Les 9 jours du cafard
253 pages
Français

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Description

Un jeune peintre, valeur montante de l’art contemporain, est assassiné dans un manoir normand, par une personnalité politique de tout premier plan venu passer quelques jours en Normandie, incognito.
Son hôte, une duchesse anglaise, décide de détourner les soupçons qui pèsent sur son invité. Elle convoque l'ex-commissaire Langsamer et l'envoie, outre-Manche, résoudre un improbable défi.
Il en revient bien vite, persuadé que la clé de l'énigme se trouve au haras. Un second meurtre, celui d'une jeune journaliste, le conforte dans cette idée.


Le retour du héros de Jean-François Pré, l'ex-commissaire Langsamer. Un détective que n'aurait pas renié Agatha Christie. Une atmosphère et un décor chics et ouatés. Le monde des courses et des ventes de chevaux décrit par un éminent spécialiste. Deauville et ses environs magnifiquement dépeint.


Pas d'éventration, pas de scènes d'horreur mais des crimes presque parfaits. Un cadre rare dans le panorama policier actuel


Un manoir normand, une duchesse, un homme politique, un cadavre et quelques purs-sang...



L'ex-commissaire Langsamer, Hercule Poirot des temps modernes, se lance dans une délicate enquête : une affaire d'État.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 9
EAN13 9782370471239
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Couverture
Page titre
J EAN -F RANÇOIS P RÉ
LES 9 JOURS DU CAFARD
Dédicace
À mon père, grand amateur de littérature policière et sûrement pas étranger à mon goût pour le genre. Il aurait été très fier de me lire mais il est décédé huit ans avant la parution de mon premier roman.
Les 9 jours du cafard
Un politicien est comme un bébé. C’est un tube digestif. D’un côté, une bouche avide. De l’autre, aucun sens des responsabilités.
Ronald Reagan
 
 
On dit que si l’on coupe la tête d’un cafard, l’insecte peut vivre encore neuf jours sans son chef. Et ce n’est pas la décapitation qui l’achève, c’est la faim.
Vous m’avez bien lu. Sans sa tête et donc sans la possibilité d’ingérer quelque aliment, le cafard mourra au bout de neuf jours. Ce n’est pas comme pour nous, mammifères, où le seul fait de trancher le cou provoque une mort immédiate. Enfin… quasi immédiate. Selon l’habileté du bourreau.
J’ai tenu neuf jours après qu’on m’eut coupé la tête. Neuf longs jours où j’ai tenté de survivre. J’ai survécu neuf jours et je suis mort. Je parle au sens figuré, bien entendu. Mais vous m’avez compris ; dès le départ, je savais que j’étais foutu. J’ai quand même essayé de résister et ça a duré neuf jours. Il faut que vous compreniez bien une chose : ce n’est pas une agonie. Mes forces n’ont pas décliné durant ces neuf jours. Je les ai gardées intactes jusqu’au bout. Je me suis battu. Et puis, comme le cafard, il arrive un moment où l’on n’a plus rien à se mettre sous la dent. C’est l’heure de l’acceptation. Du passage. J’ai passé la main et j’ai disparu de la circulation.
Voici mon histoire.
Du plus loin qu’il m’en souvienne, on m’a toujours appelé Le Cafard. D’abord ouvertement (la cruauté enfantine ne connaît pas l’hypocrisie), puis dans mon dos, quand je suis devenu un personnage important. À la longue, j’ai fini par m’habituer à ce surnom. Je l’ai adopté. Nous sommes devenus complices. Autant dire que nous avions fini par accepter de vivre ensemble. Dans la plus parfaite harmonie.
Aujourd’hui encore, quand je me regarde dans la glace, pour mes ablutions matinales, je ne puis que constater l’évidence.
J’ai bien une tête d’insecte.
Certes, le cafard n’est pas l’insecte le plus sympathique de la création. Dans ce registre, abeille, fourmi, cigale, libellule et même moustique sont des sobriquets qui véhiculent des concepts plus gratifiants : légèreté, insouciance pour les uns, rigueur et application pour les autres.
Le coléoptère dont on m’a attribué le visage personnifie la laideur et la saleté. En outre, tout le monde connaît le cafard au sens figuré. Il se complète par l’expression « Broyer du noir ».
On voit donc clairement ce que sous-entend le symbolisme rattaché à cet insecte. Maintenant, correspond-il à ma personne ? Pour la laideur, je ne puis qu’acquiescer.
Je suis mat de peau, avec un front relativement dégagé et des cheveux très noirs. Ils se sont raréfiés avec l’avancée dans la vie mais ont gardé leur couleur initiale. Mes yeux sont tout petits, fichés dans de profonds orifices et noirs, eux aussi. De ce qu’on peut en voir car la prunelle s’associe à l’ombre de la cavité orbitale. Mon nez est quasiment inexistant. Mes narines ressemblent à deux trous au milieu de la figure ! Si les grands nez sont disgracieux, on peut, à l’instar de Cyrano, leur conférer du charisme. L’absence de nez est dix fois pire. Elle vous exclut de la classe des vertébrés pour vous faire entrer dans celle des arthropodes. Ma bouche se réduit à une fente latérale surlignée par deux lèvres invisibles qui, lorsqu’il m’arrive de les desserrer, dévoilent des incisives et des canines plantées irrégulièrement. Pour compléter le tableau, je n’ai pas de menton. Enfin, presque pas. Ma bouche se prolonge par un cou fin et très long.
Pour le reste, je ne suis pas trop mal foutu. Sous une tête d’épingle, mon corps svelte et musclé me fait ressembler à un personnage de film fantastique. Un corps sans visage.
Le cafard que je suis était décapité… bien avant qu’on lui coupât la tête. Il était destiné à ne vivre que neuf jours.
 
J’en viens maintenant à mon histoire.
La nature n’a pas été d’une totale ingratitude avec moi. Elle a compensé ses erreurs dans la conception architecturale de mon être en me donnant une intelligence très largement supérieure à la moyenne. Je n’aime pas le mot intelligence. C’est davantage un concept qu’un mot. Postulons que la nature m’a donné la faculté d’obtenir ce que je voulais de mes semblables.
L’ascenseur social est une métaphore à la mode, très prisée dans les dîners en ville. Le mien ne s’est pas arrêté aux étages intermédiaires. À l’heure où j’écris ces lignes, je suis arrivé au sommet. Disons, pour reprendre l’image, sur la terrasse du dernier étage. Je ne puis aller plus haut.
Je ne peux que redescendre.
Et c’est bien là le problème… car le câble suspendant mon ascenseur s’est rompu d’un seul coup.
Je vous dirai plus loin comment j’ai rencontré Romain. Mon amant et ami. Mon ami de l’ombre. Je vous raconterai comment je l’ai aimé, comment sa main a guidé mon envol, pourquoi il fut mon ange. Comment ses ailes ont tempéré mon ascension sans pour autant la freiner. Je vous dirai tout cela ultérieurement car, au temps présent, il faut que je résolve un problème morbide et matériel.
J’ai sous les yeux un cadavre… et ce cadavre est celui de Romain. Je l’ai tué.
C’est un constat. Triste, navrant. Un fait dont je ne cherche ni à aggraver ni à minimiser la teneur. Juste un acte dommageable qu’il va me falloir traiter comme tel.
Je suis seul, dans cette grande pièce, avec le cadavre de Romain… mais si un regard vivant me fixait, il ne pourrait voir le moindre voile de panique dans mes yeux. Je ne serais pas arrivé là où je suis si la panique (ou sa cousine l’angoisse) avait la moindre prise sur moi. Cela ne veut pas dire que cet homicide était prémédité.
Car j’ai beau être imperméable à la panique, j’ai le système nerveux d’un être humain qui fait battre un cœur sur les ordres d’un cerveau normalement constitué. Tout cela pour vous dire que la mort de Romain résulte d’un accident dont mon bras fut l’instrument.
Scientifiquement, on appelle ça un raptus . Quand, en une fraction de seconde, un homme perd le contrôle de son équilibre mental. Ensuite, c’est le sort, le hasard ou le destin (appelez ça comme vous voudrez) qui sculpte votre avenir. Dans mon cas, par exemple, quand j’ai frappé Romain avec ce cendrier en cristal, il aurait pu s’en tirer avec une forte commotion, voire une fracture de la mâchoire. Ce qui lui aurait valu un séjour à l’hôpital (en toute discrétion, vu ma position) suivi – peut-être – d’un pardon tardif. Aurait… Le conditionnel est le mode des meurtres non prémédités. Seulement voilà, on ne peut rembobiner le film de la vie et y faire quelques coupures aux ciseaux, comme dans le cinéma d’antan. Ce film a un début (naissance) et une fin (mort). Entre les deux, il se déroule comme un long fleuve, plein de méandres et pas souvent tranquille. Si l’on essaye de construire un barrage et qu’il rompt les amarres…
Pourquoi ai-je frappé Romain ? Comment voulez-vous que je réponde à cette question ? Si je le savais, mon cerveau aurait arrêté mon bras… durant cette fraction de seconde où la balle va retomber d’un côté ou de l’autre du filet. Vous avez noté que j’aime les références cinématographiques. C’est mon côté pédant.
Comment en suis-je arrivé à mettre ma vie en rupture d’équilibre ? Ça, je vous le raconterai un peu plus tard.
Maintenant, il faut que je sorte de cette pièce. Il faut que j’aille dénoncer mon crime. Me confier à la seule personne qui pourra peut-être m’aider. M’aider… ? Existe-t-il quelqu’un qui ait ce pouvoir sur Terre ? Je vais devoir laisser Romain seul. Le quitter à jamais.
PREMIER JOUR
1
Lady Malvina Pullborough aimait prendre son breakfast , face à l’estuaire de la Seine. Lorsqu’elle séjournait en France, dans son manoir des hauts de Honfleur. Une habitude à laquelle cette jeune veuve ne dérogeait pas. Les raffineries du Havre, sur l’autre rive, exerçaient une fascination sur ses yeux pers, étrangement fixes devant les brumes industrielles de la cité portuaire. Ces fines cheminées, qui s’enflammaient comme des allumettes, avaient un côté ensorcelant. Hypnotique. Regarder la pollution sans la respirer était un délice de nanti, autant que voir la misère sans la toucher. Les ancêtres de Lady Malvina avaient bâti leur fortune sur la révolution industrielle. Quand l’homme et la machine avaient commencé à s’accoupler pour engendrer des monstres. La fortune était un havre (le jeu de mots la fit sourire). Tandis que brûlaient les hydrocarbures, Lady Malvina se sentait protégée par cette langue d’alluvions grèges qui séparait deux mondes. Le baiser du fleuve Seine aux lèvres de l’océan.
Soudain, elle sursauta.
La sonnerie du Smartphone, qui somnolait aux côtés de la théière, l’éjecta de ses rêveries ténébreuses. Une voix précieuse, au legato grave, presque métallique, l’assaillit. Sans autre forme d’entrée en matière.
– Il faut que tu viennes. Tout de suite.
– Je suis en train de prendre mon petit déjeuner.
– Il faut que tu viennes, insista la voix.
– Que t’arrive-t-il ?
– Viens !
– Tu as tendance à te répéter.
– Je ne plaisante pas, Malvina.
Lady Malvina comprit que son interlocuteur ne plaisantait pas. Sa voix était calme, fluide, bien timbrée. Elle ne trahissait aucune forme de panique mais cette insistance inhabituelle induisait une urgence liée à une situation peu ordinaire. L’aristocrate détenait ce sixième sens animal qui l’alertait des vrais dangers.
– Que s’est-il passé ? demanda-t-elle.
– J’ai tué Romain.
Un être aux facultés émotives standard aurait cédé à l’exclamation de circonstance. Lady Malvina Pullborough n’était pas faite de ce bois-là. Le bois étant, par ailleurs, une matière beaucoup trop tendre pour entrer dans la composition d’une telle femme.
– Je finis mes œufs et j’arrive.
Là encore, n’importe que

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