Les Masques Écarlates
65 pages
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Les Masques Écarlates , livre ebook

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Description

Lors d’une soirée donnée à l’hôtel Dourski, la fête bat son plein quand un cri terrifiant retentit. La comtesse Dourska est retrouvée en sang, un court poignard planté dans la poitrine. Heureusement, la lame a glissé sur une côte et le diagnostic vital n’est pas engagé.


Interrogée, la victime n’hésite pas une seconde à accuser Mademoiselle d’Ambrecourt, une femme dont son mari s’est épris. Cette dernière nie énergiquement et en appelle à l’honneur du comte Dorski pour l’innocenter. Mais à sa grande stupeur, le comte, après un long silence, confirme les dires de son épouse.


Deux jours plus tard, Luc HARDY, un jeune homme millionnaire féru de justice, devenu détective pour fuir l’ennui, se présente chez le père de la suspecte afin de lui proposer gracieusement son aide pour disculper sa fille.


Luc HARDY est alors loin de se douter des tenants et des aboutissants de l’affaire dans laquelle il va se lancer avec ferveur...

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EAN13 9791070037188
Langue Français

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Exrait

LES MASQUES ÉCARLATES


D'après le fascicule « Les Masques Écarlates » publié en 1932 dans la collection « Police et Mystère » des éditions Ferenczi (réédition du fascicule éponyme publié en 1920 dans la collection « Le Roman Policier » des éditions Ferenczi).
CHAPITRE I
HAINE DE FEMME !
 
Par une pluvieuse soirée d'octobre, une longue file d'équipages, autos ronflantes aux panneaux vernis et miroitants ainsi que des glaces, coupés de maîtres attelés de bêtes superbes s'alignait dans l'avenue de la Grande-Armée. Dans le fracas des portières battantes, des couples élégants descendaient sans arrêt pour s'engouffrer et disparaître dans l'immense vestibule d'un des plus beaux hôtels de la voie triomphale.
Depuis six mois environ, cette demeure était habitée par le comte Christian Dourski et sa femme, des Polonais colossalement riches, disait-on, appartenant à cette élite cosmopolite qui, errant de capitale en capitale, est partout chez elle et compte en tout lieu des amis, des relations.
Aussi, ce soir, tout ce qui, à Paris, appartient au monde ou possède une célébrité quelconque se pressait-il dans les salons des nobles étrangers.
On dansait dans tous ceux du rez-de-chaussée ; les joueurs s'étaient réfugiés dans une petite pièce ouvrant sur le jardin d'hiver et c'est en ce même jardin que les invités d'humeur plus tranquille avaient dû refluer pour goûter le plaisir de la causerie.
Ce jardin, véritable serre, s'allongeait derrière la façade postérieure de l'hôtel.
Là, les plus beaux spécimens de la flore tropicale s'étalaient en corbeilles magnifiques et odorantes, jaillissaient de précieux vases de porcelaine de Chine ; des palmiers, des orangers, des mimosas aux grappes d'or complétaient ce décor féerique bien fait pour le ravissement du regard.
Une galerie circulaire, située à la hauteur d'un premier étage et sur laquelle ouvraient d'autres salons, dominait cette serre, permettant d'en avoir une vue d'ensemble.
Sans le brouhaha de la salle de danse, on se serait cru là à mille lieues de Paris, en quelque coin perdu de l'Inde mystérieuse.
Il allait être minuit, la fête battait son plein quand, tout à coup, au moment où l'orchestre achevait l'une des plus brillantes valses de son répertoire, un cri terrible, cri de femme qu'on égorge, retentit sinistre et terrifiant, faisant passer un frisson d'épouvante sur toute cette foule joyeuse et parée.
À la même seconde, les quelques promeneurs arpentant les allées du jardin d'hiver virent une femme qui, surgissant brusquement d'un salon du premier, venait s'adosser, chancelante, à la balustrade de la galerie.
Durant l'espace d'un éclair, elle demeura là, battant l'air de ses bras nus où étincelaient des bracelets constellés de gemmes précieuses, puis on la vit se renverser et, perdant l'équilibre, s'abattre lourdement, tout d'une pièce, au milieu d'une corbeille de lotus pourpres.
Cela s'était passé si vite que nul n'avait eu le temps d'intervenir.
Presque aussitôt, de toutes parts on se précipita au secours de la malheureuse dans laquelle chacun des assistants avait reconnu la maîtresse de maison, la comtesse Elza Dourska !
Étendue au milieu des fleurs splendides qui semblaient vouloir faire un dernier cadre à sa beauté, drapée en sa longue tunique blanche ainsi qu'en un suaire, la comtesse demeurait inerte, les yeux clos et comme morte.
Un court poignard au manche d'or curieusement ciselé lui avait été enfoncé dans la poitrine, jusqu'à la garde, et c'était comme un nouveau bijou barbare complétant la parure de la jeune femme.
Cependant, tandis que les invités se regardaient glacés d'horreur, l'un d'eux, le professeur Chaulieu, grand vieillard au masque intelligent et énergique, se hâtait de faire transporter la comtesse dans un fumoir voisin. Comme Chaulieu examinait attentivement la blessure, donnant des ordres brefs pour qu'on lui apportât tout ce qui était nécessaire pour la confection d'un pansement rapide, une voix rauque, haletante, se fit entendre derrière lui.
— Eh bien ? mon cher professeur, quel est votre diagnostic ?
Le médecin, se retournant à demi, se trouva en face d'un homme de trente-cinq à trente-six ans, d'une élégance et d'une distinction suprêmes. Il le reconnut aussitôt, c'était le comte Christian Dourski !
Grand, mince, avec des cheveux blonds tirant sur le roux, le comte eût certainement été une des personnalités les plus sympathiques qui se puissent rencontrer si le regard de ses yeux gris n'eût inquiété à la longue par son extrême mobilité.
Les mâchoires fortes, saillantes, ainsi que celles d'un loup, achevaient de donner à sa physionomie quelque chose de féroce, de bestial.
Comme Christian répétait sa question, Chaulieu finit par répondre :
— Rassurez-vous, comte, mon diagnostic n'a rien d'alarmant. M me  Dourska n'est qu'évanouie, la lame a fort heureusement glissé sur une côte. Ah ! elle pourra se vanter de l'avoir échappé belle, car c'est un fort joli coup de poignard que celui dont on l'a gratifiée.
Tout en parlant, Chaulieu avait retiré l'arme de la blessure, puis lavé celle-ci avec de l'eau tiède qu'un valet de pied avait apportée dans une cuvette d'argent, enfin appliqué sur la plaie un tampon antiseptique.
— Ce ne sera rien, conclut-il gaiement, quelques jours de repos et il n'y paraîtra plus.
— Ah ! merci, docteur, si vous saviez quel bien vous me faites ! soupira Christian d'une voix étrange.
Mais la comtesse revenait à elle ; comme son mari achevait de prononcer ces mots, leurs regards se croisèrent et ce fut comme un éclair de haine qui en jaillit.
Cependant, le comte, galant et empressé, s'approchait de sa femme qui, étendue sur un divan, se soulevait à demi.
— Chère amie, que vous m'avez fait peur !
— Vraiment ? sourit-elle, énigmatique.
La comtesse pouvait avoir de vingt-cinq à vingt-six ans.
Grande, élancée, elle était parfaitement proportionnée et avait ce port majestueux qu'on prête aux déesses. Son visage d'un ovale un peu trop allongé avait des traits fins et réguliers.
Sous le couronnement de ses cheveux blonds, d'un de ces blonds rares, comme argentés, que l'on ne trouve que chez les individus d'origine septentrionale, le front apparaissait, volontaire, délicatement veiné vers les tempes.
Les yeux bleus, la bouche petite, mais aux lèvres trop minces, le menton accusé dénotaient également le même esprit impérieux, dominateur.
La comtesse Elza était évidemment une de ces femmes violentes et passionnées devant lesquelles tout doit plier et que la moindre contradiction jette hors d'elles-mêmes.
Cependant, M. Georges Thiébaut, l'un des plus mondains substituts du procureur de la République, qui, justement, assistait à la fête, s'avançait.
C'était un jeune homme d'une trentaine d'années, petit et court, qui s'efforçait de racheter l'exiguïté de sa taille en se tenant plus droit qu'un i et en rejetant la tête en arrière de façon exagérée.
Persuadé qu'il ne fallait qu'une occasion pour mettre en lumière ses rares mérites, il avait accueilli avec joie la nouvelle qu'un crime venait d'être commis, là, en plein bal.
Cette fois, il la tenait, l'affaire bien parisienne, susceptible de le lancer, de lui valoir la vedette tant rêvée.
— Mon cher comte, fit-il d'un air important, j'ai fait prévenir le commissaire de police du quartier pour les premières constatations ; en attendant son arrivée, si le docteur et vous le permettez, je procéderai à l'interrogatoire de M me  Dourska.
Et, sans attendre la réponse, il se tourna vers les invités qui, en groupes compacts, avaient envahi l'entrée du fumoir.
— Que tout le monde sorte de cette pièce, je...
— Un instant, coupa la voix chantante de la comtesse Elza.
...

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