LE TUEUR DU CAMPUS La trilogie
108 pages
Français

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Description

Tous les 15 ans, un meurtrier sévit sur le campus. Est-ce le même ou trois différents? Saurez-vous les retrouver?
Julia ROBIN, journaliste, est liée aux tueries. Comment? Pourquoi?
Retrouvez-la à 19, 34 et 49 ans pour découvrir son évolution, ses frayeurs et ses interrogations.

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Informations

Publié par
Date de parution 13 novembre 2020
Nombre de lectures 0
EAN13 9782492410079
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0100€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

LE TUEUR DU CAMPUS La trilogie


Caroline COURTIN

2020
ISBN:978-2-492410-07-9
Cet ebook a été réalisé avec IGGY FACTORY. Pour plus d'informations rendez-vous sur le site : www.iggybook.com
INTRODUCTION
 
Samedi soir
 
Il est tard, en boîte de nuit, elle est avec ses amis et l’amour de sa vie. Mais il ne la voit pas, ne s’intéresse pas à elle. De loin, dans l’ombre, elle le prend en photo, de profil, de face, de dos, en portrait, tout entier, il est si beau… si… lui. Seulement, il reste avec cette « garce », à lui parler, la regarder et rire avec elle, ils ne se quittent pas. Amis soi-disant, tu parles. Elle s’occupera de l’éloigner plus tard mais pour le moment, elle est trop énervée et agacée pour ça.
Elle se défoule sur la piste de danse pendant des heures. Mais, très vite, elle attire la moitié des hommes du club, ce qui l’excite énormément. Elle danse de plus en plus sensuellement. Ni pouvant plus d’excitation, elle en attrape un par son col de chemise et l’attire dans les toilettes pour hommes. Ils s’enferment à l’intérieur, s’embrassent langoureusement, se collent, se caressent. La main du jeune homme caresse le genou de la demoiselle, remonte sur sa cuisse, passe sous sa jupe et vient toucher son string. Soudain, un dégoût s’empare violemment d’elle et elle le repousse, pensant qu’elle devait se préserver pour son amour. Il l’attire contre lui, la force à se mettre à genou et déboutonne sa braguette. Elle est en colère mais garde son calme en prenant le couteau caché dans sa botte puis le poignarde au ventre. Il s’écroule, tordu par la douleur, la regarde surpris puis s’écroule. Elle attrape un ruban adhésif argenté qui est dans son sac à main. Elle lui attache les mains et les pieds, reprend son couteau et s’acharne sur sa chair. Soudain, elle remarque que son pantalon est toujours ouvert. Elle lui saisit son pénis et ses testicules, glisse dessous la lame du couteau, lui découpe ses parties intimes et lui enfourne dans la bouche en lui lançant :
« Tiens, puisque tu aimes tellement ça, fait le toi-même »
L’excitation est forte et elle crie de plaisir. Heureusement, la boîte de nuit est assez bruyante pour couvrir sa voix. Elle se redresse et s’aperçoit qu’une grosse tâche de sang s’est formée sur son T-shirt blanc. Par chance, elle a un gilet qu’elle enfile pour la camoufler. Elle ressort des toilettes pour hommes et tombe nez à nez avec la « garce » :
« Salut »
« Salut, tu n’as pas trop chaud avec ton gilet ? On étouffe ici ! »
Ça y est. Elle est démasquée et elle a remarqué sa sortie des toilettes pour hommes. Elle fera vite le rapprochement. Il fallait qu’elle se charge d’elle au plus vite mais pour le moment, elle doit sauver les apparences :
« Oui, euh… J’allais sortir »
« Ok alors à plus ! »
En sortant de la boîte de nuit, elle trouve une idée pour se débarrasser de cette « garce » qui lui barre le passage entre elle et son grand amour.
 
***
Lundi
 

 
« Oui M’man ! »
Pfff, elle m’agace à toujours vouloir que je range ma chambre. Après tout, je suis majeure. Oui, 19 ans, c’est la majorité et je ne veux plus être traitée comme une gamine. Il est 8h00 du matin et je sors de mon appartement. Enfin celui de mes parents comme ils savent si souvent me le rappeler. Je m’apprête à descendre les escaliers. Soudain, je sens une pression dans mon dos. Je dégringole les marches. « Ouïe, aïe ! Bon sang que ça fait mal ! ». Et là, c’est le trou noir.
J’ouvre les yeux. Je suis allongée sur un lit dans une chambre d’hôpital. Je vois ma mère à mon chevet, inquiète. J’ai mal partout, j’ai envie que l’on me foute la paix. Des fois, j’aimerais qu’ils me lâchent un peu, mes parents.
« Oh, ma chérie. Comment te sens-tu ? »
Oh non, si elle pouvait arrêter avec ses « ma chérie » par là et ses « ma puce » par ci. Beuh. Ça me donne envie de vomir. Et puis c’est quoi cette question stupide ? Je me sens comme quelqu’un qui vient de dégringoler deux étages dans les escaliers. Je ne viens pas de danser la lambada à une soirée. Mais je préfère abréger la conversation avec ma mère donc je lui réponds simplement :
« Ça va m’man »
Mon père, lui, somnole dans le fauteuil au pied de mon lit. Il a dû, comme à son habitude, un peu trop boire. Depuis un an, il boit pour oublier que ma mère le trompe avec tous les petits jeunes du coin. Pathétiques. Ils restent ensemble pour mon petit frère de 12 ans mais je crois qu’ils font une erreur. C’est encore pire.
La porte de ma chambre s’ouvre et me sort de mes pensées. Je me redresse brusquement, je ne sens plus ma douleur. Enfin presque. Il est là. Mon meilleur ami, Sam et accessoirement, le seul garçon que je n’ai jamais aimé. Il est venu me voir, il s’inquiétait pour moi. Pour MOI. Note pour plus tard : « dégringoler un peu plus souvent des escaliers ».
En me voyant réveillée, il me sourit. Je lui souris à mon tour. J’aimerais virer mes parents et me retrouver seule avec lui mais c’est impossible.
« Tu nous as fichu une sacrée frousse, Mal ! »
Oui, je m’appelle Julia mais comme je déteste ce prénom, je me fais appeler Malicia. Vous savez, comme le personnage de X-Men. J’adore son pouvoir, il est trop cool. J’aime son côté sombre. Seul petit inconvénient et de taille, je ne pourrais pas toucher l’homme de mes rêves si j’avais son « don ». Sam est le seul à m’appeler Mal et je dois dire que cette distinction n’est pas pour me déplaire. J’ai l’impression d’être unique à ses yeux.
Derrière lui, ma meilleure amie, Jenny, fait son apparition. Elle court me faire un câlin.
« J’ai eu si peur pour toi, Malicia »
J’entends ma mère marmonner « quel surnom ridicule » mais je l’ignore. Elle ne m’a jamais comprise.
Sam, Jenny et moi formons un groupe soudé. A la fac, nous ne sommes pas très populaires. Nous ne sommes pas vraiment sociables. De surcroit, j’ai un look qui ne plaît pas vraiment à tout le monde. Il est qualifié de Gothique. Je suis la seule dans ce cas. J’ai de longs cheveux raides et noirs. J’envisage de me faire la mèche blanche de Malicia bientôt et je suis tout le temps habillée en noir. Les gens ne viennent jamais parler à une fille comme moi et je dois dire que ça m’arrange. Je n’ai jamais aimé les gens de toute façon. Je me moque de ce qu’ils pensent. Sam et Jenny sont ma famille. Je ne me suis jamais sentie à ma place avec mes parents. J’ai été adoptée parce que mon père était presque stérile soi-disant. Puis ils ont eu mon frère. Je le soupçonne d’ailleurs de ne pas être de mon père. Mais de toute façon, je sens bien que je suis le petit canard boiteux de la famille et que je ne suis pas vraiment aimée.
Tout d’un coup, le docteur entre dans la pièce. Je ne lui laisse pas le temps de parler :
« Doc, je peux rentrer chez moi ? »
Le docteur surpris ne se démonte pas et se met à parler à mes visiteurs :
« Il y a trop de monde dans cette chambre. Si vous voulez bien me laisser seul avec ma patiente ? »
Ils sortent tous à la queue leu leu, Sam en dernier. Arrivé au chambranle de la porte, il se retourne vers moi, me regarde intensément et me fait un grand sourire. AAAHHH ! Je fonds. Je lui réponds également par un sourire timide en essayant de calmer mon cœur qui venait brusquement de danser la tectonique dans ma poitrine. La porte se referme et je tourne mon regard vers le médecin :
« Alors doc ? »
« Comment vous sentez-vous ? »
Encore cette question ? Mais ils sont tous stupides ou quoi ?
« J’ai mal un peu partout mais dans l’ensemble ça va »
« Bien. Par chance, étant donné les circonstances, vous n’avez rien de cassé et… »
« Je peux rentrer chez moi alors ? »
Le docteur ne se démonte toujours pas, ce qui, je l’avoue, m’agace un petit peu.
« Vous avez quelques contusions mais ce qui m’inquiète c’est le coup que vous avez reçu à la tête. Vous risquez une commotion cérébrale, je vais vous garder en observation jusqu’à demain midi. »
Et voilà. Il manquait plus que ça.
« Siou plait doc ! ». Voilà que je supplie, maintenant. Ce n’est pourtant pas mon style. Je me reprends :
« D’accord, mais pas plus longtemps. »
« Une dernière question, mademoiselle »
Mademoiselle ? On dirait M. Simon, brrr. Je réprime un frisson.
« Est-ce que c’était… un accident ? »
Soudain, je vois le docteur mal à l’aise. Ah enfin, il montre un peu d’humanité. J’aime bien voir la faiblesse des gens. Je me régale. Je vois où il veut en venir mais je le laisse un peu mariner dans son jus.
« Que voulez-vous dire, docteur ? »
« Euh… êtes-vous tombée toute seule ou euh… vous a-t-on, comment dirais-je, un peu aidée ? »
Ah enfin, on arrive au vif du sujet. Je sais que l’on m’a poussé. J’ai bien senti cette pression dans mon dos. Je ne l’ai pas rêvé. Et pourtant, je ne dirai rien. Je ne veux pas que la police s’en mêle. Je n’ai pas confiance en elle, ni en personne d’autre d’ailleurs. A part mes amis, ça va sans dire. Et puis, je veux mener mon enquête toute seule. Ça me concerne quand même non ?
« Non docteur. J’ai mal posé mon pied et je suis tombée… toute seule ». Je réponds sans hésiter une seule seconde ce qui convainc le médecin.
« Bien. Je vous laisse vous reposer. »
Le médecin passe la porte et je vois une tête brune à cheveux mi-longs dépasser. C’était Sam. Je souris bêtement là non ?
« J’ai oublié de te donner ça » dit-il en me donnant le journal.
« Ah c’est gentil ! Tu y as pensé, merci »
« Je me suis dit que tu ne l’avais pas encore acheté vu que l’accident s’est passé chez toi ».
C’est trop mignon. Il sait que j’achète toujours le journal sur le trajet entre chez moi et les cours. J’adore les faits divers. Pour une étudiante en journalisme, c’est normal que le journal soit ma bible. Note pour plus tard : « dégringoler un peu plus souvent des escaliers ». Je l’ai déjà dit ça non ? Oh là là. Je ne sais plus où j’en suis moi.
« Le docteur m’a permis de rester un peu avec toi. Comme ça tu pourras commenter ce que tu lis pour une fois ».
Ouah mais c’est trop adorable. Note pour plus tard… Non, tu dérailles là. Mais, je ne me souviens pas qu’il fût aussi attentionné avec moi avant mon accident. D’habitude, il réserve ça à Chloé, sa chère et tendre. Et oui, Sam ne sait pas que je suis éperdument amoureuse de lui et je dois supporter de les voir tous les jours s’embrasser et se câliner. Tous les soirs, je pleure. Quitte à me faire du mal et de peur qu’elle déboule d’un coup dans ma chambre sans prévenir, c’était bien son style, j’ose poser la question :
« C’est gentil. Et Chloé, elle n’est pas avec toi ? »
« Ah oui, c’est vrai. Tu n’es pas au courant. Euh… je l’ai quitté hier » dit-il timidement
YOUPIIIII !! Il ne pouvait pas y avoir meilleure nouvelle au monde. Je me fous royalement de la réponse mais je vais poser la question pour la forme, des fois qu’il l’ait quitté pour une autre :
« Pourquoi ? Que s’est-il passé ? »
« Elle était trop collante. Je ne pouvais pas sortir sans qu’elle me colle et me pose tout un tas de questions. Alors ? Tu me le lis ce journal ? »
« Oui euh… ». Je regarde la une du journal et relève la tête, surprise et intéressée.
« Ah, je savais que ça te plairait » dit-il, le sourire aux lèvres.
« Un tueur en série, sur le campus ? » Je m’empresse d’ouvrir le journal à la page principale.
« Ouah, il tue que des garçons. Il les attache et les bâillonne puis, beurk, il leur coupe les parties génitales et les fait manger à ses victimes. C’est dégueu » fis-je avec une grimace qui fait rire mon ami. « Et ensuite, il s’acharne en les poignardant de plusieurs coups de couteau. Il est totalement givré ce type. »
« Qui te dit que c’est un homme ? »
« Ben la plupart des tueurs en série sont des hommes, non ? »
« Oui mais le fait que l’assassin coupe les parties génitales fait penser à une vengeance féminine »
« Je ne sais pas. Je vois bien un homme le faire aussi. Quelqu’un qui aurait été abusé par un proche étant enfant »
« Oui mais ça peut aussi être une femme qui s’est fait violentée ou même violée. Ça y ressemble plus »
Pourquoi insiste-t-il autant sur le fait que c’est une femme ? Je ne le connais pas aussi têtu. Pour couper court à cette conversation qui commence à m’agacer, je décide de répondre :
« Oui, tu as peut-être raison »
Puis je repose mes yeux sur le journal et continue à lire. Soudain, j’ai un frisson de terreur qui me parcourt le corps. Je dois faire une tête horrible car Sam me demande :
« Ça va, Mal ? »
« Je euh… La victime, elle a été tuée samedi soir, dans la boîte où nous étions. Au même moment. C’est… flippant. Tu aurais pu être à sa place. »
Je sens une larme me monter aux yeux. Je la retiens pour ne pas dévoiler mes sentiments à Sam. Il me rassure.
« Ça va, je vais bien, tu vois »
« Je veux que tu me promettes de faire attention, tu n’es pas à l’abri. Ne sors pas la nuit tout seul. »
« Oui maman » dit-il ironiquement
Je souris. Il est trop mignon.
« Ah et bien voilà un beau sourire, je préfère ça »
Soudain, je réalise :
« Je vais manquer les cours aujourd’hui et demain. Tu peux demander à Jenny de me les apporter chez moi ? »
Jenny est dans ma classe mais pas Sam à mon plus grand désespoir.
« Oui bien sûr. Je vais y aller maintenant »
Il se lève et se penche sur moi. Mais que fait-il ? Il veut m’embrasser ? Sur la bouche ? Non, je rêve, ce n’est pas possible. Il me dépose un baiser sur le front. Je ferme les yeux. Le contact de ses lèvres sur ma peau me fait chavirer le cœur. C’est le plus beau jour de ma vie. Je rouvre les yeux, il est parti.
Mardi
 

 
Il est 11h00 et je me prépare à partir. Enfin ! Je vais être délivrée de la nourriture infâme de l’hôpital. Maman entre dans la chambre. Elle remplit la pièce de son inquiétude, ce qui commence déjà à m’agacer.
« Tu es prête ma chérie ? »
Grrr !! Encore ce « ma chérie » qui me ressort par les yeux. Elle a pris sa matinée pour me ramener à la maison. Heureusement pour moi, elle n’a pas pu prendre son après-midi. Je n’aurais pas pu supporter sa sollicitude toute la journée.
« Oui m’man, c’est bon. Mais j’aurais pu rentrer en bus. »
Pourquoi j’ai dit ça moi ? Je lève les yeux au ciel, sachant très bien la réaction que je viens de provoquer chez ma mère.
« Ah non, ma puce ! Il est hors de question que je laisse ma fille chérie rentrer seule à la maison après un tel accident. Je devrais même rester avec toi toute la journée mais malheureusement, j’ai un rendez-vous que je ne peux pas manquer. Je me sens déjà assez coupable comme ça… »
Et blablabla et blablabla ! Je ne l’écoute plus. J’ai arrêté quand elle a mis « ma puce » et « ma chérie » dans la même phrase. Brrr ! Je change de sujet sinon elle peut continuer comme ça encore longtemps :
« Tu m’achètes le journal avant de rentrer chez nous ? »
« Oui bien sûr… »
Attention à ce que tu vas dire maman.
« …mon cœur ! »
Ah ça c’est nouveau. Mais ça m’horripile tout autant que tous les surnoms débiles qu’elle me donne. Elle en fait un peu trop je trouve. Elle a tellement peur que je m’aperçoive qu’elle ne m’aime pas, qu’elle en fait des tonnes. Qu’est-ce que ça sonne faux.
Après avoir été cherché le journal, nous rentrons chez nous. Il va falloir passer devant M. Simon, le concierge. Brrr, il me fait froid dans le dos celui-là. C’est un vieux. Non pas que j’ai quelque chose contre eux mais lui, il a un œil visqueux, sadique et pervers. Il nous regarde passer et tout d’un coup, il dit sèchement :
« Bonjour Mademoiselle Robin ! Vous allez mieux à ce que je vois ! »
Je hoche la tête. Je n’ai pas vraiment envie de lui faire la conversation. Je force ma mère à accélérer le pas. Et puis, c’est quoi ce « mademoiselle » d’un ancien temps. Brrr ! Son regard sur moi me glace le sang.
Ma mère déjeune avec moi. Le vrai supplice. Je ne suis pas très loquace pour limiter la conversation avec elle. Elle doit partir à son travail et je vais enfin pouvoir être seule.
Je suis dans ma chambre, j’écoute ma musique, allongée sur mon lit. Soudain, une énorme douleur vient m’arracher de mes rêveries. Evidemment, je pensais à Sam. Je me tords tellement j’ai mal. Je ferme les yeux et tiens ma tête entre mes mains. La douleur se dissipe peu à peu et je rouvre les yeux.
« Où suis-je ? »
Je me retrouve dans une grande pièce tellement blanche que son éclat me fait mal aux yeux. Je suis recroquevillée, assise par terre, les genoux contre ma poitrine. Je distingue vaguement une présence autour de moi. Les personnes présentes sont floues. J’entends au loin quelqu’un parler :
« Vous êtes à l’hôpital psychiatrique Julia. Vous m’entendez ? »
Une autre voix dit :
« On est en train de la perdre. »
Je sens la douleur revenir dans ma tête. J’ai horriblement mal. Au bout de quelques secondes, elle s’arrête et je me réveille toujours allongée sur mon lit.
Est-ce que c’était un cauchemar ? Douloureux alors. Ça avait l’air si réel. Un hôpital psychiatrique ? Serait-il possible que ma vie ne soit en fait qu’une illusion de mon esprit ? Non, si c’était le cas je vivrais des jours heureux avec Sam, ma mère ne serait pas si agaçante et mon père me parlerait. Notre relation, avec le paternel, ne se résume pas à grand-chose. Quelques phrases classiques du genre « Bonjour » « au revoir » et quand j’étais plus jeune « Tu as fait tes devoirs ? » ou encore « Va voir ta mère ». Une larme commence à me monter aux joues. Je la laisse couler sans retenue car personne n’est là pour la voir.
Ça doit sûrement être un après-coup de mon choc à la tête. Ça va passer.
Je tourne la tête et aperçoit le journal. Avec tout ça, je l’ai complètement oublié celui-là. Je tourne les pages, encore et encore. Le tueur du campus –c’est comme ça que les journalistes l’appellent – n’a pas frappé de nouveau.
Soudain, je réalise que quelqu’un a voulu me tuer. Moi. Quelqu’un m’a bel et bien poussé dans les escaliers. Je dois faire mon enquête et trouver qui en veut à ma vie. Je prends une feuille et un papier et je commence à réfléchir à des noms. Le premier qui me vient en tête naturellement est le concierge. Je le note. Mais pourquoi voudrait-il me tuer, moi ? Parce que c’est un malade mental ? A ce moment-là, je pourrais mettre tout le monde dans cette catégorie car la folie ne se voit pas forcément. Seulement, lui, il est… bizarre et me fait peur. Oui, je confirme, c’est un bon candidat. Ensuite, en numéro deux, je mettrais Chloé. Parce qu’elle a toujours été jalouse de mon amitié avec Sam.
De temps en temps, on se met à rire car on se comprend juste avec un simple regard. J’adore ça car ça l’énervait au plus haut point. Et puis le fait qu’il soit le seul à m’appeler Mal aussi l’agaçait. J’en aime d’autant plus le surnom qu’il m’a donné. Mais, ils avaient rompu. Pourquoi serait-elle en colère contre moi ? Parce qu’ils auraient rompu à cause de moi ? Non rêve pas trop ma petite. Je la laisse quand même en numéro deux sur ma liste. Maintenant, j’ai beau me creuser la tête, je ne vois personne d’autre. Le cercle de mon entourage est très restreint et j’hésite à mettre sur ma liste mes parents, Jenny et… Sam. Je les inscrits quand même à contre cœur en cherchant ce qui pourrait les pousser à vouloir ma mort.
Je me recentre sur le premier nom de ma liste. Je décide de commencer ma recherche tout de suite en tapant M. Simon sur Internet, ce qui me valut un nombre incalculable de réponse. Pourquoi a-t-il un nom aussi commun ? Je cherche encore avec un peu plus de précision cette fois : son prénom, la ville etc. tout ce que je sais sur lui – c’est-à-dire pas grand-chose finalement – se retrouve inscrit dans mon moteur de recherche. Aucune trace de lui. Quoi ? Il n’a même pas un blog ou un compte Facebook ? Même mes grands-parents en avaient un avant leur décès. Bon d’accord, c’est moi qui l’avais créé et je les avais formés aussi, mais il n’empêche qu’ils en avaient un. Lui n’a peut-être personne pour lui montrer. Il faut dire qu’il ne voit pas beaucoup de monde extérieur à cet immeuble. Je le sais car il habite au rez-de-chaussée. Je sens soudain que l’on m’observe par la fenêtre et mes yeux se tournent vers la petite cour intérieure, deux étages plus bas. Je le vois, il est là, planté debout en train de m’observer, un sac poubelle à la main. Je frissonne, j’ai l’impression d’être dans un film d’horreur et malheureusement, je ne suis pas l’assassin fou qui s’en sort à la fin. Je ferme les rideaux pour couper ce contact visuel qui me fait trembler.
Tout à coup, quelqu’un frappe à la porte. Je sursaute en laissant s’échapper un petit cri de peur de ma bouche. J’ai le souffle coupé. Au bout de quelques secondes interminables, j’entends de l’autre côté :
« Malicia, c’est moi, Jenny »
Ouf ! Je revis. Je respire enfin normalement.
« Oui euh attend, je viens t’ouvrir. »
Je fais entrer ma meilleure amie dans l’appartement.
« Je viens t’apporter les cours d’hier et d’aujourd’hui. Ça va ? Tu es toute pâle. »
« Oui je vais bien. Je suis contente que tu sois là. »
Je prends les cours qu’elle m’a soigneusement photocopiés et les pose sur mon bureau. Je peux toujours compter sur ma Jenny. Soudain, je remarque la liste que j’ai faite tout à l’heure des personnes qui veulent me tuer. Je prends le soin de poser les cours dessus pour ne pas que ma meilleure amie n’y remarque son nom.
« Nous avons un devoir à faire pour la semaine prochaine. Nous devons écrire un article sur un événement du passé. »
« Ça veut dire qu’il faudra que l’on se rende à la bibliothèque municipale pour fouiller les archives » continue-t-elle, avec le sourire.
Ma Jenny adore le contact du papier et les vieilles histoires d’antan, ce qui lui a donné envie de devenir journaliste. Moi, je ne supporte pas ça. Remuer la poussière, ce n’est pas mon truc. Je préfère le moderne. Les ordinateurs et surtout, tout est plus simple et plus facile avec Internet. Je fais la grimace à cette perspective de devoir fouiller les archives, ce qui fait rire mon amie aux éclats. Elle m’entraîne avec elle, et je rigole aussi.
Ma journée me revient brutalement en mémoire et je sens le besoin de me confier à ma meilleure amie.
« Jenny ? »
« Oui ? »
Je préfère minimiser l’incident pour ne pas que ma Jenny ne soit trop choquée par ce que je vais lui dire :
« Je crois… je crois que l’on m’a poussée dans les escaliers »
« Quoi ? Tu plaisantes ! »
« Non, je suis sérieuse. Et j’aimerais savoir qui. Mon premier suspect, c’est le concierge. »
« M. Simon ? Mais pourquoi voudrait-il te tuer ? »
« Je ne sais pas. Peut-être qu’il aime tuer sans raison. Non mais tu l’as vu avec son air louche ? Il ne te file pas des frissons toi ? »
« Si, c’est vrai qu’il me fait peur. Mais ta mère a dit, quand nous étions à l’hôpital, que c’était lui qui t’avait trouvé en bas des escaliers et appelé les secours. »
« Quoi ? Ma mère m’a rien dit ».
Ah si j’avais décidé de parler avec elle au déjeuner, elle me l’aurait sûrement dit. Je m’en veux de ne pas l’avoir questionné.
« Pourquoi aurait-il fait ça s’il voulait ta mort ? »
« Je ne sais pas. Peut-être parce qu’il est très intelligent et qu’il savait qu’en faisant ça, les soupçons ne se porteraient pas sur lui. »
« Oui, peut être » dit Jenny peu convaincue. Mais moi je le suis. C’est lui, j’en suis sûre et je vais le prouver.
« Je dois savoir ce qu’il cache et j’aurai besoin de ton aide »
« Tu vas faire quoi ? »
« Je ne sais pas encore. »
Je décide de changer de sujet.
« Jenny, il m’est arrivé un truc dingue tout à l’heure. Et je choisis bien mes mots. »
Puis je lui raconte mon petit passage en asile psychiatrique. Jenny est surprise, je le vois bien à sa tête. Et ce n’est pas étonnant.
« Tu as dû rêver. » me dit-elle au bout d’un moment. Je vois bien que j’ai perturbé ma meilleure amie. Mais je ne vois pas trop bien pourquoi.
« Non, je t’assure que ça avait l’air bien réel. Je me sentais bizarre, tout était flou et j’étais dans le brouillard. »
« Ils ont dû te donner des neuroleptiques » marmonne-t-elle, l’air fâchée.
« Des quoi ? C’est quoi ça ? Comment tu connais ça ? »
Je pense qu’elle veut détourner la conversation car elle ignore mes questions :
« Je veux dire que c’était surement un rêve. Tu t’es cognée la tête ne l’oublie pas. Tu as dû t’assoupir. C’est tout à fait crédible vu que tu étais allongée dans ton lit. »
Même si je sens qu’il y a quelque chose de bizarre dans son attitude, je préfère arrêter cette conversation et surtout croire mon amie. Je crois que j’ai besoin d’être rassurée. Ce n’était qu’un rêve. On peut tous faire des rêves qui paraissent plus vrais que nature. Surtout lorsque l’on pense à un beau brun… Mon amie me sort tout d’un coup de mes pensées pour Sam.
« A qui tu penses dis-moi ? Tu as un air béat. Ce ne serait pas à un garçon par hasard ? »
Soudain, je rougis et je me sens gênée. Je n’ai jamais voulu dire à Jenny que je suis amoureuse de Sam. J’ai trop peur qu’elle lui dise. Non pas volontairement mais elle fait parfois des gaffes plus grosses qu’elle. Comment vais-je rattraper la situation.
« Euh… non voyons. Je pense à une bonne glace au chocolat »
Le visage de ma Jenny montre qu’elle comprend ma gourmandise. Ouf, je l’ai échappé belle.
« Tu en prends une avec moi ? »
« Non » dit Jenny en regardant sa montre. « Il est tard, je vais rentrer. Ma mère va s’inquiéter ».
« D’accord, à demain en cours »
Mercredi
 

 
Je m’apprête à aller en cours. Machinalement, je jette un petit coup d’œil derrière mon dos avant de descendre les premières marches de chez moi. Je pense que ce réflexe restera ancré en moi encore pas mal de temps. Je traverse la cour intérieure de mon immeuble et passe devant M. Simon. Il me fait un signe de tête en guise de bonjour, enfin je suppose, et me suit de ses yeux visqueux jusqu’à ce que je passe la porte. Brrr ! Il me donne vraiment la chair de poule ce type. Ce soir, pendant qu’il fera sa ronde dans l’immeuble pour nettoyer un peu, j’irai dans sa loge. Mais il me faut quelqu’un pour faire le guet. Ma Jenny sera parfaite dans ce rôle.
Comme tous les matins, je passe à mon kiosque préféré pour acheter le journal. Je le feuillette, toujours rien d’intéressant. Le tueur du campus n’a toujours pas frappé. Et là, je me rends compte qu’inconsciemment je souhaite la mort de quelqu’un pour pouvoir lire un bon article. Je me sens coupable.
Ce matin, c’est cours de sport. La personne qui a fait ce programme doit être un journaliste. Je me dis que dans ce métier, savoir courir vite peut devenir indispensable quand les choses tournent mal. Nous avons des vestiaires mixtes, garçons et filles mais heureusement avec des cabines individuelles pour pouvoir nous changer. Je retrouve Jenny et nous rejoignons le groupe pour faire un match de basketball. Le prof se tourne vers moi :
« Miss Robin ! Va chercher le ballon dans les vestiaires ! »
« Pfff »
« Et plus vite que ça ! »
Je me redirige donc vers le vestiaire. En entrant, j’entends soudain une voix. Je la reconnaîtrais entre mille. C’est mon Sam. Mais que fait-il ici ? Je me rappelle alors qu’il a eu cours de sport juste avant nous. Il a dû traîner sachant qu’il n’avait plus de cours avant l’après-midi. Je me rapproche donc de sa voix et j’entends :
« Laisse-moi tranquille. Ah ah ah, tu vas y retourner bientôt, tu en a besoin et tu le sais »
Je le trouve, devant un casier. Mais, il est tout seul. Pourquoi parle-t-il tout seul ? Je l’interpelle et il me voit. Il est tout blême. Forcément, je m’inquiète.
« Sam ? Est-ce que ça va ? »
Il me regarde, semblant chercher ses mots, puis retrouve un peu ses couleurs :
« Ah Mal, t’es là. Oui ça va. Je répète une scène pour une pièce de théâtre. Ne t’inquiète pas »
« Ah d’accord. Tu m’as fichu la trouille. »
« Tu viens faire quoi ? »
« Ah oui, le ballon de basket. Je dois le ramener. Il faut que j’y aille, tout le monde m’attend »
« Ok, à tout à l’heure ».
Ah, les cours de théâtre. Sam les adore. J’ai bien essayé d’en faire partie aussi pour me rapprocher de lui, mais rien à faire, je déteste ça. Surtout que Jenny y va aussi. J’en suis malade rien que de penser qu’ils s’amusent, qu’ils rient, qu’ils partagent ces instants tous les deux.
J’arrive devant les autres.
« Ah enfin, c’est pas trop tôt Robin. » me lâche le professeur.
La journée défile et j’arrive à convaincre Jenny de faire le guet devant la loge de mon concierge :
« Je ne vois vraiment pas ce que tu comptes trouver dans sa loge » me lance-t-elle du chambranle de la porte, en me regardant fouiller dans ses affaires.
« Je ne sais pas encore Jenny. Fais attention s’il te plait » répondis-je un peu agacée. Je n’arrive pas à me concentrer.
Je fouille sur son bureau et dans ses étagères. Des factures, des loyers. Rien d’intéressant. Je fouille sa poubelle. Beurk. Je me rappelle soudain avoir vu dans un film une cachette dans les livres. Je feuillette rapidement les livres de sa petite bibliothèque. Soudain, je tombe sur une photo. Je reste clouée sur place. C’est une jeune femme qui doit avoir approximativement mon âge. Elle me ressemble comme deux gouttes d’eau. Je me mets à penser qu’il a tué cette jeune femme et qu’il veut recommencer avec moi, parce que je lui ressemble. Je remets tout en place, y compris la photo, pour ne pas qu’il s’aperçoive de ma visite lorsque soudain, j’entends Jenny :
« Vite, dépêche-toi. Il arrive ! »
Nous sortons et discutons comme si de rien n’était. Ouf ! Il s’en est fallu de peu. Nous le croisons et il nous suit des yeux, toujours avec son œil visqueux et pervers en disant « Mesdemoiselles » en guise de bonsoir. Je m’en serais bien passé.
Après avoir passé un moment en ma compagnie, Jenny repart chez elle. Je vais dans ma chambre. Assise à mon bureau, je commence à faire mes devoirs. Soudain, ma douleur à la tête revient. Elle est de plus en plus forte. Je me force à ne pas fermer les yeux mais je n’y arrive pas. Lorsque je les rouvre, je suis de nouveau à l’hôpital psychiatrique. J’entends crier à côté de moi :
« Docteur ! Venez vite ! »
Je vois un homme en blouse blanche s’approcher de moi. Mes yeux s’habituent lentement à la lumière. Bon dieu mais c’est M. Simon. Il me parle :
« Bonjour, Julia, je suis le docteur Figaro. »
Tiens, comme le journal. Mais pourquoi je vois M. Simon ? Ça ne peut être qu’un rêve. Je tourne les yeux vers la deuxième personne me faisant face. Pas possible, c’est Sam. Il a un uniforme vert. Il doit être infirmier.
« Et moi je suis l’infirmier » Bingo ! « Et je m’appelle Ben »
« Tout va bien Docteur ? » demande une voix derrière eux. Mais c’est Jenny, habillée en infirmière.
« Oui, Sally. Notre patiente a refait surface. Mais je ne sais pas pour combien de temps encore. » Lui dit-il.
Je décide de regarder autour de moi. Je vois un homme d’un certain âge, assis dans un fauteuil qui regarde le mur fixement. Il sert dans ses bras une bouteille vide et se balance d’avant en arrière. Je regarde de plus près. Non ! C’est mon père.
Au fond de la pièce, se tient une femme debout devant la fenêtre. Elle tient une poupée dans ses mains. Elle lui parle en disant : « tu vas voir ma chérie, ça va aller. C’est fini ma puce, mon petit cœur ». Cette femme, c’est ma mère.
Je tourne la tête de l’autre côté. Un petit garçon avec des tics joue aux cartes. C’est mon petit frère.
Mais c’est quoi ce bazar. Je me mets à hurler aussi fort que je peux :
« AAAAAHHHHHH ! » Ma douleur me reprend. Je reviens m’asseoir devant mon bureau. J’ai dû crier aussi à la maison car je vois mes parents et mon petit frère se précipiter dans la chambre.
« Est-ce que ça va, ma chérie ? » dit ma mère
« Qu’est-ce qui se passe ? » s’inquiète mon petit frère.
Mon père, lui, ne disait rien, comme d’habitude. Mais il avait l’air visiblement inquiet. M’aimerait-il un tout petit peu quand même, finalement ?
« Oui euh… ça va. J’ai juste très mal à la tête, c’est rien, ça va passer »
« C’est peut-être grave. C’est peut-être un contrecoup dû à ta chute. Demain, j’appelle le médecin. » Dit ma mère.
« Non m’man. Je t’assure, ça va. Un peu de migraine, ça arrive à tout le monde. »
« Tu es sûre ? »
« Oui. »
« Je vais te donner un peu d’aspirine et je vais te laisser le flacon au cas où ça reviendrait. Mais promet moi de me le dire si ça empire d’accord ? »
Je n’ai pas envie de parlementer avec ma mère après ce qui vient de m’arriver donc je réponds :
« Oui, m’man. »
Elle revient alors avec l’aspirine et reste le temps que je l’avale. Là, je repense à ma conversation avec Jenny et je lui demande :
« M’man ? C’est quoi un neuroleptique ? »
« C’est un médicament. Mais pourquoi tu me demandes ça ? « 
Je me doutais bien que ça devait être un médicament. Pour en savoir plus, je décide de lui mentir :
« C’est pour un devoir. Il sert à quoi ? »
« A traiter des maladies mentales comme la  schizophrénie  par exemple. »
« C’est utilisé dans les asiles psychiatriques alors ? »
« Oui, ma chérie »
Grrr ! Encore ce « ma chérie ! » Si je continue cette conversation, je sens que je vais m’agacer et après toutes ces émotions, je n’ai pas besoin de ça. Pour le reste, je pourrais chercher sur Internet. D’ailleurs, j’aurais peut-être dû le faire tout de suite au lieu de demander à ma mère.
« Merci M’man. Je suis fatiguée. Je vais aller me coucher. »
« Ça va mieux ta tête ? »
« Oui je n’ai plus mal. Bonne nuit. » Dis-je pour l’inciter à sortir, ce qu’elle fit.
C’est vrai, je suis fatiguée. Je me couche dans mon lit et éteins la lumière. Je repense à mon petit séjour en asile. Pourquoi toutes les personnes que je connais se retrouvaient dans cet asile ? Ou bien serait-il possible que ma vraie vie soit dans cet endroit de fou et que je me sois inventée un monde avec toutes les personnes que je voyais aux alentours ? Quand j’y réfléchis, certaines choses concordent : ma mère qui m’appelle toujours ma chérie est cette femme qui tenait ses poupées, cet homme qui ne parlait pas et avait une bouteille à la main représente mon père, mon frère qui se promène toujours avec des cartes car il veut devenir magicien. Pourquoi Sam et Jenny étaient infirmiers ? Parce qu’ils sont sympas avec moi à l’asile ? Pourquoi M. Simon est le médecin ? Car il me regarde comme une malade ? Tout se bouscule dans ma tête. Etait-ce encore un rêve ? Oui ça doit être ça, je rêve que je suis dans un asile de fou et j’y mets toutes les personnes que je connais. C’est plus logique dans ce sens-là et franchement, ça me rassure. Comment Jenny connait elle les neuroleptiques ? Elle connait peut-être quelqu’un en asile de fou ? Nous n’avons jamais travaillé là-dessus en cours mais elle s’est peut-être déjà intéressée au sujet. Je fini par m’endormir sur toutes les interrogations qui tournent dans ma tête.
Jeudi
 

 
Comme tous les matins, je sors de chez moi pour me rendre en cours. Je vois un cadeau sur le paillasson sur lequel est écrit : « Pour Julia, bon rétablissement ». Qui pourrait bien me faire un cadeau ? Forcément quelqu’un qui est au courant pour mon « accident ». Je l’ouvre. Je n’en reviens pas. A l’intérieur, c’est un CD de musique d’un groupe que j’adore. J’en parlais justement à Jenny la semaine dernière. Je lui disais que j’avais du mal à le trouver et que même si par miracle j’y arrivais, je n’aurai pas les moyens de me le payer. Ça doit être de sa part. Mais pourquoi ne me l’a-t-elle pas donné en main propre ? Et surtout pourquoi m’appelle-t-elle Julia ?
Je file chercher mon journal et le lis sur le trajet du campus où je retrouve Jenny qui m’attend pour aller à notre premier cours de la matinée :
« Bonjour Jenny. Merci pour le cadeau, ce n’est pourtant pas mon anniversaire. »
Elle me regarde, surprise :
« Quel cadeau ? De quoi tu parles ? »
Aïe ! Alors là, je ne comprends plus rien. Qui est-ce alors ?
« Ah désolée, je croyais que c’était toi »
Puis nous rentrons en cours pendant que je lui explique ce qui m’est arrivé, autant hier soir que ce matin.
Après une matinée de cours, nous partons avec Jenny rejoindre Sam pour le déjeuner. C’est le plus beau moment de ma journée. Je suis contente de pouvoir le retrouver.
« Salut les filles ! » dit-il avec un immense sourire.
Oh ce n’est pas vrai, je fonds. A chaque fois que je le vois, c’est la même chose. Je dois lutter en plus pour que personne ne voit le feu d’artifice qui se passe en moi.
« Salut. Ça va ? » dit Jenny.
« Oui » répond Sam.
Il faut que je dise quelque chose pour ne pas perdre la face et me donner une contenance :
« Tu as prévu quoi ce soir ? »
Pourquoi cette question, je n’en sais rien.
« Oh euh… j’ai un devoir à faire en binôme avec Tom, un gars de ma classe » répond Sam.
« Ah oui, je vois qui c’est. » dis-je pour dire quelque chose.

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