Monsieur Tarve
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Description


LE CHIEN DE GARDE


Un célèbre psychologue, le professeur Xavier TARVE, dont l’extraordinaire sagacité a déjà réussi à démêler plusieurs enquêtes judiciaires, reçoit la visite d’un jeune individu qui vient le consulter pour un drame mystérieux.


Son oncle a été retrouvé au matin, dans le jardin, mort, des morsures sanglantes sur le cou. La touffe de poils noirs dans la main crispée de la victime ne laisse aucun doute sur l’assassin : le saint-bernard, chien de garde de la propriété. Mais le fait le plus étrange est que dans le même temps, une somme d’argent que le vieil homme conservait dans un placard a disparu...




L’ACADÉMICIEN CAMBRIOLÉ


L’hôtel de M. Marin, historien, membre de l’Académie française et collectionneur de bibelots, a été cambriolé pendant la nuit. Personne n’a rien entendu. On a constaté des traces d’effraction sur une fenêtre. Le valet de chambre a trouvé devant la porte de l’immeuble, un fragment d’une antique porcelaine, et quelqu’un a ramassé, dans une rue éloignée, le pied d’un des fauteuils enlevés. Or nul autre indice ne permet de suivre la piste des malfaiteurs.


M. Marin s’adresse à Xavier TARVE, philosophe illustre, qui applique volontiers ses talents de psychologue et de logicien aux enquêtes policières. Sur ces entrefaites, un louche agent d’affaires, Prosper Pluvinard, se présente chez l’académicien avec une valise contenant plusieurs des objets volés. Les cambrioleurs, dit-il, l’envoient les lui revendre, pour la moitié de leur valeur...

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 0
EAN13 9791070031247
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0007€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

MONSIEUR TARVE


Contient :
Le chien de garde
L'Académicien cambriolé

Par
Frédéric MAUZENS

Un crime affreux vient d’être commis. On cherche le coupable. La police informe. Alors que diverses hypothèses se présentent, où s’égarent les magistrats, le véritable policier, par une série de déductions qui supposent à la fois une rare pénétration et une logique impitoyable, découvre justement l’indice que personne n’avait aperçu. Car ce genre de recherches exige les mêmes qualités qui sont celles du psychologue et de l’observateur... Telle est l’idée d’après laquelle l’auteur du récit que l’on va lire, M. Frédéric Mauzens, a dessiné une figure de policier amateur infiniment curieuse et crée ce personnage de M. Tarve appelé à prendre quelque jour place entre les types chers à l’imagination populaire.
 
 
QUI A SONNÉ ?
Dans sa petite salle à manger carrelée de rouge, M. Tarve déjeunait. Une revue allemande était appuyée contre la carafe d'eau, et le professeur lisait, oubliant le morceau de veau à la casserole en train de refroidir sur son assiette.
Xavier Tarve était grand et mince. Une redingote noire serrait ses épaules étroites. Du faux-col trop large sortait un long cou. La figure, entièrement rasée, était maigre, d'expression austère, à peine animée par deux yeux gris. Le front, droit et haut, semblait encore agrandi par la rareté des cheveux grisonnants.
Une clochette carillonna avec violence dans l'antichambre.
Un instant après la porte de la salle à manger s'ouvrait et une vieille femme à coiffe nantaise entrait. Elle posa une carte de visite sur la nappe.
Le professeur ne bougea point.
— Monsieur ! fit la femme.
— Quoi ? sursauta M. Tarve.
La Nantaise montra la carte de visite.
— Raoul Letellier, licencié en droit, lut monsieur Tarve. Qui a apporté ça ?
— Un monsieur.
— Quand ?
— Mais maintenant. Vous ne l'avez pas entendu sonner ?
— Non.
— Eh bien ! Il a pourtant fait assez de bruit ! Le cordon aurait pu lui rester dans la main.
— Faites-le entrer dans mon cabinet.
M. Tarve se levait.
— Il faut que vous déjeuniez, dit avec autorité la vieille. Vous n'avez rien pris depuis hier soir et seriez bien capable de vous sauver encore à jeun. Recevez ce monsieur ici.
Le professeur se rassit.
La Nantaise introduisit un jeune homme à qui des yeux bleus trop doux et des pommettes trop rouges faisaient une figure poupine, malgré sa barbe blonde. La vieille domestique avança une chaise, puis sortit, en jetant un regard sévère à l'assiette de son maître. Celui-ci, après avoir répondu, d'un mouvement de la tête, au salut du jeune homme, se remit à manger.
 
ÉTRANGLÉ PAR SON CHIEN
— Monsieur, dit le visiteur d'une voix mal assurée, voici ce qui m'amène...
— Allez ! j'écoute, dit le professeur.
— Mon oncle est mort, cette nuit, dans des circonstances extraordinaires.
M. Tarve ferma la revue allemande, la posa, et répéta :
— J'écoute.
— Il a été étranglé par son chien... notre chien... On n'y comprend rien... Depuis dix heures du matin les magistrats... et le chef de la Sûreté... piétinent dans le jardin, sans trouver aucun indice permettant une hypothèse, je ne dis pas satisfaisante, mais au moins vraisemblable...
— Pourquoi la justice est-elle intervenue ?
— Vous allez voir... Je...
Le professeur interrompit.
— Dites-moi qui vous êtes, qui était votre oncle, comment les choses se sont passées, du moins à votre connaissance, et ce que vous y voyez d'extraordinaire. Soyez calme, autant que possible, et précis.
— Oui, monsieur. Voici. Je m'appelle Raoul Letellier. Je suis âgé de vingt-quatre ans. Je n'ai plus...
Le jeune homme se reprit.
— Je n'avais plus d'autre parent que mon oncle. Je prépare mon doctorat à la Faculté de droit.
« Mon oncle a... avait soixante-six ans. Il vivait de ses rentes. Nous habitions ensemble à Neuilly, boulevard Bineau, n° 128, la deuxième villa de droite avant d'arriver au pont.
« Mon oncle, souffrant de rhumatismes, restait toujours à la maison, et moi je ne sortais que pour me rendre à la Faculté, ou, de temps en temps, chez un ami, dans le quartier de l'Étoile. Nous ne recevions personne.
« Nous avions, depuis cinq ans, comme domestique à tout faire, un certain Antoine Courtial, qui arrivait le matin à huit heures, et s'en allait à huit heures du soir. Mon oncle aimait beaucoup le service de cet homme, habitué à ses petites manies, et, de plus, si adroit qu'il faisait dans la villa toute sorte de menus travaux, tels que pose de carreaux de vitres ou installation de sonnettes. Aussi l'avions-nous gardé après son mariage. Ne voulant pas chez nous d'une famille, nous avions décidé que le nouveau ménage s'installerait à Courbevoie, rue Saint-Denis, où Courtial rentrerait, une fois sa journée finie.
« Mon oncle, ayant peur des voleurs, avait acheté, il y a deux mois, un chien du Saint-Bernard, nommé Négro. Durant le jour, Négro restait enchaîné dans une niche, à l'entrée du jardin.
 
DOUBLE MYSTÈRE
— Hier, 21 mai, à sept heures du soir, je suis sorti. J'allais dîner chez un ami. Courtial partit, suivant son habitude, à huit heures.
« Mon oncle avait refusé de manger. Il se sentait un peu souffrant ; mais, pour ne pas m'inquiéter, il n'avait rien dit devant moi de ce léger malaise et de cette intention de faire la diète.
« À dix heures, je rentrai. Je détachai Négro, puis allai me mettre au lit, sans frapper à la porte de la chambre de mon oncle, très probablement endormi.
« Ce matin, à six heures et demie, j'ouvris ma fenêtre, qui est sur le devant de la villa, et vis, sortant d'un massif de rhododendrons... deux pieds ! Je descendis en hâte et trouvai, presque complètement caché sous les arbustes, le corps du vieillard.
« Son cou était ensanglanté par une morsure profonde. Ses mains se crispaient chacune sur une touffe de poils noirs.
« À mes cris, des passants s'arrêtèrent à la grille. Ce furent eux qui transportèrent la victime dans sa chambre. Là, j'ouvris l'armoire du vieillard, pour y prendre de quoi garnir la bourse de ces gens que j'allais dépêcher, en voiture, au médecin, au commissaire de police, à mon ami du quartier de l'Étoile... Les quatre mille trois cent cinquante francs qui étaient, la veille encore, à sept heures du soir, entre deux piles de chemises, avaient disparu !
La vieille bonne apportait une laitue cuite, servait M. Tarve et s'en allait. Le professeur continua à manger, machinalement, sans s'apercevoir que des feuilles vertes avaient remplacé la tranche de viande dorée.
Il y eut un moment de silence.
— Votre oncle, dit enfin M. Tarve, a donc été étranglé par son chien et volé par quelqu'un sachant où était son argent ?
— Oui.
— Ce trépas et ce délit sont deux faits extraordinaires. Or, on ne peut admettre que la même nuit, sous le même toit, une même personne soit victime de deux faits extraordinaires, sans qu'il y ait un rapport entre ceux-ci, surtout l'un étant un vol et l'autre une mort violente, choses qui s'accompagnent souvent.
— Oui.
— Seulement, continua le professeur en mastiquant avec force un morceau de fil qui servait à attacher la laitue, seulement, cette fois, le vol et la mort violente ne s'expliquent pas l'un par l'autre, au contraire... Hum ! hum !
Il toussa, puis respira. Le morceau de fil était avalé.
— En effet, reprit-il, d'ordinaire celui qui tue et celui qui vole ou ne font qu'un ou se sont entendus. Or, le chien, qui a tué, n'a évidemment pas volé et ne s'était pas non plus entendu avec le voleur. Voilà, sans doute, ce qui déroute la justice.
— Cela la déroute complètement, dit le jeune homme. Magistrats et policiers sont bouche bée. C'est pourquoi je suis venu vous trouver.
— Une bête ne donne pas la mort pour prendre ou faire prendre de l'argent, poursuivit M. Tarve. Votre chien a tué pour tuer. Et quelqu'un en a profité pour voler.
— Évidemment.
Le professeur se versa un verre d'eau, but et, faisant pivoter sa chaise, fixa Raoul Letellier.
— Mais, continua-t-il, tuer suppose la haine. Et, d'ordinaire, les chiens ne haïssent pas leur maître. Négro faisait-il exception à la règle ?
— Nullement. Il aimait beaucoup mon oncle.
— Bien. D'autre part, pour profiter de la mort de celui-ci, il fallait que le voleur la connût. Et le voleur ne pouvait savoir que le propriétaire de la villa n° 128 du boulevard Bineau venait d'être étranglé par son chien. Donc, nous savons que la mort est le fait d'un animal et le vol celui d'un être humain, mais nous ne comprenons ni cette mort ni ce vol.
 
LES MOINDRES DÉTAILS DU DRAME SONT INEXPLICABLES
Après une pause, le professeur reprit :
— Arrivons aux détails. Peut-être feront-ils la lumière. Voyons. Quelqu'un savait-il que votre oncle cachait de l'argent dans ses chemises ?
— Oui, monsieur.
— Qui ?
— Moi et Courtial.
— Vous seuls ?
— Nous seuls. J'en suis sûr.
— Bien. Courtial a quitté, m'avez-vous dit, la villa à huit heures ?
— À huit heures.
— Vous en êtes sûr ?
— Et sûr également qu'il n'est pas revenu. En effet, il dit avoir dîné chez des amis, petits commerçants honorables, et passé toute la nuit avec eux à un bal de société. Et c'est là un alibi trop facile à vérifier pour qu'on l'invoque faussement.
— Bien.
— Seulement, reprit le jeune homme, si mon oncle a été étranglé avant huit heures ?
— Si nous admettons cela, répliqua M. Tarve, l'unique hypothèse expliquant tant bien que mal l'acte du saint-bernard, l'hypothèse d'une méprise, devient insoutenable. Nous devons supposer en effet, faute de mieux, que Négro n'a pas reconnu son maître. Mais il n'en pouvait être ainsi que la nuit ; et, à huit heures, à la fin du mois de mai, on y voit encore.
— D'ailleurs, s'écria Raoul Letellier, c'est à dix heures seulement, en rentrant, que j'ai lâché Négro. Et il était certainement resté attaché dans sa niche jusqu'alors. La chaîne est rivée d'un bout à la niche, de l'autre au collier, et, pour mettre la bête en liberté, il faut ouvrir celui-ci, qui est fermé par un cadenas dont le secret n'est connu que de moi seul.
— Parfait ! Négro n'a pas étranglé M. Letellier avant dix heures. Cela est établi. Encore une question. Votre oncle avait-il l'habitude de se promener, après dix heures du soir, dans le jardin ?
— Non, monsieur. Pas même dans la maison. Passé dix heures, il ne sortait jamais de sa chambre.
— Ainsi, sa présence, la nuit, dans le jardin, est un dernier détail aussi inexplicable que les autres. Les détails de l'affaire, au lieu de l'éclairer, l'obscurcissent encore. Il faut que j'aille là-bas.
M. Tarve se levait et appuyait sur un timbre. La bonne parut.
— Pauline, je vais à Neuilly.
La vieille femme inspecta son maître des pieds à la tête. Sans cet examen, qu'elle lui faisait subir chaque fois qu'il sortait, le distrait professeur serait plus d'une fois parti avec sa cravate à l'envers ou son gilet déboutonné. Puis elle alla chercher un haut de forme assez terne et un robuste parapluie de coton.
M. Tarve était prêt.
Les deux hommes, escortés jusqu'à la porte de l'appartement par la Nantaise, descendirent un escalier sans tapis, que trop de cire rendait terriblement glissant, et se trouvèrent dans la rue de Vaugirard. Un taximètre automobile attendait. Raoul Letellier fit monter le professeur, jeta l'adresse au chauffeur, et la voiture démarra brusquement.
 
LA VIE D'UN PENSEUR
Xavier Tarve était fils unique de petits merciers de Nantes. Boursier au lycée de sa ville natale, il s'était montré étonnamment studieux et intelligent, en même temps que très renfermé. Jamais il n'avait joué pendant les récréations. Tous les premiers prix de sa classe étaient pour lui. À seize ans, en philosophie, au concours général, il obtint la deuxième place pour la composition de dissertation. Le jeune lauréat se prépara aux examens de l'École Normale supérieure et fut reçu second. Il...

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