M comme...
538 pages
Français
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Description

— T'es emmerdé par les institutionnels? — Raisonnablement. Le rectorat m'appelle toutes les semaines. Mais ça a l'air d'être juste histoire de faire semblant de se sentir préoccupé par l'affaire. C'était un proviseur sur liste rouge, elle n'a pas de famille qui réclame justice, ou la vérité, pour faire le deuil et Dieu sait quelles fredaines habituelles, et la substitut du procureur vient d'adopter un enfant éthiopien ou yéménite, je sais plus bien. Elle est ailleurs... Mais elle me fout la paix. — Ton gars, il est prof d'anglais hein? C'est aussi un parcours qui en vaut un autre après tout si on y réfléchit. L'anglais est très tendance, on veut même faire de tous les petits français de petits bilingues accomplis. Mais que pouvait bien cacher la proviseur pour qu'on l'assassine? Flanqué de deux inspecteurs atypiques et d'un prêtre redouté de tout le diocèse, le commissaire Sandozki devra entrer dans la mémoire de trois générations et comprendre qu'il ne s'agit pas que d'une enquête criminelle... Nous plongeant dans les coulisses de l'Éducation nationale avant d'explorer des univers aussi disparates que la mythologie grecque, l'épistémologie des mathématiques et la genèse de l'islam, Marion Duvauchel orchestre avec brio un puzzle aussi complexe que fascinant.

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Informations

Publié par
Date de parution 28 avril 2014
Nombre de lectures 32
EAN13 9782342021219
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Extrait




Du même auteur



L'Esthétique oubliée de Jacques Maritain,
Philosophie, éditions Publibook, 2009 Marion Duvauchel










M comme…


















Société des Écrivains




















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Texte intégral

© Société des Écrivains, 2014


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de la propriété intellectuelle.


Aux chrétiens d’Orient.
Et à la mémoire du père Foussadier,
qui eût aimé que je lui invente un aquarium.



Avertissement au lecteur


« Vous qui ouvrez ce livre,
perdez toute illusion… »



Hormis la plage de Monaco, la place Baboulène et le restaurant
la feuille de chou, le lecteur toulonnais cherchera en vain le Toulon
qu’il connaît. Le lycée Camille Claudel n’existe que dans
l’imagination de l’auteur. Et même le Treyas est réinventé pour les
besoins de la fiction.
Le lecteur éperdu de réalisme sera donc inévitablement déçu.
Ce livre ne prétend pas décrire le réel, ce serait par trop triste. Il
s’en inspire. Moyennant quoi, toute ressemblance avec l’un ou
l’autre des personnages de ce roman ne procéderait que d’un phé-
nomène psychologique bien connu, même de ceux qui ne sont pas
psychiatres : la projection.
Nos frères musulmans seront sûrement très tristes de découvrir
l’histoire de l’islam tel que Kader Chukri la raconte. Je m’appuie
pour l’essentiel sur un ouvrage : le prophète et son Messie, aux
éditions Téqui. M. Kader Chukri raconte un peu plus simplement
ce qui est établi dans l’ouvrage cité, sans la grande érudition ni le
patient travail de recherche que cette thèse ont requis.
L’islam interdit la liberté religieuse, la conversion d’un musul-
man au christianisme est rare, et donc difficile à imaginer. Je
remercie mon ami Khaleb, algérien converti au catholicisme, pour
les éléments communiqués sur cette dimension de la psychologie
humaine.
Mon commissaire ne ressemble absolument pas à ceux de la ré-
alité. Ils sont enfermés dans leur commissariat et ils ne reçoivent
personne. C’est ce qu’on m’a dit à l’accueil du commissariat de
7 Toulon quand, sans réponse de sa part à un mien courrier, je suis
allée demander s’il accepterait de répondre à quelques miennes
questions. Il m’est donc difficile de le remercier. Mais cela signifie
que nos forces de l’ordre ne perdent pas leur temps en rencontres
inutiles. Je tiens à le souligner, c’est tout à leur honneur. Hélas, je
ne saurais donc jamais si un commissaire lit des romans policiers…
La logique quaternaire n’est pas une invention de romancière
imaginative. Elle a été fondée par deux chercheurs, Robert Lutz,
mathématicien, et Jean-François Froger, bibliste. Je m’appuie sur
leur ouvrage, Structure de la connaissance pour les explications
sur cette logique nouvelle, qui renouvelle définitivement notre
physique. Je les remercie tous deux d’avoir bien voulu prêter quel-
ques traits idiosyncrasiques qui leur sont propres pour les besoins
de ma fiction.
Les explications du professeur Clam sur l’épistémologie sont
inspirées d’un article de René Thom, « Les mathématiques moder-
nes » dans Apologie du logos. Tous les enseignants de
mathématiques, les fédérations de parents d’élèves, et d’une ma-
nière générale, tous ceux qui se targuent d’avoir une idée sur
l’enseignement, et en général bien meilleure que celle des ensei-
gnants, gagneraient à le lire.
Ils y gagneraient en pertinence…
Et plus essentiel encore, en humilité.
Les professeurs de lettres pourront voir une réécriture de Médée
dans ce livre. Je suis d’accord ! Le système d’images de la mytho-
logie grecque, dont bien des lycéens d’aujourd’hui n’ont plus
qu’une vague idée, montre ce qui ne va pas dans l’homme. C’est
déjà beaucoup.
Il y a beaucoup de coïncidences dans ce livre, qui sont les
points de visibilité du hasard. Chacun de nous a pu observer dans
son existence concrète, sauf s’il l’a vissée de telle sorte qu’il n’en
puisse pas bouger, que le hasard joue un rôle souvent décisif. Le
hasard est la respiration du monde. Spinoza voulait lui faire la
peau, ce qui plaide pour le refus du spinozisme comme philosophie
pratique. Refuser de laisser une place au hasard, c’est se condam-
ner à l’asphyxie.
8 Ma proviseure meurt asphyxiée, ce n’est pas par hasard diront
les lacaniens. Je suis d’accord.
Depuis que j’ai neuf ans, j’ai peine à respirer dans le monde qui
est le nôtre. Je le trouve de plus en plus bête. Et la bêtise a deux
effets : elle sidère, ce que Flaubert a plutôt bien montré, ou elle
étouffe. Ce que Balzac a montré, plutôt pas mal je trouve.
L’Éducation Nationale, où tous, enfants, adolescents, adultes,
respirent un air particulièrement toxique est décrite dans ce livre
d’une manière qui n’engage que l’auteur. Les pratiques décrites
existent, je les ai constatées, parfois subies, et toujours combattues.
Il suffit de lire la presse ou d’ouvrir le poste pour savoir que nos
écoles ne vont pas très bien. Il n’y a que les médias pour essayer
encore de faire croire que la médiocrité pour tous constitue un
principe de justice.
Je remercie le père Élysée, de la paroisse sainte Jeanne d’Arc
qui a bien voulu prêter sa plastique pour me permettre de décrire
un passage particulièrement difficile : comment l’inspiration vint
au commissaire Sandoszki, ainsi que le père Louis-Marie Guitton,
qui se reconnaîtra. Je leur dis à tous deux tous deux mon amitié.
Quant à l’évêché de Toulon, il est bien évident qu’il ignore tout
du père Lucas, des vieilles biques et de mon existence.
Mais ça peut changer…
Je ne saurais dire tout ce que le commissaire Sandoszki et tout
lecteur qui ira jusqu’au bout de ce livre, doit à mon mari, patient
relecteur et correcteur, traqueur de coquilles en tous genres,
d’accords oubliés et d’ambiguïtés sémantiques inexcusables. À lui
gratitude éternelle.

Je tiens enfin à préciser que les amateurs de violence et de sexe
doivent perdre toute espérance en entrant dans cette histoire. Le
commissaire Sandoszki est un chaste. Il n’a pas de perversion no-
table, hormis celle de la contemplation des poissons, et sans doute
de la contemplation tout court. En dehors de boucler son enquête,
pas grand-chose ne l’obsède, hormis la femme dont il tombe amou-
reux et le salut du monde.
Ce qui n’est pas si banal !
9


Chapitre I.
M comme meurtre


À l’échelle humaine, la symétrie la plus évidente
est la symétrie bilatérale du corps.
René Thom, Apologie du logos



En pénétrant dans le bureau du commissaire, Armand le trouva
planté devant son aquarium. Ça n’avait rien d’inhabituel. Ce qui
l’était en revanche, c’est le regard qu’il tournait vers le jeune
homme : sombre et un peu hébété :
— Anaxagore a bouffé Aristote !
— J’vous d’mande pardon ! ?
— Bonté divine, Armand, Anaxagore !!! bouffer Aristote…
Aristote… L’indignation était absolue… Il désignai

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