au plus grand regret des tourtereaux, aux occupations et préoccupations d’ordre lubrique. Ils auraient dû débrancher cet appareil, regrettèrent-ils de concert.
À l’autre bout du fil s’exprima d’emblée Fred Baudineau. Ce titi parisien voulut passer au domicile de son meilleur ami, à savoir Roger Dercky, en compagnie d’une jolie fille qu’il venait juste de séduire. Une très charmante gazelle. Elle avait la peau naturellement bronzée. Réalisant qu’il dérangeait l’Africain aux hanches mises à rude épreuve, le jeune Gaulois préféra emmener sa nouvelle conquête ailleurs, dans un endroit très animé par exemple, un lieu où une jeune fille à la peau noire et au sang chaud se sentirait dans son élément. Pauvre garnement, il avait intérêt à bien « préparer son fouet intime », puisqu’il aurait du pain sur la planche. Il était obligé d’être à la hauteur. Roger Dercky lui souhaita toutefois bonne chance, et surtout bon courage, sachant bien que le titi parisien courait le risque de se faire casser les côtes par cette panthère à la sexualité vorace. Le jeune homme ne pouvait que récolter ce qu’il avait semé. De plus, comme tout être humain, Fred Baudineau évoluait, en bien ou en mal, en fonction de ses fréquentations.
Fred Baudineau était en effet l’un des meilleurs amis de Roger Dercky. Dur travail et prospérité, tels étaient les aspirations de l’Africain. Jouissance et flagornerie, hic et nunc , tels étaient les centres d’intérêt du titi parisien. Le ressortissant zaïrois visait toute chose à la perfection et finissait par l’obtenir. Il ne cessait d’avoir en ligne de mire l’objectif fixé. Un être ayant souvent raison et témoignant, en général, de l’impatience envers ceux qui pensaient autrement. Lorsqu’il donnait des instructions, sa décision se devait d’être respectée. À cause de son charisme et de sa teneur dominante, il arrivait qu’on le trouvât autoritaire. Sévère, pète-sec, intransigeant... Évidemment, il était parfois emmerdeur mais efficace et constructif. Seul le travail comptait à ses yeux, alors que le titi parisien préférait de loin l’assistance maternelle, ainsi que le fait de se faire entretenir par des femmes plus âgées que lui. Juste un gigolo. Contrairement au jeune homme, Roger Dercky était un individu industrieux. N’ayant pas, en amour, de temps à perdre à de longues séances de séduction et d’inutiles roucoulades, Fred Baudineau préférait passer à l’acte et à la conclusion dans les relations intéressées, à caractère tout à fait pécuniaire. Néanmoins, les sentiments du gamin de Montmartre étaient profonds avec les filles pour qui il pouvait éprouver des sentiments amoureux.
Les gens ne comprenaient pas la raison pour laquelle Fred Baudineau considérait le grand magnat zaïrois comme son vieux frère. Dutronc, Simple Esprit. Quelques sobriquets que son ami africain lui avait attribués. Ils s’étaient connus un beau matin à la faculté de droit de Saint-Maur-des-Fossés, en banlieue parisienne – dans le département du Val-de-Marne. Entre eux, le courant passait très bien. On les prenait d’ailleurs pour des frères siamois à la « Black and White » . Des compagnons de drague, ainsi que d’autres affinités. L’un d’eux n’eut pas du tout le courage de rester très longtemps sous le soleil ardent afin de jouir du bronzage. Cette cohabitation humaine constituait un véritable mélange de civilisations. Une mixtion de cultures. Un parfait brassage contre certaines convictions rétrogrades, archaïques, voire négatives sur le plan des rapports humains. Ce fut, à l’époque, le plus grand Désir d’Harlem   : SOS-Racisme avec son fameux badge, caractérisé par une main enrichie de l’inscription « Touche pas à mon pote » ; l’accession du socialisme au sommet de l’État français, l’acceptation dans le temps et l’enracinement du pouvoir mitterrandien dans le paysage politique...
Une fois le téléphone raccroché, les deux partenaires, Virginie Meaulnes et Roger Dercky, reprirent de nouveau les ébats amoureux. Infatigables, mais aussi inséparables ? Il fallait bien finir ce qui avait été commencé. Le mâle en rut reniflait, pendant toute la durée du plaisir sexuel, le parfum que répandait la jeune femme épanouie. Il appréciait la chaleur du corps émerveillé de cette fille de la haute bourgeoisie française. Cette senteur ravivait, de plus en plus, les sens excités de l’étalon noir. Le fait d’aimer humer l’arôme des femmes fut donc à l’origine de la plaisante et expressive appellation d’ « humeur de bonne humeur » , laquelle caractérisait l’Africain dans l’intimité relationnelle, émotionnelle et sexuelle. Au moment où il s’écroula de tout son poids sur la belle blonde en émoi, cette dernière se mit à soupirer avec lascivité. C’étaient presque des lamentations jouissives, exprimant le plaisir éprouvé à s’offrir avec allégresse. De plus en plus excité, enivré par les effluves opiacés, l’homme ne put se retenir pour faire durer les sensations fortes. Il lâcha tout... Virginie Meaulnes fut, par conséquent, incapable de situer l’emplacement du lieu où se déroulait cette connivence concupiscente. Ce fut plus fort qu’elle. Son bas-ventre grésillait. Elle fut totalement secouée, par des spasmes puissance quatre ou au-delà, en poussant un râle crépitant : « Aaaah ! Aaaah ! » Une tigresse comblée ! C’était absolument génial !

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